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Les rapports de sexe, de classe, de racisation interagissent les uns sur les autres et structurent ensemble la totalité du champ social

« Le mouvement des femmes a été à l’origine d’une effervescence théorique qui s’est traduite par la production d’un corpus de concepts extrêmement riche. Ces élaborations ont permis de rompre avec l’idéologie de la complémentarité ”naturelle” des sexes, de penser les rapports antagoniques entre le groupe des hommes et celui des femmes dans le but de les transformer. » Roland Pfefferkorn présente son livre : « L’objectif est de rendre compte de la diversité, de la richesse et des limites des analyses produites par les différents courants et auteures féministes et de rappeler quelques-uns des débats qui ont traversé le mouvement des femmes ».

Corpus très riche : patriarcat, mode de production domestique, travail domestique, travail productif et reproductif, échange économico-sexuel, division sexuelle du travail, sexe social, sexage, classe de sexe, etc… « La diversité des conceptualisations tient d’abord au caractère multidimensionnel de l’oppression qui renvoie à la fois à l’exploitation, à la domination, à la discrimination et à la stigmatisation. »

Quelques auteures : Christine Delphy, Nicole-Claude Mathieu, Colette Guillaumin, Paola Tabet, Danielle Kergoat, Helena Hirata, Delphine Gardey, Ilana Löwy, Eleni Varikas, Jules Falquet, Elsa Dorlin, etc…

Sans partager toutes les présentations de l’auteur, je tiens néanmoins à souligner sa volonté d’exhaustivité et la clarté de l’exposé. Sa critique des dérives autour du concept de genre, tout en étant juste, sous-estime les ambiguïtés des autres formulations, en particulier dans le monde universitaire. Le problème n’est pas, à mon avis, lié au sens multiple des mots, mais à leurs usages séparés du point de vue des femmes, du féministe, comme pratique subversive de l’organisation sociale. Dans le dernier chapitre « Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe », l’auteur argumente sur la pertinence et sa préférence pour l’utilisation du concept de rapports sociaux de sexe, son lien avec la division sexuelle du travail, le travail pouvant être défini comme la« production de la société ».

Je partage ce que dit Danielle Kergoat et l’auteur sur les caractères consubstantiels et co-extensifs des rapports sociaux : « en se déployant, les rapports sociaux de classe, de genre, de ”race”, se reproduisent et se co-produisent mutuellement ».

Cependant, rien n’assure que cette conceptualisation permette à elle seule, de ne pas oublier le féminisme dans les orientations stratégiques émancipatrices, sans parler des débats politiques concrets.

Quoiqu’il en soit, je ne pense pas qu’un concept puisse totalement, intégrer, d’un coté les dimensions variées de l’asymétrie, de l’exploitation, de la domination, de l’oppression et de l’autre, permettre d’exprimer les leviers possibles de l’émancipation.

Plan du livre :

Introduction : Des concepts pour penser les rapports inégalitaires entre hommes et femmes.

  1. Freins et obstacles au mouvement vers l’égalité.

  2. Vers l’émergence du genre et des rapports sociaux de sexe

Chapitre 1 Rompre avec le naturalisme.

  1. Le patriarcat et le mode de production domestique

  2. Le travail domestique : un nouvel objet d’analyse

  3. L’extension du travail des femmes bouleverse le mode de production domestique

  4. La dialectique production/reproduction

Chapitre 2 L’invention du genre et sa polysémie 

  1. Le genre désigne le sexe social

  2. Le genre renvoie à un système patriarcal ou une organisation genrée

  3. Le genre trouble les catégories binaires et sape les identités

  4. Le genre signifie des rapports de pouvoir

Chapitre 3 Le genre et ses limites

  1. Une polarisation fréquente sur le discours

  2. La distinction entre sexe et genre en question

  3. Quand le genre gomme le conflit, oublie ou dissimule la classe.

  4. Le genre un concept fédérateur ?

Chapitre 4 Division sexuelle du travail et rapports sociaux de sexe

  1. La division sexuelle du travail

  2. Des rapports sociaux aux rapports sociaux de sexe

  3. Le travail levier de la domination…

  4. Le travail levier de l’émancipation

Conclusion Articuler les rapports sociaux. Rapports de sexe, de classe, de racisation.

  1. Articuler les rapports sociaux et comprendre la production des catégories

  2. Construire des marges de liberté et d’action

« L’oppression des femmes résulte d’un fonctionnement systémique qui n’est en aucun cas réductible au système capitaliste », Il est donc regrettable que les dimensions sexuées des rapports sociaux ne soient pas systématiquement pris en compte par les universitaires et les groupes se réclamant de l’émancipation.

Cette courte mais dense présentation des théorisations matérialistes féministes, « construire des concepts nouveaux pour penser les rapports antagoniques entre la classe des hommes et celle des femmes », me semble à la fois synthétique et suffisamment diversifiée, pour une première approche de l’histoire de certains débats. Elle ne saurait dispenser de lire et d’étudier les textes produits par les féministes elles-mêmes.

Je souligne la récente réédition des numéros de Questions Féministes (Syllepse, Paris 2012).

Voir : Préface à la réédition de Questions féministes et Questions Féministes : une revue théorique féministe radicale ou de certains textes de Danielle Kergoat, que j’espère pouvoir chroniquer bientôt, Se battre disent-elles (La dispute 2012).

Pour rappel : Sous la direction de Philippe Cardon, Danièle Kergoat et Roland Pfefferkorn : Chemins de l’émancipation et rapports sociaux de sexe (Editions La Dispute, Paris 2009)

L’individualisation n’émerge pas de manière spontanée

Dans la même collection « empreinte » Alain Bihr : La logique méconnue du « Capital »

Sous sa forme de marchandise, la valeur opacifie et mystifie la réalité sociale

Roland Pfefferkorn : Genre et rapports sociaux de sexe

Empreinte, Editions Page 2, Lausanne 2012, 139 pages, 9,50 euros

Didier Epsztajn

Harengs salés et schnaps, pour rire et pleurer, pour tousser et éternuer

Un train, « Pendant que les Juifs dans les wagons attendaient des événements, qui étaient décidés par les goys, leur histoire restait blottie sur le toit d’un train ».

Une destination.

« Oui. Le train attendra que la voie soit libre.

Quelle voie ?

Celle qui mène au but.

Au terme du voyage ?

Oui. »

Des mots, des histoires de mémoire. « Et parce que les voies qualifiées pour les recherches officielles n’avaient rien à retenir pour le moment, elles se mirent à bavarder comme les petites voix jacassantes, mais seulement pour passer le temps ». Les mémoires de l’histoire.

Un monde des porteurs d’eau, des marieuses, des cabaretiers, des Rebs, des femmes et des hommes, etc

La visite d’un empereur et les promesses d’une émancipation civique, car, pour le reste, l’attente en espérance messianique…

La mémoire, aigre douce, de la vie dans un misérable schtetl, les femmes rasées/en perruque, les enfants promis-e-s dès leur plus jeune âge, les prières et l’étude, le trefe et le kascher, les schmattes, les paijes, les tefillin et les calfans, la misère et la langue.

Une histoire, parmi d’autres histoires.

Le chaïm.

Pour que les histoires de cette culture anéantie, « C’était le sixième jour. Et il toucha à sa fin. Et ce fut le septième jour », ne se perdent pas, malgré ou grâce au vent sur le toit du wagon.

« Au schtetl personne n’est vraiment jeune, dit l’oncle Jossel. Et il n’y a pas de vrais enfants »

Edgar Hilsenrath : Le retour au pays de Jossel Wassermann

Traduit de l’allemand par Christian Richard

Albin Michel, Paris 1995, réédition Livre de poche 2008, 322 pages

Didier Epsztajn

Créons une, deux, trois, plusieurs Grèces !…

Discours de Sonia Mitralia prononcé à la grande manifestation anticapitaliste de Frankfort, le 19 mai 2012

Camarades,

Je viens de Grèce, un pays détruit et désespéré, un pays en ruine mais qui reste debout. De cette Grèce qui résiste et qui vient de dire un énorme Non magnifique à ses bourreaux : la Troïka (le FMI, la Commission de Bruxelles, la BCE) et vos Merkel et Schauble, les Barroso, les Sarkozy et les banquiers. En somme, à ceux qui nous gouvernent et nous imposent des politiques inhumaines et barbares. Ces politiques qui provoquent déjà la malnutrition des enfants et même la faim dans les grandes villes grecques. Et tout ça où ? Non pas quelque part au Tiers Monde, mais ici, au cœur de la riche Europe. Et quand ? Au moment de l’histoire où l’humanité n’a jamais produit autant des richesses que maintenant !…

Camarades,

Les résultats des élections du 6 mai ne laissent pas le moindre doute : une énorme majorité de citoyens grecs a rejeté les politiques d’austérité. C’est un véritable séisme politique ! Le pays qui a été choisi pour être le laboratoire des politiques d’austérité, est maintenant en révolte ouverte contre ceux qui l’affament et l’humilient, ceux qui ferment ses hôpitaux et ses écoles, ceux qui détruisent et vendent ce beau pays pour rien, contre ses bourreaux grecs et étrangers.

Mais attention : les Grecs en révolte ne doivent pas être laissés seuls au moment où ils sont en train de transformer leur colère en mouvement conscient et libérateur, maintenant que la perspective d’un gouvernement grec de gauche commence à poindre à l’horizon, à devenir possible et réaliste. Si les Merkel et Sarkozy, le FMI et la Commission de Bruxelles ont fait des Grecs des cobayes et de la Grèce un laboratoire de leurs politiques barbares, c’est à nous, peuples d’Europe, de faire de même en faisant de la Grèce l’avant poste de nos combats communs contre ceux qui détruisent nos vies et la nature. Car la résistance des Grecs est notre résistance, leurs luttes sont nos luttes…

Camarades,

Je viens d’un pays qui tourne aujourd’hui son regard vers vous, en attendant des actes concrets de solidarité. Maintenant et pas demain. Car c’est maintenant plus que jamais, que les Grecs en révolte sont menacés directement d’extinction par tous ceux qui craignent que leur exemple fasse des émules, et se répande comme tache d’huile partout en Europe. Et je vous assure, ces Grecs en révolte sont persuadés que la meilleure solidarité envers eux c’est que vous les imitiez. Que vous imitiez leur exemple chez vous, dans vos pays. En développant et en coordonnant les résistances contre les politiques inhumaines d’austérité et de destruction. D’ailleurs, c’est exactement cela que craignent le plus nos ennemis communs : LA CONTAGION ! La contagion des luttes partout en Europe.
Alors, oui, faisons-le, CRÉONS UNE, DEUX, TROIS, PLUSIEURS GRÈCES ! Mettons-nous en réseaux, coordonnons nos luttes, organisons méthodiquement un mouvement unitaire et radical, de masse et démocratique, sur tout notre vieux continent, partout en Europe, de Roumanie en Irlande et d’Italie en Islande. Un mouvement de longue haleine et de grandes ambitions émancipatrices, qui combine l’unité la plus large avec la radicalité libératrice. Maintenant c’est le moment. Car…United we stand – Divided we fall !! Ou en français de lutte : Tous ensemble-tous ensemble, oué oué

Merci camarades.

publié sur le site du CDATM

Grèce : « Nous demandons un audit international de la dette »

Sofia Sakorafa, députée de Syriza et parlementaire qui a obtenu le plus de suffrages (parmi tous les élus tous partis confondus), déclare : « On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie ».

Sofia Sakorafa, députée de Syriza et parlementaire qui a obtenu le plus de suffrages (parmi tous les élus tous partis confondus), déclare : « On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie. » Entretien.

Un poster de Hugo Chávez décore le bureau de Sofia Sakorafa (née à Trikala en 1957) dans le quartier de Exarchia, aux façades couvertes de graffitis anarchistes. Ex-députée du Pasok, elle fait partie de la coalition de gauche radicale Syriza. Elle est la parlementaire qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages le 6 mai 2012. Ancienne lanceuse de javelot médaillée olympique, elle fut la première membre du Pasok à se rebeller et fut expulsée suite à son vote contre le premier plan d’ajustement. « Je ne pouvais pas rester au sein d’un parti qui a viré à droite et a appliqué une politique néolibérale qui rompt avec sa tradition et son programme… Il faut faire la lumière sur la partie de la dette qui est illégale et illégitime. »

Gemma Saura – Syriza est une coalition de groupes divers, dont certains défendent la sortie de l’euro. Ne devraient-ils pas être unis sur un thème si crucial ?

Sofia Sakorafa : C’est très sain qu’il y ait des opinions différentes au sein d’un parti. L’antithèse, c’est le Parti communiste, qui maintient une ligne dogmatique que personne ne peut discuter. Au sein de Syriza, beaucoup d’opinions coexistent. Nous discutons et quand nous décidons d’une position, tous la respectent.

Jusqu’à quel point l’euro est-il une priorité pour Syriza ?

Sofia Sakorafa : Nous voulons rester dans la zone euro et, en son sein, changer les relations de pouvoir et les politiques néolibérales dures décidées par un cercle réduit de personnalités politiques. Nous n’allons pas tolérer que la croissance de l’Allemagne et de la France se fasse aux dépens de la survie de la Grèce ou d’autres peuples, comme l’Espagne. Demeurer dans la zone euro ne peut signifier sacrifier un peuple, le laisser mourir de faim. La question qui se pose maintenant n’est pas celle de l’euro. Nous luttons pour notre survie. Et si rester dans la zone euro signifie la destruction de la Grèce, nous devrons en sortir.

Selon un sondage, 78% des Grecs estiment que le gouvernement doit tout faire pour rester dans la zone euro.

Sofia Sakorafa : Je ne comprends pas comment on peut rester dans la zone euro si le prix à payer est un salaire de 200 euros par mois. Mais Syriza ne va pas décider pour le peuple. Si la situation devient à ce point difficile et que nous pensons que le mieux pour la Grèce est d’en sortir, nous demanderons à la population qu’elle se prononce par les urnes. Mais nous ne dirons pas quelque chose, pour ensuite, au sein du gouvernement, en faire une autre.

Syriza dit que l’UE ne peut pas se permettre d’expulser la Grèce de la zone euro, mais de plus en plus de gens en Europe pensent que c’est la seule solution.

Sofia Sakorafa : On nous a dit que si nous n’acceptions pas la recette de la Troïka, nous mourrions de faim ; que si nous sortions de la zone euro, nous n’aurions pas de futur. Des gens, pas même en poste au sein de l’UE, nous menacent, comme Schäuble, le ministre allemand des Finances. A chaque menace s’ensuit un désastre. Quelqu’un doit dire à la population qu’il n’existe pas de mécanisme pour expulser un membre de l’UE. Comme ils ne peuvent pas nous expulser, ils cherchent à nous faire partir.

Pourquoi vous refusez-vous à renégocier l’accord avec la Troïka, comme le suggèrent maintenant le Pasok et Nouvelle Démocratie ?

Sofia Sakorafa : L’accord ne peut pas être amélioré. Qu’entend-on améliorer quand la destruction est maintenant quasi totale ? Il n’y a pas d’argent pour payer les pensions, le droit du travail, obtenu au cours des siècles par les peuples d’Europe, a été détricoté… L’accord contrevient aux principes fondamentaux de l’UE, relatifs à la protection des droits, à la couverture sociale, à la protection des mineurs…

Vous cherchez à tirer un trait sur les accords signés ?

Sofia Sakorafa : Nous ne disons pas qu’avant tout était mieux. Nous voulons des réformes, nous voulons que le pays soit plus compétitif, l’Etat plus fonctionnel, qu’il y ait de la méritocratie. Le mémorandum a détruit l’Etat. Maintenant rien ne fonctionne. C’est le chaos dans les hôpitaux, il n’y a pas de fonctionnaires pour recouvrer les impôts. Nous voulons du temps afin de nous organiser et de nous en sortir.

Vous voulez également mettre un terme au paiement de la dette ?

Sofia Sakorafa : Nous demandons un audit international de la dette. On a dit au peuple grec qu’il a une dette, qu’il paie, mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie. Il doit aussi y avoir une investigation politique : l’argent a-t-il été affecté tel qu’il était convenu ? Nous savons, par exemple, que l’entreprise allemande Siemens a conclu des contrats avec la Grèce en versant des commissions et autres pots-de-vin au personnel politique. Tout doit être audité car ce sont les Grecs qui paient, ce peuple qu’on accuse d’être fainéant, corrompu, de passer ses journées à danser alors que les statistiques montrent que nous sommes le deuxième pays d’Europe en termes de nombre d’heures travaillées.

Ne manquez-vous pas d’autocritique ? Pourquoi avez-vous toléré pendant tant d’années la corruption ?

Sofia Sakorafa : Je ne comprends pas que l’on punisse les Grecs pour la corruption de leurs politiques et de quelques fonctionnaires tandis que l’Europe n’a pas puni le peuple allemand après une guerre qui a fait des millions de morts et a détruit le continent. L’Europe a bien fait, car ce n’était pas la faute du peuple allemand mais bien de sa classe politique. A moins que la Grèce ne soit le seul pays où existe la corruption..

Quelles autres conditions Syriza oppose à la Troïka, en plus de l’audit de la dette ?

Sofia Sakorafa : Il y a cinq points. D’abord, l’abolition du mémorandum, de toutes les mesures d’austérité et réformes du travail qui sont en train de détruire le pays. Ensuite, la nationalisation des banques : à partir du moment qu’une banque reçoit des aides publiques, l’Etat doit pouvoir disposer d’une voix au sein de son conseil d’administration, au moins jusqu’à ce que celle-ci ait remboursé son dû. Troisièmement, la modification de la loi électorale. Quatrièmement, l’abolition de l’immunité des ministres. Enfin, l’audit de la dette.

Et si la Troïka refuse, vous avez un plan B ?

Sofia Sakorafa : Nous lui répondrons par une blague. Une femme remarque que son mari passe des nuits sans pouvoir dormir. Il lui confie qu’il doit de l’argent au voisin et qu’il est très angoissé. Elle ouvre la fenêtre et crie « Voisin ! Mon mari dit qu’il te doit de l’argent. Nous ne pouvons pas te le rendre. » Elle referme la fenêtre et dit :« Maintenant c’est le voisin qui ne peut pas dormir. » Nous ne parviendrons à ce résultat que via l’audit de la dette. Nous devons démontrer qu’une grande partie de la dette a été contractée de manière illégale. L’Allemagne elle-même reconnaît que son économie tire profit de la situation grecque. Nous achetons à 100% de leurs prix les bons de l’Etat grec que la Banque centrale européenne (BCE) a acquis à 50%. La BCE n’a pas été créée pour gagner de l’argent sur le dos d’un pays détruit. Nous voulons que la spéculation sur le peuple grec cesse.

Entretien avec Sofia Sakorafa conduit par Gemma Saura

publié sur le site du CADTM

Conférence de Nanterre des 12 et 13 mai 2012. Déclaration Finale

Dans un contexte de crise du capitalisme, la santé des peuples s’est considérablement dégradée à l’échelle européenne par la crise économique, écologique et sociale qui aggrave les inégalités.

L’année qui s’est écoulée a connu une accélération de la crise en Europe. Une seconde crise bancaire s’amorce en Europe ; les politiques d’austérité menées conjointement dans tous les pays, et par l’Union Européenne, sont en train d’aboutir à une récession généralisée, voire en Grèce et dans d’autres pays, à une véritable dépression.

Par couches successives, les dirigeants européens veulent rendre l’austérité plus forte et plus irrévocable au travers de la ratification du Pacte budgétaire et du Mécanisme Européen de Stabilité (MES).

La dette publique, le chômage, la pauvreté et les inégalités augmentent à une vitesse alarmante.

L’austérité présentée comme inévitable et la dette comme une fatalité, sont devenues partout le prétexte à de dures attaques contre les systèmes de santé publics et de protections sociales et les droits sociaux. La Grèce, qui est le cas emblématique de toute l’Europe, est en train de vivre une crise humanitaire et sanitaire sans précédent. Les plus touchés aujourd’hui sont les pays d’Europe du Sud et d’Europe orientale.

Les plans d’austérité sur la santé et la protection sociale sont pris sous la pression des multinationales de la santé et des systèmes d’assurances privés.

Ces multinationales jouent un rôle majeur dans la destruction des droits sociaux, des conventions collectives et droits syndicaux (négociation collective, liberté d’action syndicale, conditions de travail …), dans la baisse des salaires et de la part salariale dans le PIB (que la nouvelle surveillance économique, avec le contrôle des « coûts salariaux unitaires » va aggraver) et dans la précarisation des emplois (retour du travail journalier, explosion du travail temporaire, faux indépendants dits auto-entrepreneurs …)

Ces politiques d’austérité constituent une violation du droit humain à la santé et détruisent les services publics sociaux et de santé. Elles concernent tous les assurés sociaux et frappent tout particulièrement certain-es citoyen-nes :

1. Les femmes, très majoritaires dans ces services publics qui occupent les emplois les plus précaires, premières licenciées lors des fermetures d’hôpitaux, de crèches, de centres pour la santé des femmes et des droits reproductifs, de structures de prises en charges d’handicapés, assument l’essentiel du “travail de reproduction sociale” que les politiques d’austérité re-transfèrent massivement vers la sphère domestique,

2. Les malades de plus en plus taxés, les handicapés, grands sacrifiés de la crise exclus non seulement du travail, mais aussi souvent exclus des institutions censées les accueillir ;

3. les migrant-es, sans papiers, souvent exclus des systèmes de santé et de protection sociale.

Au-delà de la nécessaire riposte nationale, dans chaque pays, ces mesures nécessitent une action concertée des professionnels de santé, des malades, de tous les citoyens, cela suppose une mise en commun des expériences des luttes nationales en défense de la santé publique et de la sécurité sociale, l’organisation d’une solidarité concrète lors des luttes, la réflexion sur la construction d’initiatives internationales pour la défense d’une santé publique universelle, égalitaire et solidaire.

A l’issue de la conférence de Nanterre (France), qui a eu lieu les 12 et 13 mai 2012, les participants issus des syndicats et des associations de luttes pour la défense de la santé et de la protection sociale, défendant un système de santé publique de haut niveau dans toute l’Europe, se sont prononcés en faveur :

  • De la construction d’un espace européen d’échange, de mobilisation et d’action contre la privatisation des systèmes de santé et de protection sociale, ouvert à tous ceux qui souhaitent agir contre l’austérité sur la santé des peuples, la régression des droits sociaux et de la protection sociale.
  • De la mise en œuvre d’un programme européen alternatif aux visées libérales qui entend défendre la santé publique et la protection sociale comme des biens communs universels qui ne peuvent plus servir les profits privés des actionnaires des établissements de santé ou de la protection sociale. Un tel programme suppose de choisir la voie d’un égal accès à la santé, de la gratuité des soins, de la démocratie sanitaire, d’un financement public et collectif qu’il faut promouvoir.
  • D’audits citoyens de la dette, notamment de la dette des hôpitaux, organisme sociaux et protection sociale avec un accent particulier sur l’impact de la dette pour les femmes.
  • De la mise en place d’un réseau permanent d’échange d’initiatives et d’action contre la privatisation des systèmes de santé et de sécurité sociale et contre toute franchise médicale ou taxation des malades et toute mesure visant à réduire l’accès universel à la santé.
  • De l’organisation de conférences de presse coordonnées autour de cette déclaration le5 juin 2012 et d’appel à la solidarité avec le peuple grec.
  • De l’organisation dans chaque pays d’une semaine d’action européenne pour le droit à la santé des peuples et contre le démantèlement des services publics de santé et la marchandisation de la santé du 1er au 7 octobre 2012.
  • D’une représentation de chaque pays au « Village blanc Européen » (campement de personnel de santé) à Varsovie pendant la semaine d’action
  • De l’organisation d’une Conférence européenne le 7 octobre 2012 à Varsovie.
  • De la Coordination d’une campagne de communication commune avec affiches communes et pétition commune.

Conscients que l’action en faveur d’un système de santé public et protection sociale universelle ne saurait être l’apanage des seuls professionnels de santé, des associations de défense de la santé publique et concerne toute la société, les membres de la conférence :

  • Souhaitent inscrire la spécificité de ce combat dans toutes les initiatives en vue de refonder un nouvel espace public européen et de faire vivre en son sein une campagne permanente en défense du droit fondamental à des services de santé publics et universels
  • S’inscrivent dans la campagne européenne pour la non-ratification du pacte de stabilité européen et le retrait du MES.

Nanterre le 13 mai 2012, publié sur le site du CADTM

Voici une affaire qui nous concerne tous : la sortie en salle du film : “Nos enfants nous accuseront”.

Pour que ce film soit en salle (film qui dénonce les méfaits de la mauvaise alimentation et des pesticides), il faut qu’un maximum de personnes regarde la bande annonce dans les 2 jours qui suivent.
C’est le nombre de visites dans les 2 jours qui fera emporter la décision de sa mise en distribution grandes salles.
Faites le suivre rapidement, s’il vous plaît, à tous vos contacts, merci par avance.
Voici la bande annonce à visionner et à transmettre :
Pour que Monsanto & Consorts ne soient pas leur futur…

Colloque : « Algérie 50 ans après l’indépendance : défis et perspectives »

Lundi 21 mai, 9h-20h
Sciences Po Paris
Inscription obligatoire 
 
9H-9h30 : Accueil et introduction du colloque
 
9h30-11h : Histoire-Mémoire 
Benjamin STORA, historien, professeur des universités.
Lahouari ADDI, sociologue algérien, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon.
Malika RAHAL, historienne et chercheuse au CNRS.
 
11h30-13h : Bilan socio-économique et perspectives 
Zoubir BENHAMOUCHE, économiste et auteur d’un essai paru en 2011 Algérie, l’impasse. 
Samia BOUCETTA, doctorante au CERI-Sciences Po, sa thèse porte sur le secteur de l’énergie en Algérie
Fatiha TALAHITE, économiste et chercheuse au CNRS.
 
14h30-16h30 : Défis/Initiatives de la société civile &  libertés
Hacen OUALI, Journaliste El-Watan, syndicaliste.
Amine MENADI, fondateur d’«Algérie Pacifique», un groupe citoyen.
Yacine ZAID, membre du comité national de la Ligue Algérienne de Défense des droits de l’homme (LADDH) et syndicaliste.
Rostane HAMDI, membre de l’Initiative NABNI  نبني
Michel TUBIANA. Membre du comité exécutif du Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme (REMDH) et président d’honneur de la LDH.
 
16h30-17h : pause thé
 
17h-19h : Institutions, politique, gouvernance
Anisse TERAI, Maître de conférences et directeur de Masters à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.
Ahmed BENBITOUR, ancien chef du gouvernement.
Mohamed Chafik MESBAH, politologue,  ancien officier supérieur de l’Armée Nationale Populaire.
Amel BOUBEKEUR, chercheur à l’EHESS et au Centre Jacques Berque, Rabat, spécialiste de l’islam politique.
 
19h-20h: Débat avec le public et conclusion du colloque

 
Informations pratiques :
Lieu : Sciences Po Paris (amphithéâtre Emile Boutmy), 27 rue Saint Guillaume, 75007 Paris
Métro : Sèvres Babylone (ligne 10 ou 12) ou Saint Germain des Prés (ligne 4)
Inscription : Inscription obligatoire par mail, envoyez Nom+Prénom à asso.mondearabe@sciences-po.org
Billet d’inscription à imprimer pour assister à l’évènement.
 
 
 
Site de l’association : http://sciencespomondearabe.com/
 

Grèce : l’exemple de l’Argentine en 2001

Comme l’Argentine en 2001, la Grèce doit rompre avec la troïka et suspendre le paiement de la dette.

Il faut de manière urgente que les mouvements sociaux d’Europe expriment dans les faits une solidarité agissante avec le peuple grec et constituent une plate-forme commune européenne de résistance à l’austérité afin d’obtenir l’annulation des dettes illégitimes.

Une grande partie de la population grecque a démontré depuis le premier mémorandum de mai 2010 une opposition croissante aux mesures d’austérité imposées par les autorités grecques et la troïka : grèves générales, occupation des places publiques, manifestations de rue, mouvement de résistance aux augmentations de tarif des services et des transports, sans oublier la relance de l’activité de certains services comme celui de l’hôpital de Kilkis en Macédoine ou le redémarrage le 15 février 2012 du quotidien Eleftherotypia sous conduite des travailleurs.

La soumission et la compromission du gouvernement grec avec la troïka ne fait qu’aggraver la situation économique du pays et viole les droits économiques et sociaux de la population.

Le dernier plan, mensongèrement appelé « de sauvetage », constitue une étape de plus dans l’abandon de la souveraineté de la Grèce par rapport à l’Union européenne et aux créanciers : l’ensemble des nouveaux crédits ira au remboursement d’une dette qui est très largement illégitime et sera géré directement par les créanciers.

Les peuples des pays du Sud de la planète ont été soumis pendant deux décennies (1982 au début des années 2000) à ce genre de politique. Elle utilise le prétexte du remboursement de la dette comme arme pour détruire une série de conquêtes sociales qui constituent des droits économiques et sociaux fondamentaux.

L’Argentine est un cas emblématique. Après 25 ans de politiques néolibérale (1976-2001) et une succession de plans d’austérité menés par le FMI, une rébellion populaire a éclaté en décembre 2001 et a conduit à la chute du gouvernement. Les nouvelles autorités ont décrété unilatéralement la suspension du remboursement de la dette publique sous formes de titres vendus sur les marchés financiers pour un montant de 90 milliards de dollars. Cela reste jusqu’à aujourd’hui la plus importante suspension de paiement de l’histoire. Après trois ans de suspension de paiement au cours desquels le gouvernement a mis en place une politique de relance économique et a refusé de suivre les recommandations du FMI, l’Argentine a imposé aux créanciers une réduction de dette de 65 %. A partir de fin décembre 2001, l’Argentine a aussi suspendu le remboursement de sa dette bilatérale (pour un montant de 6,5 milliards de dollars) à l’égard de pays comme l’Espagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, la Grande-Bretagne… réunis dans le Club de Paris. Cette suspension de paiement dure depuis dix ans et l’Argentine s’en porte très bien. Entre 2003 et 2012, son taux de croissance annuel moyen a atteint 8 %. Si l’Argentine n’avait pas suspendu le remboursement de la dette et si elle n’avait pas refusé les diktats du FMI et des autres créanciers, elle aurait été incapable de profiter à partir de 2004-2005 de l’augmentation du prix des produits qu’elle exporte sur le marché mondial. Toutes les recettes auraient été englouties par le remboursement de la dette. Sous la pression populaire, les autorités argentines ont refusé les augmentations de tarif de l’électricité, de l’eau, des télécommunications, etc. que voulaient imposer les transnationales étrangères et le FMI. Les conditions de vie des Argentins se sont nettement améliorées et aujourd’hui des citoyens européens prennent le chemin de ce pays pour essayer d’y trouver un travail digne. L’exemple de l’Argentine montre que c’est en refusant de se soumettre aux créanciers et au FMI pour payer une dette largement illégitime qu’on peut relever la tête et améliorer les conditions de vie de la population.

Comme indiqué au début de cet article, il faut que le combat des Grecs ne reste pas isolé. Il faut construire un large mouvement de solidarité et, avec l’ensemble peuples européens, bâtir un front de résistance pour l’annulation de la dette illégitime et la refondation complète d’une Europe des peuples via un processus constituant authentiquement démocratique. ■

Eric Toussaint 10 mai 2012 (Cet article a été écrit pour le journal Eleftherotypia des travailleurs)

Les prisonniers palestiniens font reculer les autorités israéliennes

Le Collectif National Pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens salue la victoire des prisonniers politiques palestiniens, en grève de la faim depuis le 17 Avril, et pour certains d’entre eux depuis 75 jours.

L’essentiel de leurs revendications a été satisfait :

• Les détenus administratifs seront libérés si aucune charge contre eux ne leur a été notifiée

• La fin de la mise en cellule d’isolement

• Les familles de Gaza pourront enfin rendre visite à leurs proches emprisonnés et ce après six années de privation.

Cette victoire a été le fruit d’une lutte acharnée des prisonniers palestiniens pour la dignité. Ils ont réussi à l’imposer aux autorités israéliennes qui n’avaient que mépris pour eux et pour leurs justes revendications. L’unité palestinienne autour de ce combat a largement contribué à faire reculer le gouvernement israélien.

Les prisonniers ont pu, par leur détermination et par la justesse de leur cause, mobiliser la population palestinienne et l’opinion publique internationale autour de leurs revendications. Des organismes internationaux, tels que le CICR ou l’OMS ont alerté sur l’état de santé des prisonniers. Par contre, un silence absolu a été observé par les pays occidentaux et la plupart de leurs médias.

Le gouvernement israélien ne manquera , comme à son habitude, aucune occasion pour remettre en cause cet accord. Par esprit de vengeance et parce qu’il jouit d’une injustifiable impunité.

Le Collectif national réaffirme sa solidarité avec la lutte du peuple palestinien en quête de ses droits nationaux universellement reconnus et continuellement bafouées par les autorités israéliennes.

Il continuera sa mobilisation pour la libération de tous les prisonniers politiques palestiniens qui viennent de remporter une vraie victoire.

Signataires : Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – Alliance for Freedom and Dignity (AFD) – Alternative Libertaire (AL) – Américains contre la guerre (AAW) – Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) – Association des Tunisiens en France (ATF) – Association France Palestine Solidarité (AFPS) – Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) – Association pour la Taxation des Transactions et pour l’Aide aux Citoyens (ATTAC) – Association pour les Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises (AJPF) – Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) – Association Universitaire pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) – Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) – Cedetim / IPAM – Collectif des Musulmans de France (CMF) – Collectif Faty Koumba : association des libertés, droits de l’Homme et non-violence – Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les Universités Palestiniennes (CICUP) – Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Paix (CJACP) – Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) – Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) – Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5) – Confédération Générale du Travail (CGT) – Confédération paysanne – Droit-Solidarité – Europe-Ecologie / les Verts (EE-LV) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) – Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE) – Fédération Syndicale Unitaire (FSU) — Gauche Unitaire (GU) – Génération Palestine – La Courneuve-Palestine – - Le Mouvement de la Paix – Les Alternatifs – Les Femmes en noir – Ligue des Droits de l’Homme (LDH) – Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, section française de la Women’s International League for Peace and Liberty (WILPF) (LIFPL) – Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) – Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) – Mouvement Politique d’Education populaire (M’PEP) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – Organisation de Femmes Egalité – Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) – Parti Communiste Français (PCF) – Parti de Gauche (PG) – Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Une Autre Voix Juive (UAVJ) – Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) – Union Générale des Etudiants de Palestine (GUPS-France) – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) – Union Nationale des Etudiants de France (UNEF) – Union syndicale Solidaires.

La femme, l’homme résigné-e est un-e mort-e vivant-e

« Quatre millions d’hommes et de femmes manifestant dans les rues de France contre la politique néolibérale : impossible ? C’est pourtant ce qui , toutes proportions gardées, s’est produit durant l ’été 2011 en Israël. Et cette vague surfait, à en croire les sondage, sur l’écrasante majorité de la population. Du jamais vu depuis 1948. »

Dominique Vidal et Michel Warschawski soulignent « Certes, les ”indignés” de là-bas ne portaient pas de banderoles affichant leur solidarité avec le combat des palestiniens pour leur autodétermination ».

Quoiqu’il en soit, « Ce soulèvement social sans précédent n’en a pas moins commencé à établir un lien, encore ténu, entre la politique intérieure du gouvernement Netanyahou, contre laquelle il se dressait, et sa politique extérieure. »

Les vingt portraits de ce livre permettent d’entrevoir d’autres facettes de la société israélienne, qui ne saurait se réduire à un bloc homogène sans contradiction. L’élargissement des fissures sociales, conséquences des politiques néolibérales, « En moins de dix ans, ils démantelèrent le système de sécurité sociale, d’assurance maladie, d’allocations familiales, de retraites et privatisèrent les services publics, réduits au minimum », combinées aux budgets de guerre et de colonisation, pourraient ouvrir un espace de radicalisation démocratique.

« Dès les premières manifestations, on a entendu des slogans, repris massivement par les participants, tels que ”le logement n’est pas une marchandise, l’éducation n’est pas une marchandise, la santé n’est pas une marchandise – ce sont des droits” ». Quant au mot d’ordre « Nous sommes le peuple ! », lorsqu’il s’accompagne de « Villes et banlieues, pratiquants et non pratiquants, Ashkénazes et Sépharades, Juifs et Arabes », c’est un début de remise en cause, certes encore très timide, d’une conception ethnique de l’État et une ouverture vers « une conception citoyenne de l’identité israélienne ».

Si ce mouvement se développait, les questions des colonies, de l’occupation des terres et plus largement des droits des palestien-ne-s, se poseraient alors dans un autre contexte que celui de unanimité nationale (sioniste) contre « les ennemis extérieurs ».

Je souligne la franchise et la dureté de certains propos émis. Par exemple Hillel, le pacifiste à la kippa : « Israël présente aujourd’hui des traits fascistes évidents : le militarisme, l’ethnocentrisme, le remplacement des valeurs démocratiques par les valeurs nationalistes, l’osmose du pouvoir et de l’argent, les récentes attaques contre les libertés et les droits de l’homme – tout cela signale un grave glissement vers un régime autoritaire ».

20 portraits :

Daphnee Leef, porte-parole du ” Mouvement des tentes “,

Koby Snitz, militant des Anarchistes contre le mur,

Yehuda Shaul, fondateur de l’ONG, Breaking the silence (Briser le silence),

Hanine Zoabi, députée du parti Balad,

Hillel Ben Sasson, porte-parole du Mouvement Solidarité Sheikh Jarrah,

Raanan Alexandrowicz, cinéaste,

Henriette Dayan et Yvonne Deutsch, militantes féministes,

Hassan Jabareen, directeur général du Centre légal pour les droits de la minorité arabe en Israël,

Léa Tsemel, avocate,

Shlomo Swirski, sociologue,

Zeev Sternhell, historien,

Ilan Greilsammer, politologue, militant de La Paix maintenant

Aida Tuma, rédactrice en chef du quotidien arabe Al-Ittihad,

Dov Hanin, député du Parti communiste israélien,

Avraham Burg, ancien président de la Knesset, voir son livre Vaincre Hitler, Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste (Fayard, Paris 2008) Un prince claque la porte

Gadi Algazi, historien et animateur du mouvement Tarabut-Hithabrut

Nurit Peled, professeure de littérature comparée et militante pacifiste,

Daniel Boyarin, professeur de culture talmudique à Berkeley,

Idith Zertal, historienne, voir son livre La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël (Editions La Découverte, réédition en format de poche, Paris 2004) Bienvenue dans le monde de l’industrie mémorielle

David, lycéen, 15 ans.

Je termine par deux citations l’une d’Idith Zertal, « Tant que nous ne parviendrons pas à connaître le drame de la Nakba, à le reconnaître, à le comprendre, à l’enseigner, bref à le partager, sans pour autant nier l’énormité et l’unicité de la catastrophe juive, cette terre déchirée ne connaîtra pas la rédemption. Et nous ne ne trouverons pas de solution entre égaux à notre tragédie commune, autrement dit la paix » ; l’autre d’Edward Saïd, cité par cette auteure : « Reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens ».

Dominique Vidal et Michel Warschawski : Un autre Israël est possible

Les Editions de l’Atelier, Ivry-sur-Seine 2012, 174 pages, 19 euros

Didier Epsztajn

Rio+20 : Journée internationale de luttes Les peuples du monde contre la marchandisation de la Nature

La Via Campesina appelle toutes les organisations paysannes du monde ainsi que ses alliées et alliés à organiser des actions au cours du mois de juin.

L’avancée du système capitaliste qui, pendant les deux dernières décennies, est arrivée à des dimensions inédites, conduit à des crises tout aussi inédites. Les crises financière, alimentaire, énergétique et environnementale sont les visages multiples de la crise structurelle du capitalisme, qui ne connaît pas de limites dans sa quête de profits. La crise structurelle actuelle, comme d’autres crises de cette sorte, touche les peuples du monde mais laisse indemnes les élites et les grandes sociétés.

Sur tous les continents, nous avons vu que, même pendant la crise, l’élan du capitalisme n’a pas diminué. Car nous constatons les accaparements illégaux des terres par des sociétés étrangères, l’avance de l’industrie extractive (minière et pétrolière), les cultures génétiquement modifiées de plus en plus présentes dans les champs, les agro-carburants, les pesticides vendues à une échelle gigantesque. En fin de compte, la crise du capitalisme ne veut pas dire que le système fait volte-face. Au contraire, c’est à ce moment précis, qu’il avance avec le plus d’intensité, parce que les entreprises profitent de la crise pour étendre leur domination aux territoires qui n’ont pas encore été conquis.

La Conférence Rio + 20 en est un exemple clair. Au lieu de rassembler les gouvernements du monde entier pour trouver de vraies solutions à la crise environnementale, cet événement servira à consolider les fausses solutions aussi bien que l’accaparement des territoires des paysannes et paysans, ainsi que des peuples premiers. A la Conférence de l’ONU, il n’y a que les intérêts des grandes sociétés qui trouveront leur place.

Afin de résister à ces intérêts et à les confronter, il est fondamental que les peuples du monde continuent à renforcer leurs organisations et leurs luttes, qu’ils élèvent leur voix et qu’ils démontrent que seulement la souveraineté populaire offre de réelles solutions.

Ainsi, en tant que Via Campesina , nous demandons à nos organisations membres et à nos alliées et alliés d’organiser et de coordonner des luttes pendant tout le mois de juin, principalement durant la Journée internationale de l’environnent, le 5 juin. De cette manière, nous démontrerons notre unité et notre force afin d’envoyer à l’avance, de partout dans le monde, un message radical aux représentants des gouvernements qui se réuniront à Rio + 20, du 20 au 22 juin, à Rio de Janeiro, Brésil.

Chaque lutte, chaque résistance, chaque territoire que nous récupérons doit être l’expression de cette unité mondiale devant l’offensive du système capitaliste contre la nature.

Parallèlement à la Conférence officielle, nous, les peuples du monde, serons réunis au Sommet des Peuples, dans un processus de construction collective et de mobilisation permanente. Au cours de la semaine du 18 au 22 juin, il y aura aussi une période de mobilisation mondiale, car notre tâche ne se situe pas seulement à Rio de Janeiro. En effet, nous devons poursuivre les luttes dans notre propre pays, particulièrement lors de la journée inaugurale de la Conférence officielle, le 20 juin. Cette période de luttes sur tous les continents devrait se répercuter à Rio de Janeiro et dans le monde entier.

Nous convoquons toutes les organisations paysannes et leurs alliée et alliés à organiser des mobilisations et des actions partout dans le monde : des marches dans les villes ou dans les campagnes ; des conférences de presse ; des actions pour demander la Réforme agraire et l’accès à la terre ; des campagnes de communication ; des programmes de radio ; des mobilisations contre les entreprises responsables de la dégradation environnementale ; des débats dans les écoles et les universités ; des projections de films documentaires ; et d’autres actions que vous organiserez collectivement chez vous.

Au moment où le capitalisme veut mondialiser davantage son système, dominer nos territoires et exploiter notre main d’oeuvre, nous devons internationaliser notre lutte. Nous allons nous organiser, préparer des actions, faire appel à nos bases et à nos alliés pour cette grande journée de lutte contre le capitalisme. La force de notre journée de luttes viendra de notre capacité de nous organiser et d’atteindre une visibilité nationale et internationale.

Nous vous demandons de nous informer de vos actions à l’adresse électronique suivante : lvcweb@viacampesina.org

Non aux fausses solutions du capitalisme vert

Pour l’agriculture paysanne !

Globalisons la lutte. Globalisons l’espoir.

31ème Foire éco-bio de Colmar du jeudi 17 au lundi 21 mai 2012.

Cette manifestation, qui réunira 445 exposant(-e)s, est la plus ancienne de
France dédiée aux produits écologiques et biologiques. L’an dernier, elle avait
attiré quelque 45 000 visiteur(-se)s. Ce n’est que depuis 2007 qu’elle se
déroule dans la cité natale du sculpteur Frédéric-Auguste Bartholdi, auteur
notamment de la fameuse statue de la Liberté. Pour répondre à la demande
croissante des professionnel(-le)s, les organisateurs ont opté pour l’enceinte
du Parc des expositions. Auparavant, la Foire se tenait dans un cadre un
tantinet plus convivial à Rouffach (d’abord l’Allée des remparts, puis la Place
de l’église), localité de 4600 habitant(-e)s située à seize kilomètres au sud de
Colmar. L’idée avait germé dans l’esprit de Henri Bannwarth, un des premiers
vignerons français à se lancer dans le bio. Les 2 et 3 septembre 1972, il
organisa une présentation de l’agriculture et de l’alimentation naturelles. Mais
il fallut attendre mai 1981 (1) pour que se tînt la 1ére Foire européenne du
pain, du vin et du fromage éco-biologiques. Les autres co-fondateurs : Chantal
et Jean-Pierre Frick, viticulteurs en biodynamie à Pfaffenheim, André Isner,
agriculteur/éleveur à Rouffach et André Roesch de Mussig (près de Sélestat), qui a démarré, en juin 2003, l’AMAP (2) de Breitenheim. D’emblée, la lutte contre le nucléaire constitua une préoccupation majeure. À compter de 1983, la Foire a lieu entre l’Ascension et le lundi suivant. En 2011, le philosophe Albert
Jacquard fut l’invité d’honneur. Jeudi, la réalisatrice Coline Serreau, Serge
Latouche (3), un des penseurs de la décroissance, ainsi que Jean Ziegler (4)
inaugureront la 31ème édition. Au programme, de nombreuses conférences
(“Fukushima, un an après” avec Michel Dannequin de la CRIIRAD, “les sentiers
solaires transfrontaliers” avec l’association d’ECOtrinova de
Fribourg-en-Brisgau, “le décodage de la crise” par ATTAC…), des ateliers
divers (la dégustation commentée des vins de la Foire, “la cuisine végétarienne
équilibrée pour citadins pressés” par Christine Ackermann de la Biocoop
Sonnenbluem de Colmar…), la projection de films (“La belle verte” de Coline
Serreau, “La quatrième révolution : vers l’autonomie énergétique” (janvier 2010) de l’Allemand Carl A. Fechner, “Let’s make money” (sur les écrans français le 15 avril 2009) de l’Autrichien Erwin Wagenhofer), des spectacles (“Avenir radieux, une fission française” de Nicolas Lambert avec la compagnie parisienne Un pas de côté…) et des concerts (Zebda, Spirit Revolution, Kerakoum, le 18 à 20 H…).

(1) Sans rapport avec un autre événement d’ampleur national…

(2) Association pour le maintien de l’agriculture paysanne.

(3) Professeur émérite à la faculté de droit, économie et gestion Jean Monnet (Sceaux) de l’Université Paris-Sud 11.

Le 17, le directeur du Groupe de recherche en anthropologie, épistémologie de la pauvreté débattra en compagnie de la cinéaste avec le public à l’issue de la projection, à 13H30, de “Solutions locales pour un désordre globale”, sorti en salles le 7 avril 2010. Actes Sud a publié le mois dernier un livre au titre
éponyme, 272 pages, 8 €. Dernier ouvrage de Serge Latouche : “Vers une société d’abondance frugale : Contresens et controverses sur la décroissance”, Mille et une nuits, avril 2011, 208 pages, 4,60 euros.

(4) Cf. ma recension, mise en ligne le 17 février 2012, de ”Destruction massive. Géopolitique de la faim”, Le Seuil, octobre 2011, 352 pages, 20 €.

René HAMM Bischoffsheim (Bas-Rhin)

Des chums et des blondes

Comme l’indique Christine Delphy dans Un universalisme particulier. Féminisme et exception française (1980-2010) (Editions Syllepse, Paris 2010) Accaparement de la totalité de l’humanité par une partie de l’humanité ou la rhétorique républicaine comme arme terrible contre l’égalité substantielle : « les faits n’existent pas avant qu’on les ait vus. Et pas seulement vus, mais interprétés ».

Si le plus souvent, en France, au nom d’un universel à la fois abstrait et inconséquent, présumant à la fois la non-diversité et réduisant les un-e-s et les autres à un individu type (mâle, hétérosexuel, de « souche », de couleur blanche, etc…), il existe un véritable déni permanent des réalités, et de leurs effets sur les individu-e-s (exploitations, oppressions, inégalités, discriminations, sexisme, racisme, hétéro-sexisme, etc…).

Nos ami-e-s du Québec, y compris dans des lieux institutionnels du savoir, font un travail remarquable de dévoilement et d’interprétation des faits.

Confère ce rapport de synthèse de recherche faite par Line Chamberland avec la collaboration de Michael Bernier, Christelle Lebreton, Gabrielle Richard et Julie Théroux-Séguin.

En introduction, les auteur-e-s présentent leur recherche et fournissent quelques définitions.

Je choisis de rappeler certaines parties de définitions et pour commencer, la présomption d’hétérosexualité « Par ailleurs, comme l’hétérosexualité est généralement présumée, le coming out est toujours à recommencer auprès de nouvelles personnes ou dans une nouvelle situation, par exemple à l’occasion d’un changement d’école ou d’emploi, à l’arrivée de nouveaux collègues de travail ».

Hétérosexisme : « L’hétérosexisme établit une différenciation et une hiérarchie entre hétérosexualité, considérée comme allant de soi, normale, conforme à la nature, et l’homosexualité, assimilée à une sexualité inférieure, anormale ou pathologique » ou « Une forme courante d’hétérosexisme que l’on peut observer dans les interactions quotidiennes est la présomption d’hétérosexualité, soit le fait de tenir pour acquis que tout le monde est hétérosexuel ».

Homoparentalité : et que dire des familles hétéroparentales ?

Orientation sexuelle : « Lorsqu’elle est hétérosexuelle, l’orientation sexuelle d’une personne est généralement présumée, considérée comme allant de soi, sans qu’on ait à la mentionner »

Aménagements identitaires : « L’expression ”aménagements identitaires” désigne l’ensemble des choix effectués dans la présentation de soi à l’intérieur de différents contextes sociaux de façon à divulguer ou dissimuler son orientation homosexuelle, à être plus ou moins out ».

Trois parties :

  1. Dire ou taire son homosexualité en milieu de travail

  2. L’homophobie dans le milieu de travail

  3. Le respect des droits

Trois citations issues de la seconde partie :

  • « Les gais et les lesbiennes seront donc appréhendés à travers cette caractéristique centrale que serait leur dérogation aux normes de genre : c’est par ce prisme qu’on les ridiculise ou, plus précisément, qu’on les valorise à travers des stéréotypes qui leur attribuent des traits positifs, mais toujours associés au féminin »

  • « Le deuxième thème auquel se rattachent plusieurs stéréotypes est celui de la sexualité. Le préjugé le plus fréquent et qui irrite le plus les personnes interviewées, est celui de l’hypersexualisation : que ce soit par des questions, des allusions, des blagues ou des critiques, la perception des gais et des lesbiennes se focalise sur leur sexualité au détriment de tout autre aspect de leur personnalité »

  • « Les lesbienne font l’objet de préjugés spécifiques qui reposent pour la plupart sur l’idée d’une incomplétude intrinsèque de la sexualité entre deux femmes puisqu’il y manque une présence masculine »

Une présentation simple et des analyses approfondies.

« A l’aube du 21e siècle, les personnes homosexuelles aspirent à travailler dans un environnement sain et sécuritaire, où leurs droits sont respectés. Elles ne devraient pas avoir à adopter des attitudes défensives, encore moins à se cacher, afin de se prémunir des effets négatifs de l’homophobie. Il en va de notre responsabilité collective de travailler à la création de milieux de travail accueillants et ouverts à la diversité sexuelle. Être en sécurité dans son milieu de travail, c’est un droit pour tous et toutes ! » Commençons, les un-e-s et les autres, à abandonner les présomption d’identité qui ne sont que la dictature de normes que l’on voudrait nous faire croire « naturelles ».

Pour une approche plus théorique : Nouvelles Questions Féministes (NFQ) : Homophobie, Vol 31, N°1 / 2012, Editions Antipodes, Lausanne 2012 Derrière la fausse neutralité du mot, ne pas oublier l’hétéro-sexisme

Line Chamberland : Gais et lesbiennes en milieu de travail

Rapport de synthèse de recherche

http://www.ccdmd.qc.ca/ri/homophobie/medias/pdfs/homophobie_integral.pdf

Collège de Maisonneuve, UQAM, IREF 2007, 122 pages

Didier Epsztajn

16 mai: Mobilisations identitaires et luttes de classes. Indianisme et émancipation en Amérique latine.

Séminaire “Les pensées critiques contemporaines”, Paris EHESS
Prochaine séance autour de textes de Álvaro García Linera (Bolivie)avec Franck Gaudichaud, politiste et MCF en civilisation hispano-américaine (Grenoble 3) et Hervé Do Alto, doctorant en science politique (Sciences Po Aix) et ATER (Nice).

Les séances ont lieu le mercredi de 17h à 19h à l’EHESS, 105 bd Raspail, salle 7.

Le « tournant à gauche » qui caractérise l’Amérique latine au cours des années 2000 laisse entrevoir un étonnant paradoxe : s’il traduit la montée en puissance de mouvements sociaux unis par un commun rejet des politiques néolibérales, il consacre également la relative marginalité de la gauche « traditionnelle » dont le principal référent était le marxisme, au profit de courants s’identifiant plus volontiers à l’indianisme et à la défense des populations autochtones, dites « originaires ». Ce processus d’ethnicisation de la vie politique latino-américaine montre combien la « question indigène » est devenue centrale au sein du camp populaire, au point d’avoir été érigée en enjeu principal des mobilisations sociales en faveur des nouvelles constitutions dites « plurinationales » en Équateur et en Bolivie. Au détriment de la lutte de classes, comme le prétendent certains marxistes ? Ou au risque de remettre en cause les principes républicains des jeunes démocraties du continent, comme l’affirment les intellectuels libéraux ? Ou encore parce que les mouvements identitaires seraient le nouveau moteur de l’histoire de l’Amérique latine démocratique, comme l’affirment les héritiers d’Alain Touraine ? Dans son texte « Indianisme et marxisme, la non-rencontre de deux raisons révolutionnaires » qui traite particulièrement du cas bolivien, le sociologue et vice-président bolivien Álvaro García Linera souligne le potentiel émancipateur de la pensée indianiste, et revient sur les conditions historiques de son émergence, notamment vis-à-vis d’une gauche qui a souvent renoncé à reconnaître tout autre domination que celle liée à la contradiction opposant le capital au travail. La discussion de ce texte permettra donc de s’interroger sur les usages théoriques et pratiques de l’idéologie indianiste dans la conjoncture actuelle, comme sur les difficultés et tensions engendrées par les tentatives d’articulation avec le marxisme dont elle fait – trop rarement – l’objet.

Texte support

Bibliographie

  • Do Alto, H., Stefanoni, P., 2008, Nous serons des millions, Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie, Paris, Raisons d’agir.
  • García Linera, A., 2009, La potencia plebeya: acción colectiva e identidades indígenas, obreras y populares en Bolivia (comp. P. Stefanoni), Bogotá, Siglo del Hombre Editores/Clacso.
  • Le Bot, Y., 2009, La grande révolte indienne, Paris, R. Laffont.
  • Mariátegui, J. C., 1968 [1928], Sept essais d’interprétation de la réalité péruvienne, Paris, Maspero.
  • Poupeau F. et Do Alto, H., 2009, « L’indianisme est-il de gauche ? », Civilisations, 58-1, 25,http://civilisations.revues.org/index1971.

Une fonction publique pour qui et pourquoi ?

Serge Roy a été président du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) de 1996 à 2001.« Aujourd’hui je ressens le besoin de défendre les service rendus à la population par ce réseau gouvernemental et de plaider pour les fonctionnaires qui, dans leur très grande majorité, font un travail consciencieux et efficace. Souvent, on nous informe des conséquences des politiques néolibérales sur les réseaux de la santé et de l’éducation. On entend parler des projets de privatisation, de réduction des budgets et de réorganisation, de même que des protestations de la population, de groupes sociaux et de syndicats. Mais, on s’émeut moins fréquemment parce que des postes de fonctionnaires sont éliminés, que leurs salaires sont gelés, que les budgets sont diminués tantôt pour éliminer le déficit, tantôt pour réduire la dette ou pour réduire les impôts des entreprises et des plus riches. Ainsi, dans ce livre, je veux expliquer comment la société perd beaucoup plus que l’on ne croit lorsque les gouvernements s’acharnent à diminuer les outils et les ressources de la fonction publique. Il n’en reste pas moins que des améliorations sont nécessaires afin de rendre plus efficaces les services aux citoyenNEs. »

L’intérêt de ce livre est au moins double.

En nous présentant les conséquences des politiques néolibérales au Québec, Serge Roy nous parle de politiques connues. En effet, les politiques néolibérales sont menées dans tous les pays. Elles doivent être comprises comme la réponse des couches dirigeantes à la crise systémique du capitalisme. Il ne s’agit en aucun cas de réponses nationales, malgré les discours sur « sauver le modèle social français » et ses diverses déclinaisons suivant les lieux et pays. Confronté-e-s aux remises en cause, du mal nommé « État-providence », les citoyen-ne-s ne peuvent donc rechercher des solutions uniquement nationales, au détriment des convergences avec les citoyen-ne-s des autres pays. A l’inverse, gageons que si des audits citoyens aboutissaient à des annulations de dette, que des mesures de défense des droits concrets étaient prises, elles seraient rapidement reprises et relayées par des citoyen-nes d’autres pays. « L’ennemi » n’est pas la/le fonctionnaire, la/le travailleuse/travailleur chinois-e, polonais-e ou autre, mais les classes dominantes, qui font du « marché » le lieu privilégié de sanction sociale de politiques menées pour l’intérêt des uns et non de tou-te-s.

En parcourant, en détail, les différentes facettes de l’activité des fonctionnaires, l’auteur ne réduit pas les politiques menées à la simple réduction des coûts et des effectifs. Il nous montre les conséquences pour l’ensemble des populations. Il ne s’agit pas d’une illusoire défense d’un statu-quo, mais toujours de la recherche d’un élargissement du contrôle et des choix démocratiques des citoyen-ne-s. « Dans la réflexion qui suit, il n’est pourtant pas question de défendre l’État tel que nous le connaissons, mais plutôt de voir comment résister à l’orientation néolibérale et quelles sont les options à notre disposition pour renforcer la fonction publique. Peut-on rêver à notre tour et imaginer une fonction publique gérée démocratiquement et davantage en phase avec les besoins des citoyenNEs ? »

Un livre que les fonctionnaires, et plus généralement les citoyen-ne-s, devraient parcourir, pour intégrer en permanence qu’elles/ils ne sont pas seul-e-s, qu’avec la majorité des autres salarié-e-s, elles/ils forment la majorité de la population, que cela soit au Québec, en France ou en Europe. « J’ai la conviction qu’il est possible de concevoir une stratégie rassembleuse, partagée par les mouvements sociaux progressistes et la très grande majorité de la population, pour mobiliser et prendre collectivement le contrôle de la société. »

Serge Roy : Fonction publique menacée

Le néolibéralisme à l’assaut des services publics, 1981 – 2011

M éditeur, Ville Mont-Royal (Québec) 2012, 205 pages

Didier Epsztajn

15M : Un regard vers l’avenir

Intempestif et inespéré. Voilà comment on peut caractériser l’émergence de ce mouvement d’indignation collective dans l’Etat espagnol. Si on nous avait dit, le 14 mai 2011, que le lendemain des milliers de personnes sortiraient dans les rues, que dans les semaines suivantes les places seraient occupées, que des assemblées s’y tiendraient et que le pouvoir serait défié par des actes de désobéissance civile massifs, nous ne l’aurions pas cru. Mais les choses se sont bel et bien passées ainsi. Deux ans et demi après l’éclatement de la « grande crise »,  les gens ont alors dit « Ya basta ! », « Ca suffit ! ».

Dans la périphérie de l’Europe, stimulés par les révoltes populaires dans le monde arabe, à la chaleur de la Qasba et de Tahrir, les gens ont récupéré et réoccupé l’espace public. Le « Printemps arabe » nous a rendu la confiance en nous-mêmes et dans la capacité collective à changer l’ordre actuel des choses. En regardant également du côté de l’Islande et de la Grèce, le 15M a rompu avec le scepticisme, la résignation et l’apathie ambiante. Un an après son éclosion, que reste-t-il de tout cela ? Qu’as-t-on obtenu ? Quels défis et perspectives sont devant nous ?

Ce mouvement d’indignation collective dispose toujours d’une forte légitimité. Au-delà des milliers de personnes qui ont occupé les places, participé aux assemblées et manifesté dans les rues, de nombreuses autres se sont senties « représentées » par ce raz de marée indigné. Effectivement, avec un taux de chômage de 23%, 174 expulsions de logement par jour et un foyer sur cinq vivant en dessous du seuil de pauvreté, comment ne pas s’indigner, se révolter et désobéir ?

Le 15M a été capable de dépasser l’habituel noyau d’activistes protestataires en stimulant une nouvelle génération militante et en amenant de nombreuses personnes à se lever de leur confortable fauteuil. Ce sont ces jeunes, écologistes, femmes, anciens… qui ont composé le « peuple de la Plaza del Sol » à Madrid ou de la « Paza de Catalunya » à Barcelone.

Un an après le 15M, nous voyons comment, tant le pouvoir économique que le pouvoir politique, ont étés condamnés comme socialement responsables de la crise, et cela en mettant  en mettant en lumière les liens étroits et la complicité qui les unis. C’est une démocratie de basse intensité qui a été démasquée ainsi que sa confiscation par le pouvoir financier. Démocratie au sein de laquelle ceux qui gouvernent ne sont pas au service des 99% mais bien du 1%.

On est parvenu à modifier l’imaginaire collectif et le panorama de fond. Si la crise a représenté un tremblement de terre social, politique et économique, l’émergence du 15M a, de son côté,  provoqué un processus de repolitisation de la société.

La profondeur de la crise et l’émergence du mouvement ont permis de « penser grand » et « d’agir en grand ». Aujourd’hui, on n’exige plus simplement la réforme du système bancaire, mais bien l’expropriation et la nationalisation des banques, le refus de payer une dette injuste, illégitime et illégale. Le répertoire d’actions s’est amplifié et radicalisé car il ne suffit plus seulement de manifester et de sortir dans les rues ; aujourd’hui on occupe les places, on bloque le trafic, on empêche les expulsions de logement…

La crise met en relief le fait que, souvent, ce qui est « illégal » est légitime tandis que ce qui est illégitime est précisément ce qui est « légal ». Occuper des maisons ou des banques est punissable tandis qu’expulser des familles ou les escroquer est parfaitement légal. Face à une réalité aussi injuste, pourquoi alors ne pas désobéir ou soutenir ceux qui le font ? C’est ce qui constitue l’une des plus grandes victoires du 15M : légitimer ces formes de luttes et les rendre socialement acceptables.

Quels défis et quelles perspectives sont devant nous ? Changer le monde de base n’est pas une tâche facile, ni immédiate et c’est pour cela que le philosophe Daniel Bensaïd soulignait qu’il est nécessaire de s’armer d’une « lente impatience ». Il faut reconstruire un autre rapport de forces entre ceux qui disposent du pouvoir et la majorité de la société et le chemin pour ce faire sera long et pas toujours linéaire, ni prévisible. Dans ce sens, le 15M n’est qu’un prologue du cycle de luttes qui a commencé. En même temps, au-delà de quelques acquis défensifs, arracher des victoires concrètes est extrêmement difficile. Malgré le fait que l’indignation et le malaise social s’accroissent, les politiques d’austérité s’intensifient.

Lutter contre la stigmatisation, la criminalisation et la répression constitue une autre tâche fondamentale dans la période actuelle. L’érosion de l’Etat de droit s’accompagne de l’émergence d’un Etat d’exception. On constate qu’au fur et à mesure que l’Etat providence recule, c’est l’Etat policier qui s’avance. On commence par stigmatiser ceux et celles qui se mobilisent en les taxant de « perroflautas » (*), puis on passe à leur criminalisation en disant qu’il s’agit d’« anti-systèmes violents » et on aboutit à leur répression au travers des arrestations préventives, de pages web de délation, etc. Il s’agit de créer un « ennemi intérieur » pour justifier sa répression.

La politique de la peur et de l’intimidation est une autre face de la politique d’austérité. Mais le caractère massif des protestations est le meilleur antidote contre ces mesures. Comment stigmatiser des grands-pères et des grands-mères qui occupent la clinique publique de leur municipalité pour empêcher sa fermeture ? Comment justifier la répression brutale de gens qui se défendent avec des livres dans les mains ? On peut le faire, et ils le font, mais ce n’est pas sans payer un coût élevé par rapport à l’opinion publique. Jusqu’à présent, la répression a été un boomerang qui s’est retourné contre le pouvoir.

On a souvent dit qu’avec le 15M « la peur a disparue », mais la « peur » continue à être très présente dans les lieux de travail où le capital domine toujours sans presque aucune secousse. La soumission des directions des syndicats majoritaires face au gouvernement et au patronat pèse comme une chape de plomb sur l’ensemble des mouvements sociaux. Un syndicalisme de combat est nécessaire, avec comme centre de gravité non pas la concertation par en haut mais bien la lutte par en bas et la défense d’une culture de mobilisations et de solidarités.

Si le mouvement exprime un changement radical de paradigme, il ne peut pas non plus oublier d’autres aspects fondamentaux de la crise, au-delà des questions économiques et de la lutte contre l’austérité, de la dette et des privatisations. Le volet écologique et climatique de la crise est un élément central. Il n’est pas possible de penser un « autre monde » sans combattre la logique productiviste d’un système qui ne tient pas compte des limites de la planète. Crise économique et écologique sont intimement entremêlées. Une alternative n’est pas non plus possible si on ne cherche pas à en finir avec un système patriarcal qui invisibilise, précarise et ne reconnaît pas le travail des femmes. Sans détailler ce point, la crise économique actuelle a clairement un impact majeur sur les femmes.

La coordination internationale constitue un autre grand défi à résoudre. Même si le mouvement a compté avec des journées de mobilisations globales réussies, comme celle du 15 octobre 2011 et aujourd’hui celles du 12M et du 15M, sa coordination internationale est encore faible. Le capitalisme est global et en conséquence les résistances qui s’y opposent doivent également êtres globales, internationalistes et solidaires. Des places publiques à l’indignation mondiale il y a un chemin de va et viens par lequel il faudra transiter toujours plus.

En regardant un an en arrière, peu de personnes auraient pu prévoir l’ambleur des mesures d’austérité (allant jusqu’à modifier la Constitution afin de plafonner le déficit public) ou de répression (avec la réforme du Code pénal destiné à punir sévèrement les actions directes non violentes), mais bien peu aussi auraient pu imaginer ce raz de marée indigné qui a secoué avec force le panorama politique et social. Dans les périodes de convulsions, les certitudes sont fragiles et nous n’en avons qu’une seule qui ne le soit pas : ceux qui ont le pouvoir ne renonceront pas à leurs privilèges sans réagir.

Nous ne connaissons pas l’issue de ce combat entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas », mais nous savons que si nous ne luttons pas, la partie sera perdue d’avance.

Esther Vivas

(*) Terme méprisant utilisé par les réactionnaires pour désigner des jeunes « hippies » ou « baba cool jouant de la flûte (« flautas ») et accompagnés de chiens » (« perro »), NdT.

*Esther Vivas vient de publier, avec Josep Maria Antentas, l’ouvrage “Planeta indignado. Ocupando el futuro” (Ed. Sequitur).
**Article publié sur « Público.es », le 11/05/2012. Traduction française par Ataulfo Riera.

Le Festival de Cannes 2012 : Un homme est un homme !

«Qu’est-ce qui a changé dans le cinéma ? Tout ! » s’exclamait Gilles Jacob, président du festival de Cannes, lors de la présentation des films sélectionnés pour la 65e édition. Tout ?! Un instant, nous avons frémi. A tort, puisque les vingt-deux films de la sélection officielle ont été réalisés, heureux hasard, par vingt-deux hommes. Pour sa 65e édition, le festival couronnera donc pour la 63e fois l’un d’entre eux, défendant ainsi sans faillir les valeurs viriles qui font la noblesse du 7e art.

Une fois seulement le festival de Cannes a flanché. En 1993, la palme était en effet attribuée à Jane Campion, une réalisatrice – odieux vocable qui pervertit tout autant la langue française que ce grand art. Et l’an dernier, par manque de vigilance sans doute, quatre femmes s’étaient immiscées parmi les vingt nominés à la compétition officielle. Thierry Frémeaux, délégué général, ne manquait pas de le remarquer : «C’est la première fois qu’il y a autant de femmes». Coupable faiblesse ! D’autant plus impardonnable que les Césars avaient en 2011 montré un digne exemple en ne sélectionnant aucune femme dans les catégories «meilleurs films» ou «meilleure réalisation».
Messieurs, vous avez retrouvé vos esprits et nous nous en réjouissons. Le festival de Cannes 2012 permet à Wes, Jacques, Leos, David, Lee, Andrew, Matteo, Michael, John, Hong, Im, Abbas, Ken, Sergei, Cristian, Yousry, Jeff, Alain, Carlos, Walter, Ulrich, Thomas, de montrer une fois de plus que “Les hommes aiment la profondeur chez les femmes, mais seulement dans leurs décolletés”
Cette sélection exemplaire est un signe fort envoyé à la profession et au public du monde entier. Car, qui mieux que le cinéma, qui mieux que Cannes, le plus prestigieux festival au monde, pour être le porte-voix de cet immuable message ? Avec une grande lucidité sur le rôle primordial d’un tel événement, vous avez su empêcher toute velléité féminine de briguer une quelconque place dans ce milieu si bien gardé. Surtout, ne pas laisser penser aux jeunes filles qu’elles pourraient avoir un jour l’outrecuidance de réaliser des films et gravir les marches du Palais autrement qu’au bras d’un prince charmant.
Ne suffit-il pas qu’elles puissent rêver d’être un jour LA maîtresse de cérémonie de la soirée d’ouverture du festival ? Bérénice Béjo en 2012, Mélanie Laurent en 2011, Kristin Scott-Thomas en 2010. Les femmes sont de parfaites hôtesses, que l’on rendra heureuses d’un simple, “t’as de beaux yeux, tu sais”, ou autres compliments bien tournés. Des icônes troublantes aussi que vous savez laisser à leur juste place : en vitrine et sur papier glacé. Les affiches du festival en témoignent: cette année c’est Marilyn Monroe qu’on célèbre, en 2011 Juliette Binoche, en 2009 Monica Vitti, et en 1989 une Marianne de la République incarnait le prestigieux festival. En 1976, ce sont les fesses nues d’une femme qui étaient à l’honneur. De quoi se plaindraient nos muses ? Elles sont célébrées pour leurs qualités essentielles : beauté, grâce, légèreté… Evitons-leur les affres de la direction d’une équipe de tournage, épargnons-leur la pénible confrontation avec les contraintes techniques d’un plateau. Qu’iraient-elles s’ennuyer dans le comité d’organisation où se prennent les décisions importantes et qui, pour preuve, n’a connu depuis sa création que des présidents ? Gardons aux hommes la lourde charge de ces fonctions rébarbatives, comme l’ont bien compris les Américains qui occupent 77% des sièges de l’Académie des Oscars.
Aux femmes les bobines à coudre, aux hommes celles des Frères Lumière !

Pétition à signer sur le site de La Barbe

 http://labarbeacannes.blogspot.fr/

In memoriam ANDREA DWORKIN ou La passion de la justice

Andrea Dworkin est morte dans son sommeil le 9 avril 2005. Elle avait 59 ans. Nous venons de perdre une immense féministe, l’une des plus importantes de notre époque. L’une des plus complètes aussi : militante et théoricienne, autrice d’essais et de romans, mais aussi co-rédactrice avec Catharine A. Mac Kinnon, d’une célèbre proposition de loi contre la pornographie. Et la plus brave d’entre nous.

Dès son premier livre de théorie, Woman Hating(1974), Andrea Dworkin est saluée par les anciennes, Kate Millett, Audre Lorde, Phyllis Chesler. Elles remarquent et admirent sa « rapidité » et sa « pureté » et sa capacité unique à exprimer et à susciter la colère. Car Dworkin possède à la fois le tempérament de la polémiste et la rigueur de la théoricienne. Son écriture, extrêmement travaillée, est unique. On peut, on doit la considérer comme l’une des grandes stylistes de la langue anglaise de ces 30 dernières années. Sa volonté de ne jamais euphémiser la réalité lui vaut une réputation de mauvais goût et d’exagération. Comme on le sait, quand une féministe est accusée d’exagérer, c’est qu’elle est sur la bonne voie : les féministes du monde entier l’invitent à parler. Il faut avoir vu Dworkin debout derrière un pupitre commencer ses interventions sans introduction par la description la plus exacte qui soit d’une image pornographique, description qui suffit à en faire comprendre l’horreur. Cette capacité à dévoiler la lettre cachée, dans des conférences qui lui valent le nom de « la féministe éloquente » et dans son oeuvre considérable – treize livres – suscitent l’admiration ou la haine, ferventes dans les deux cas.

Mais rien ne lui fait peur : en dépit des critiques, des boycotts – en particulier par toute l’édition américaine, elle devra publier en Angleterre – elle continue, année après année, à décortiquer la violence de la pornographie, du viol, de la sexualité « ordinaire » ; l’abjection que constitue l’érotisation de la domination et de la soumission ; elle montre comment la consubstantialité entre sadisme et désir pour les uns, masochisme et désir pour les autres, transforme les scènes d’humiliation en scénarios « amoureux ».

Dworkin n’était pas une femme gaie : comment l’être quand on est habitée par la tristesse de voir que toute notre culture – y compris et peut-être surtout le domaine dit « affectif » – est fondamentalement pervertie ? Et qu’on s’est donné pour mission de le crier, d’ameuter les femmes, et les hommes de bonne volonté, pour la changer ? Tout à son combat, Dworkin avait cependant une grande capacité d’écoute et d’empathie ; politique avant tout, elle parlait aussi bien de la mise en scène de la « La Reine Margot » que des classiques de Charlie Parker. On lui faisait une image de dragon ; j’ai découvert une femme douce, un être dont la bonté profonde transparaissait dans le sourire. Si elle se plongeait dans les eaux glauques de la pornographie, elle qui aimait par-dessus tout la beauté, ce n’était pas par goût, mais par devoir moral ; ce n’est pas seulement contre l’exploitation des femmes, mais contre toute atteinte à la dignité humaine qu’elle se sentait obligée de s’élever ; la compassion avec les êtres au sens étymologique du terme était au principe de sa vocation – et non la haine comme le disaient ses détracteurs.

Petite fille juive, elle a cassé sa tirelire tous les mois pour planter des arbres en Israël ; elle a imaginé ce pays comme l’exact contraire du New-Jersey : comme « le pays des arbres et de l’égalité entre les sexes ». Bouleversée quand elle découvre à 40 ans la façon dont les femmes et les Arabes sont traités (NQF, 1993, n°2), elle tentera de concilier et sa tendresse pour Israël et sa déception en explorant le paradoxe de l’opprimé devenu oppresseur dansScapegoat. Mais quand son pays réel, les Etats-Unis, occupe, détruit, torture et tue en Irak une fois de plus, c’est une fois de trop pour Dworkin. Usée par les combats et l’hostilité des médias, elle ne pense pas plus qu’avant à se protéger, mais repart à la bataille, cette fois contre le nationalisme américain. Dans Writing America, qui ne verra jamais le jour, elle veut montrer comment chez les écrivain-e-s américains le genre est totalement lié à l’identité nationale ; comment l’idéologie à l’origine de la guerre irakienne participe de la même logique de domination et de soumission que le genre. « Une chose est sûre, écrit-elle, le fer est entré dans mon âme. Je suis devenue ce que je n’ai jamais voulu être, quelqu’une qui sait haïr. Depuis que mon dieu de tolérance m’a abandonnée, je suis prête à tout, jusqu’aux actes les plus désespérés, pour renverser cette suprématie anglo-saxonne. Je ne tiens même plus à ma vie, si en la perdant, je peux faire quelque chose pour détruire cette monstruosité ». Dworkin ou la passion de la justice poussée jusqu’à la haine de l’injuste. La bravoure poussée jusqu’au sacrifice.

Christine Delphy, le 18 avril 2005.

Textes d’Andrea Dworkin à consulter sur internet :

La pornographie et le désespoir http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2615

La danse contact ou “lap-dance”, prologue de la prostitution http://sisyphe.org/article.php3?id_article=1391

Tuerie à Montréal – L’assassinat des femmes comme politique sexuelle http://sisyphe.org/spip.php?article2720

Prostitution et domination masculine http://sisyphe.org/spip.php?article3420

et un livre en français :  Andrea Dworkin, Pouvoir et violence sexiste, éditions Sisyphe, Montréal, 2007. Préface de Catharine A. MacKinnon. Traduction de Martin Dufresne.

LA MISE EN PROCÈS

Mise en Procès contradictoire du Code noir, du Code de l’indigénat et du Code des étrangers

Proposition et mise en scène : Maylis Isabelle Bouffartigue  (Durée 1h35 suivi d’un débat)

Comédien-ne-s : Willy Mancel, Hélène Sirven, Maylis Boufartigue.


PARTICIPATION AU DEBAT :
Louis Sala-Molins Professeur émérite de philosophie politique à Paris I et Toulouse II.

Théâtre Citoyen.
« La Mise en Procès » conduit sur les chemins de l’histoire et des cultures. La loi désacralisée devient un matériau de réflexion qui appartient à tous. Nul n’est censé l’ignorer et chacun est légitimé à la juger, la critiquer et la réformer. « La Mise en Procès » jette des ponts à travers l’Histoire pour mieux stigmatiser le Code des étrangers actuel, expliquer de quoi il se nourrit et montrer que l’Histoire se répète, autrement. La loi et le politique sont mis en accusation, leur complicité démasquée, le droit servant toujours l’économie et l’idéologie, l’économie et l’idéologie justifiant toujours le droit.

” En un mot, c’est l’arbitraire établi par le droit et au nom même du droit “ (Olivier Le Cour Grandmaison)

Noir-chose, dont les maîtres pouvaient user et marchander les fruits à leur guise…
Indigène-sujet de nos colonies et non citoyen de la IIIème République, soumis à une loi spéciale, dite de police …
« Etranger » aujourd hui à la France, à nos cultures et à nos valeurs, régi par un Code en réglementant l’entrée, le séjour et le droit d’asile…
Il y a entre ces « catégories » d’individus, par essence juridique et par définition légale différents de nous, les autres, malgré le temps passé, les empires tombés, les territoires remembrés, un lien indéfectible, un instrument de comparaison ultime, une même marque qui traverse l’Histoire, notre histoire.
Esclaves, indigènes et étrangers, ils étaient et sont encore soumis à une législation d exception, un Code : le Code Noir avant-hier, le Code de l’Indigénat hier, et le Code de l’entrée et du séjour des étrangers, et du droit d’asile aujourd’hui. Tous objets, sujets du droit et étrangers au droit…

ADAPTATION ET EXTRAITS DE :
Coloniser, exterminer, Olivier Le Cour Grandmaison, Éd. Fayard ( Logiques propres et totalisantes de l’action coloniale )

De l’Indigénat. Anatomie d’un “monstre” juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’empire français, Olivier Le Cour Grandmaison, Éd. Zones ( Caractère exorbitant du droit colonial et monuments du racisme d’État )

Le Code Noir ou le calvaire de Canaan, Louis Sala-Molins, Éd. Puf.
Les esclaves noirs en France sous l’Ancien Régime, Marcel Koufinkana, Éd. L Harmattan.

EXTRAITS DE:
CESEDA : Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Discours de Brice Hortefeux, d’Eric Besson ( anciens ministres de l’immigration, de l’identité nationale et du développement solidaire ), de Claude Guéant ( ministre de l’intérieur, de l’Outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration ) et de Nicolas Sarkozy ( président de la République française ).

Production Compagnie monsieur madame : www.ciemonsieurmadame.org

VENDREDI 11 MAI À 19H00
SALLE DES FÊTES DE LA MAIRIE DU XIème

( Place Léon Blum  – 75011 – M° Voltaire )


Nous luttons pour une société dans laquelle tout le monde est important

Un/des mouvement(s) comme une colère profonde à l’appropriation du monde par une minorité. Le refus et l’espérance, en tâtonnement, en recherche, ensemble, de nouvelles formes de politique débarrassées de ses oripeaux, d’une démocratie réelle inclusive pour les 99% de la population. « Ce caractère ouvert, égalitaire et participatif des procédures et des modes d’organisation procède d’une volonté de découvrir des procédures susceptibles d’unir tous ceux qui sont touchés par la crise et qui sont mécontent du système politique actuel ». La coopération plutôt que la concurrence, le consensus plutôt que le vote et la délégation.

Le refus des institutions actuelles de la politique, les rencontres, les occupations et les espaces « Ce ne sont pas seulement les idées qui sont importantes : ces espaces sont fondamentaux pour la possibilité d’un monde nouveau », les échanges non confinés à l’intérieur de frontières. « Et quand certains pensaient que tout était terminé, voilà que nous avons, à plusieurs endroits, le plus inespéré : des gens neufs disposés et engagés à commencer à nouveau ».

Une idée, enfin battue en brèche, malgré les discours assénés depuis trop longtemps « Ces jeunes sans avenir ont su mettre à nu d’un seul coup la fausseté qui affleurait et qui a soutenu pendant des décennies la légitimité du système : l’identité établie entre démocratie et capitalisme ».

La volonté de prendre ne compte la diversité et donc le refus de la « colorblindness » : « Notre diversité est notre force. Mais la colorblindness de gauche est un rejet de cette diversité ».

Préface. Le surgissement du peuple des places

1. Correspondances 

Lettre à un jeune homme mort sur l’espoir qui nous occupe, par Rebecca Solnit

Lettre de camarades du Caire à leurs camarades d’Amérique

Réponse des camarades du Caire à une proposition d’Occupy Wall Street

Les occupations en tant que « noeuds de résonance », par Gaston Gordillo

La Kasbah à Madrid, par Santiago Alba Rico

2. Manifestes

Manifeste des occupants de la Puerta del Sol

Manifeste de Democracia Real Ya !

Propositions de l’assemblée générale de Puerta del Sol 

Résolution de l’assemblée populaire de la place Syntagma 

Communiqué de presse de la place Syntagma occupée 

« Nous, citoyens de la Puerta del Sol et de Syntagma, manifestons notre indignation et invitons tous les indignés de toutes les places à nous rejoindre », Appel Sol-Syntagma, déclaration commune

Déclaration de l’occupation de Wall Street

3. « Démocratie réelle ! »

Le combat pour la « démocratie réelle », par Michael Hardt et Toni Negri 

La démocratie est née dans les places, par Christos Giovanopoulos

Choses entendues à l’assemblée démocratique de la place Syntagma

Faire l’impossible. À propos de la décision au consensus, par David Graeber 

La théologie du consensus, par L. A. Kauffman

4. « Nous sommes les 99 % »

« Le mouvement OCCUPY Wall Street est actuellement la chose la plus importante au monde », par Naomi Klein 

Le problème n’est pas la « cupidité», ou comment ne pas se tromper de cible, par des membres de la commune d’Oakland 

« Les 99 % : une communauté de résistance », par Angela Davis 

La formation des 99 % américains et la faillite de la classe moyenne, par Barbara Ehrenreich et John Ehrenreich 

Les 99 % face à la blanchité, par Joel Olson 

5. Demander l’impossible ?

#spanishrevolution. « Le retour de La force sans nom », par Leónidas Martín 

Prémonitions, par Q. Libet

« Demander l’impossible », par Judith Butler 

Depuis la précarité et contre elle, par Judith Butler

« Nous ne rêvons pas », par Slavoj Zizek 

6. Stratégies

Le parti de Wall Street face à son destin, par David Harvey

À court de chewing-gum, par Mike Davis

Épilogue. Quatre façons de voir une place occupée

Je souligne le beau texte de Slavoj Zizek, dont une autre traduction avait publiée dans Variations (www.theoriecritique.com ) sous le titre « Encre rouge » Encre rouge

Par sa dimension plus internationale « Les résonances politiques ne se ”propagent” pas de façon simple dans un espace lisse, dépouillé de tout obstacle matériel ou affectif, comme les vaguelette produites par une pierre soudain jetée dans un plan d’eau », un livre plus complet que Occupy wall street ! Textes, essais et témoignages des indignés, Introduction de Jade Lindgaard (Les arènes, Paris 2012) N’ayez pas peur de vraiment vouloir ce que vous désirez

Un souffle de jeunesse, d’indignation, encore trop largement sous-estimé par la majorité des forces syndicales et politiques d’émancipation. « Mais l’erreur – clairement instrumentalisée par ceux qui se sentent menacés par le soulèvement – , c’est de penser que nous sommes confrontés à un rejet – et non devant une revendication – de la politique. »

« Pour toutes ces raisons, je suis indigné/e.

Je crois que je peux tout changer.

Je crois que je peux y contribuer.

Je sais que, tous ensemble, nous le pouvons.

Rejoins-nous. C’est ton droit. »

d’Athènes à Wall Street,

# indignés !

Échos d’une insurrection des consciences

Zones, Paris 2012, 197 pages, 14,50 euros

Didier Epsztajn