Violences et soins : soins des victimes/victimes des soins

EMAILING COLLOQUE VIOLENCES ET SOINS_BDL’Association Mémoire Traumatique et Victimologie a le plaisir de vous inviter à son deuxième colloque :

 VIOLENCES ET SOINS : SOINS DES VICTIMES/VICTIMES DES SOINS
le 5 novembre 2013 de 9h à 18h
à l’Agoreine : 63 boulevard du Marechal Joffre, 92340 Bourg la Reine,
Colloque ouvert à toutes et tous, participation libre et réservation obligatoire par mail : colloque.violencesetsoins@gmail.com

Le travail de prévention

1A l’Université de Rouen, depuis janvier 2012, le Laboratoire DySoLA (DYnamiques SOciales et LAngagières) s’est enrichi d’une équipe d’accueil regroupant en sociologie des chercheurs dédiés aux thèmes médecine santé et environnements. A l’origine de l’ouvrage, une enquête de terrain a été menée auprès de 17 entreprises de Haute Normandie, sur les démarches de prévention des risques cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (CMR) par les enseignants chercheurs.

Outre le soutien financier de l’Agence de nationale de sécurité sanitaire, ce travail a bénéficié du soutien de Patrick Le Moal, Directeur adjoint du travail et de David Morel, inspecteur du travail en Haute Normandie, d’échanges avec convention de recherche entre les services de la Carsat, de l’Aract et de la Direccte et du service de médecine du travail et pathologie professionnelle du CHU, et d’échanges amicaux avec Annie Thébaud-Mony.

Les chercheurs attendaient des réponses à leur question essentielle : qui prend l’initiative d’une démarche de prévention, quels dispositifs sont mis en place, quels enjeux pour les acteurs impliqués dans les démarches, dans des entreprises des secteurs : Avion, Bois, Chimie, Déchets, Fonderie, Maintenance, Menuiserie, Nettoyage, Pétrochimie, Pharmacie, Plastique, Santé, Tôles, Verre.

De l’enquête, les auteurs sortiront pour ce livre de 194 pages, six chapitres d’observations et d’analyses sur les démarches de prévention. Ils ne négligent pas de faire un rappel de la législation, du concept de risques, du rôle des CHSCT et de leurs partenaires dans la prévention de la santé au travail, de l’importance des médecins du travail et des inspecteurs du travail. Ils tentent d’analyser pourquoi si peu de place est faite à la prévention, et observent également le rôle du CHSCT élargi en cas de sous-traitance.

La bibliographie très riche est intéressante sur la notion de « risques, inégalités sociales de santé, risques psycho-sociaux »; elle souligne d’importantes données des récentes enquêtes de la Dares (Direction de l’animation de la Recherche, des Eudes et des Statistiques) ; du CEE (Centre Etudes et Emploi), de l’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail). Une place justifiée est faite aux articles de Annie Thébaud-Mony.

Mias Arnaud, Legrand Emilie, Carricaburu Danièle, Féliu François, Jamet Ludovic : Le travail de prévention. Les relations professionnelles face aux risques cancérogènes.

Octares, juin 2013, 194 pages, 23 euros

Ginette Francequin

Retrouver les chemins de la remise en cause de la société entière

3Dans sa préface, Serge Volkoff rappelle que « les contraintes et les expositions professionnelles sont un facteur important de mortalité différentielle ». Il souligne aussi les retards pris pour agir contre « l’ampleur des dégâts potentiels du travail » et développer la prévention, d’autant que les risques professionnels sont niés, invisibilisés ou naturalisés. A noter que cette naturalisation est genrée : soit disant-résistance physique pour les hommes et soit-disante patience des femmes ; derrière les mots, le mythe de l’inné sexualisé.

Aux risques sous-évalués, s’ajoute un second mythe, celui du progrès (enrichissement du travail, autonomie accrue, etc.).

Pourtant, derrière des descriptions très contestables du travail « néolibéral », il y a l’ajustement de la production en temps réel ; l’intensification générale du travail ; les flux tendus, les petites séries, « les pressions » de la demande, des clients ; l’extension aux commerces et aux services, des normes de contrôles et de productions industrielles. L’auteur souligne que « la pression du temps réduit l’espace des choix possibles », entraînant entre autres, des « risques psychosociaux » pointant, au delà du terme vague et en vogue des « processus de fragilisation divers et redoutables ».

Les problèmes de santé ne sont pas pris en compte dans les choix financiers, commerciaux et organisationnels des entreprises, alors que « L’aveu assumé d’une intensification, présentée aujourd’hui comme inévitable, pourrait faire à terme davantage de dégâts que les formes de dénégation qui l’ont précédé ces dernières décennies ».

Les points de vue managériaux et patronaux sont très contestables tant du point de vue de « l’organisation du travail, de l’enrichissement des compétences, et de la préservation de la santé et de l’environnement ». Et dans cette contestation, une instance représentative du personnel peut jouer un rôle important : les Comités Hygiène Sécurité et Conditions de Travail (CHSCT).

En introduction, Hélène Adam et Louis-Marie Barnier soulignent que pour l’employeur « si la santé n’a pas de prix elle a un coût ! ». J’ajoute, que tout est « coût » dans une entreprise, sauf les rémunérations faramineuses des « hautes directions » et les dividendes versés, en contrepartie de risques, aussi inexistants que valorisés, des actionnaires…

Les auteur-e-s expliquent leur conception du travail « expression d’un rapport social qui dépasse largement le lieu de travail » et rappellent la « hausse considérable de la productivité » depuis 30 ans, la déconnexion recherchée, par les employeurs, entre santé et travail, la responsabilité rejetée sur la/le salarié-e « négligent-e » de « son » accident du travail et montrent la « double nature » du CHSCT (« lieu simultané d’affrontement et de consensus »).

Elle et il présentent leur livre : « Un des fils conducteurs de cet ouvrage est la prise de conscience que le syndicalisme doit se réfléchir comme un mouvement social à part entière, intégrant la remise en cause des rapports de travail dans un schéma large d’évolution des rapports de la société ». Elle et il réfléchissent à la question de la santé au travail sous l’angle d’une contradiction : « le rapport autodestructeur du capitalisme avec ceux-là mêmes qui tous les jours participent à l’accumulation capitaliste ». La santé est un élément des rapports sociaux de production, du rapport de travail, ce qui implique de réfléchir à la fois sur les « les lieux de travail » et sur « l’ensemble des rapports sociaux de production ». Les auteur-e-s expliquent les rôles du CHSCT, les tensions entre individuel-le et collectif, entre résistance et compromis et soulignent que cette instance n’est pas utilisée « dans toute sa puissance ».

Elle et il n’oublient pas que « Une analyse spécifique de la santé au travail des femmes nous semble essentielle pour interroger une approche traditionnelle très masculine » ( Sur le travail des femmes, voir, entre autres, Danielle Kergoat : Se battre disent-elles…, Travailleuse n’est pas le féminin de travailleur), et indiquent que c’est particulièrement l’organisation du travail et ses conséquences, dans un « contexte de reconfiguration néolibérale » qui seront analysées.

Les auteur-e-s s’appuieront sur des textes et expériences syndicales et sur des exemples d’« entreprises » (essentiellement, dans les Télécommunications, le Transport aérien ou au Ministère des finances).

En suivant le plan de l’ouvrage, je ne présente que certains éléments.

Dans la première partie « Émanciper le travail », Hélène Adam et Louis-Marie Barnier commencent par un rappel nécessaire « L’émancipation du travail demeure un objectif majeur du mouvement ouvrier. Elle a été pensée historiquement sur deux modèles, la réduction du temps de travail dégageant le temps libre et émancipateur, et l’émancipation du travail lui-même. Les deux démarches sont inséparables, chacune n’étant que le revers de l’autre ».

Loin de cette émancipation, la reconfiguration néolibérale du travail se traduit par « un contrôle en hausse des salariés, un éclatement des collectifs, un appel à investir sa subjectivité », sans oublier l’intensification du travail, l’allongement des horaires, etc.

Cette partie est divisée en quatre chapitres :

  1. « De la santé publique à la responsabilité de l’employeur, histoire d’un enjeu social ». Les auteur-e-s analysent les évolutions, des Délégués à la sécurité des mines, à la naissance de l’Inspection du travail, de la reconnaissance de l’indemnisation des accidents du travail à l’émergence de la responsabilité patronale, de la généralisation des délégué-e-s du personnel à la création de la Sécurité Sociale, des Comités d’entreprise, des CHS, aux Lois Auroux et au CHSCT, jusqu’aux problématiques actuelles de la santé physique et mentale…, tout en mettant en parallèle les transformations des organisations et des conditions de travail au sens le plus large du terme.

  2. « Les CHSCT face au travail néolibéral ». Hélène Adam et Louis-Marie Barnier analysent les reconfigurations du travail, la place de la notation (« L’évaluation des salariés est au cœur des processus de transformation du travail par le néolibéralisme »), les nouvelles contraintes pesant sur les salarié-e-s, les notions d’adaptation, la valorisation du comportement individuel, les exigences contradictoires pesant sur les salarié-e-s, les risques psychosociaux (« Mais demeure le risque d’isoler, dans une problématique unique des risques psychosociaux, l’ensemble des évolutions de l’organisation du travail »), les transformations de la Médecine du travail. Elle et il terminent sur la nécessité de ne pas en rester au niveau local, d’utiliser les enquêtes pour analyser les modifications organisationnelles et de comprendre les enjeux plus globaux du néolibéralisme.

  3. « Femmes productrices ou reproductrices ? ». Comme l’indiquent les auteur-e-s, « Les femmes ont en effet toujours travaillé mais elles n’ont pas toujours été reconnues comme salariées, donc insérées dans un processus de travail collectif » et l’analyse « des atteintes à la santé des femmes au travail reste à construire ». Dans l’histoire du travail des femmes, il convient de prendre en compte son extension, les améliorations des conditions de travail, le rapport spécifique des femmes à l’emploi et au travail, (comme le dit Danielle Kergoat « Travailleuse n’est pas le féminin de travailleur »). Il faut aussi analyser la division sexuelle du travail comme construction sociale, les moindres responsabilités hiérarchiques et accès aux formations, leur relégation dans les emplois les moins qualifiés, les emplois « invisibles », le temps partiel imposé, la double journée de travail avec le travail domestique, etc. Sans oublier les violences, le harcèlement sexuel qui « s’inscrit dans une relation de domination et concerne tout acte ou parole visant à rabaisser les femmes à un objet sexuel ». Ces éléments impliquent « une démarche syndicale volontariste » pour dégager des axes d’intervention pour les CHSCT. Les auteur-e-s concluent : « Agir sur la santé des femmes implique de prendre en compte le rapport au travail, le lien avec la vie personnelle et temps de travail, les actes d’atteinte à la dignité comme les atteintes à la santé, donc de considérer l’ensemble du rapport social de domination ».

  4. « Une autre organisation du travail ? ». Hélène Adam et Louis-Marie Barnier centrent leur présentation sur le « Document unique », l’évaluation des risques, les mesures de préventions. Pour cela il faut commencer par « identifier les dangers et analyser les risques. Ces deux notions se différencient ainsi : le danger est la capacité interne ou intrinsèque d’un équipement, d’une substance ou d’une situation de travail, de causer un dommage au salarié. L’analyse des risques, est le résultat d’une étude des conditions d’exposition des travailleurs à ces dangers. Elle mène donc à interroger l’organisation du travail. C’est le résultat de ces étapes que le document unique vise à transcrire ». Elle et il montrent le lien entre « situation » individuelle (risque poste à poste) et dimension collective (organisation du travail) et soulignent que « Tout accroissement de la dimension collective du salariat agit comme ferment d’émancipation ».

La seconde partie « Entre État et employeur ». Les auteur-e-s reviennent, entre autres, sur les normes « Avancer d’autres normes de travail et d’autres valeurs que celle du profit, reconstruire du collectif, autant d’enjeux fondamentaux portés par l’action pour la sécurité au travail ».

  1. « Le travail sous contrôle des normes de sécurité ». Le travail néolibéral déstructure les collectifs et renvoie chaque salarié-e-s à sa « responsabilité », son « employabilité », son « investissement », sa « disponibilité » alors que le travail est de plus en plus socialisé, que chacun-e est plus dépendant-e de la collaboration avec d’autres salarié-e-s, d’organisations globales du travail. Concernant la sécurité, les auteur-e-s soulignent « L’enjeu du port des équipements de protections individuelles, alors même que le Code du travail impose de considérer d’abord les éléments collectifs de protection, revient au même débat visant à faire porter au salarié la responsabilité de sa propre sécurité. Il en va certes d’enjeux économiques importants (« qui est responsable de tel accident »), mais aussi d’une conception générale du contrat de travail et de la place de l’engagement individuel dans ce contrat ».

  2. « Le collectif face à l’éclatement du travail ». Les auteur-e-s traitent de la responsabilité des employeurs, de « l’imagination destructrice » pour faire baisser les coûts, émietter les collectifs, mettre en concurrence les salarié-e-s, développer la précarisation des contrats, augmenter la sous-traitance et l’externalisation de tâches. Elle et il nous rappellent que l’élaboration de plans de prévention concerne à la fois les entreprises donneuses d’ordre que les entreprises sous-traitantes et proposent la mise en place de CHSCT de site. A juste titre, les auteur-e-s soulignent que limiter le CHSCT à un périmètre restreint « revient pour l’entreprise à le  »dépolitiser » en quelque sorte ». A l’inverse les élu-e-s et plus largement les syndicalistes devraient « dépasser la fragmentation des situations locales » et « construire la responsabilité de l’employeur ».

  3. « Négocier ou imposer la loi ? ». Les auteur-e-s présentent, exemples à l’appui, les débats en regard du Code du Travail et de l’objet de la sécurité et de la santé et tirent quelques bilans de négociations. Elle et il soulignent qu’il faut que « Rendre sa dimension politique à la santé au travail passe donc par l’application pleine et entière de la puissance étatique », que « Ce regard de la société (et du droit pénal) porté dans l’entreprise vise à briser la particularité d’un espace privatif du droit » et concluent que « comme l’intervention du droit pénal le démontre, la santé au travail ne peut-être l’objet de négociation, tout au plus de travail en commun et de consensus pour construire ensemble cet objet étranger et antagonique au rapport d’exploitation, la santé des salariés ».

  4. « L’état employeur, une figure en transformation ». Souffrance au travail dans de multiples secteurs de la fonction publique, à « commencer » par l’Éducation nationale, droit « hors du commun » par le principe de parité, Révision générale des politiques publiques et privatisations, etc. La mise en place « récente » des CHSCT rompant avec « la sacro-sainte parité » est une avancée mais comme le disent les auteur-e-s « L’assimilation au droit privé en matière de santé au travail se révèle néanmoins contradictoire, dès lors qu’elle nierait la spécificité du rapport de l’agent du service public. Cette avancée dans la santé au travail pour les fonctionnaires deviendrait alors un pas de plus vers la banalisation du public en son opposé, le privé ».

Dans la troisième partie « Une démarche syndicale de dimension politique », les auteur-e-s proposent des réflexions, des questionnements sur la pratique du syndicalisme, en ouvrant, entre autres, les débats sur le dépassement des « frontières d’un activité locale inscrite dans le seul tête-à tête avec un employeur ».

  1. « Expertise et formation : la construction d’une parole légitime » : Entre appel aux salarié-e-s pour promouvoir le « point de vue de l’expérience ouvrière », recours aux experts, maîtrise de la formation des syndicalistes, il s’agit à la fois de se réapproprier le « sens du travail » en portant une « critique globale du travail » et de participer à la reconstruction d’une « autre légitimité, de tradition ouvrière » et d’améliorer les rapports de force.

  2. « Pour de nouvelles solidarités ». Hélène Adam et Louis-Marie Barnier reviennent sur la nécessité de rechercher des « ressources » hors de l’entreprise, sur le travail comme rapport social. Elle et il élargissent sur la division mondiale du travail, sur les contraintes écologiques, sur « un syndicalisme vert liant défense de l’environnement et de la santé des salariés » avec des exemples (AZF, Grand-paroisse, procès Eternit, amiante). La santé au travail relève à la fois d’une démarche de santé publique et d’un mouvement social, d’une jonction entre mouvement syndical et mouvement écologique.

  3. « Le CHSCT, un pouvoir sous contrôle ». Alors que le champ d’intervention des CHSCT est très large, « simultanément, et paradoxalement, c’est la faiblesses des moyens qui étonne », moyens limités volontairement par les employeurs, sans oublier la « situation surveillée » des élu-e-s, leur statut, en tant que salarié-e-s, de subordination. Elle et il montrent les apports permis par les liens entre l’instance, ses élu-e-s et le syndicalisme (« la médiation syndicale donne à cet engagement sa dimension collective. Elle permet aussi de dépasser le cadre étriqué de la relation de domination dans le travail, élément structurel du rapport d’exploitation, et de penser dans un espace d’autonomie »), et dénoncent « le tabou de la discrimination » syndicale.

En conclusion, les auteur-e-s soulignent les stratégies patronales d’enfermer la question de la santé « dans un cercle restreint pour en évacuer la parole des salariés ». Dans ce livre, elle et il ont tracé des pistes d’émergence d’un autre syndicalisme « qui repose sur le postulat de la mobilisation des salariés, condition de la construction de ce rapport de force ». Les auteur-e-s posent la question du « droit de veto » des CHSCT sur « les projets sur lesquels ils sont consultés, un veto qu’ils peuvent justifier en défense du droit fondamental des salariés à la santé » et rappellent l’exigence « d’un minimum de moyens autonomes » de fonctionnement, de la réaffirmation de la responsabilité des donneurs d’ordre (sous-traitance) dans le domaine des conditions de travail et de la santé au travail. Et elle et il proposent « l’élection directe par les salariés de leurs représentants au CHSCT » et termine sur une « démarche syndicale globale ouverte sur la société ».

Un ouvrage très intéressant, illustré de multiples exemples, tant sur les réalités du travail que sur les possibles utilisations des CHSCT et plus globalement sur le syndicalisme. Un livre qui séduira toutes celles et tous ceux qui ne se satisfont ni de leurs conditions de travail, ni de leur travail, ni des rapports sociaux réellement existants, toutes celles et tous ceux qui réfléchissent à l’émancipation du travail.

Compléments possibles : Notes de la Fondation Copernic, coordonné par Louis-Marie Barnier : Travailler tue en toute impunité…, Editions Syllepse 2009, La délinquance patronale doit être sanctionnée et différents livres chroniqués dans la rubrique Travail : Travail | Entre les lignes entre les mots

Hélène Adam et Louis-Marie Barnier : La santé n’a pas de prix

Voyage au cœur des Comités Hygiène Sécurité et Conditions de Travail

Editions Syllepse, Editions Syllepse – La santé n’a pas de prix, Paris 2013, 239 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

Lettre ouverte DES PSYCHANALYSTES FACE A L’EGALITE DES DROITS ET AU « MARIAGE POUR TOUS ».

Le projet de loi « Le mariage pour tous » a pour visée l’ouverture du droit au mariage de personnes de même sexe et par voie de conséquence, de l’adoption aux couples mariés de même sexe. Cette évolution de notre code civil mettrait enfin la France au diapason de neuf pays européens, treize dans le monde et neuf états américains.
En réaction à cette évolution démocratique, certains propos mettant en avant une supposée orthodoxie psychanalytique s’opposent formellement à ce projet.

Nous, psychanalystes (ou en formation psychanalytique), souhaitons par ce communiqué exprimer que « La psychanalyse » ne peut être invoquée pour s’opposer à un projet de loi visant l’égalité des droits. Au contraire, notre rapport à la psychanalyse nous empêche de nous en servir comme une morale ou une religion.
En conséquence, nous tenons à inviter le législateur à la plus extrême prudence concernant toute référence à la psychanalyse afin de justifier l’idéalisation d’un seul modèle familial.

Nous soutenons qu’il ne revient pas à la psychanalyse de se montrer moralisatrice et prédictive. Au contraire, rien dans le corpus théorique qui est le nôtre ne nous autorise à prédire le devenir des enfants quel que soit le couple qui les élève. La pratique psychanalytique nous enseigne depuis longtemps que l’on ne saurait tisser des relations de cause à effet entre un type d’organisation sociale ou familiale et une destinée psychique singulière.
De plus, la clinique de nombre d’entre nous avec des enfants de couples « homosexuels » atteste que ce milieu parental n’est ni plus ni moins pathogène qu’un autre environnement.

Il n’est pas inutile non plus de faire un retour aux prises de position de Freud concernant l’homosexualité. Pour s’en tenir, par exemple, aux toutes premières années de la naissance de la psychanalyse (1896), Freud signa une pétition initiée par le médecin et sexologue allemand Magnus Hirschfeld (1897) demandant l’abrogation du paragraphe 175 du code pénal allemand réprimant l’homosexualité masculine (recueillant plus de 6000 signatures dont celles aussi de Krafft-Ebing, Andréas-Salomé, Zola, Rilke, Mann et Einstein).

Aussi nous tenons à rendre publique notre position et ces éléments de réflexion dans le cadre du débat national qui est engagé.

Vous pouvez signer cette pétition ici.

Parmi les premierEs signataires :

Nicole Aknin, Stéphane Amar, Chawki Azouri, Anthony Ballenato, Carina Basualdo, Ariane Bazan, Fethi Benslama, Nicole Beauchamp, Jean-Baptiste Beaufils, Michèle Benhaïm, Isée Bernateau, Elie Bessac, Francis Bismuth, Jean-Pierre Bourgeron, Didier de Brouwer, Sophie Cadalen, Régine Cassin, Ingrid Chapard, Christiane Charmasson, Franck Chaumon, Natacha Chetcuti, Alice Cherki, Christian Colbeaux, Xavier Coquerelle, Marie Cousein, Laurence Croix, Alejandro Dagfal, Geneviève Delaisi de Parseval, Pierre Delion, Martine Denoyelle, Olivier Douville, Vincent Estellon, Lila Ferreira Lobo, Henri Fontana, Jacques Fousset, Nathalie Georges, Jacqueline Goffin-Grunchard, Thierry Goguel d’Allondans, Dominique Guevenoux, Philippe Grauer, Pascale Hassoun, Charlotte Herfray, Anne-Marie Houdebine, Jean-Pierre Journet, Hagger Karray,Elisabeth Lagache, Laurie Laufer, Sylvie Lausberg, Bernard Lemaigre, Jaak le Roy, Hubert Lisandre, Jean-Michel Louka, Houari Maïdi, Guy Massat, Pascal le Maléfan, Marika Moisseeff, Simone Molina,Pascale Molinier, Jean Mouchard, Claude Nachin, Mireille Nathan-Murat,Patrick De Neuter, Anick Ohayon, Jenyu Peng, Isabelle Perrin, Philippe Poret Serge G. Raymond, Frédéric de Rivoyre, Bernard Roland, Joseph Rouzel, Frédéric Salès, Marie-Jean Sauret, Carol Shapiro, Gilles-Olivier Silvagni, Dominique Texier, Carine Tiberghien, Saverio Tomasella, Marion Vallet-Armellino, Serge Vallon, Jean-Michel Vives, Josette Zouien…

Supprimez les dépassements d’honoraires ! Abolissons les privilèges !!

Communiqué de presse du 16 octobre 2012 du Syndicat de la Médecine générale

C’est incroyable ! Pour satisfaire les exigences d’une minorité de médecins bénéficiant du droit aux dépassements d’honoraires, le gouvernement s’apprête à brader l’accès aux soins. Si son objectif est de porter à plus de 50 % le nombre de Français ne pouvant pas se soigner, qu’il ait le courage de l’assumer. Les négociations conventionnelles entre le gouvernement, via la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, les complémentaires santé et les syndicats médicaux, sont en train de construire une procédure des plus scandaleuses. La CNAM propose tout simplement que le régime obligatoire de l’Assurance maladie (les cotisations de tous les assurés) serve à mieux rembourser les dépassements d’honoraires. Il permet ainsi aux médecins du secteur à honoraires libres de conserver leurs privilèges et ce sont tous les salariés qui vont assurer à ceux-ci de confortables revenus. Pour se donner bonne conscience, le gouvernement invente une procédure terriblement complexe pour sanctionner les médecins qui abusent, la procédure pouvant durer jusqu’à deux ans et étant soumise à l’avis des médecins qui bénéficient du droit aux dépassements. Ce qui signifie, l’expérience est connue, que ceux qui abusent ne risquent pas grand chose. Et pendant ce temps, le gouvernement ne fait rien pour les médecins du secteur 1 à honoraires opposables.
Le choix est clair, soit le gouvernement capitule par peur de l’influence d’une fraction des médecins libéraux, soit il comprend que l’accès aux soins concerne l’ensemble des citoyens et que la question de la rémunération des médecins mérite bien un débat démocratique.
M. Ayrault, il ne suffit pas de parler sans cesse de justice pour qu’elle existe. Il faut la défendre, la justice. Il est encore temps d’arrêter l’irréparable. Les médecins généralistes de ce pays sont responsables et conscients de leurs responsabilités, la défense de l’accès aux soins pour tous est une nécessité sociale et une valeur qui ne se négocie pas.
Le SMG appelle tous les soignants, tous les citoyens à protester contre cette tentative de bafouer l’accès aux soins pour tous.
Le SMG appelle la mise en place de mesures amenant à court terme à la suppression de tout dépassement d’honoraires et à l’extension rapide d’autres modes de rémunération des médecins que le paiement à l’acte

contact : Didier Ménard : 06 07 16 57 78

OGM-santé publique

Appel à signatures d’un communiqué des organisations de la société civile La publication de l’étude toxicologique à long terme par l’équipe du professeur Gilles-Eric Séralini (“Long Term Toxicity of a Roundup Herbicide and a Roundup Tolerant Genetically Modified Maize”, Food and Chemical Toxicology, octobre 2012) conclut à la toxicité d’un maïs OGM tolérant au Roundup (NK603) et du Roundup lui-même, l’herbicide le plus utilisé au monde.

Face à la gravité des conséquences sanitaires possibles, les organisations signataires s’inquiètent, et ce d’autant plus qu’elles constatent que les principales critiques de cette étude proviennent des membres des comités d’évaluation à l’origine de l’autorisation dudit maïs. Elles demandent donc la suspension provisoire des autorisations du maïs NK603 et du Roundup.

De plus, elles demandent la transparence sur les études d’évaluations des risques sur la santé et l’environnement ayant conduit à l’autorisation (culture ou importation) dans l’Union européenne des OGM et des pesticides. Elles exigent la communication des données brutes de ces études sur un site public en ligne et sous une forme exploitable statistiquement, pour permettre à l’ensemble de la société civile de réaliser ou commanditer toute contre-expertise.

Cette exigence de transparence concerne en priorité les données brutes des études ayant conduit à l’autorisation :

du maïs OGM NK603, autorisé à l’importation et à la consommation en Europe, objet de l’étude citée ;

des différentes formulations commerciales des Roundup autorisées en Europe, dont l’une fait l’objet de l’étude citée ;

de deux maïs OGM Bt : le Bt 176, le premier à avoir été autorisé à la culture en France, et le maïs MON810, seul maïs OGM autorisé actuellement à la culture en Europe ;

des sojas OGM tolérant le Roundup : le GTS 40-3-2, le plus ancien autorisé, et le soja qui entre actuellement le plus dans l’alimentation animale et humaine.

Envoyez vos signatures avant le 28 septembre à :

ogmsante@gmail.com

Chaque 3 minutes, un salarié européen meurt à cause de son travail

À l’heure où les plans d’austérité se multiplient, où le chômage partiel se banalise, où la durée de vie au travail s’allonge un peu partout, quel est l’état de santé des salariés européens ? Les inégalités sociales face à l’enjeu de la santé au travail demeurent très fortes. Pour espérer vivre vieux, mieux vaut être cadre qu’ouvrier, et ouvrier que jeune précaire. Entretien avec Laurent Vogel, de l’Institut syndical européen.

Basta !  : Comment se portent les salariés européens ?

Laurent Vogel [1] : Nous assistons à une détérioration de la santé au travail sur le long terme. Le problème est moins l’impact immédiat des conditions de travail sur la santé que le cumul des atteintes à la santé dans la durée. Dans le cadre de l’enquête européenne sur les conditions de travail [2], lorsque l’on demande aux salariés s’ils se sentent capables de travailler jusqu’à l’âge de 60 ans, les réponses négatives sont importantes. Un effet d’usure se manifeste : seulement 44 % des ouvriers non qualifiés pensent ainsi pouvoir tenir le coup jusqu’à 60 ans, et à peine la moitié des ouvriers qualifiés. Les différences sont fortes selon la place dans la hiérarchie sociale, car la proportion de ceux qui pensent pouvoir tenir le coup monte à 71 % pour les employés les plus qualifiés. Il existe ainsi un fossé entre les ouvriers les moins qualifiés et les personnes qui ont des qualifications élevées. En France, les ouvriers décèdent six ans et demi avant les cadres supérieurs. En Estonie, la différence d’espérance de vie entre un homme âgé de 25 ans possédant un diplôme universitaire et un homme du même âge possédant le niveau d’éducation le plus bas s’est accrue de 13 ans. La situation des femmes est plus favorable que celle des hommes dans des secteurs où les conséquences immédiates du travail sont moins perceptibles. Mais sur le long terme, les femmes perdent tout avantage. Elles sont notamment confrontées tout au long de leur vie à une organisation plus disciplinaire du travail.

Dans un contexte où la durée de vie au travail s’allonge…

Tout cela est effectivement inquiétant alors que dans beaucoup de pays européens l’âge de départ à la retraite et la durée du temps travaillé s’allongent. Cette logique simpliste qui vise à affirmer que l’espérance de vie augmentant, la durée du travail doit suivre, risque d’avoir des effets délétères. Les conditions de travail actuelles rendent cet objectif impossible pour une grande partie de la population.

460 personnes meurent chaque jour en Europe à la suite d’accidents et de maladies liés au travail (168 000 par an selon la Commission des affaires sociales du Parlement européen). Les décès liés au travail ont-ils tendance à se réduire ?

C’est, à mon avis, une estimation plutôt basse. Elle prend en compte les accidents du travail mais aussi les pathologies mortelles provoquées par le travail, principalement le cancer. Les accidents du travail mortels constituent une petite partie de ces décès : environ 6 000 par an. Ils ont tendance à diminuer. D’abord parce que les secteurs économiques changent : il y a moins d’emplois dans la sidérurgie ou les mines, des secteurs davantage exposés aux accidents. Ensuite, grâce à une amélioration des conditions de travail et de la prévention de la sécurité. Nous observons cependant une augmentation claire des cancers d’origine professionnelle. Cela s’explique vraisemblablement par une meilleure connaissance des différents types de cancers – nous sommes mieux en mesure de dire que tel cancer est causé par telle activité. Mais nous vivons aussi dans un modèle économique très dépendant des substances chimiques. Un point de PIB supplémentaire équivaut à une augmentation d’1 % des substances chimiques dangereuses produites par l’industrie. Selon certaines estimations, environ 28 % des travailleurs sont exposés à des substances cancérogènes [3] Les ouvriers sont beaucoup plus exposés que les employés, et les cadres supérieurs sont ceux qui s’en tirent le mieux. Dans le cas de la souffrance mentale et des suicides pouvant être liés au travail, nous ne disposons pas de données d’ensemble crédibles. Mais le phénomène existe partout en Europe, pas seulement en France comme l’a montré le drame des suicides à France Télécom.

En matière de prévention des risques au travail, quelle est l’ampleur des inégalités en Europe ?

Cela dépend des secteurs et des types de prévention. En Allemagne, par exemple, si les pratiques de prévention sont plutôt avancées en matière d’accidents du travail, elles ne le sont pas du tout concernant les cancers professionnels. Cela s’explique par le poids de l’industrie chimique. Globalement, plus les inégalités sont fortes dans la société, plus les inégalités découlant du travail sont importantes. Le niveau de prévention dépend aussi des capacités de mobilisation collective dans tel ou tel secteur. En France, le point positif, comparé à d’autres pays européens, est la relative visibilité de cette question depuis la révélation du scandale de l’amiante. Les conditions de travail sont présentes dans le débat public. C’est un préalable pour trouver des réponses efficaces. Autre question : la place du travail et des conditions de travail dans la stratégie globale des syndicats. En Espagne, par exemple, dans le secteur de la construction, la santé au travail a été mise au centre des revendications syndicales. Et les choses bougent. En France, les syndicats sont moins forts qu’ailleurs en Europe, mais la place qu’ils accordent aux conditions de travail se situe plutôt dans une moyenne haute. Avec un obstacle : plus l’emploi est précaire, moins les mobilisations sont possibles.

À ce propos, la Commission des affaires sociales du Parlement européen note « la prolifération de formes d’emploi atypiques (travail temporaire, saisonnier, dominical, à mi-temps, télétravail) ». Ces emplois précaires ont-ils un impact sur la santé des salariés ?

Les jeunes générations sont principalement concernées par la multiplication de ces formes d’emploi. Chez les jeunes qui ont entre 20 et 30 ans, les facteurs de précarité juridiques sont deux, voire trois fois plus importants que chez leurs aînés. Et ce, partout en Europe. Quel sera leur état de santé dans deux ou trois décennies ? Si chacun subit cinq ans de précarité avant de trouver une forme d’emploi stable, ce n’est pas trop lourd. Le problème est que la durée de ces emplois précaires s’allonge. Pour certaines catégories, ces emplois atypiques tendent à devenir la règle ! Aux Pays-Bas, les trois quarts des femmes travaillent à temps partiel. Cette proportion est de l’ordre d’un tiers pour l’ensemble de l’Union européenne. Les données fournies par le Secours catholique, et qui sont disponibles aussi ailleurs en Europe, montrent la corrélation entre la précarité en termes d’emploi et l’augmentation des tentatives de suicide. Il existe aussi une précarité que l’on peut décrire et quantifier – le nombre de CDD, d’intérimaires, de saisonniers… – et une précarité de fait, plus difficile à mesurer statistiquement. Elle est liée aux situations de sous-traitance : des personnes en CDI sont cependant précaires car leur emploi peut être remis en cause à tout moment, du fait, par exemple, d’un donneur d’ordre qui va changer de sous-traitant pour des raisons de coûts plus faibles. Ce sont des situations courantes dans le secteur du nettoyage, où la forme du contrat n’a finalement aucune incidence sur le niveau de précarité.

François Hollande propose de mettre en place « un dispositif de notation sociale obligeant les entreprises de plus de 500 salariés à faire certifier annuellement la gestion de leurs ressources humaines au regard de critères de qualité de l’emploi et de conditions de travail ». Pensez-vous que cela peut être utile ?

Déléguer à des experts extérieurs à l’entreprise le soin d’élaborer des critères n’est pas, selon moi, une priorité. Toutes sortes de cabinets d’experts sont prêts à délivrer toutes sortes de certifications, avec tel ou tel « label social ». Mais bien des aspects des conditions de travail ne pourront jamais entrer dans leurs grilles d’évaluation. Saint-Gobain au Brésil, par exemple, avait obtenu toutes les certifications possibles et inimaginables… alors que l’entreprise utilisait de l’amiante. Les évaluations externes étudient les procédures : existe-t-il un comité pour l’égalité salariale ? Y a-t-il un médecin du travail en interne ? Des formations sont-elles mises en place ? Le problème, c’est que les procédures, en elles-mêmes, ne donnent pas forcément de résultats efficaces. Le respect de telle ou telle procédure ne fournit aucune garantie sur les conditions de travail.

Quelle serait alors la priorité ?

Le point important serait de renforcer le contrôle collectif : la possibilité pour les travailleurs d’être représentés, avec des droits associés à cette représentation. C’est tout l’enjeu de la démocratisation du travail : mettre en débat, avec les travailleurs de l’entreprise, ce qui se passe. Ensuite, ce débat ne doit pas se limiter aux seuls salariés de l’entreprise. Des acteurs, en dehors, doivent pouvoir intervenir. La population concernée par une activité – consommateurs, riverains… – doit également avoir son mot à dire.

Pensez-vous que la santé des travailleurs passe après celle des consommateurs [4] ?

Il existe effectivement un décalage. Il est plus facile de mobiliser sur la protection de l’environnement que sur les inégalités sociales, qui passent souvent au second plan. Les règles et législations concernant la protection de la population, des riverains, des consommateurs vont souvent être plus efficaces que celles concernant la prévention de la santé des travailleurs. Le bisphénol A est un épisode révélateur. Tant mieux si cette molécule dangereuse est interdite dans les biberons. Le problème est que l’on oublie de s’interroger sur les travailleurs qui manipulent des produits contenant du bisphénol. C’est logique : parler de la santé des enfants provoque une réaction plus rapide que si l’on évoque le sort des travailleuses des entreprises de nettoyage. Cela alimente le débat sur ce que doit être une écologie politique qui intègre l’enjeu des inégalités sociales.

En France, dans le cas de scandale comme les prothèses PIP, ou certains accidents industriels, on n’entend quasiment pas le point de vue des salariés qui travaillent pourtant au sein de ces entreprises. Comment expliquez-vous cette « omerta » ?

Quand les travailleurs fabriquent des produits contenant des substances dangereuses, eux-mêmes ne le savent pas forcément. En France, l’affaire Adisseo, une entreprise qui a connu un grand nombre de cas de cancer parmi ses employés [5], est emblématique de ces situations. Dans l’affaire des prothèses PIP, il semble que ce soit aussi le cas. C’est d’abord de la responsabilité des industriels. Il faut leur imposer une évaluation préalable des risques, avant qu’un produit soit lancé et que l’on soit obligé de rectifier le tir dix ans plus tard à cause de sa dangerosité. Autre élément : le chantage à l’emploi. Ce ne sont pas les travailleurs qui décident des composants d’un produit ! D’autre part, ce n’est pas nécessairement dans la production initiale que le risque est le plus dangereux, mais dans sa dispersion. Fabriquer un produit nettoyant, par exemple, peut ne pas être trop dangereux, mais l’utiliser entraînera de graves dégâts sur la santé. Sans oublier ce qui se passe lors de son recyclage… Cela pose la question de la solidarité interprofessionnelle.

Recueilli par Ivan du Roy, publié sur le site Basta

Notes

[1] Directeur du département Conditions de travail, santé et sécurité de l’Institut syndical européen (Etui, European Trade Union Institute), le centre indépendant de recherche et de formation de la Confédération européenne des syndicats (CES).

[2] Réalisée auprès de 44 000 travailleurs, à consulter ici.

[3] Selon les estimations du projet Carex, Carcinogen Exposure database, concernant les 15 États membres en 1995, plus la République tchèque et les pays baltes. Ce projet n’a pas été étendu aux autres pays membres.

[4] Lire à ce sujet la tribune de Dominique Huez, médecin du travail.

[5] En 2007, on y dénombrait 25 cas de cancers du rein, dont 9 décès, dans un atelier qui a vu passer quelque 82 personnes. Lire ici.

Sous le masque de l’épanouissement

Le livre de Geneviève Guilhaume paraît dans une nouvelle collection « Sens Dessus-Dessous » qui « propose de comprendre comment les catégories institutionnelle hiérarchisantes se créent et s’entretiennent en s’ancrant dans des mythes et croyances, en renouvelant leur puissance légitime par l’imposition des représentations de  »bon sens » et, enfin, en tentant de parer toutes velléités de controverses autorisant à entrevoir leur possible disparition et remplacement. »

Une nouvelle ère qui promettrait le développement personnel et professionnel, qui favoriserait l’épanouissement au travail, qui, loin des antagonismes sociaux vise à obtenir une mobilisation des salariés dans les  »marchés » intérieurs et extérieurs de l’entreprise.

Sur la base de l’affaiblissement des réponses collectives « Le coaching gagne sa légitimité à travers des discours séduisants qui masquent la violence de leurs pratiques.»

Occultation du pouvoir, despotisme d’entreprise (terminologie non employée par Geneviève Guilhaume), flexibilisation du rapport salarial, consentement narcissique, l’auteure nous montre que « Le coaching est donc à la fois un ensemble de discours sur le management et la communication (s’adressant aux managers notamment intermédiaires) et également un dispositif organisationnel, par lequel s’exerce une violence symbolique…. C’est cette violence qui renvoie à l’organisation actuelle des entreprises, où les jeux de pouvoir entre dominants et dominés sont masqués à travers les discours et dispositifs stratégiques de la communication et du management, alors qu’ils façonnent les rapports de production et les conditions matérielles d’existence, provoquant une réelle souffrance psychique et physiques des salariés. »

Derrière « la mise en avant du caractère très professionnel de la démarche » l’auteure nous montre tout flou masqué la soit disant « professionnalisation des coaches » et l’absence d’évaluation des effets des dispositifs déployés.

Les techniques de management ont bien quelque chose à voir avec la restructuration permanente du capitalisme, les tentatives toujours remodelées de recherche de consentement dans les rapports sociaux d’exploitation. Un petit livre qui éclaire un pan de la « servitude volontaire » et des pratiques de résistance jamais totalement inexistantes.

 Geneviève Guilhaume : L’ère du coaching. Critique d’une violence euphémisée

Éditions Syllepse, Paris 2009, 145 pages, 10 euros

Didier Epsztajn

Pharmacopées

Comme nous le rappelle, en introduction Philippe Pignarre « celui qui choisit le médicament n’est pas celui qui le consomme, et celui qui le consomme n’est pas directement celui qui le paie » ce qui devrait impliquer des débats et des choix démocratiques. « Les opérations concernant les médicaments ne souffrent pas de trop mais de pas assez de politique. » Continuer à lire … « Pharmacopées »

Sous son masque, le grippé reste un citoyen

grippe

Ni la crise financière, ni la grippe ne tombe du ciel, comme un surgissement incongru aux marges d’une production sans aspérité ou d’une santé de fer, norme espérée de la vie.

Il faut s’interroger « précisément sur l’origine de l’émergence de ce H1N1 autant que sur les conditions de sa rapide dissémination planétaire » et se poser « la question de ce que l’on sait vraiment sur ce qui est fait pour la pandémie à venir dans notre pays, et que nous nous interrogions tant sur les traitements que sur la prévention et sur les mesures gouvernementales. »

Les auteurs présentent les grippes, maladies  »banales » mais faisant des dizaines de milliers (500.000 morts par an dans le monde), des millions de morts en certaines séquences (30 à 50 millions de mort en 1918-19 avec la grippe dite espagnole, 3 millions de morts avec la grippe dite asiatique en 1957-58 ou 1,5 millions de morts avec la grippe dite de Hongkong en 1968-69). Continuer à lire … « Sous son masque, le grippé reste un citoyen »