Valeyri, un village, la brume, des femmes et des hommes

product_9782070143511_195x320« Dès que le jour décline, la brume envahit peu à peu le fjord ». La mer et cette brume « ce lointain qui brusquement te cerne », la clarinette et la contrebasse, les errances, les passés si présents, le temps dans ses discontinuités. Des hommes et des femmes, « Quelqu’un l’avait aimée », le rituel instauré autour du tabac, rester ou « Quitter tout ça »… Lire la suite

« Défendre nos valeurs »

« Le langage politique » consiste « principalement en euphémismes, pétitions de principe et imprécisions nébuleuses. » G. Orwell (1946)

A la bourse des éléments de langages, forgés par des communicants affairés, ces mercenaires contemporains de la propagande enrichie, si l’on peut dire, grâce à quelques recettes empruntées au marketing, les valeurs sont désormais au plus haut. Les valeurs, c’est follement actuel et moderne. Pas un homme ou une femme politique de droite ou de gauche qui ne juge indispensable de déclarer haut et fort son attachement aux valeurs, et la nécessité impérieuse de les défendre avec ténacité. L’ensemble se doit d’être prononcé sur un ton grave, d’un air pénétré et le regard fixé au loin afin de lester le ronflement sonore des formules creuses employées d’une hexis corporelle indispensable à leur crédibilité espérée. De là aussi, cette inflation langagière que soutient la prolifération des hyperboles. Le plus souvent ces valeurs sont précédées de l’adjectif possessif « nos. » Celui-ci est nécessaire à l’efficacité de cette rhétorique de l’importance et de l’autorité grâce à laquelle le locuteur se grandit et construit sa stature. Ce possessif lui permet d’entretenir l’illusion de l’originalité, de s’élever au-dessus de la mêlée en renvoyant ses adversaires à la médiocrité de leurs préoccupations politiciennes et d’établir ainsi une verticalité symbolique qui le distingue de ces derniers. A lui, les beautés éthérées et désintéressées des valeurs, et les perspectives grandioses qu’il convient de tracer pour « redonner à la France la place qu’elle mérite, et à ses habitants fierté et dignité. » Aux autres les petits calculs partisans, la vulgarité des ambitions personnelles et les trivialités de la compétition électorale. Lire la suite

Extraits de Karl Marx / Abraham Lincoln : Une révolution inachevée

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

Le Capital

Livre 1, 3e section, chapitre 10

1Dès que des peuples, dont la production se meut encore dans les formes inférieures de l’esclavage et du servage, sont entraînés dans les transactions mondiales dominées par le mode de production capitaliste, et que la vente de leurs produits à l’étranger devient leur préoccupation principale, les horreurs barbares de l’esclavage, du servage, etc. se complètent par les horreurs civilisées du surtravail. C’est pour cette raison que, dans le Sud des Etats-Unis, le travail des Nègres conserva un certain caractère patriarcal, tant que la production envisagea surtout les besoins personnels immédiats. Mais à mesure que l’exportation du coton devint l’intérêt vital des États sudistes, le surmenage des Nègres et même l’usure de leur vie par sept années de travail devinrent un des facteurs d’un système calculé et calculateur. Il ne s’agissait plus de faire produire par le Nègre une certaine masse de produits utiles ; il s’agissait de la production de la plus-value. Lire la suite

« Nous devons écouter les voix des travailleuses du sexe »

La survivante Rae Story rencontre et interview d’autres survivantes de la prostitution

« Nous devons écouter les voix des travailleuses du sexe ». Tel est le cri de ralliement que j’ai entendu un nombre incalculable de fois ces dernières années. C’est l’une des phrases les plus populaires et prolifiques de l’état actuel du discours sur la prostitution, elle est tellement courante qu’elle en est devenue presque naturelle à nos oreilles. Et, comme toute phraséologie adoptée avec vigueur pour renforcer les agendas politique, le slogan devient l’argument. Ce à quoi elle est supposée faire référence est déformé et détourné. Comme « Détruisez le pouvoir et non les gens » ou « Faites l’amour, pas la guerre ». Lire la suite

Analyser le capitalisme

Minsky-couv.inddHyman P. Minsky (1919-1996) n’est pas l’économiste le plus connu. Il n’a pas eu le faux-vrai Prix Nobel d’Économie – il est décerné par la Banque centrale de Suède – et a été oublié pendant de nombreuses années, ces années de domination absolue du dit « néo-libéralisme », cette « orthodoxie » qui s’est imposée dans les années 1980. Elle reste hégémonique, notamment dans les manuels et les programmes d’enseignement, alors qu’elle est fondamentalement contestée par la réalité même de la crise systémique du capitalisme ouverte en août 2007. Le refus d’analyse se mêle à la volonté de ces économistes de maintenir leur pouvoir au mépris même de la réalité. Lire la suite

Chronique jazzistique. Un club bizarre, « Le Triton »

armel-veilhan-sur-la-meme-portee-journal-d-une-saison-au-tritonLe Triton est un club de l’autre côté du périphérique. Du côté du 9-3, aux Lilas exactement et rue du Coq français – impossible à inventer – pour être encore plus précis. Il faut y aller. Armel Veilhan, romancier, homme de théâtre et musicien en a fait la chronique pendant une année, 2015 en l’occurrence qui a connu une fin juin, juillet torride. La terrasse, le restaurant étaient des endroits idéaux pour rêvasser, pour refaire un monde en train de rétrécir, de se durcir tout en sombrant. Les mois d’été chauds incite au liquide pour que l’hiver solidifie de nouvelles constructions. Lire la suite

Adresse de l’Association internationale des travailleurs à Abraham Lincoln

Avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse

29 novembre 1864

À Abraham Lincoln,

Président des États-Unis d’Amérique

Monsieur,

1Nous félicitons le peuple américain qui vous a réélu à une forte majorité. Si la résistance au pouvoir esclavagiste avait été le mot d’ordre raisonné de votre première élection, le cri de guerre triomphal de votre réélection est : « Mort à l’esclavage ! »

Dès le début de la lutte titanesque qui se déroule en Amérique, les travailleurs d’Europe ont instinctivement ressenti que la bannière étoilée portait le sort de leur classe. Ayant inauguré la terrible épopée , la lutte pour les territoires ne devait-elle pas décider si les immenses étendues de terres vierges allaient être vouées au travail de l’émigrant ou si elles allaient être prostituées par le bruit du gardien d’esclaves ? Lire la suite