Regards sur la construction médicale des préjugés raciaux sur les corps noirs

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L’animalité, l’hypersexualité ou encore l’infériorité intellectuelle sont quelques-unes des représentations sur les populations noires véhiculées par les médecins depuis la fin du XVIIIe siècle. Continuer à lire … « Regards sur la construction médicale des préjugés raciaux sur les corps noirs »

Lettre ouverte des Faucheurs volontaires d’OGM concernant la révision de la loi de bioéthique

Mesdames les sénatrices, Messieurs les sénateurs,

Vous devez bientôt finaliser la révision de la loi sur la bioéthique. Les Faucheurs volontaires d’OGM, par cette lettre ouverte veulent alerter sur certains aspects éthiques liés aux modifications génétiques des embryons ou liés aux examens génétiques.

Il ne s’agit plus en effet avec cette révision de la loi de « respecter des principes éthiques forts » comme le disait le rapporteur de la loi, M. Léonetti en 2011 mais de « réinterroger les principes de la bioéthique à l’aune des dernières évolutions scientifiques » aux dires du rapporteur de la loi actuelle M. Touraine. Ce qui est un renversement complet à la lecture de cette nouvelle loi : adapter l’éthique aux évolutions scientifiques – en fait techniques. Ce nouvel esprit de la loi est inconséquent au regard des risques non maîtrisables encourus, vu les limites de nos connaissances actuelles en biologie et au regard des questions philosophiques qui se posent. Nous avons le devoir de vous en faire part. Continuer à lire … « Lettre ouverte des Faucheurs volontaires d’OGM concernant la révision de la loi de bioéthique »

Covid-19 et répercutions sociales de la pandémie et du confinement

« Ce livre résulte d’un sentiment d’impuissance intellectuelle devant l’enfermement, devant la mort. Sa réalisation, dans la hâte, est une sorte de rite de passage, notre rite, signal de notre envie de reprendre le travail de chercheuses et chercheurs en sciences sociales et humaines, tout en réactivant la mission fondamentale de nos disciplines : produire de l’orientation. Et nous voulons partager ce réveil et cette envie avec tout un chacun. ». Dans leur avant propos, Fiorenza Gamba, Marco Nardone, Toni Ricciardi et Sandro Cattacin soulignent, entre autres, qu’à défaut de médicament spécifique ou de vaccin, « un virus relève surtout de subjectivités, d’émotions, voire d’irrationalités, autrement dit d’êtres humains, dans tous les aspects personnels, sociaux et culturels qui peuvent les caractériser », le manque de connaissance en sciences sociales de celles et ceux qui occupaient la scène médiatique, l’expérience du VIH/sida et de l’intervention des associations, l’importance de la « production de connaissances sur l’agir humain »… Continuer à lire … « Covid-19 et répercutions sociales de la pandémie et du confinement »

Bêtise naturelle de l’intelligence artificielle

Devant les progrès de l’intelligence artificielle, on trouve souvent deux réactions opposées. Premièrement, le rejet absolu qui relève de la technophobie et de la crainte irrationnelle. Deuxièmement, l’adhésion enthousiaste et absolue, qui relève du fétichisme irrationnel.

Il y aussi les ignorants naïfs qui croient que tout cela n’est que de la science-fiction et qui ne savent pas encore qu’on peut déjà créer des implants neuronaux permettant de commander la parole pour une personne qui n’a plus de voix, de permettre à une personne sourde d’entendre ou à une personne aveugle de voir, que les membres bioniques sont déjà très perfectionnés et que des puces augmentant la mémoire seront très bientôt choses possibles, qu’on peut commander par la pensée un objet à distance doté de senseurs si on a des capteurs neuronaux sur le crâne, de même qu’il est tout à fait possible de savoir avant même un sujet la décision qu’il va prendre sur une question très spécifique. On peut le prédire de manière très précise au moment même où cela se passe en étudiant les circuits neuronaux et les amorces de mouvement à l’aide de capteurs. On peut aussi le prédire de manière générale par corrélation en accumulant les données comportementales (aussi bêtes que son utilisation des cartes de crédit). Continuer à lire … « Bêtise naturelle de l’intelligence artificielle »

Notre futur d’être humain ne peut être prédictible par des statistiques

En introduction, Catherine Vidal aborde, entre autres, les propriétés d’adaptation du cerveau – sa plasticité – aux événements de la vie, ce que révèle l’imagerie cérébrale par résonance magnétique (IRM), les apports des neurotechnologies. Elle propose d’étudier « la part de ce qui relève du prouvé et de ce qui ressort du probable ou de l’utopie », les nouvelles technologies de manipulation du cerveau. « Une réflexion éthique s’impose afin que les technologies en neurosciences et en intelligence artificielle se fassent dans le respect des droits humains et des libertés fondamentales ». Continuer à lire … « Notre futur d’être humain ne peut être prédictible par des statistiques »

Neuroféminisme contre neurosexisme

La critique féministe cible régulièrement des publications neuroscientifiques. Non que les neurosciences soient plus traversées par le sexisme que les autres sciences mais elles bénéficient d’échos médiatiques considérables. Quelques exemples donneront une idée du neurosexisme et du neuroféminisme, pour reprendre des anglicismes courants. Continuer à lire … « Neuroféminisme contre neurosexisme »

Halte aux « fake news » génétiques

Avec l’aimable autorisation de Catherine Vidal

En qualité de chercheurs en génétique, en neurobiologie, en études sociales ou philosophiques de ces disciplines, nous tenons à manifester notre inquiétude face au retour d’un discours pseudo-scientifique sujet à toutes sortes d’instrumentalisations : il existerait un « socle » génétique, important et quantifié, à l’origine de différences psychologiques entre les êtres humains, en particulier selon la classe sociale, les origines ou le sexe. Continuer à lire … « Halte aux « fake news » génétiques »

Femmes – hommes : quelles différences naturelles ? 

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

Intervention d’Odile Fillod aux Journées intersyndicales femmes : CGT, FSU, Solidaire (16 et 17 mars 2017)

J’ai choisi de donner ce titre à mon intervention afin de souligner que la question n’était pas de savoir s’il existe des différences naturelles entre femmes et hommes, comme pourrait le laisser penser l’intitulé de cet atelier, mais plutôt de savoir en quoi consistent exactement ces différences.

Mon intention n’est évidemment pas de tenter d’en dresser un inventaire. Ce que je vous propose, c’est de passer en revue un certain nombre d’entre elles en mettant en évidence l’écart important pouvant exister entre ce que les données des sciences biomédicales permettent d’en dire, et la manière dont elles sont présentées ou interprétées. Avant cela, je vais préciser ce que j’entends par « naturel », c’est-à-dire sous quel angle je considère l’opposition « nature/culture », pour reprendre une formulation classique. Continuer à lire … « Femmes – hommes : quelles différences naturelles ? « 

Le sexe du cerveau : au delà des préjugés

À la lumière des connaissances actuelles en neurosciences, on serait tenté de croire que les vieux préjugés sur les différences biologiques entre les hommes et femmes ont été balayés. Ce n’est manifestement pas le cas : médias et ouvrages de vulgarisation prétendent que les femmes sont « naturellement » bavardes et incapables de lire une carte routière, tandis que les hommes seraient nés bons en maths et compétitifs. Ces discours laissent croire que nos aptitudes, nos émotions, nos valeurs sont câblées dans des structures mentales immuables depuis les temps préhistoriques. Il est nécessaire de replacer le débat autour de la différence des sexes sur un terrain scientifique rigoureux au delà des idées reçues. L’enjeu est de comprendre le rôle de la biologie mais aussi l’influence de l’environnement social et culturel dans la construction de nos identités d’hommes et de femmes.   Continuer à lire … « Le sexe du cerveau : au delà des préjugés »

Ne plus forcer au chausse-pied des données pour restreindre la complexité et… les potentiels

Odile Fillod, dans une note sur la traduction, présente ses choix d’un « usage non sexiste du langage » pour éviter, entre autres, « une naturalisation de l’association entre universel et masculin » et propose sur chercheure et auteure « un compromis intéressant entre démasculination et relâchement à l’oral de l’emprise de la dichotomie de sexe obligatoire ». Elle précise les traductions des termes gay, homosexuel, lesbian, guinea pig, intersex, intersexed, gender difference, sex differentiation, sex hormones (expression scientifiquement incorrecte), race, transsexua(ity), transgender Continuer à lire … « Ne plus forcer au chausse-pied des données pour restreindre la complexité et… les potentiels »

Manifeste pour une formation citoyenne des ingénieur.e.s

Nous, membres d’Ingénieurs sans frontières, pensons que la prédominance du modèle technicien érigé comme universel engendre des inégalités au niveau international. Au sein de ce modèle, l’ingénieur·e est souvent dépeint·e en maître d’œuvre de la technique. Ce rôle donne à l’ingénieur·e une responsabilité particulière dans l’adaptation de la technique à la société et la transformation de la société par la technique. Continuer à lire … « Manifeste pour une formation citoyenne des ingénieur.e.s »

Savoirs écologiques, biodiversité et dynamique du vivant

51jptqrgdal-_sx210_Posture apocalyptique, ou plus optimiste (les activités humaines ne seraient pas si destructives que cela !) ou de bon gestionnaire, modérée et modératrice de compromis raisonnable. « Enquêter sur la « nature en crise » est un prétexte idéal pour amorcer un pas de coté par rapport à ces postures contemporaines du monde ». Continuer à lire … « Savoirs écologiques, biodiversité et dynamique du vivant »

Histoire évolutive spécifique des êtres humains


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Cet ouvrage a pour objectif d’apporter des éléments de compréhension sur les recherches scientifiques, les débats et les enjeux de société qui traitent de ces questions que tout un chacun se pose : comment se fabrique les filles et les garçons ? Comment se construisent nos identité de femmes et d’hommes ? Comment expliquer nos différences et nos similarité ? Enfin, quels enseignements et quelles conséquences concrètes en tirer sur la question cruciale de l’égalité entre les femmes et les hommes ? » Continuer à lire … « Histoire évolutive spécifique des êtres humains »

Inventer une autre approche des échanges sous informatique

surveillance_800Dans sa préface, « Redonner du pouvoir d’agir face à la surveillance », Adrienne Charmet aborde, entre autres, les écueils de l’écriture sur les données personnelles et leur protection (écueils technique, politique, de l’invisibilité, social, sans oublier celui de la paranoïa) « Pourtant, la surveillance et l’exploitation des données personnelles mettent en danger plusieurs de nos droits fondamentaux ». Elle propose aux militant-e-s du « libre » et aux défenseur-e-s des libertés numériques d’« offrir des explications claires et ouvertes des problèmes, en les adossant à des propositions concrètes pour les surmonter » et de « travailler à un internet plus ouvert, plus libre, plus décentralisé, plus protecteur de ses usagers et plus facile à prendre en main par chacun ». Continuer à lire … « Inventer une autre approche des échanges sous informatique »

Merlin l’enchanteur accoutré du costume de Superman

silicolonisation_du_mondeDans son introduction, « Le temps des catastrophes », Eric Sadin souligne, à propos des subprimes, « l’abstraction mathématique, la complexité hasardeuse des montages et l’irresponsabilité institutionnalisée ». Des éléments que nous retrouverons dans les développements des logiques algorithmiques et de la silicolonisation du monde. L’auteur aborde, entre autres, le contexte hautement sismique, la surveillance indiscriminée à l’échèle mondiale, l’état de la biosphère, l’entrée dans le temps des catastrophes (encore que les siècles précédents : colonisations, traites négrières, génocides, camps de concentration, guerres mondiales, camps d’extermination, guerres contre les décolonisations, féminicides…), les contes et légendes sur l’avenir radieux technologique, « l’horizon radieux du pacifique », les mythes étasuniens… Continuer à lire … « Merlin l’enchanteur accoutré du costume de Superman »

La variabilité individuelle du fonctionnement cérébral, quel que soit le sexe, l’emporte sur la variabilité entre les sexes

cossette_siteDans son avant propos, Louise Cosette indique, entre autres, « une large part de l’information diffusée tient davantage du préjugé, du parti pris idéologique et souvent même du sexisme le plus primaire que d’une démarche éclairée ». Face aux discours, aux fantasmes, aux constructions très idéologiques, au « sexe » comme marqueur spécifique, des chercheuses « proposent une synthèse des connaissances actuelles et une réflexion sur la différenciation psychologique des sexes et de l’orientation sexuelle et sur les notions de sexe et de genre ». Continuer à lire … « La variabilité individuelle du fonctionnement cérébral, quel que soit le sexe, l’emporte sur la variabilité entre les sexes »

Edentulisme

(De nos envoyés spéciaux Jean Casanova et Andrée Bourdieu – Aula Magna de la Faculté de Médecine – Lleida – Catalogne 27 Novembre 2014)

Chers lecteurs, nous tenons à vous dire quelques mots de notre séjour à Lleida, plus connue sous le nom de Lerida (Catalogne) où, pour la rubrique Santé de notre journal, nous « couvrions », c’est le mot journalistique, le Congrès biennal Européen de Chirurgie dentaire.

Et, plus que des travaux eux-mêmes des excellents spécialistes présents, travaux dont le caractère technique laisserait beaucoup d’entre vous indifférents, ce dont nous voulons vous parler c’est de 2 surprenantes conférences prononcées à mi-parcours du congrès, toutes deux sans relation directe avec l’art bucco-dentaire, mais, comme il est de coutume dans nombre de congrès scientifiques, prononcées et suivies avec une grande attention par les praticiens présents, conférences destinées à prendre un peu de hauteur et à montrer que le labeur de l’artisan n’exclut pas la haute culture et l’élévation d’esprit, bien au contraire.

Ils ont tort ceux qui suivent le sens commun, lequel voudrait voir dans le dentiste le simple technicien du plombage de la carie ou, moins glorieux encore, le descendant de l’arracheur de dents des époques pas si reculées, où l’avulsion, la plus brutale de surcroît, était le seul remède opposé à la terriblement douloureuse algie dentaire (ne disait-on pas alors, « rage de dents »?). Injustice suprême, souvent traité de menteur !

Eh bien non ! Même confiné à l’entretien de cette chose si prosaïque, la dent, dans cette cavité sombre et pas toujours fraîche, la bouche, l’art dentaire peut ouvrir à la réflexion plus générale, voilà ce que nos deux conférenciers se sont appliqués à nous démontrer, studieusement suivis par toute l’assemblée. Et sur quel sujet ?

Sur le sujet de l’édentulisme, terme étrange dont n’attendez pas la définition du Larousse, Robert ou Littré, l’Académie étant encore réticente à le reconnaître. Bien que d’origine latine et parfaitement admis en anglais et en catalan, elle lui préfère pour l’instant celui d’édentement, comprenez « absence de dents » ou « l’état de sans-dents » formule ayant connu un florès éclatant ces derniers temps, mais dont la vulgarité nous laisse encore un goût amer. Sur ce thème donc de l’édentulisme, il nous a été permis d’entendre communication du travail de 2 équipes. Travaux au premier abord aux antipodes l’un de l’autre, mais qu’à la réflexion, la mise en parallèle est riche de réflexions.

Tout d’abord le Pr Robert Meredith du Montclair State University de New Jersey, grand spécialiste en paléo-ornithologie évolutionnaire, est venu nous expliquer comment « Les Oiseaux ont perdu leurs dents il y a 116 millions d’années ». Grand mouvement d’attention de la salle à cette annonce. Et c’est bien le moins, de la part de spécialistes.

En comparant les génomes de 48 espèces d’oiseaux actuelles à ceux d’animaux ayant aussi perdu leur dents – 3 espèces de tortues et 4 mammifères (l’armadillo à neuf bandes, le paresseux d’Hoffman, l’oryctérope du Cap et le pangolin chinois), bestiaire déjà fourni auquel son équipe rajoutait l’ADN du chien domestique, de l’éléphant d’Afrique et du cachalot, ces trois dernières espèces toujours dentues, ces chercheurs ont ainsi mis en évidence les 6 gènes, dont l’inactivation chez la souris de laboratoire se traduit par des défauts dans la formation de la dentine et de l’émail.

Conclusion de nos scientifiques : « C’est ainsi que la machinerie génétique de formation des dents a été perdue sur la branche ayant donné naissance à tous les oiseaux actuels ». Sur la branche, la formule était bien trouvée ! Pourquoi ces mutations ont-elles été sélectionnées par l’évolution ? En quoi la perte des dents pouvait-elle être considérée comme une réussite évolutive ? Semble-t-il, par ce que corrélée avec le développement du bec et de ses avantages : un bec corné, léger est un atout pour le vol et donc la capture des proies alimentaires et donne ainsi accès à des niches écologiques variées. Et lorsque le Pr Meredith rajouta que tout ceci n’était pas sans relation avec l’apparition du chant et prononça le mot de rossignol, l’émotion s’empara de l’assistance et la communication écourtée par des tonnerres d’applaudissements.

Vous comprendrez, dans ces conditions, la difficile tâche à captiver son auditoire pour le Pr Manolo Vallses, notre second conférencier, sociologue au Département d’Economie Sociale de la Universitat Oberta de Catalunya, communiquant sur le thème « Edentulisme – pauvreté – précarité », et dont les travaux tendaient à souligner le cruel paradoxe de nos sociétés néolibérales où progressent à pas de géant les possibilités thérapeutiques de l’art dentaire (soins, couronnes, implants…) et où l’édentulisme peine à être enrayé, pour ne pas dire qu’il se développe à grands pas dans certaines couches sociales, le Pr Vallses rajoutant qu’il devait de plus en plus être considéré comme un marqueur de la pauvreté, de la précarité et des bas salaires. Ce qui lui valait, bien entendu, approbation évidente de quelques intervenants et applaudissements polis et circonstanciés du reste de l’assistance. Quant aux pistes qu’il tentait de suggérer pour s’attaquer à ce fléau, ouverture des cabinets le dimanche matin, ouverture encore, mais cette fois du capital du cabinet, aux apports extérieurs, nous devinâmes aux mouvements d’épaules dubitatifs de l’assemblée et même à l’audition de quelques sifflets, qu’elles étaient loin de convaincre.

Chers lecteurs, nous ne pouvons pas conclure sans tenter au moins un parallèle entre ces deux appréhensions du phénomène, à vrai dire ne recouvrant pas tout à fait les mêmes choses.

Pour la première, phénomène sélectif, les premiers oiseaux avaient des dents ; ils les ont perdus pour chanter, qui le regrettera ? Et, souvenez-vous de la formule du Pr Godesberg de l’Institut Max-Planck, « L’Evolution ne remonte pas le temps », c’est donc pour toujours ! Irréversible ! La vieille et sagace formule populaire qui, pour « jamais », dit « Quand les poules auront des dents » est là pour l’attester.

Pour la seconde, édentulisme – pauvreté, elle réversible, il serait peut-être temps par d’offensives mesures, et non par les sournoises suggestions du Pr Vallses, d’y porter remède. Mais, sentant venir la bronca, ce dernier et son adjointe Mari Sol avaient déjà quitté la salle.

Jean Casanova, 14 décembre 2014

L’obligation de subir nous donne le droit de savoir, pour agir contre les crimes industriels

thebaud-mony-science-asservieDans son avant-propos, Annie Thébaud-Mony parle d’Henri Pérezat, physico-chimiste et toxicologue, son compagnon de vie et de lutte. Elle et lui ont considéré « que nos recherches scientifiques devaient pouvoir servir de support à l’action contre les atteintes à la santé dans l’activité de travail, dans un contexte environnemental dominé par les risques industriels ». Elle et lui ont « toujours refusé de dissocier notre démarche de chercheurs de l’ancrage dans une coopération avec ceux – individus ou collectifs – que nous pouvons considérer comme des sentinelles de santé ». Il s’agit dans ce domaine de « construire des contre-pouvoirs face à la mise en danger sur les lieux de travail ». Cette dimension de contre-pouvoir me semble essentielle.

En introduction, l’auteure souligne deux objectifs du livre :

  • « Le premier objectif de ce livre est d’analyser comment les scientifiques, dans leur majorité, ont été amenés à s’inscrire dans un processus de confiscation et de corruption de la science au service des intérêts privés des grands groupes industriels et de leurs actionnaires, avec la complicité active de l’Etat ».

  • « Le second objectif est de montrer comment une recherche fondée sur d’autres valeurs et visant d’autres finalités que celles d’un développement industriel et financier répondant aux exigences de l’enrichissement de quelques-uns conduit à engager des démarches scientifiques alternatives qui mettent en synergie des savoirs complémentaires : ceux d’« experts-citoyens » et de « citoyens-experts ». »

L’auteure parle aussi de restitution du devenir-devenu de courants scientifiques dominants, de solidarité active, d’histoire des connaissances et des falsifications, de pouvoirs et de contre-pouvoirs, d’une autre conception de la pratique scientifique.

Dans une première partie « Risques industriels et recherche en santé publique », Annie Thébaud-Mony insiste sur la « stratégie du doute » déployée par les firmes industrielles et des scientifiques, sur « l’instrumentalisation de l’épidémiologie dans la construction de l’invisibilité des victimes des risques industriels ». Elle parle, entre autres, des partis pris de la recherche, des inégalités sociales face au cancer, de la mise hors sujet du travail et des origines professionnelles des maladies, de confusion entre « rigueur » scientifique et approche quantitative et/ou mathématique, de domination de « l’idéologie comportementale » et de renvoi à des causalités individuelles, de science asservie. Elle montre le caractère dépourvu de sens de la notion de « risque acceptable ».

Dans cette partie, l’auteure traite aussi des effets toxiques du plomb, de l’amiante, de la construction méthodique du doute sur la toxicité des produits, du concept de « valeur limite d’exposition (VLE) », de la non prise en compte de l’expérience du « travail exposé », de cancers, de la nécessaire « production continue de connaissances des liens entre les pathologies observées et les facteurs de risque en cause », des victimes invisibilisées… Elle poursuit sur le nucléaire, en revenant sur le « projet Manhattan », les victimes des bombes et des retombés radioactives des essais nucléaires, de « l’indifférence affichée des responsables pour les conséquences sanitaires », du masquage des réalités derrière le secret défense, des expérimentations humaines, de l’omerta et des chercheurs et chercheuses « non-aligné-e-s »… Elle souligne la non validité du postulat « d’une dose seuil ».

Un chapitre est consacré aux périls chimiques. Annie Thébaud-Mony y analyse, entre autres, les biocides, les atteintes à la vie, la chimie et l’agro-alimentaire, « la croissance indéfinie des substances chimiques et… de l’ignorance toxique », les effets génétiques transgénérationnels, la contamination in utero, les phénomènes de résistance biologique, la fantasmagorique dose « inoffensive »…

J’ai particulièrement été intéressé par le dernier chapitre : « La « mort statistique » ou l’incertitude reconduite ». L’auteure y discute de causalité réduite à des bases statistiques, revient sur le paradigme du doute, présente une double histoire du cancer. « Cette double histoire aux variations infinies rend impossible, au moment où se manifestent les signes cliniques du cancer chez une personne singulière, la reconstitution biologique précise de ce qui s’est passé dans les cellules de cette personne au cours des trois ou quatre décennies précédentes ». Elle analyse les connaissances uniquement basées sur la mortalité, les méthodologies statistiques, les « excès de cas de cancer » en écho avec la fameuse « dose tolérable »… Le doute doublé par le doute statistique pour restreindre les recherches… sans oublier les entraves construites par les industriels aux actions des institutions, aux chercheurs et chercheuses non asservi-e-s. « Les mathématiques complexes utilisées pour cette production de l’incertitude donnent à la démarche l’apparence de la rigueur, de l’objectivité, pour tout dire de la science. Surtout, elles rendent quasi impossibles l’échange et la discussion entre, d’une part, les travailleurs et citoyens, victimes d’empoisonnement par ces toxiques, et, d’autre part, les scientifiques qui jonglent avec les chiffres, abstraits et anonymes, de milliers de cas de cancer. La « mort statistique » fait écran à la connaissance des catastrophes sanitaires engendrées par les risques industriels ».

Dans la seconde partie de l’ouvrage, « Contre-pouvoirs scientifiques et luttes citoyennes contre le doute et l’invisibilité », Annie Thébaud-Mony parle de contextualisation, d’épidémiologie « qui ne reconnaît que peu ou pas la relation entre travail et cancer », de mécanismes de contamination, de l’inhalation, de formes oxydantes, de processus d’action des molécules, des inégalités de santé, de santé publique, des accidents chez les sous-traitants permettant à certaines grandes entreprises, comme EDF, d’afficher un taux d’accidents sans rapport avec la réalité…

Elle poursuit sur les relations entre précarisation sociale et santé, insiste particulièrement sur l’histoire du combat contre l’amiante, l’invisibilisation des victimes,. Elle interroge les expert-e-s et leur fameux doute… Elle souligne aussi l’effacement des traces, comme dans le secteur minier, les logiques assurantielles des politiques de « réparations » des maladies professionnelles.

Il faut comme l’auteure nommer les choses, il s’agit bien de crimes industriels

Le chapitre sur la négation « scientifique » des conséquences sanitaires du risque nucléaire est solidement argumenté. L’auteure insiste sur la réduction à un seul type d’exposition, sur le masque du « secret-défense », sur les productions des chercheurs et chercheuses dissident-e-s, sur la protection à organiser contre « la mort nucléaire » pour notre génération comme pour les suivantes.

Annie Thébaud-Mony montre bien le rôle de la sous-traitance dans les travaux de maintenance des centrales nucléaires, de la sous-traitance en cascade, et l’impossibilité organisée de recensement des salarié-e-s travaillant dans ce secteur. Elle interroge : jusque quand les soit-disant « expert-e-s » vont-elles/ils rester prisonnier-e-s du mythe de l’atome sans danger, de leur enfermement dans un rôle mortifère.

Elle parle aussi des risques chimiques, du droit de tuer que se sont octroyé les industriels du secteurs.

L’auteure termine sur le refus du « hors-sol » et donc la nécessaire prise en compte des relations travail-cancers, car les maladies professionnelles, sont des maladies éliminables. Elle souligne des expériences concrètes de co-constructions de connaissances.

En conclusion, Annie Thébaud-Mony revient sur le mépris des « expert-e-s » engagé-e-s dans la justification « scientifique » de l’industrie, sur les politiques de privatisation de la recherche publique, sur le droit des victimes à obtenir justice et réparations… Le titre de cette note est extrait de la dernière phrase de cette conclusion.

La parole scientifique n’est jamais située dans un espace objectif auto-référentiel et désincarné. Les arguments « scientifiques » ne sauraient être hors de l’histoire, des rapports sociaux, de la politique comme choix démocratique…

De ce point de vue, il est plus que temps, que les industriels, les actionnaires et les scientifiques soient redevables devant la justice des conséquences, sur la vie d’autrui, de leurs actes. Car il s’agit ici de pratiques mortifères, d’empoissonnements, de meurtres plus ou moins lents…

En complément possible :

Fabrice Nicolino : Un empoisonnement universel. Comment les produits chimiques ont envahi la planète, LLL Les liens qui libèrent 2014, combien-de-maux-combien-dannees-de-vie-en-bonne-sante-perdues-combien-de-mort-e-s-combien-de-silence/

Hélène Adam et Louis-Marie Barnier : La santé n’a pas de prix. Voyage au cœur des Comités Hygiène Sécurité et Conditions de Travail, Editions Syllepse 2013, retrouver-les-chemins-de-la-remise-en-cause-de-la-societe-entiere/

Notes de la Fondation Copernic, coordonné par Louis-Marie Barnier : Travailler tue en toute impunité…, Editions Syllepse 2009, La délinquance patronale doit être sanctionnée 

Annie Thébaud-Mony : La science asservie

Santé publique : les collusions mortifères entre industriels et chercheurs

La Découverte, Paris 2014, 310 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

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Lire aussi entretien du 11 mai 2015 sur Bastamag : Risques toxiques : comment les cancers des ouvriers sont occultés par les industriels

http://www.bastamag.net/Risques-industriels-On-veut-faire-disparaitre-ceux-qui-ont-ete-contamines

Comment le chat s’est laissé domestiquer

(De notre envoyé spécial à travers les âges Jean Casanova – Leipzig – Land de Saxe – Allemagne – 3014 de l’Ere Conventionnelle).

Chers lecteurs, nous voilà de retour à L’institut Max-Planck de Leipzig, à l’invitation du Pr Godesberg, directeur du Département d’Anthropologie Évolutionnaire. Souvenez-vous, nous vous rendions compte il y a un mois, de ses travaux concernant la transformation, survenant au tournant des années 2000, de Homo Socialistus en Homo Vallsensis, transformation dont avaient été retrouvés les marqueurs anthropologiques au cours de fouilles sous-marines, dans la cité engloutie de London, au nord-est de l’actuelle Mer du Nord, avec cette énigmatique inscription « My government is pro-business… ». Le mécanisme évoqué au départ, celui d’une hybridation avec une autre espèce Homo, Homo Umpesis, n’a pas été retenu. Cette dernière espèce s’étant orientée, à la faveur du partage de niches écologiques identiques, vers un compagnonnage hybridant avec Homo Marinus, autre espèce sauvage. Les recherches en cours à ce sujet se poursuivent encore et ne doivent donc pas faire l’objet de conclusions hâtives, nous a indiqué le Pr Godesberg.

Pour en revenir à la transformation d’Homo Socialistus en Homo Vallsensis, la clarté n’était toujours pas faite sur son pourquoi et son comment, et bien des aspects en restaient encore mystérieux. Ce mystère est en train d’être percé grâce au Pr Godesberg et à son équipe qui ont décidé de faire parler le génome de Homo Vallsensis en le séquençant. L’étude menée de front par l’Institut Max Planck et l’Université de Washington de Saint-Louis (USA) vient de paraître dans les comptes-rendus de l’ Académie Américaine des Sciences et ouvre une piste pour expliquer ce processus mutationel.

Les chercheurs ont comparé le génome d’individus Homo Vallsensis avec celui d’individus Homo Socialistus et y ont découvert un certain nombre de mutations, relativement complexes, mais que le Pr Godesberg, à l’attention des profanes que nous sommes, a simplifié en une analogie que chacun d’entre nous est à même de saisir : les mutations d’HS à HV sont en gros comparables à celles observées chez les félidés, lorsque l’on observe l’évolution du Chat sauvage au Chat domestique. Ou, nous indique en souriant le Pr, comment nous passons de Felis Silvestris petit prédateur farouche, à Felis Catus paisible et ronronnant. Pour les chercheurs, les mutations génétiques en cause expliqueraient la docilité et la recherche de récompenses de ce petit félidé vivant maintenant dans la proximité de l’homme.

Pour rester dans cette comparaison, reste à découvrir, et l’on serait sur le point d’aboutir, à quel contact Homo Vallsensis aurait acquis ces nouvelles particularités génétiques, celles expliquant sa docilité reconnaissante à la chose patronale et son agressivité vis-à-vis des souris laborieuses, la métaphore utilisée étant du Pr Godesberg lui-même.

L’exhumation récente de plusieurs fragments squelettiques, authentifiés comme provenant de HV, sur le site de Matignonum, dans l’ancien Bassin Parisien, ont déjà permis de découvrir le mode alimentaire de ce mutant et ses probables terrains de chasse : caviar, saumon fumé, chutney de mangues, foie gras et autres produits d’épicerie fine. Alimentation qui, d’après les anthropologues, ne pouvait être obtenue qu’au contact domestique (le fameux donnant-donnant ou gagnant-gagnant de cette lointaine époque marchande), contact domestique des puissants oligarques et ploutocrates de l’époque, alors que l’Homo Socialistus de la même période dépérissait à la fréquentation d’austères banquets républicains allant en se raréfiant. Plaisanterie finale du Pr Godesberg : découvrez ce que Homo mange et vous en apprendrez beaucoup sur ses pratiques

Jean Casanova, 16 novembre 2014