Violences : Lettre intersyndicale au gouvernement

À l’attention de Madame Élisabeth Borne Première Ministre

Copie à :
Monsieur Olivier Dussopt
Ministre du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion

Monsieur Stanislas Guerini
Ministre de la Transformation et de la Fonction publique

Madame Isabelle Lonvis-Rome
Ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances

 

Montreuil, le 17 novembre 2022
Madame la Première Ministre,

Grâce à la mobilisation syndicale et féministe, l’OIT a adopté, en juin 2019, la première loi mondiale contre les violences sexistes et sexuelles, la convention 190 et la recommandation 206. En France, suite aux propositions de nos organisations dans le cadre des concertations de 2018, ont été mis en place des référent.e.s harcèlement sexuel et agissements sexistes, une obligation de négociation sur les violences sexistes et sexuelles dans les branches et l’obligation de traiter des Violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. En 2018 toujours, un  accord Égalité femmes /hommes a été mis en œuvre dans les trois versants de la fonction publique avec la création de référent.e.s VSS.

Nos organisations syndicales ont amplifié leur travail sur le sujet et nous accompagnons de plus en plus de victimes de violences sexistes et sexuelles, même si nous avons toujours bien sûr à progresser. Cependant, 5 ans après #metoo, nous constatons que la majorité des situations restent toujours aussi difficiles à régler. Au lieu de suspendre, puis de sanctionner le salarié mis en cause, on continue souvent de déplacer, discréditer, voire placardiser ou licencier la victime. Les politiques de prévention sont encore souvent inexistantes ou insuffisantes dans la majorité des entreprises, administrations, collectivités et établissements publics. Il y a rarement des dispositifs formalisés de signalement et d’enquête, associant les représentant.e.s du personnel. Dans la fonction publique, la mise en place des cellules d’écoute est un premier pas, mais le manque de financement et de personnels dédiés a pour conséquence qu’elles ne sont pas assez opérationnelles. Continuer à lire … « Violences : Lettre intersyndicale au gouvernement« 

« Te plains pas, c’est pas l’usine »

te-plains-pas_couv_1ere_small-625x1025

Cet article a été publié originellement (octobre 2020) dans le journal et webmédia Camarade ! des Jeunes FGTB. Il a été publié sur le site de la revuePolitique en janvier 2021. Nous le republions à l’occasion du débat organisé avec les autrices du livre, Lily Zalzett et Stella Fihn.

Quelle travailleuse* de l’associatif ne se l’est pas déjà dit en son for intérieur ? « Après tout, c’est moins pire que le privé », « bon, il y a des problèmes mais c’est pour la bonne cause… » ou encore « on ne va pas se plaindre, avec la chance qu’on a ! ». Celles qui travaillent dans ce secteur aux frontières assez floues (ne faut-il pas y inclure, surtout en Belgique, les syndicats, les mutuelles et les ONG ?) sont priées de croire que leur activité, parce qu’elle a une vocation sociale, n’est pas prise, comme les autres, dans un rapport de force entre un patron et ses employé·es. Par extension, elles doivent accepter des formes de sur-travail sous prétexte qu’elles s’inscrivent dans un cadre éthique. Continuer à lire … « « Te plains pas, c’est pas l’usine » »

Amendement sur les abandons de poste : 5 ans après #Metoo, des victimes de harcèlement sexuel au travail vont devoir démissionner ou rester en poste

Mercredi 12 octobre 2022, l’Assemblée Nationale a voté un amendement au projet de loi sur l’assurance-chômage (intitulé « Fonctionnement du marché du travail en vue du plein emploi »), déposé par le groupe LRvisant à instaurer une présomption de démission pour les salarié‧es abandonnant leur poste, les privant de l’indemnisation du chômage.  Continuer à lire … « Amendement sur les abandons de poste : 5 ans après #Metoo, des victimes de harcèlement sexuel au travail vont devoir démissionner ou rester en poste »

Le travail et la valeur : ignorance et mystification

La réforme de l’assurance chômage déjà conduite il y a deux ans devant être renouvelée au 1er novembre prochain, le gouvernement veut réduire encore les droits des chômeurs. Il avait accru de 4 à 6 mois dans les 24 derniers mois précédant la fin du dernier contrat la durée de travail minimale pour prétendre aux allocations chômage et réduit celles-ci en intégrant les périodes de travail et d’inactivité dans le calcul du revenu mensuel moyen pour déterminer le montant de l’allocation. Résultat : l’Unedic prévoit d’être en excédent de plusieurs milliards d’euros ces trois prochaines années (2,5 Mds en 2022, 3,1 en 2023, 4,2 en 2024) : un comble ! Continuer à lire … « Le travail et la valeur : ignorance et mystification »

Droits sociaux et syndicaux au Belarus, en Russie et en Ukraine face à la guerre

droits-Belarus-Russie-Ukraine_29août2022

Depuis le 24 février dernier, tout le continent européen vit au diapason de la guerre d’agression lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine, avec la complicité active du régime d’Alexandre Loukachenko. On voit ainsi s’affronter trois pays, autrefois les plus riches de l’URSS, qu’ils ont pris l’initiative de dissoudre en décembre 1991 avec les accords de Belovej.

Comment a-t-on laissé advenir ce malheur indicible ? Le martyre des civils ukrainiens, tués, torturés, violés, estropiés, la destruction des infrastructures vitales du pays et de ses immenses complexes industriels, le vol des richesses de l’Ukraine, qu’il s’agisse de son blé ou de ses centrales nucléaires sous occupation ; mais aussi la fuite en avant autodestructrice de la Russie qui consent, immobile, au sacrifice de ses enfants au Moloch de la guerre et laisse ses dirigeants, aussi vils que médiocres, abaisser le rideau de fer.

Et pourtant, comme le proclamait publiquement dès le 24 février le BKDP, la centrale syndicale indépendante biélorusse, « Il n’y a aucune nation dans le monde qui veut la guerre. Les peuples russe, ukrainien et biélorusse ne font pas exception. Peu de personnes dans le monde ont subi des pertes aussi terribles, sacrifié dans leur histoire la vie de dizaines de millions de leurs citoyens, comme ces trois peuples proches les uns des autres. Et le fait que le gouvernement russe ait déclenché une guerre contre l’Ukraine aujourd’hui ne peut être compris, justifié ou pardonné. Le fait que l’agresseur ait envahi l’Ukraine depuis le territoire du Belarus avec le consentement des autorités biélorusses ne peut être ni justifié ni pardonné. » Continuer à lire … « Droits sociaux et syndicaux au Belarus, en Russie et en Ukraine face à la guerre« 

« Aurait-on atteint le niveau maximum d’égalité entre les femmes et les hommes ? »

Aurait-on atteint le niveau maximum d’égalité entre les femmes et les hommes 
C’est en tout cas ce que laissent supposer les 
« Projections démographiques de population active à l’horizon 2080 »publiées en juillet par l’Insee. Il y est en effet projeté la fin de la progression du taux d’activité des femmes, qui stagnerait donc à son niveau actuel (sauf pour les plus de 55 ans, pour lesquelles une hausse est anticipée). L’écart entre les taux des hommes et des femmes serait figé à sa valeur actuelle, soit plus de 8 points pour la tranche d’âge de 25 à 54 ans (respectivement 92% contre 84%). C’est« un écart important qui subsistera entre l’activité des hommes et des femmes », indique simplement la note ! Il traduit pourtant une forte inégalité en matière d’accès à l’emploi, qui apparaît ainsi pérennisée pour les décennies futures. En parallèle, la part totale des femmes dans la population active, qui progressait jusqu’à présent, aurait atteint son maximum en 2021 (48,9%) et elle diminuerait ensuite. Déjà dans son exercice de 2006, l’Insee projetait sa régression après 2015, ce qui n’a pas eu lieu. Continuer à lire … « « Aurait-on atteint le niveau maximum d’égalité entre les femmes et les hommes ? » »

Délivrés de l’ubérisation ? L’encourageante condamnation du géant de la livraison au pénal

proces-deliveroo-credit-CLAP-e1655890761835

Du 8 au 16 mars 2022 a eu lieu le « procès Deliveroo » au Tribunal correctionnel de Paris. Le verdict s’est tenu un mois plus tard, le 19 avril, sous les feux des projecteurs. Cette décision était très attendue : c’est la première fois qu’une plateforme est jugée au pénal, pour travail dissimulé et fraude aux cotisations sociales. Continuer à lire … « Délivrés de l’ubérisation ? L’encourageante condamnation du géant de la livraison au pénal »

Les travailleur·euses d’Amazon à Staten Island remportent une victoire historique (plus autres articles)

  • Luis Feliz Leon : Les travailleur·euses d’Amazon à Staten Island remportent une victoire historique
  • Justine Medina : Comment nous l’avons fait
  • Harold Meyerson : La révolte d’une génération de salarié·e·s est en marche
  • Johnnie Kallas, Eli Friedman et Leonardo Grageda : Pour la première fois depuis des décennies, un vrai bilan du nombre de grèves et de grévistes
  • Sharon Zhang : Plus de 100 établissements Starbucks en voie de syndicalisation.
  • Sonali Kolhatkar : Un nombre record de travailleurs démissionnent et font grève

Les travailleur·euses d’Amazon à Staten Island remportent une victoire historique

C’est presque comme de l’étoffe magique des films de Disney. Mais hier, l’improbable est devenu réalité lorsqu’un groupe pugnace de travailleur·euses membres de Amazon Labor Union (ALU) a remporté un vote en faveur de la création d’un syndicat dans un entrepôt de Staten Island, dans l’État de New York, remportant une victoire syndicale historique contre le géant des entreprises.

Avant le décompte des voix, la plupart des journalistes avaient écarté les chances du syndicat indépendant, traitant l’organisation comme une curiosité, au mieux. « Je pense que nous avons été ignoré·es », a déclaré jeudi soir Madeline Wesley, trésorière de l’ALU. « Et je pense que cela prendra fin demain lorsque nous serons victorieux ».

L’ALU a remporté une victoire décisive aujourd’hui, en obtenant à une large majorité la création d’un premier espace de travail syndiqué dans le vaste réseau de centres d’exécution, de livraison et de triage d’Amazon à travers les États-Unis. Les installations de la société sont concentrées dans des zones métropolitaines comme New York, Chicago et Los Angeles, ce qui ouvre la voie à davantage d’organisation syndicale. Continuer à lire … « Les travailleur·euses d’Amazon à Staten Island remportent une victoire historique (plus autres articles) »

En Rd-Congo, les travailleuses domestiques militent pour l’amélioration de leurs conditions de travail 

Victorine Muburwa exerce comme travailleuse domestique   ou « dada » comme l’on appelle couramment ces femmes en République démocratique du Congo (RDC) –, depuis près de 13 ans, à la suite du décès de son mari, la laissant seule avec deux enfants à charge. Comme beaucoup de travailleurs et travailleuses domestiques, la trentenaire n’a jamais signé de véritable contrat de travail avec son employeur. « Dans l’exercice de mon travail, je n’ai jamais vu, entendu parlé de contrat. Je ne pouvais pas imaginer, moi qui n’ai pas étudié, qu’un simple travail de domestique demanderait aussi un document écrit établi entre employé et employeur pour mener à bien les tâches », explique-t-elle à Equal Times.

En juillet 2021, Victorine intègre l’Union des Femmes Domestiques du Congo (UFEDOC), une association des femmes qui militent pour le respect des droits des travailleurs et travailleuses domestiques. N’ayant pas étudié au-delà du primaire, elle pensait que le contrat de travail n’était réservé qu’aux agents de bureau, entreprise ou organisation non-gouvernementale. « Grâce à l’UFEDOC, j’ai appris que notre travail de domestique est comme tout autre travail et que le contrat écrit est indispensable pour nous protéger et éviter de violer les conventions par les deux parties », poursuit Victorine. Continuer à lire … « En Rd-Congo, les travailleuses domestiques militent pour l’amélioration de leurs conditions de travail « 

L’Espagne discrimine les travailleuses domestiques sur la base du sexe

La Cour européenne se prononce contre l’exclusion des travailleuses domestiques des allocations de chômage

Les employées de maison et les aides-soignantes célèbrent une grande victoire puisque la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) vient de juger que leur exclusion des allocations de chômage est contraire au droit européen. Le jugement stipule que cette exclusion constitue une « discrimination indirecte fondée sur le sexe », un coup dur pour l’État espagnol, qui a toujours refusé des droits à ce secteur de travailleuses. Après cet arrêt, les travailleuses domestiques – 400 000 selon les chiffres officiels, en plus de quelque 150 000 travailleuses irrégulières – qui réclament depuis des années leurs droits fondamentaux en matière de travail, espèrent que cette situation sera résolue. Elles sont, en effet, le seul secteur à ne pas bénéficier de cette protection sociale. « Nous sommes heureuses et suffisamment fortes pour continuer à nous battre », déclare Rafaela Pimentel de Territorio Doméstico, qui rappelle que le gouvernement s’est engagé dans le pacte gouvernemental à ratifier la Convention 189 de l’OIT sur le travail décent pour les travailleurs/travailleuses domestiques, premier pas vers l’égalité des droits pour ces derniers. Cependant, « à ce jour, ils ne nous ont même pas rencontrés pour nous dire ce qui va se passer avec cette promesse », déclare M. Pimentel. Continuer à lire … « L’Espagne discrimine les travailleuses domestiques sur la base du sexe »

Appel pour des avancées démocratiques au travail 

Conclusions de l’assemblée du 15 janvier 2022

Les candidat.es à l’élection présidentielle parlent de l’emploi mais jamais de la qualité et de la soutenabilité du travail. Pourtant la souffrance au travail et les vagues de démissions démontrent l’urgence d’avancées fortes vers la démocratie au travail. Voici quelques propositions que nous soumettons au débat.

La démocratie au travail, qu’il soit professionnel, domestique ou militant, est une urgence sociale, sanitaire et politique. Il n’en est pourtant pas question dans cette campagne présidentielle. C’est pourquoi le 15 janvier 2022, à l’initiative des Ateliers Travail et Démocratie, nous avons tenu à la Bourse du Travail de Paris une assemblée citoyenne pour la démocratie au travail. Voici quelques conclusions de cette journée que nous soumettons au débat. Continuer à lire … « Appel pour des avancées démocratiques au travail « 

Travailler moins pour vivre mieux

Guide pour une philosophie antiproductiviste

9782100821839-001-X

Les Trente Glorieuses ont fait leur temps.

C’est tant mieux, pourtant ça ne va pas mieux. Au contraire. C’est le diagnostic de l’autrice.

Comme moyen et condition de perpétuer et solidifier les privilèges, les impératifs de la croissance du PIB sont le précepte et le credo des économies (trop ?) développée.

Pourtant « réduire » nos activités de production est possible. […] les bullshit jobs (boulots à la con) dévoilés par David Graeber, ces métiers, fonctions et postes jugés inutiles par ceux-là mêmes qui les occupent » pourraient être supprimés nous y gagnerions en écologie environnementale et mentale. Une décroissance du PIB pour respirer mieux et penser davantage.

En effet, l’ouvrage illustre la thèse abondamment, pour des raisons écologiques, climatiques le productivisme extractivisme du capitalisme n’est plus soutenable : 

« Peut-on encore chercher l’épanouissement dans des activités de production nécessairement destructrices des ressources ? En plus, est-il encore souhaitable de fonder la protection sociale su un emploi stable de moins en mois accessible ? » (p. 19). Continuer à lire … « Travailler moins pour vivre mieux »

Penser politiquement le travail. Renouer avec un héritage refoulé

Colloque. Lyon (MSH-Espace Marc Bloch) – 7 et 8 avril 2022

BannerRolle

On se propose, lors de ces journées, d’examiner les institutions de travail en tant qu’objet et en même temps composante des États contemporains, et de chercher les enjeux des choix politiques opérés en ce domaine. Il ne s’agit pas tant d’observer et de critiquer les acteurs du politique que de délimiter les champs et d’éprouver les méthodes d’une nouvelle enquête : l’analyse des formes nouvelles de travail et des tensions qu’elles suscitent parait être la seule en effet qui permette de comprendre l’évolution actuelle des modes de pouvoir dans toute la planète. Il s’agit d’identifier, derrière les difficultés que rencontrent aujourd’hui toutes les régulations nationales, les mouvements qui déforment les structures, et annoncent peut-être l’avènement d’autres logiques de relation entre les individus comme entre les nations.

Les difficultés qu’il faudra surmonter lors de cette réflexion sont évidentes : chacun a une expérience singulière du travail, et les noms qui désignent ces différentes réalités sont multiples, même si le vocabulaire de l’administration prédomine ; les réactions à l’ordre salarial et les revendications qu’il suscite se retrouvent dans tous les comportements. Le chercheur lui-même a forcément une opinion politique. Peut-on supposer qu’il saura se rendre impartial sans pour autant se trouver démuni en face de son objet ? Il nous faudra forcément remettre en question la division du travail bien installée entre le savant et le politique, le premier espérant trop souvent d’ailleurs, même à son insu, que son travail éclairera voire guidera l’action du second. Continuer à lire … « Penser politiquement le travail. Renouer avec un héritage refoulé »

« Ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas une civilisation du travail et de la production, c’est une société libérée dans ses échanges et dans ses communications… »

Entretien avec Pierre Naville sur l’automation et l’avenir du travail (1977)

Dans cet entretien publié en 1977, Pierre Naville présente sa vision de l’automation et de l’avenir du travail. La lecture de ses propos nous permet, au début de la seconde décennie du 21ème siècle, de remettre en perspective bon nombre de transformations du travail liées à la robotisation, la numérisation du travail ou la mobilisation de l’IA dans le procès de travail. Pierre Naville revient sur les enseignements tirés des enquêtes qu’il a menées ou dirigées au cours des années 1950 et 1960, en particulier celles qui portent un regard novateur et critique sur le développement de systèmes de production semi-automatisés, et dont on peut retrouver les conclusions dans l’ouvrage « Vers l’automatisme social » (1960 [2016]). Sa clairvoyance analytique, son degré de discernement sociologique – il ne faut pas tout confondre – et l’actualité de certaines thèses défendues sont assez uniques en leur genre. Chacun pourra s’en rendre compte d’autant plus facilement que son époque est bien éloignée du temps présent.

Naville nous rappelle l’importance des fondamentaux : la technique n’est pas une malédiction ni une perversion mais progresse en fonction des impératifs de l’extraction de plus-value, de l’accumulation et de leurs rythmes heurtés tout en étant marqué par la division internationale du travail et les rapports stratégico-militaires entre les Etats. Continuer à lire … « « Ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas une civilisation du travail et de la production, c’est une société libérée dans ses échanges et dans ses communications… » »

La fatigue actuelle n’est pas seulement celle d’individus libres et autonomes

Dans une tribune récente au journal Le Monde, Alain Ehrenberg a critiqué l’ouvrage de la fondation Jean-Jaures –Une société fatiguée ? – en estimant à juste titre que l’on ne peut pas traiter la société comme un individu, même si des transformations sociales peuvent expliquer une monté de la plainte de fatigue parmi les individus. A propos des entreprises, il explique que « l’imaginaire du travail n’est plus un imaginaire taylorien de l’exécution mécanique des ordres ou du suivi des cadences. On demande aux gens d’être responsables, autonomes, d’avoir de l’initiative, de développer des compétences de « savoir être », etc. Dans le système d’attentes collectives de l’autonomie, la question « que suis-je capable de faire ? » se substitue à « que m’est-il permis de faire ? ». Ce changement de nos régimes d’action exige de chacun des formes d’auto-contrôle émotionnel et pulsionnel qui étaient parfaitement marginales dans le taylorisme, ce qui donne une place nouvelle aux dimensions affectives du travail. »

Une telle analyse peut toutefois sembler bien rapide. Tout d’abord parce que le taylorisme est loin d’avoir disparu. Il s’étend même, sous des formes renouvelées, y compris en dehors de l’industrie, par exemple dans les centres d’appel, les entrepôts logistiques, les caisses des supermarchés ou le travail des postiers (comme l’a montré Nicolas Jounin), notamment du fait des outils numériques de contrôle et de gestion des activités à distance. Ensuite, parce que la fatigue au travail est un phénomène complexe et multiforme. Il n’existe sans doute pas une, mais différentes formes de fatigue qui mêlent de façon variable suivant les époques et les secteurs professionnels, fatigue et usure physique d’une part  et souffrance morale ou psychique d’autre part. Continuer à lire … « La fatigue actuelle n’est pas seulement celle d’individus libres et autonomes »

La crise sanitaire, une respiration salutaire ?

La crise sanitaire a fait de gros dégâts. Là où on les attendait pas. La corona, selon Jean-Luc Porquet « a véritablement ébranlée et annihilée la valeur travail ».

Porquet, c’est dans le Canard enchaîné, dans le Monde Léa Iribanegaray nous fait rencontrer des « frugalistes » calculateurs qui, de très près surveillent leur RIB (Revenu Induit par ses Besoins). Le boulot, juste ce qu’il faut…

« A-t-on perdu tout sens de l’effort ? » s’interrogent deux auteurs bretons, Gérard Amicel et Amine Bourkerche, qui dans « L’autopsie de la valeur travail » dissèque l’idéologie du boulot.

Un allemand, Robert Kurz s’en prend lui, à « l’ethos du travail ».

Les éléments de la critique s’accumulent. Procès à charge ?

Mais, est-ce sérieux cette iconoclaste critique ? Allons voir. Continuer à lire … « La crise sanitaire, une respiration salutaire ? »

Accidents de travail : l’impôt du sang

Le 25 juillet de cette année, un ingénieur de la SNCF est mort au travail dans des circonstances atroces : il a été enseveli vivant suite à un éboulement sur un chantier. Un quotidien de province a publié cette information dans sa rubrique « faits divers » en ne s’attachant quant au contenu de l’article qu’aux conséquences impactant les voyageurs et le trafic des trains (1). Un grand site d’information nationale a titré de façon lapidaire « Accident de chantier mortel à Massy : le trafic SNCF a repris, annonce le ministre délégué aux Transports Jean-Baptiste Djebbari », là aussi le traitement de cette information pourtant tragique reste axé sur l’impact de l’accident sur la circulation des trains (2). Un autre grand hebdomadaire français (3) a présenté les faits de façon similaire : en se contentant de disserter sur l’altération du trafic ferroviaire. Ces analogies sont troublantes et montrent bien comment sont traités médiatiquement les accidents du travail, comme des faits divers isolés, compris indépendamment les uns des autres, faits divers narrés avec une inhumanité sidérante : la victime est reléguée à l’arrière-plan derrière les inconvénients pour les voyageurs et les retards de train. Le pire est sans doute la réaction, telle qu’elle a été rapportée par ces mêmes organes de presse, du ministre délégué au Transport (3) qui a été d’annoncer la reprise du trafic sans un mot pour la victime et ses proches, avec un manque de considération total pour ces derniers, le cynisme froid de nos dirigeants laisse sans voix. Continuer à lire … « Accidents de travail : l’impôt du sang »

Le Communiqué intersyndical du 30 août 2021 appelant au 5 octobre

96798eae1b0331ac-91370

Les organisations syndicales CGT- FO – FSU – Solidaires – FIDL – MNL – UNEF – UNL réunies le 30 août appellent à la mobilisation de l’ensemble des travailleur-ses du secteur privé et public, et la jeunesse, le mardi 5 octobre 2021.

Elles rappellent qu’elles ont mis en garde le gouvernement, au début de l’été, face à ses projets de régression sociale. Elles ont, à cette occasion, formulé des solutions économiques et sociales pour sortir de la crise sanitaire.

Elles s’opposent à ce que la situation sanitaire soit utilisée par le gouvernement et le patronat pour accélérer la remise en cause des droits et des acquis des salarié-es et des jeunes. L’élargissement et l’accélération indispensables de la vaccination demandent de renforcer l’accès à la santé, les moyens de l’hôpital public et de la médecine du travail. Cela nécessite de convaincre et de rassurer, et non de sanctionner les salarié-es. Continuer à lire … « Le Communiqué intersyndical du 30 août 2021 appelant au 5 octobre »

La pensée magique de l’émancipation du travail

Introduction

On rencontre communément la dénomination d’une ressource allouée à la personne sous les appellations de « Le revenu universel », ou « revenu de base [1] ». Certains peuvent préférer « revenu inconditionnel (d’existence ?) minimum garanti » plus explicite sur la prétention aux droits, là où d’autres l’affirment avec le « salaire à la personne » ou « salaire à la qualification » en l’« inscrivant dans le droit du travail. Le RU est aujourd’hui mis à toutes les « sauces » et imprime les discours d’une certaine droite [2] comme d’une certaine gauche. Encore que bien souvent, il s’agit d’un exercice mené sans conviction, comme pour éviter les controverses d’un sujet clivant qui troublerait les esprits et finiraient comme un enfant mort-né. Les détracteurs de la droite s’efforcent d’assécher la prétendue vocation « émancipatrice » du RU en la dévoyant pour en faire au mieux une mesure sociale qui vise à remplacer celles existantes, et écornées au passage. Nul doute que ceux qui tiendront ce bout de la ficelle chercheront à enfermer le débat selon des principes emprunts de réalisme, à coups de poncifs moraux et de rigueurs budgétaires, et attireront sur leur terrain ceux à la colonne vertébrale trop fragile. Dans un cas comme dans l’autre, le niveau du curseur de sa soutenabilité économique servira de levier aux premiers, bien secondée dans les faits par l’œcuménisme moralisateur des seconds. Continuer à lire … « La pensée magique de l’émancipation du travail »

La triple charge de travail des syndicalistes indonésiennes

La crise de la COVID-19 accentue les inégalités de genre au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans la mesure où la COVID-19 a frappé les secteurs manufacturiers à bas salaires où travaillent en majeure partie des femmes, ses conséquences touchent un genre plus que l’autre. L’OIT rapporte, par exemple, que deux travailleur·ses de l’industrie de l’habillement en Asie-Pacifique sur cinq n’ont pas repris le travail après la fermeture des usines. La majorité des travailleur·ses du secteur de l’habillement sont des femmes et elles représentent 5,2% de l’ensemble de la main d’œuvre féminine de la région.

Pourtant, au milieu de la pandémie, le travail invisible effectué par un grand nombre de femmes en Asie n’a pas seulement doublé, mais triplé. Beaucoup de femmes salariées, en plus d’être les premières à s’occuper des membres de la famille à la maison, sont aussi des syndicalistes menant une lutte sans merci pour protéger les droits des travailleur·ses les plus vulnérables de la région. Continuer à lire … « La triple charge de travail des syndicalistes indonésiennes »