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Certaines pratiques sociales ne sont compréhensibles qu’en prenant en compte leur intersection

9« Revenir à l’histoire des définitions et aux débats qu’elles ont engendrés s’avère indispensable pour saisir la «polysémie du mot « genre », ainsi que les éventuels malentendus et désaccords que suscite son usage ».

En introduction, Isabelle Clair et Jacqueline Heinen soulignent la nécessité de « restituer l’histoire des concepts et des usages, pour s’efforcer d’en cerner certaines particularités contemporaines ».

En complément d’autres dossiers publiés antérieurement, « L’accent portera cette fois sur la production des concepts au sein d’institutions académiques et éditoriales : bien que ces dernières soient plus ou moins liées aux mouvements féministes, elles suivent aussi des dynamiques qui leur sont propres. On s’intéressera donc ici à des textes académiques et à leurs auteur.e.s, aux maisons d’éditions et aux revues scientifiques qui les ont publiés ».

Je choisis de ne mettre l’accent que sur certains articles et certaines analyses, comme invitation à lire ce riche numéro en « rétrospectives ».

Les entretiens croisés entre Oristelle Bonis, Cynthia Kraus et Gail Pheterson soulignent, me semble-t-il, à la fois les problèmes de traduction/translation de notions, entre langues et contextes, et à la fois une certaine contingence dans les choix. Ces éléments devraient permettre de relativiser certains débats, de réfléchir aux sens plutôt qu’aux termes.

Oristelle Bonis indique, par exemple : « Ainsi, j’avais traduit situated knowledges par « connaissances situées », mais l’expression « savoirs situés » était déjà couramment employée, sémantiquement inscrite, et je l’ai donc adoptée – un peu à contrecœur parce que « savoir » est un mot plus globalisant, plus élitiste que « connaissances ». »

Les remarques sur les vocables « gender relations », « système de genre », « gendered », « genré », « marché aux femmes », « sexe social » ou « rapports sociaux de sexe », etc. sont aussi très éclairantes

Devant cette difficulté à rendre tous les sens, j’adopte personnellement le plus souvent « rapports sociaux de sexe » en ajoutant entre parenthèses (système de genre) et quelque fois (patriarcat). La difficulté est de même ordre pour les « recouvrements », les entrecroisements. Je trouve sur ce sujet que les formules de Danielle Kergoat « rapports sociaux consubstantiels et coextensifs » plus ouvertes à la complexité que la notion d’ « intersection ».

Oristelle Bonis souligne aussi que « on traduit littéralement, et ce faisant on attribue au mot une signification supplémentaire, on l’affecte à un autre usage », et donne l’exemple de « Genre » comme catégorie d’analyse utile, « même s’il est parfois effectivement utilisé à contre sens, pour dire « sexe » en ne le disant pas ».

Gail Pheterson, indique, entre autres : « Quand j’ai trouvé l’expression « rapports sociaux de sexe », en France, tout de suite ça a eu une résonance pour moi, et j’ai ressenti une sorte de soulagement d’avoir trouvé une issue aux cadres identitaires (par définition, figés) et psychologisants (individualisants même quand les causes sont attribuées au social) ; le concept de « rapports sociaux de sexe » permettant de saisir la dynamique, le sens et l’usage politique de la catégorisation par sexe ». Elle souligne aussi la combinaison des « mythes au niveau biologique » et « des réalités fortes aux niveaux politique et social » ; la nécessité de « ne pas faire disparaître les femmes de la formule des rapports de pouvoir ». Je reste en opposition à ses formules sur le « travail du sexe ».

J’ai apprécié les remarques de l’auteure sur l’humour yiddish et sa phrase conclusive : « Faire justice à un humour tourné contre les conventions hypocrites ou bien contre soi-même n’est pas évident en traduction ».

J’indique pour en terminer avec ces entretiens, mon accord avec Oristelle Bonis sur le langage, « Mais choisir d’utiliser des termes techniques, c’est aussi cibler son lectorat d’une façon très particulière, le rétrécir ou le fermer » ou « Moi qui suis une féministe généraliste, je trouve dommage pour le débat, pour la diffusion d’idées, que la recherche féministe soit à ce point tributaire d’un vocabulaire spécialisé. » Sur ce point, les explications de Cynthia Kraus ne me semblent pas convaincantes « dans la difficulté même de lire, se répercute un travail sur la langue qui vise à agir sur le sujet qui lit, une réflexion sur l’activité de lecture ».

Je rappelle qu’Oristelle Bonis anime une maison d’éditions iXe http://www.editions-ixe.fr/ aux publications passionnantes et qui applique la règle de proximité (« les hommes et les femmes sont belles »).

« Le féminisme du positionnement » de Sarah Bracke et María Puig de la Bellacasa est inscrit « dans les débats féministes sur les liens intimes et inextricables entre lutte politique et production du savoir ». Les auteures prennent l’héroïne grecque Antigone comme accompagnatrice.

« La théorie féministe du « positionnement » (standpoint), considère l’expérience des femmes comme une source de savoir susceptible d’être déployée pour transformer la sphère publique dont elles sont exclues ».

La vie des femmes constitue une « position privilégiée, d’un point de vue épistémologique ». J’aurai écrit donne un avantage (et non un privilège comme certaines le disent) épistémologique.

Les féministes ont mis en avant « la cécité résultant de l’ignorance dans laquelle sont tenus les activités et les savoirs les plus élémentaires qui assurent la bonne marche de notre monde ». Cécité volontaire. Les apports du « Black femininism » sont importants sur le sujet. (Voir, entre autres, Black femininism : Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, textes choisis et présentés par Elsa Dorlin, Editions L’Harmattan 2008, Sujet politique du féminisme – qui est ce NOUS de  » Nous les femmes  » ?). Certes, « l’expérience et le savoir ne sont pas des choses équivalentes ». Mais il convient, comme l’indiquent les auteures de rester attentifs/attentives aux expériences pouvant être source de nouveaux savoirs. Sarah Bracke et María Puig de la Bellacasa soulignent aussi le risque de masquer des rapports de pouvoirs en créant une unité artificielle des femmes et de leurs activités, unité qui reste à construire. Hill Collins, citée par les auteures, parle d’une « multiplication des positions inscrites dans les structures sociales elles-mêmes ». D’où la nécessité de développer des analyses « intersectionnelles » et de construire des solidarités, qui impliquent « un effort politique ».

Je reste plus dubitatif sur la notion d’agentivité (agency), car dans aucun rapport social, les êtres humains ne sont réduite-s à des objets, elles et ils sont tout à la fois dominé-e-s et « autonomes », actrices/acteurs dans les contradictions toujours présentes dédits rapports.

Les auteures terminent ainsi : « En refusant de retrancher certaines expériences du domaine politique pour les confiner dans l’individuel ou le privé ; en constituant des alliances permettant la réflexion, l’organisation et le partage collectifs d’expériences exclues et atomisées ; et en reconnaissant que de telles expériences ne vont pas de soi, elles peuvent précisément devenir des ressources disponibles pour une action et un savoir générateurs de changement ». J’ajoute que c’est aussi probablement une des conditions pour que l’horizon d’un changement radical puisse se ré-ouvrir.

Sans revenir sur les apports, et en particulier, de la notion de citoyen-ne-s, et les droits reproductifs comme dimension de la citoyenneté, dans l’analyse du Groupe « État et rapports sociaux de sexe », je suis étonné d’un oubli. Les auteures indiquent : « Si le processus d’émancipation amorcé voici près d’un demi-siècle a contribué à libérer les unes d’une partie des tâches qui leur étaient traditionnellement assignées, il s’est souvent opéré aux dépens des autres – au premier chef des immigrées issues de cultures et de pays divers ». Si des femmes sont en effet libérées de certaines tâches, elles ne le sont pas du souci de ces tâches. Par ailleurs, les bénéficiaires en sont toujours les hommes qui se dispensent et de s’en soucier et de les réaliser à « égalité » avec les femmes…

Le dernier article que je voudrais aborder est celui d’Isabelle Clair. Le titre de ma note en est tiré. L’auteure interroge : « Pourquoi penser la sexualité pour penser le genre en sociologie ? Retour sur quarante ans de réticences » et présente les « réticences raisonnées et historiquement situées » à cette inclusion. Parmi celles-ci, j’en souligne deux : la crainte de la relativisation du travail, la possible mise en sourdine de l’intérêt des hommes à maintenir leur domination.

L’auteure écrit « penser l’ensemble des exclusions sociales et des hiérarchies organisées par les normes de genre, c’est faire la place à l’hétéronormativité ainsi qu’à l’ensemble des sexualités, et aux deux groupes de sexes ». Si dans le système de genre, les deux « classes de sexe » sont déjà présentes dans leur asymétrie de pouvoir et de domination, il ne me semble pas possible de penser les dominations sans prendre en compte l’hétéronormativité. Et la proposition de penser ensemble le genre et la sexualité est donc un enrichissement. Reste ce qui peut-être entendu par « ensemble ».

Pour l’auteure la pensée de l’intersection du genre et de la sexualité est une pensée fructueuse « Non seulement parce qu’elle éclaire les sexualités diverses que (même) l’analyse féministe a eu tendance à laisser dans l’ombre du privé, mais surtout parce qu’elle éclaire le concept de genre, révélant des enjeux de définition et d’usage que ses versions françaises tendent à laisser en suspens ».

Si les sexualités relèvent de rapports sociaux et non d’une nature préexistante, comme je le pense, l’éclairage se précise. L’auteure indique, en évoquant la division sexuée du travail, que « tant que la sexualité était hors sujet, la polysémie était invisible ». Cela permet de mieux déconstruire le bloc, que certain-e-s persistent à présenter, dans lequel « genre, sexe et désir coïncident ».

Parmi les arguments développés, je souligne ceux sur la fausse opposition (opposition construite idéologiquement) entre nature et culture (et donc l’invention d’une nature naturelle préexistante aux rapports sociaux), l’empilement des rapports de pouvoirs (et non leur coextensivité).

Isabelle Clair ajoute : « Si la réalité sociale du genre ne peut toute entière être saisie par le prisme de la sexualité, ni la réalité sociale de la sexualité par celui du genre, il est néanmoins important de souligner que les normes de féminité et de masculinité, les déviances sexuelles, les rapports de pouvoir entre sexualités façonnent de nombreuses manifestations du genre – au-delà des seules pratiques sexuelles ».

Cela ne signifie pas que « la sexualité précède le genre » comme le dit Elsa Dorlin, citée par l’auteure. Il me semble plus judicieux de « privilégier l’intersection sans nécessaire hiérarchie ou antériorité entre genre et sexualité » comme le propose Isabelle Clair. Celle-ci ajoute : « J’envisage plutôt la sexualité comme un foyer possible de la fabrique du genre : non seulement un de ses « sites privilégiés » (key site) de manifestation (Jackson 2005 p15) mais une source d’organisation de la complémentarité (et donc d’asymétrie) entre les groupe de sexes ».

Je partage enfin la remarque « il est également important de souligner l’heureuse difficulté à faire rentrer les pratiques sociales dans des décisions théoriques abstraites »…

Un texte à mettre en regard de son ouvrage de synthèse : Sociologie du genre, Armand Colin 2012, Regarder le monde avec les lunettes du genre sur le nez, c’est la promesse de le voir plus nettement

La limitation de cette note à ces quelques articles ne saurait dispenser de lire les autres contributions très riches elles aussi. J’indique juste que celui de Jasbir K. Puar me semble difficile à lire. Peut-être à cause de mon éloignement de ce vocabulaire et de notions peu explicitées, comme d’ailleurs dans son livre paru aux Editions Amsterdam. J’avais donc renoncé à le chroniquer malgré l’intérêt de certaines analyses que j’avais réussi à saisir. Quoiqu’il en soit, ce numéro montre la puissance d’analyse des concepts élaborés par les féministes et leur caractère indispensable pour aborder les rapports sociaux, les dominations et donc l’émancipation.

Sommaire

Jules Falquet et Helena Hirata : À la mémoire de Bruno Lautier (1948-2013)

Dossier

Isabelle Clair et Jacqueline Heinen : Le genre et les études féministes françaises : une histoire ancienne (Introduction)

Oristelle Bonis, Cynthia Kraus et Gail Pheterson : Translations du genre. Entretiens croisés (propos recueillis par Isabelle Clair et Jacqueline Heinen)

Sarah Bracke et María Puig de la Bellacasa : Le féminisme du positionnement. Héritages et perspectives contemporaines

Groupe « État et rapports sociaux de sexe » : Quelle citoyenneté pour les femmes ? État des lieux et perspectives (1987-2012

Isabelle Clair : Pourquoi penser la sexualité pour penser le genre en sociologie ? Retour sur quarante ans de réticences

Nicky Le Feuvre, Pierre Bataille et Laura Morend : La visibilité du genre dans des revues de sociologie du travail. Comparaisons France et Grande-Bretagne (1987-2012)

Jasbir K. Puar : Homonationalisme et biopolitique

Hors-champ

Virginie Vinel : Biographies individuelles et actions collectives : le militantisme féminin dans une vallée sidérurgique lorraine

Manuela Lavinas Picq : Porter le genre dans la culture : femmes et interlégalité en Équateur

Notes de lecture

Cahiers du genre : Rétrospectives

Coordonné par Isabelle Clair et Jacqueline Heinen

Editions L’Harmattan, Paris 2013, 270 pages, 24,50 euros

Didier Epsztajn

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Dimension singulière d’une subjectivité socialement constituée

4« En interrogeant la question de la subjectivation, il s’agit donc d’appréhender la relation de dépendance et d’autonomie qu’entretiennent les subjectivités vis-à-vis des rapports sociaux ».

Quelques éléments, choisis subjectivement, autour de certains articles publiés.

De l’introduction de Maxime Cervulle et Armelle Testenoire, je souligne une interrogation « Comment dès lors renouer avec une vision collective de l’action, sans pour autant écarter sa nécessaire dimension subjective et l’incertitude propre à son devenir, son caractère potentiellement ambivalent par rapport à l’émancipation ? » et un élément, malheureusement peu discuté lorsqu’il n’est pas combattu, au nom d’universalisme abstrait, par la majorité de la gauche d’émancipation radicale : « La mise en œuvre d’une politique publique de discrimination positive ouvre la voie à la réalisation de scenarii transgressifs qui relevaient jusqu’alors de l’imaginaire ».

Dossier

Maxime Cervulle et Armelle Testenoire : Du sujet collectif au sujet individuel, et retour (Introduction)

Armelle Testenoire : Quand les femmes ne cèdent plus… L’accès des femmes kanak à la formation continue

Maxime Cervulle : La conscience dominante. Rapports sociaux de race et subjectivation

Salima Amari : Des lesbiennes en devenir. Coming-out, loyauté filiale et hétéronormativité chez des descendantes d’immigrant·e·s maghrébin·e·s

Sara Ahmed : Les rabat-joie féministes (et autres sujets obstinés)

Artemisa Flores Espínola : Subjectivité et connaissance : réflexions sur les épistémologies ‘du point de vue

Hors-champ

Maria José Casa-Nova : Citoyenneté, ethnicité et dialecticité du pouvoir dans les relations de genre. Discours et pratiques dans une communauté tsigane du Portugal

Lamia Missaoui : Les couples transfuges des territoires gitans et la scolarisation de leurs enfants

Caroline Fayolle : Le sens de l’aiguille. Travaux domestiques, genre et citoyenneté (1789-1799)

Document et hommage

Eleni Varikas : Françoise Collin. Philosophe et féministe, philosophe féministe (1928-2012)

Françoise Collin : Donner par ‘nature’, est-ce donner ? (Entretien avec Philippe Chanial et Sylvie Duverger)

Notes de lecture

Armelle Testenoire dans « Quand les femmes ne cèdent plus… L’accès des femmes kanak à la formation continue » souligne, entre autres, les effets d’un véritable essor de la formation dans une optique d’égalité professionnelle entre femmes et hommes, « une politique volontariste incite les femmes à se diriger vers des formations à des métiers jusqu’alors masculins ». L’auteure met aussi l’accent sur le potentiel de résistance de l’imagination, la volonté d’autonomie, les « effets subjectivant du travail », les conditions objectives et subjectives donnant « la force de prétendre déplacer les frontières du genre ». Le travail salarié est bien historiquement « valorisant » parce qu’il est, de manière par ailleurs contradictoire, « valorisé ». Dans le cas des femmes kanak engagées dans des formations au métier de conductrice d’engin minier, force est de constater les effets émancipateurs de cette autre relation sociale.

Le thème abordé par Maxime Cervulle : « La conscience dominante. Rapports sociaux de race et subjectivation » est rarement traité. J’espère y revenir plus longuement après avoir lu son récent « Dans le blanc des yeux. Diversité, racisme et médias », ouvrage paru aux Editions Amsterdam.

L’article est précédée d’une citation de Colette Guillaumin « Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale des réalités ».

Pour l’auteur, « L’enjeu est donc d’appréhender les pratiques de soi par lesquelles se constitue le sujet blanc, afin de saisir les formes de consentement tacite à la domination que manifestent ceux et celles qui en seraient les bénéficiaires ». Le racisme, comme rapport social, est le plus souvent interrogé du coté de ces effets sur les racialisé-e-s, invisibilisant celles et ceux qui participent à/de ces rapports, du coté de leur couleur blanche. Il s’agit pourtant bien d’une même construction sociale aux effets asymétriques. Le questionnement doit donc excéder « la question de l’expérience minoritaire » pour appréhender simultanément « le sujet blanc en tant que produit du racisme ». Il convient donc de regarder « de l’autre coté du miroir », d’étudier les effets que la racialisation a sur les êtres humains socialement considéré-e-s comme blanc-he-s. Comme nous le rappelle Maxime Cervulle, le concept de blanchité ne renvoie ni à un type corporel, ni à une origine définie, « mais à un construit social : aux modalités dynamiques par lesquelles, en certains contextes sociohistoriques, certains individus ou groupes peuvent être assignés (selon un processus d’allo-identification) ou adhérer (selon un processus d’auto-identification) à une « identité blanche » socialement gratifiante ».

Ne pas reconnaître cette « couleur », socialement construite, c’est faire preuve d’une ignorance agencée, naturalisée et valorisée. Je partage avec l’auteur que l’enjeu est « de souligner le rôle constitutif de la formation sociale de l’ignorance pour le sujet de la domination », une forme de « fétichisme » pour emprunter un concept à la critique de l’économie politique.

Et l’auteur conclut : « sans doute faudrait-il considérer alors les agencements sociocognitifs par lesquels le sujet dominant alternativement ignore, connaît, reconnaît, conteste ou dissimule les modes d’exercice de la domination, pour ce qu’ils sont aux yeux des dominé.e.s »…

Au delà de l’intérêt des analyses de Salima Amari « Des lesbiennes en devenir. Coming-out, loyauté filiale et hétéronormativité chez des descendantes d’immigrant·e·s maghrébin·e·s », de Maria José Casa-Nova « Citoyenneté, ethnicité et dialecticité du pouvoir dans les relations de genre. Discours et pratiques dans une communauté tsigane du Portugal » et de Lamia Missaoui « Les couples transfuges des territoires gitans et la scolarisation de leurs enfants », je voudrais souligner le danger d’études non comparatives.

Une lecture ne prenant pas en compte d’autres configurations sociales, laisserait à penser que les effets analysés relèvent seulement de groupes « non modernes », de coutumes ou d’affiliations identitaires, de loyauté qui ne concerneraient que les populations « minoritaires ». Les groupes « majoritaires » ont aussi leurs propres coutumes, leurs propres affiliations identitaires, leurs systèmes de loyauté. S’il n’est pas neutre socialement d’être/se sentir inclus-e dans un groupe « minoritaire » ou « majoritaire », les rapports sociaux de sexe ou de sexualité, ici évoqués, sont construits ou articulés, de manière complexe, différente, etc., autour des mêmes inégalités de genre et hétérosexisme maintenus, dans tous les groupes sociaux. Ce qui ne signifie pas que les espaces d’autonomie construits, revendiqués ou partiellement acquis, des individues soit similaires.

Pour finir, je voudrais évoquer le réjouissant article de Sara Ahmed : « Les rabat-joie féministes (et autres sujets obstinés) ». Dire le féminisme, rappeler l’existence des femmes, c’est déranger la table, c’est « créer un problème en déclarant problématique ce qui vient d’être dit ». Mais c’est aussi, comme l’écrit justement l’auteure « Vous devenez le problème que vous avez créé ». Car dans un lieu partagé, « Ne pas avoir sa chaise à la table du bonheur, c’est une menace potentielle, non seulement pour la table elle-même mais aussi pour ce qui se trouve assemblé autour et dessus ».

Et Sara Ahmed indique que « Rendre la parole à la rabat-joie pourrait être un projet féministe ». Être rabat-joie pourrait « constituer en soi un projet de développement du savoir et d’invention d’un monde ».

Dans cet article, Sara Ahmed souligne aussi la nécessaire volonté d’obstruer « équivalent de l’audace, l’obstination comme mode de résistance, créativité », « un refus de détourner le regard de ce sur quoi trop souvent on ne s’arrête pas ».

https://sorryimnotsorry.wordpress.com/2017/05/15/feministes-rabat-joie-et-autres-sujets-obstines-sara-ahmed/

Je signale aussi l’hommage à Françoise Collin. « Affirmer que ce qui fut partout et toujours (une fois dissipé le fantasme un moment esquissé du matriarcat) ne sera plus : telle est l’impertinence et l’audace insolente du mouvement féministe quand il met en question les rapports séculairement noués entre les sexes, comme on prouve la marche et marchant. »

Une nouvelle fois, un numéro de grande qualité.

Cahiers du genre N°53 : Subjectivités et rapports sociaux

Coordonné par Maxime Cervulle, Danièle Kergoat et Armelle Testenoire

Editions L’Harmattan, Paris 2012, 263 pages, 24,50 euros

Didier Epsztajn

Une croyance vivace : la différence naturelle des sexes

2En introduction « L’enfance, laboratoire du genre », Sylvie Cromer, Sandrine Dauphin et Delphine Naudier proposent de « scruter les formes et interactions ludiques de socialisation ». Elles indiquent, entre autres, que « l’enfance dont il est question dans ce numéro est entendue dans sa dimension élargie, du bébé en âge d’aller à la crèche jusqu’au préadolescent de 13 ans environ » et qu’il « s’agit de comprendre comment, à la confluence de plusieurs instances socialisatrices – les familles, les institutions, les pairs, les médias – et en tension entre dépendance et atomisation, l’enfance devient un laboratoire des transactions de genre, pour les adultes, comme pour les enfants ».

Les différentes auteures analyseront maints aspects des socialisations : encouragement des capacités physiques des garçons, souci de l’apparence des filles, assignation des femmes à s’occuper des enfants en bas âge, neutralisation du masculin, contrôle parental sur les vêtements, apprentissage de la séduction pour les filles, voilement et dévoilement du corps, etc.

Je ne présente que quelques éléments.

Geneviève Cresson « Indicible mais omniprésent : le genre dans le lieux d’accueil de la petite enfance » nous rappelle que « garçons et filles passent l’essentiel de leur temps avec des femmes et reçoivent d’elles la quasi-totalité des réponses à leurs besoins humains ». Cette division sociale du travail conforte que le rôle « naturel » des femmes. L’auteure analyse la vie quotidienne dans les crèches, les aménagements, les jeux et jouets, l’intégration des représentations de personnages dans les livres, le sexe (son absence) sur les poupées-filles et sa présence sur les poupées-garçons, le corps, l’apparence, les vêtements, les pratiques différenciées, les préoccupations pour « la motricité des garçons » et « l’admiration de la beauté des filles », la stimulation plus importante des garçons. Elle souligne que les professionnelles interrogées ne semblent pas considérer la question du genre comme pertinente. Dans ces espaces de socialisation, les rapports sociaux de sexe « se reproduisent à bas bruit et très efficacement sous nos yeux ».

Monica Zegaï étudie « La mise en scène de la différence de sexes dans les jouets et leurs espaces de commercialisation », le discours linguistique et iconique, la ségrégation dans la mise en discours des jouets, la place de l’activité domestique, de la passivité, de l’intérieur, de la communication pour les activités réservées aux filles, la vitesse, les véhicules, la technique, la compétition pour les garçons, « le mur invisible presque infranchissable » dans l’univers des enfants, les dichotomies danger/sécurité, compétition/coopération, etc. L’auteure ajoute « Si les frontières symboliques enferment les petites filles à l’intérieur, elles imposent aux petits garçons de rester à l’extérieur pour se dépasser en permanence. La maîtrise de la sphère qui incombe à son sexe semble être la priorité, et le challenge ne se situe que du coté masculin, compte tenu de l’infinitude du territoire à conquérir et des possibilités de maîtrise du temps toujours plus grandes ».

Particulièrement significatives sont les analyses sur les déguisements, la dissimulation du corps pour les uns et la mise en valeur pour les autres.

« La manipulation quotidienne et dès le plus jeune âge des représentations sociales liées à la différence des sexes matérialisées dans ces objets de l’enfance permet ainsi l’expérience ludique de devenir une véritable pédagogie visant à construire le genre ».

Sylvie Octobre traite « La socialisation culturelles sexuée des enfant au sein de la famille », le triple registre des assignations sexuées « la représentation des sexes, la catégorisation sexuée des objets culturels, et la qualification sexuée de l’éducation implicite et explicite ». Elle analyse, entre autres, la naturalisation des caractéristiques et les enjeux en termes de « régulation familiale et sociale », les répertoires de pratiques souhaités pour les un-e-s et les autres, la place du sport pour les uns et de la lecture pour les autres, etc. L’auteure indique « la socialisation sexuée est donc à géométrie variable, mobilisant tantôt la catégorisation sexuée de la tâche éducative, celle de la pratique ou enfin le sexe de l’enfant ».

Si le « garçon manqué » est une figure régulièrement évoquée, la « fille manquée » n’existe pas. J’ai été notamment intéressé par les analyses sur la « configuration combinatoire » et en particulier sur une conclusion, même si je ne l’aurai pas exprimée de cette manière (car le champ des possibles pour les filles reste toujours plus restreint que celui des garçons) : « Dans tous les milieux, il semble davantage toléré que les filles fassent, au sein des dynamiques familiales, des emprunts au répertoire symbolique des pratiques et consommations culturelles de l’autre sexe, alors que les garçons ne bénéficient pas d’un mouvement symétrique d’ouverture du champ des possibles » ou pour le dire autrement « la  »féminisation » des garçons apparaît comme un risque social bien plus important que la  »masculinisation » des filles ». L’article se termine sur le « travail » des adolescentes, le développement de stratégies afin d’échapper à la « tyrannie du genre ».

Sylvie Cromer « Le masculin n’est pas un sexe : prémices du sujet neutre dans la presse et le théâtre pour enfants » analyse les processus qui impose la prééminence d’un masculin à prétention universelle. Au passage, elle critique la tendance éditoriale française à « mettre l’accent sur la thématique du travail de l’identité, en éludant le social ». Dans les récits étudiés, l’auteure constate « un déséquilibre numérique entre les deux sexes », la prééminence de l’acteur « premier », « majeur » le personnage de sexe masculin et l’essentialisation du féminin « les filles et les femmes s’avèrent essentialisées, par leur satellisation vis-à-vis du sexe masculin ou leur excentrement du social, que semble symboliser leur marquage physique », ou pour le dire autrement, « les filles n’ont pas de place propre dans le social ». L’auteure insiste particulièrement sur « le marquage physique du féminin », les attributs corporels, alors qu’inversement « le masculin n’est pas identifié comme tel : il est ». Sylvie Cromer termine sur l’humanité présentée comme masculine et sur la transmutation des personnages masculins en neutres.

J’ai aussi apprécié les articles de Eva Söderberg « L’héritage de Fifi Brindacier en Suède », de Martine Court « Le corps prescrit. Sport et travail de l’apparence dans la presse pour filles », et d’Aurélia Mardon « Construire son identité de fille et de garçon : pratiques et styles vestimentaires au collège ».

Les autres textes concernent « Le genre de l’éducation à la sexualité des jeunes gens (1900-1940) » (Virginie De Luca Barrusse) ; « La migration empêchée et la survie économique : services et échanges sexuels des Sénégalaises au Maroc » (Anaïk Pian) et des articles sur des revues, des thèses ainsi que des notes de lecture.

Une remarque critique : des auteures utilisent le terme de « classe moyenne » ou de « classes populaires » (ou « milieu populaire ») sans en donner de définition. Elles soulignent des différenciations dans les socialisations genrées des enfants, en « valorisant » des pratiques « plus ouvertes » dans la « classe moyenne ». Cela me semble plus traduire une proximité sociale qu’une analyse matérielle, sans oublier un certain mépris lié à l’absence de recul sur leurs propres situations sociales. Que les socialisations soient différenciées dans des « sous-catégories » de salarié-e-s (80% de la population) est une chose, que des « desserrements » de contraintes de genre soient soulignés en est une autre, mais ni les pratiques des un-e-s, ni celles des autres ne remettent significativement en cause le système de genre, la hiérarchie structurelle entre homme et femme.

La dénonciation des stéréotypes de genre ne peut être séparée d’une question politique, celle de la domination structurelle des hommes sur les femmes. Un numéro pour analyser la construction des individu-e-s comme homme et femme, contre les visions naturalistes ou essentialistes.

Cahiers du Genre N° 19 /2010 : Les objets de l’enfance

L’Harmattan, Paris 2010, 264 pages, 24,50 euros

Didier Epsztajn

Reconnaître dans ces histoires passées quelque chose qui nous concerne car, demeuré impensé, irrésolu, qui hante notre présent

« Notre interrogation de départ porte, plus particulièrement, sur la difficulté des mouvements féministes de résister avec efficacité à la rhétorique et aux pratiques néocoloniales qui sont en train de faire du sexisme et de l’inégalité de sexe l’apanage exclusif de cultures ‘arriérées’, par opposition auxquelles s’affirme la civilité du ‘monde occidental’, avec sa tolérance, son féminisme et, surtout, sa capacité inépuisable de changement. »

Maria Eleonora Sanna et Eleni Varikas soulignent « Penser ensemble ces subalternités multiples, confronter et mettre en dialogue des expériences discordantes de l’hétéronomie et de l’oppression, c’est interroger leur historicité, les visions différentes de l’émancipation, les formes de subjectivité et les attentes sociales auxquelles ces expériences ont donné lieu ; c’est enfin, inclure ces généalogies dissonantes, leur indépendance et leur co-temporalité, dans les catégories au moyen desquelles on pense nos sociétés contemporaines, leurs traditions politiques, leur traitement de la pluralité humaine. »

Si nous avons le « même devenir historique », nous n’avons pas la même place dans le passé, nations dominantes pour les un-e-s, traite, esclavage et/ou conquêtes coloniales pour les autres. Et nous pouvons nous laisser facilement embarquer, au nom d’une soit-disant émancipation déjà là, à inventer une histoire linéaire, vu d’ici et plaçant les Autres forcément en décalage voire en retard.

Les coordinatrices du dossier insistent sur « le produit de l’imaginaire colonial et des modes de légitimation qu’il a généré », la sacralisation d’un « passage à la modernité » européenne indépendante des conquêtes coloniales, sans oublier les « processus de déshumanisation à l’intérieur de l’Europe, l’expulsion des Juifs et des Maures de la Péninsule ibérique… ». Notre version fantasmatique de la liberté et des Lumières est profondément muette sur les femmes, les noirs, la traite transatlantique etc…

Les auteures choisissent, à juste titre me semble-t-il, la notion de « colonialité » pour appréhender ces barrières cognitives « Contournant les ambiguïtés du post dans le postcolonial, qui risque de réaffirmer une vision linéaire du temps (ce qui vient après le colonialisme soit pour y mettre fin, soit pour le prolonger), la notion de colonialité de pouvoir élaborée par des penseurs des études subalternes, pour la plupart latino-américains, pose une question de nature épistémique ». Cette grille de lecture permet « d’inclure les ‘nombreuses réponses’ adressées au cours des derniers siècles à cette modernité monophonique. »

En soulignant les apports des analyses genrée et en présentant les différents articles, les auteures nous rappellent, entre autres,« le corps des femmes qui fut longtemps l’instrument d’un eugénisme raciste, devient maintenant l’instrument d’un nationalisme communautaire ».

Dans ce dossier, Irène Silverblatt traite « Chasteté et pureté des liens sociaux dans le Pérou du XVIIe siècle ». Elle analyse, entre autres « des contes de fées sur l’honneur et autres sermons coloniaux », les constructions et reconstructions des codes à travers le temps et conclue « L’ironie du sort voulut néanmoins que les valeurs familiales des colons imprègnent profondément l’approche indigénisme : la vertu des femmes ne pouvait être célébrée qu’au dépens des rapports de sexe – un coût ancré dans l’idéologie et dans les pratiques de la conquête espagnole que les indigénistes récusaient si violemment. »

Le passé soit-disant « premier » reste une construction en rapport avec les migrations, les rencontres entre groupes, les métissages divers et variés.

En absence de connaissance sur ces pays, je signale les deux articles suivant sur le Japon et l’Inde : Naoki Sakai « Le genre, enjeu politqiue et langage du nationalisme postcolonial japonais » et Paola Bacchetta « Queer et xénophobie dans le nationalisme hindou postcolonial ».

Malek Bouyahia « Genre, sexualité et médecine coloniale. Impensés de l’identité ‘indigène’ »  analyse les rôles des experts, en l’occurrence des médecins, dans la construction/invention des ‘indigènes’, de leur sexualisation et du racisme plus généralement. « Cette construction active/passive de l’identité est coextensive à d’autres oppositions dichotomiques (dedans/dehors, riches/pauvres, hommes/femmes, normal/anormal, national/étranger, virils/efféminés) qui déterminent et définissent les rapports de la métropole et de ses colonies. Ces oppositions sont au fondement de la construction binaire du centre et c’est sur ce modèle que la périphérie sera organisée. » L’auteur nous invite à nous interroger sur l’héritage de cette histoire coloniale « et ce que nous avons intériorisé comme leg ‘infâme’, qui nous condamnent à ne pas aller à la rencontre des autres. »

Par ailleurs, comme hier, il convient de désacraliser les experts. Leurs paroles ne sauraient être séparées de leurs opinions, quoiqu’ils en disent et quelque soit le vernis ou le fondement scientifique dont ils se glorifient. La politique est fait de choix pas de « vérités ».

Maria Eleonora Sanna « Ces corps qui ne comptent pas : les musulmanes voilées en France et au Royaume-Uni » réexamine le produit des traditions des deux pays aux dispositifs juridiques distincts « au prisme de la question de l’égalité des sexes afin d’interroger les effets sociaux et politiques concrets sur les personnes concernées. »

Elle insiste à la fois sur « Tout se passe comme si ‘la différence’ entre elles, les musulmanes voilées, et nous était un obstacle au processus de ‘la civilisation occidentale’ plutôt qu’une modalité de fonctionnement du pouvoir moderne » et sur « le présupposé selon lequel l’autonomie et l’émancipation des femmes seraient acquises dans les sociétés occidentales et le foulard leur porterait atteinte. »

Je souligne trois autres extraits de ce texte :

  • « En même temps, la mise à l’écart des mouvements féministes antiracistes ainsi que que des activistes musulmanes a anéanti la possibilité d’une véritable délibération démocratique sur le contenu et les stratégies de l’émancipation de tous et toutes, susceptible de prendre en considération les configurations multiples de la subordination des femmes dans les sociétés libérales contemporaines, tout comme la possibilité de convergence de différentes luttes féministes »

  • « la grille interprétative de l’égalité des sexes permet, précisément, d’interroger la tension, propre aux démocraties libérales contemporaines, entre, d’une part, la construction consubstantielle des États-nations au sein de l’Europe et des empires coloniaux en dehors de celle-ci, et, d’autre part, les principes libéraux d’inclusion universelle »

  • « Il s’agit aussi du danger d’obscurcir ou de relativiser la réalité des abus religieux et patriarcaux quels qu’ils soient sur les corps et les sexualités des individu-e-s »

L’avant dernier texte concerne des « invisibles parmi les invisibles », les populations les plus (dé)niées d’Europe à savoir les rroms, « La stérilisation forcée des femmes roms dans l’Europe d’aujourd’hui (Angéla Koczé)

Le dossier se termine par un entretien avec Wendy Brown « Configurations contemporaines de la domination et des résistances : un regard transnational ».

J’attire l’attention sur son analyse critique de la tolérance et très subjectivement, je ne présente que quelques extraits qui me semblent emblématiques de cette intervention.

  • « Aussi la question est-elle la suivante : est-il stratégiquement plus efficace de continuer à soutenir les revendications identitaires ou de dénoncer le contenu norminatif du soi-disant universel ? Je pense qu’il faut toujours faire les deux à la fois. Les revendications identitaires ne parviendront à convaincre largement qu’en montrant la partialité des principes généraux et universels.»

  • « L’honneur, la modestie, la fidélité sexuelle, la reproduction : tous ces attributs et fonctions sont assignés au corps des femmes, de manière à les subordonner à un projet élaboré et conduit par les hommes. »

  • « Cela exige par ailleurs de réfléchir simultanément à plusieurs niveaux et en abordant plusieurs problèmes à la fois, comme celui de la violence contre les femmes, la persistance d’un discours colonial sur la race et la religion, celui la normativité hétérosexuelle, celui de l’approche néolibérale de la vie quotidienne, celui de l’appropriation des États par le capital financier, le fait que le discours universel sur les droits humains soit souvent un instrument de suprématie pour la civilisation occidentale, le problème enfin de l’existence d’un ordre économique dont l’impératif est la croissance et le profit, mais jamais une planète durable, ni les besoins d’une vie qui ait un sens. »

Pour compléter ce riche numéro, un texte de Nancy Fraser « Féminisme, capitalisme et ruses de l’histoire », une « lecture » de l’œuvre de Nicole-Claude Mathieu par Jules Falquet « Pour une anatomie des classes de sexe : Nicole-Claude Mathieu ou la conscience des opprimé.e.s » et de nombreuses notes de lecture.

Cahiers du genre N°50 : Genre, modernité et ‘colonialité’ du pouvoir

Coordonné par Maria Eleonora Sanna et Eleni Varikas

L’harmattan, Paris 2011, 268 pages, 24,50 euros

Didier Epsztajn