Archives de Catégorie: USA

Notre responsabilité sera sans concession

« Ce que les Blancs doivent faire, c’est essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un « nègre », parce que je ne suis pas un « nègre ». Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu’il vous en faut un ». James Baldwin.

Dans ses dernières années, le grand écrivain américain James Baldwin a commencé la rédaction d’un livre sur l’Amérique à partir des portraits de ses trois amis assassinés, figures de la lutte pour les droits civiques : Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr. Partant de ce livre inachevé, Raoul Peck a reconstitué la pensée de Baldwin en s’aidant des notes prises par l’écrivain, ses discours et ses lettres. Il en a fait un documentaire – salué dans le monde entier et sélectionné aux Oscars – aujourd’hui devenu un livre, formidable introduction à l’oeuvre de James Baldwin. Un voyage kaléidoscopique qui révèle sa vision tragique, profonde et pleine d’humanité de l’histoire des Noirs aux États-Unis et de l’aveuglement de l’Occident. Lire la suite

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La statue du père de la gynécologie qui avait mené des expériences sur des esclaves noires, est retiré de Central Park

Une statue du Dr James Marion Sims, considéré comme le père de la gynécologie moderne, a été déboulonnée mardi à New York sur décision du maire, en raison des expériences que le médecin a pratiquées sur des esclaves noires au XIXe siècle. La décision s’inscrit dans le mouvement de contestation qui a réclamé, un peu partout aux Etats-Unis, le retrait de monuments, plaques ou noms de rues honorant des personnalités connues pour leurs liens avec l’esclavage ou plus généralement la persécution des minorités. Lire la suite

L’autre cinquantenaire : l’assassinat de Martin Luther King

Le 4 avril 1968, le pasteur noir opposé à la guerre du Vietnam, Martin Luther King tombait sous la balle d’un tireur d’élite. Une seule balle avait suffit. Cinquante plus tard, la lumière n’a toujours pas été faite sur les responsables de cet assassinat. James Earl Ray reconnu coupable du coup de feu n’a jamais eu de procès véritable. Il a toujours nié être l’auteur du coup de fusil même si, vraisemblablement, il a participé à la préparation de ce meurtre. Lire la suite

Redécouvrir Langston Hughes

Christine Dualé propose, dans « Langston Hughes et la renaissance de Harlem », une véritable fresque du Harlem des années 1920, véritable centre culturel qui irradie le monde et influence écrivains, essayistes, photographes, musicien-ne-s. Harlem, sous la pression des Antillais fête même le 14 juillet. Elle n’oublie pas les grandes littératrices comme Zora Neale Hurston. Elle parle des voix de Harlem comme « une nouvelle tradition littéraire noire » mêlant jazz, blues – Langston Hughes n’aura de cesse de rendre toute sa place à la poésie des blues -, révolte et revendication de dignité. La « Negro Renaissance », la négritude comme on dira quelque fois en France pour valoriser cet apport, est partie intégrante de ces « années folles », « Roaring Twenties », « Âge du jazz » suivant les auteurs pour dire la libération des corps, l’appel désespéré à une autre société, l’espoir fou que le monde bascule sur ses bases pour faire place à un monde solidaire sans guerre. Le féminisme est partie prenante de toutes ces libérations. Lire la suite

L’invention ne consiste pas à créer à partir du vide, mais du chaos

« A tous les parieurs qui ont misé sur l’incertain, sur la légèreté furtive du possible au lieu de se résigner à la pesanteur accablante du réel. A tous ceux qui ont lutté et lutteront pour « la part non fatale du devenir » » Daniel Bensaid (cité par l’auteur)

Un milliardaire inculte, nationaliste, raciste (islamophobe et antisémite), sexiste, homophobe…

Il faut donc analyser et comprendre, pas seulement crier au loup surtout si le loup n’est qu’un possible devenir. Et ne pas se bercer d’illusions, ni sur une proche normalisation ni sur une procédure d‘impeachment (Daniel Tanuro rappelle que le vice-président Mike Pence est un « chrétien intégriste, créationniste, ultralibéral, pathologiquement obsédé par la lutte contre le droit des femmes, des homosexuel·le·s et des transgenres à contrôler leur corps, leur propre vie »). D’autant qu’une troisième possibilité existe, l’instauration d’un régime autoritaire et la précipitation du monde « dans un cauchemar de guerres, de haines et de désastre climatique » Lire la suite

Les frontières poreuses entre information et divertissement, entre masculinisme et suprémacisme

Donald Trump, la mise en scène de son pouvoir, ses décisions politiques, le choix de ses collaborateurs… « ils sont destinés à montrer que la masculinité hégémonique, visant la perpétuation d’un système patriarcal, est aux affaires et que, symboliquement, les hommes reprendront une place prétendument et indûment perdue du fait des progrès de l’égalité entre les femmes et les hommes. Trump souhaite délibérément réhabiliter, renforcer un modèle de société fondé et construit sur la domination masculine ».

Si les dimensions masculiniste et suprémaciste ne suffisent pas à analyser et comprendre ce « triomphe de l’homme blanc », elles n’en restent pas moins incontournables. C’est bien un « old white man », produit du capitalisme qui dirige, s’appuyant, entre autres sur des « angry white men » et sur une certaine idée de l’« Amérique blanche ». Lire la suite

La peur de l’égalité politique et de l’amalgame sexuel

Whiteness. Traduire et s’entendre sur le sens de cette notion. Dans sa préface à l’édition française, preface-a-ledition-francaise-de-david-roediger-le-salaire-du-blanc-la-formation-de-la-classe-ouvriere-americaine-et-la-question-raciale/, publiée avec l’aimable autorisation des Editions Syllepse, David Roediger, suite à un échange avec des traducteurs japonais, soulève « le problème du discours sur la whiteness, cette idéologie et ces structures qui amènent implacablement les gens, et dans notre cas de nombreux travailleurs, à s’identifier comme blancs. Comment faire pour ne pas utiliser les mots qui épaississent le mensonge diffus sur la couleur de peau et la race et les présentent comme des différences « naturelles » et explicatives ? ». Lire la suite