Le sexisme est le résultat d’un système complexe de domination bien loin d’être déraciné

couv axelle 170Avant-propos : Échappées

L’axelle de juin est placé sous le signe de la liberté. Celle dont les femmes sont privées, celle qui est menacée, celle pour laquelle elles se battent, celle qu’elles utilisent comme une arme pour revendiquer leurs droits. De Namur aux États-Unis, de Bruxelles à Téhéran en passant par la Grèce, les femmes prennent la parole et montent au front. Déterminées à tracer la route qu’elles ont choisie, elles sont aussi incroyablement inspirantes pour nous qui lisons leurs histoires et réfléchissons à notre propre situation.

Nous sommes allées chercher des expériences anciennes, comme celle du syndicat de l’Aiguille dont on fêtera ce mois-ci le centenaire de la naissance namuroise. Ces femmes qui ont décidé de s’unir pour défendre leurs droits dans le monde en plein boom industriel ont encore beaucoup à apprendre à leurs sœurs du 21e siècle ! Nous avons aussi observé avec attention des initiatives contemporaines, par exemple le mouvement Fat Positivity Belgium, au cœur de notre dossier. Voilà des personnes qui vadrouillent vers l’indépendance, faisant exploser avec délectation les liens qui garrottent les corps féminins ! Nous avons pensé enfin à des libertés gagnées chaque jour, pas après pas : la reconnaissance du délit de sexisme, l’apprentissage subversif à souhait de la fabrication d’un urinoir portable… pour toujours plus d’autonomie. 

Chacune à notre manière, dans notre quotidien, cheminons sur des voies inattendues, tarabiscotées. Nous nous échappons. Une échappée, c’est une escapade, une évasion. Une action imprudente qui nous écarte de nos devoirs, de ce que l’on attend de nous et qui, souvent, nous pèse. Une échappée, c’est aussi un puits de lumière, une hauteur, une distance. Un mot féminin pour une trouée de soleil, pour une bouffée d’espoir, pour le grand air qui enivre, pour le chemin escarpé que l’on emprunte, pétrie de colère ou grisée par la joie. C’est intime et contagieux, c’est un virus collectif.

Je vous souhaite donc de belles échappées dans ce numéro !

Sabine Panet

Le dossier : « Fat is beautiful ! Toutes les femmes, tous les corps », est présenté par Manon Legrand

« Vacances estivales obligent, les magazines féminins nous offrent leur lot de couvertures et d’articles estampillés « régimes, ventre plat et conseils anticellulite ». Ils nous rappellent les diktats de beauté qui pèsent sur nos corps et égratignent notre liberté. Axelle prend le contre-pied en consacrant son « dossier de l’été » à celles qu’on ne rend visibles que pour montrer l’exemple à ne pas suivre : les grosses. Certaines ont décidé, avec audace et subversion, de sortir de l’ombre pour aplatir les clichés véhiculés sur la grosseur. Elles dénoncent joyeusement les oppressions quotidiennes qu’elles subissent, au même titre que d’autres femmes dotées d’un corps considéré comme hors normes dans une société sexiste, raciste et capitaliste. D’autres, en s’exprimant sur des blogs consacrés aux « grandes tailles », revendiquent plus de diversité dans la mode et les pages des magazines. Toutes à leur manière transgressent les codes, titillent les esprits formatés taille 36 et tracent les contours d’un monde pluriel où chaque personne a une place. »

  • Un esprit sain dans un corps libéré

  • « On peut s’amuser avec la mode même si on n’a pas la taille mannequin », entretien avec Valerie de Pever créatrice du blog To Be Alive

  • Les magazines féminins prennent-ils le large ?

En complément possible à ce dossier, je rappelle le livre de Mona Chollet « Beauté fatale. Les nouveaux visages d’une aliénation féminine », Zones 2012, L’omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d’elles-mêmes

Parmi les autres textes publiés, je signale particulièrement : 

 

  • La défense du droit à l’avortement, déclic politique au Texas de Celine Fandos avec des photos de Mélinda Trochu

  • Le sexisme hors d’état de nuire ? De Sabine Panet. (le titre de cette note est extraite de ce texte). L’auteure souligne, entre autres, « Il est fondamental de poser le problème du sexisme dans l’espace public en termes de domination globale et non uniquement en fonction des faits d’actualité ». L’auteure parle du texte adopté à la Chambre et au Sénat en Belgique. Elle critique « le tour de passe-passe de pénaliser le sexisme sans aucunement évoquer qu’il est le fruit d’une société patriarcale ».

  • Le progrès social par le chas de l’Aiguille de Véronique Laurent. La création d’une organisation économique et sociale dirigée par des ouvrières en 1907.

  • Les femmes de ménage qui voulaient balayer l’austérité de Nina Sirilma, sur la lutte de nettoyeuses en Grèce.

  • Des métiers pour toutes d’Irène Kaufer qui parle du livre de Catherine Dufour « guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses ».

  • La fabrication d’un urinoir portable de Aline Rolis

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 170, juin 2014, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

Quand on est dedans, on ne peut pas parler comme je le fais. On ne sait plus vendre que son corps. On a l’impression d’être marquée à vie

2Avant-propos : La cordillère des Droits des femmes

« Au Chili, Michelle Bachelet est devenue présidente le 11 mars dernier, pour son deuxième mandat après un intermède de quatre ans. L’un de ses premiers gestes politiques fut de signer un projet de loi visant à créer un ministère des Droits des femmes et de l’égalité de genre. Le texte, déposé aussitôt à la chambre et sur lequel dix ministres ont également apposé leur signature, devrait être rapidement adopté. « Aujourd’hui, a annoncé Michelle Bachelet dans son discours d’introduction du projet, est un pas décisif dans un processus qui fait de l’égalité entre les femmes et les hommes un objectif d’État et lui donne force institutionnelle. Bien que la création d’un Service fut importante en son temps [l’ancien « Service National des Femmes » en fonction avant le ministère, ndlr], nous croyons qu’il est capital qu’il prenne la stature d’un ministère, parce que cela lui donne l’institutionnalisation que les femmes du Chili méritent réellement. »

Bien sûr, explique-t-elle peu après, l’amélioration de la situation des femmes ne sera pas uniquement l’affaire de ce ministère, mais celle de tout le gouvernement et de l’État du Chili. Un sous-secrétariat ainsi que des secrétariats ministériels régionaux l’aideront à accomplir sa mission, de même qu’un comité interministériel des droits des femmes et de l’égalité de genre qui donnera aux politiques mises en œuvre une portée transversale.

Cette expérience a de quoi nous faire rêver, nous qui revendiquons en Belgique la création d’un ministère des Droits des femmes au niveau fédéral, pour répondre aux insuffisances des politiques actuelles…

Ainsi, comme cette femme irakienne qui a fièrement voté à Nasiriyah, trempant son doigt dans un pot d’encre violette après avoir déposé son bulletin dans l’urne et prouvant de la sorte qu’elle a participé au scrutin, votons le 25 mai en apposant à nos choix l’empreinte ferme des droits des femmes !

Sabine Panet »

Le dossier est consacré au cinéma : « Et pourtant, elles tournent ! » :

  • Agnès Varda glaneuse d’émotions

  • Femmes réalisatrices contre industrie masculine ?

  • Derrière la caméra : où sont les femmes ?

  • Abonnées aux seconds rôles

  • Tout près des visages et des corps

En complément de ce dossier, je rappelle le texte de La barbe à propos de Cannes 2012 : Le Festival de Cannes 2012 : Un homme est un homme !

Parmi les autres textes publiés, je signale particulièrement :

  • L’enquête sur le mariage forcé en Belgique : « Mariages forcés : derrière la double peine ». « Elles souhaitent être considérées comme les victimes de violence faites aux femmes dans le cadre familial et, refusent que leur situation contribue à davantage stigmatiser leur communauté »

  • Le « care » un enjeu collectif

  • Les migrants, boucs émissaires de la crise

  • Le succulent « Grand désespoir sur le petit écran »

  • La vie de Rosen sur la prostitution. (Le titre de la note est extrait de cet article)

  • La belle lecture d’Irène Kaufer du livre d’Angela Davis « La prison est-elle obsolète ? » (ma note de lecture : Interroger les logiques d’enfermement, du carcéral)

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 169, mai 2014, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

Nous sommes la moitié de l’humanité ! Il faut cesser d’ajouter les femmes après la virgule

couv_axelle_168_PETIT-48534Sommaire :

►Avant-propos : Un numéro ombre et lumière

Brèves d’ici et d’ailleurs

► Vingt ans après le génocide rwandais, nous vous emmenons en reportage au Pays des mille collines. Les veuves du génocide sont indispensables dans le processus de reconstruction de ce pays ravagé.

► Notre dossier du mois : En route pour un ministère des Droits des femmes ! Hafida Bachir, présidente de Vie Féminine, nous donne les clés de ce pari audacieux et nécessaire. Six femmes politiques portent également cette revendication : elles expliquent leur engagement aux lectrices d’axelle. (Le titre est extrait du texte de Hafida Bachir)

► Nous avons rencontré la sociologue française Dominique Méda qui a récemment publié un essai sur l’idéologie de la croissance dans nos sociétés capitalistes. Selon elle, il est urgent de se libérer de cette « mystique », un danger pour les humains et pour l’environnement. Les femmes sont particulièrement concernées… « La violence de la crise économique a fait passer sous-silence les dégâts environnementaux et sociaux provoqués par une poignée, mais ô combien puissante, d’institutions politiques et financières qui ont fait de la croissance à tout prix une religion »

► La Caravelle des Droits des Femmes est passée à Bruxelles, et s’est clôturée en beauté le 8 mars sur l’esplanade du Mont des Arts et devant le Palais de justice : retour sur ces moments forts.

► Savez-vous ce qu’est un Repair Café ? L’inventeuse de ce concept contagieux, Martine Postma, revient sur les origines de ces lieux où l’on trouve des solutions collectives à la surconsommation et à la pollution.

► Droit au chômage après les études : l’obligation du stage d’insertion professionnelle : la fiche juridique du mois.

►Culture / coup de cœur

Parmi les textes publiés, je signale particulièrement :

  •         L’œuvre des veuves. Rwanda 1994-2014
  •         Femmes folles de leurs droits
  •         Le dossier pour un Ministère des Droits des femmes

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 168, avril 2014, http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn

Réapproprions-nous collectivement le 8 mars en lui rendant sa portée politique et subversive !

Couv axelle 167Avant-propos : Ne le dites pas avec des fleurs ! 

En mars, axelle a de bonnes raisons de s’emporter. L’égalité n’est toujours pas une réalité.

44 % des travailleuses sont à temps partiel, contre 9 % des travailleurs.

Seuls 20,1 % des enfants de 0 à 3 ans bénéficient d’une place d’accueil subventionnée en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Dans 94 % des cas, ce sont des femmes qui font appel au Service des créances alimentaires.

Pour 31 % des femmes, leur partenaire a été l’auteur des violences les plus graves à leur encontre.

La limitation dans le temps des allocations d’insertion professionnelle touchera une majorité de femmes – 64 % en Wallonie. Plusieurs milliers de femmes seules avec enfants seront obligées de recourir à l’aide sociale via le CPAS. Plus nombreuses encore, les cohabitantes vont se retrouver dans des situations de grande dépendance financière vis-à-vis de leurs parents ou de leur compagnon, leur autonomie ainsi hypothéquée.

Des chiffres.

Encore des chiffres.

Beaucoup de chiffres, pour trop d’injustices.

Alors, s’il y a, chaque 8 mars, une Journée internationale des droits des femmes, 364 manquent toujours à l’appel. Parmi les 364 non-journées des droits des femmes, au hasard du calendrier, on peut retenir, accrochez-vous : la Journée mondiale des zones humides (2 février), la Journée mondiale du chant choral (8 décembre) ou encore la Journée mondiale des pâtes (26 octobre)…

Afin que le 8 mars ne soit pas asphyxié entre le 6 et le 7, faisons-en un jour de lutte pour nos droits, un jour de revendications, un jour de révolte ! Nous serons, avec la Caravelle des Droits des Femmes et des centaines de femmes de Bruxelles et de Wallonie, sur l’esplanade du Mont des Arts, munies de mégaphones et de banderoles, investissant un village des droits, marchant, chantant, échangeant nos expériences. Vous venez ?

Sabine Panet

Sources : Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes, Commission d’évaluation du SECAL, ONE, FGTB.

Parmi les textes publiés, je signale :

  • Protéger les clients du Sida plutôt que les femmes des viols ?

  • Système social contre mères sociales (Sur la situation en France, Gwen Fauchois : Les faits sont têtus : le mariage ce n’est pas l’égalité, Les faits sont têtus : le mariage ce n’est pas l’égalité

  • 8 mars, Journée de la femme (laquelle ?) et la proposition de la rebaptiser « Journée des droits de femmes ». Pour comme l’écrit l’auteure « Un geste engagé qui lui redonne ses lettres de noblesse, tout en prenant ses distances vis-à-vis de ceux qui veulent en faire une petite fête inoffensive célébrant une féminité vouée à l’admiration béate d’une jolie fleur »

  • Violences conjugales : culpabiliser les auteurs plutôt que les victimes

  • Dossier : La kermesse des droits sociaux, dont « Le non-recours aux droits sociaux : la faille de la protection sociale » et « Renforcer les femmes pour qu’elles fassent valoir leurs droits »

  • « En bon père de famille » et autres archaïsmes administratifs

  • Les agressions sexuelles sont trop légèrement punies par la justice.

Un journal de nos amies belges à faire connaître

 axelle 167, mars 2014, http://www.axellemag.be/fr/

 Didier Epsztajn

Dossier : Mère isolée rime avec précarité

4Avant-propos :  Un Ministère pour la moitié du ciel 

Les élections de mai seront décisives. Fédérales, régionales et européennes : autant d’occasions d’exprimer, à différents niveaux de pouvoir et de compétences, nos revendications. Ces prochains mois, vous allez entendre parler de nos 14 priorités pour 2014 !

Depuis près d’un an, la Caravelle des Droits des Femmes sillonne la Wallonie, et bientôt Bruxelles, à votre rencontre. Nourries de vos expériences quotidiennes et inspirées par une vision collective de nos droits, vous avez contribué, à travers les ateliers, les discussions et les animations, à l’élaboration d’une Charte des Droits des Femmes. Nous avons toutes, comme vous l’avez proclamé lors du passage de la Caravelle, « le droit d’avoir des droits » : en tant que citoyennes, en tant que femmes, en tant que victimes d’inégalités structurelles persistantes. Nos droits sont-ils respectés dans notre pays ? Votre réponse est : souvent, non. Sont-ils défendus avec fermeté par nos élus ? Votre réponse est encore : souvent, non.

Les femmes ne sont pas une minorité ; elles sont la moitié de l’humanité, « la moitié du ciel », comme l’illustre un proverbe chinois. Et pourtant, au niveau fédéral, c’est le Ministère de l’Égalité des chances qui a la responsabilité des dossiers liés aux inégalités femmes/hommes. Les enjeux concernant la moitié de la population deviennent invisibles sous un label extensible. Ils sont noyés. Un seul et unique Ministère des Droits des Femmes pourrait regrouper et faire concrètement avancer les dossiers importants qui traînent depuis des années, comme les créances alimentaires, les violences, l’individualisation des droits en sécurité sociale, le sexisme au quotidien…

Le détricotage de nos droits peut être patient et opiniâtre, se faire discret dans un coin d’ombre anonyme où les urgences, entassées les unes sur les autres, cherchent de l’oxygène. Il peut aussi être rapide, brutal et accablant – comme en Espagne ou en Suisse, où les femmes sont menacées de revenir à l’époque, pas si éloignée, des avortements clandestins. Elles pensaient que le droit de disposer de leur corps était gagné, indiscutable ? C’était sans compter sur l’acharnement des conservateurs et des caciques religieux, trop désireux d’imposer un contrôle social et moral aux femmes et de nous déposséder de nos corps pour exercer leur idéologie. Vigilance donc ! Ici et chez nos voisines, les droits des femmes sont en équilibre sur une corde ; beaucoup tentent de les faire tomber.

Ainsi, pour les droits que nous avons acquis et que nous devons défendre, et pour ceux que nous revendiquons, nous voulons un Ministère des Droits des Femmes. À bon entendeur, salut !

Sabine Panet

Parmi les textes publiés, je signale :

Un journal de nos amies belges à faire connaître

axelle 166, février 2014 http://www.axellemag.be/fr/

Didier Epsztajn