Une arme de guerre ? Quelques réflexions sur la violence sexuelle pendant la guerre russe en Ukraine

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois lors de la conférence de 2015 « Contre notre volonté – Quarante ans après : explorer le champ de la violence sexuelle dans les conflits armés » à Hambourg, en Allemagne [1], et nous sommes restés en contact depuis. Nous travaillons tous les deux sur la violence sexuelle pendant la Seconde Guerre mondiale et nous collaborons avec d’autres chercheurs et professionnels d’ONG au sein du « Groupe international de recherche ‘Violence sexuelle dans les conflits armés’ ». Peu après le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine le 24 février 2022, Marta a décidé de protéger son fils et de fuir le pays. Lorsqu’elle est arrivée à Hambourg le 12 mars, nous avons immédiatement commencé à parler de violences sexuelles : contre les réfugiés ukrainiens dans les régions frontalières et dans les pays où ils ont trouvé un abri temporaire, mais aussi dans la zone de guerre en Ukraine. À l’époque, il n’y avait que peu d’indications indiquant cette forme de violence en Ukraine. Mais au cours des dernières semaines, le sujet est devenu de plus en plus visible. Nous croyons qu’il est important et nécessaire que la violence sexuelle reçoive cette attention. Dans le même temps, cependant, nous sommes inquiets de la façon dont cette violence est représentée. Qui en parle et qui reste silencieux ? Quels aspects sont mis en avant et que reste-t-il dans l’obscurité ? Afin de partager certaines de nos observations et préoccupations, nous avons décidé de documenter certaines de nos conversations sous forme écrite. Le résultat est un instantané momentané dans un développement en cours. Néanmoins, nous espérons contribuer à une meilleure compréhension. L’échange suivant a eu lieu le 20 avril 2022. Continuer à lire … « Une arme de guerre ? Quelques réflexions sur la violence sexuelle pendant la guerre russe en Ukraine »

Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice

C’est aux termes d’une décision inique et sexiste que la Cour d’assises du Val de Marne, statuant en appel, vient d’affirmer qu’une femme en état d’ébriété manifeste pouvait valablement consentir à plusieurs rapports sexuels avec plusieurs officiers de police dans les locaux du célèbre 36 quai des Orfèvres. 

Cet arrêt est une immense gifle portée à Emily Spanton, à qui nous adressons tout notre soutien, mais aussi à toutes les femmes, 51% de la population, toutes victimes directes ou indirectes de violences masculines sexistes et sexuelles.  Continuer à lire … « Pour Emily et toutes les femmes, mettre fin à la culture du viol qui entrave la justice »

Préambule du livre de Fabienne Messica : Ce que le feminisme n’est pas

Avec l’aimable autorisation de l’autrice

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Critiquer d’abord : telle fut la grande affaire de l’après-guerre, celle du constructivisme, celle du structuralisme. On critiquait le progrès, on critiquait la raison, on critiquait les droits de l’homme, le colonialisme, l’impérialisme. Ce ne fut que tardivement et encore, avec des pincettes, qu’advint la critique des régimes et de l’idéologie communistes. Quant à la critique de, la domination masculine et du patriarcat, elle fut le fait de mouvements féministes longtemps ignorés par les milieux académiques et par les mouvements à gauche d’obédiences diverses, marxistes, libertaires, tiers-mondistes, écologistes.

Mais après ce travail puissant de la pensée, que faire ? Comment monter en radicalité dans la critique, comment monter en puissance ? Il semble que ce soit l’affaire du moment, celui où la critique qui se veut émancipatrice se retourne contre elle-même. Le moment de la critique de la critique portée par l’antiracisme, le féminisme et, plus généralement, les luttes d’émancipation. Continuer à lire … « Préambule du livre de Fabienne Messica : Ce que le feminisme n’est pas »

Le droit à l’avortement sur la sellette aux Etats-Unis

Le 2 mai, lorsque le site d’information Politico a publié une ébauche de la décision à venir de la Cour suprême des Etats-Unis, qui annule l’arrêt Roe v Wade de 1973, qui a légalisé l’avortement, une récrimination collective s’est fait entendre dans tout le pays. Même pour ceux et celles d’entre nous qui ont assisté à l’érosion constante du droit à l’avortement depuis plus de quatre décennies et qui savaient que l’annulation de Roe était probable, le choc à la lecture du projet de décision a néanmoins été ressenti comme un coup de poing à l’estomac.

Le principe clé de l’arrêt Roe v Wade permettait le droit à l’avortement légal pour n’importe quelle raison jusqu’à la « viabilité du fœtus », à environ 24 semaines de grossesse, lorsque le fœtus est capable de survivre en dehors de l’utérus. Le projet de décision sur Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, rédigé par le juge ultra-conservateur Samuel Alito, confirme une loi du Mississippi de 2018 qui interdit les avortements après 15 semaines de grossesse – bien avant la viabilité du fœtus – et ne prévoit pas d’exceptions en cas de viol ou d’inceste. Continuer à lire … « Le droit à l’avortement sur la sellette aux Etats-Unis »

L’avortement est un droit et doit le rester !

La menace au droit à l’avortement qui plane aux États-Unis ces jours-ci ne nous surprend pas, pourtant elle doit vivement et collectivement nous alarmer. Si la Cour suprême américaine venait à invalider l’arrêt « Roe versus Wade » en juin prochain, texte qui constitue le fondement du droit à l’avortement américain, il s’agirait d’un retour en arrière de 50 ans ! Chaque État pourra alors choisir sa propre législation et ce sont 26 États conservateurs qui sont prêts à interdire complètement l’avortement. Continuer à lire … « L’avortement est un droit et doit le rester ! »

Ukraine : le corps des femmes comme champ de bataille

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La guerre permet l’expression la plus désinhibée de la violence masculine. L’oppression viriliste et destructrice du patriarcat s’y déploie sans frein. Les femmes et les enfants, qui en temps dit « de paix » subissent des violences machistes individuelles, sont alors traité·es globalement comme des objets, des marchandises, des déchets.
Depuis des années, des opposantes féministes aux dictatures, telles les FEMEN ukrainiennes, avaient donné l’alerte. Elles voyaient juste…
Décidée par un Vladimir Poutine obsessionnel de la virilité, l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 se poursuit par une guerre de conquête. Comme en Tchétchénie ou en Syrie, l’armée russe massacre des civil·es. Elle pilonne des villes et bombarde des lieux abritant des femmes et des enfants vulnérables, des maternités, des hôpitaux.
Des millions de personnes ont fui les zones d’Ukraine bombardées : 90% sont des femmes et des enfants. La moitié de celles qui ont quitté le pays ont moins de 18 ans.
Continuer à lire … « Ukraine : le corps des femmes comme champ de bataille »

Pétition : Éducation à la sexualité : appliquons la loi pour lutter contre les violences !

Trois séances par an d’éducation à la sexualité jusqu’en classe de terminale : voilà ce que prévoit la loi depuis 2001. Vous souvenez-vous de vos 21 séances entre le collège et le lycée ? Non ? C’est normal : Depuis 20 ans la loi n’est toujours pas appliquée. Continuer à lire … « Pétition : Éducation à la sexualité : appliquons la loi pour lutter contre les violences ! »

Remarques lors d’un rassemblement d’urgence sur les droits reproductifs

Le projet de décision de la Cour suprême des États-Unis dans l’affaire Dobbs contre Jackson Women’s Health Organization a été rédigé par Samuel Alito Jr. Il affirme qu’il n’existe pas de droit à l’avortement en vertu du 14e amendement et que, par conséquent, Roe v. Wade est inconstitutionnel. Bien sûr, ni l’avortement ni les femmes ne sont mentionnés dans la Constitution des États-Unis ! Continuer à lire … « Remarques lors d’un rassemblement d’urgence sur les droits reproductifs »

Tribune collective : France, terre d’impunité du viol ?

La France est devenue désormais à nos yeux le pays de la culture du viol et de l’impunité des violeurs. Cette lettre ouverte est dédiée à toutes les victimes de viol en France qui, comme Emily Spanton ce 22 avril 2022, ont vu leur(s) violeur(s) acquitté(s), malgré les preuves, malgré leur plainte, malgré leur courage – et la justice les condamner à l’injustice à vie. Continuer à lire … « Tribune collective : France, terre d’impunité du viol ? »

Sortie de « Last Girl First ! La prostitution à l’intersection des oppressions sexistes, racistes et de classe » une étude de CAP International

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Le 22 Mars, CAP International a sorti le rapport de recherche « Last Girl First ! La prostitution à l’intersection des oppressions sexistes, racistes et de classe ».
Ce rapport est le fruit de deux ans de recherche, il couvre 49 pays, rassemble les témoignages de plus de 40 survivantes de la prostitution et de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle, d’expert.e.s de terrain travaillant auprès des personnes en situation de prostitution aux quatre coins du monde et compte plus de 500 références. Continuer à lire … « Sortie de « Last Girl First ! La prostitution à l’intersection des oppressions sexistes, racistes et de classe » une étude de CAP International »

États-Unis : Le syndicat des infirmièr·es dénonce les menaces sur le droit à avortement (+ appel en France)

Le National Nurses United (NNU) a qualifié aujourd’hui le projet de la Cour suprême des États-Unis annulant l’arrêt Roe v. Wade [qui a ouvert le droit à l’avortement aux États-Unis en 1973], communiqué tard hier soir, de « menace déraisonnable pour la santé et la sécurité des femmes, en particulier les femmes à faible revenu et toutes les personnes en âge de procréer qui ont moins d’options pour exercer leurs droits reproductifs ».

« Les infirmières se joindront aux femmes et aux partisans de la justice de genre dans tout le pays pour s’opposer aux restrictions politiques, juridiques et patronales imposées aux services de santé des femmes, y compris le droit aux services relatif à la reproduction et autres services de planification familiale », a déclaré la présidente du NNU, Jean Ross. Continuer à lire … « États-Unis : Le syndicat des infirmièr·es dénonce les menaces sur le droit à avortement (+ appel en France) »

Avorter, nos choix, nos droits, partout ! (+ Elie Mystal : Oui, les théocrates de la Cour vont vraiment renverser Roe v. Wade)

L’inscription dans la constitution française du droit à l’avortement maintenant !

Quelques heures à peine que nous connaissons la nouvelle et des années que nous le craignions, la cour suprême des Etats-Unis pourrait annuler l’arrêt de 1973 Roe vs Wade qui a confirmé la conformité du droit à l’avortement à la Constitution américaine. Continuer à lire … « Avorter, nos choix, nos droits, partout ! (+ Elie Mystal : Oui, les théocrates de la Cour vont vraiment renverser Roe v. Wade) »

 De Kaboul à Kyiv : femmes déchues de leur citoyenneté

Rien en apparence semble lier le sort des femmes afghanes à celui de leurs contemporaines ukrainiennes si ce n’est  la dure expérience d’une guerre dont la population civile fait principalement les frais. Dans le premier cas, le conflit armé perdure depuis trente-cinq ans, dans le second, l’invasion russe, d’une violence inouïe, a commencé il y a deux mois. Au cœur du désastre humain et humanitaire, force est de constater que pour les militants talibans ou de la soldatesque de la Fédération russe, la destruction du statut des femmes en tant que citoyenne égales aux hommes, ayant des droits propres fait partie des principales cibles. En particulier quand il s’agit quand il s’agit d’opposantes ou d’ennemies. Continuer à lire …  » De Kaboul à Kyiv : femmes déchues de leur citoyenneté »

La guerre en Ukraine a mis en lumière les lois inhumaines de la Pologne en matière d’avortement, et ces féministes ont besoin de notre aide

La guerre est de retour en Europe, ce qui signifie que le viol en tant qu’arme de guerre est de retour en Europe, ce qui signifie que des grossesses non désirées résultant d’un viol en tant qu’arme de guerre se produisent aujourd’hui – ici même en Europe.

Le fait qu’une population de réfugiés de plus de cinq millions de personnes, dont la majorité sont des femmes, fuit principalement vers la Pologne, un pays où l’avortement est presque entièrement illégal, n’est qu’un détail horrible parmi des milliers dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Continuer à lire … « La guerre en Ukraine a mis en lumière les lois inhumaines de la Pologne en matière d’avortement, et ces féministes ont besoin de notre aide »

Andrea Dworkin : Pornographie : les hommes s’approprient les femmes

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Quatrième de couverture :
Cette diatribe féministe contre la pornographie, puissamment argumentée, a suscité une retentissante controverse lors de sa première parution, et n’a rien perdu de sa pertinence.
Andrea Dworkin milite en faveur de l’adoption d’une législation qui définisse la pornographie comme une violation des droits civiques de la femme. Elle fait valoir que la pornographie engendre un rapprochement entre sexe et violence en faisant de la domination violente des femmes une composante essentielle du fantasme sexuel : « Dans la pornographie haut de gamme, l’usage de la force est nimbé de romantisme… comme s’il s’agissait d’une simple danse. »
Afin d’étayer sa thèse selon laquelle la pornographie incite les hommes à la violence sexuelle, Dworkin établit un parallèle entre la vie et les écrits du Marquis de Sade et propose un compte rendu critique de plusieurs ouvrages pornographiques contemporains.
La plume de Dworkin est fougueuse, incisive, éloquente et imprégnée d’un sentiment d’urgence. Continuer à lire … « Andrea Dworkin : Pornographie : les hommes s’approprient les femmes »

 Rapports de genre et dynamiques migratoires : des femmes parlent

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Les chaussures égarées
Accessoires vains
Pieds nus
Têtes en feu
Vos souffles secouent les murmures nocturnes de la forêt
Haletante
Yeux hagards
Intrépides l’espoir seul boussole
Pas une étoile au service de votre destinée
Plus rien ne peut vous ralentir
Ni les cris de l’aigle
Ni le grondement de la rivière
Ni le cadavre de ton compagnon
La force de ton regard
Ouvre les frontières
Casse les barrières

Chantal Ismé Continuer à lire …  » Rapports de genre et dynamiques migratoires : des femmes parlent »

La revue d’en face, racontée par celles qui l’ont faite

Opération étrange que celle de s’immerger à nouveau dans une revue réalisée il y a plus de quarante ans, en vue de sa numérisation ; on y entre avec une pointe d’appréhension : adhère-t-on encore à ce qu’on a dit alors ? Or cette épreuve de relecture donne lieu à une agréable redécouverte de la revue d’en face où l’on apprécie la qualité de l’écriture, l’intérêt de nombreux articles, et une orientation sur la plupart des sujets que l’on pourrait assumer aujourd’hui encore. La revue d’en face, une des voix du féminisme qui a évolué, au gré de l’histoire du Mouvement et du changement d’époque. Apparue en 1977, elle prend fin en 1983. Continuer à lire … « La revue d’en face, racontée par celles qui l’ont faite »

Féminismes contemporains en Amérique latine

Cet article s’appuie sur le livre 21st Century Feminismos: The Women’s movements across Latin America and the Caribbean qui comprend dix études de cas provenant de huit pays différents d’Amérique latine (Brésil, Argentine, Uruguay, Chili, Colombie, El Salvador, Mexique) et des Caraïbes (Haïti) et qui analysent la manière dont les mouvements de femmes et féministes ont réagi à des processus de changement sociétal, ont été façonnés par eux et se les sont appropriés.

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Pourquoi est-il important d’étudier le mouvement féministe en 2022 ?
« Être une femme et survivre au Mexique est un acte de résistance. » Continuer à lire … « Féminismes contemporains en Amérique latine »

« La conjuration des ego » de Aude Vidal (nouvelle note)

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Dans cet essai, publié en 2019 aux éditions Syllepse, elle analyse l’individualisme libéral qui s’est largement diffusé dans les milieux militants et que nous avons tous, à des degrés plus ou moins importants, intégré. Cet individualisme égoïste mine les luttes anticapitalistes, antiracistes et féministes.

Le mouvement #Metoo, lancé en 2017, a permis de rendre compte de l’ampleur des violences multiples que les hommes exercent sur les femmes et a contribué à donner un nouvel élan au féminisme. De nombreuses idées, revendications et concepts, mis en place par les féministes dès les années 1960 pour penser les différentes oppressions, sont aujourd’hui intégrés aux milieux militants : intersectionnalité, mouvement LGBT, grossophobie, mecsplication, revendications trans, non-binaires, harcèlement de rue, écriture inclusive, violences sexuelles…

Malgré cette forte influence du féminisme, Aude Vidal constate que l’égoïsme est devenu une idéologie politique qui accorde à la subjectivité individuelle une importance plus grande qu’à la lutte collective. Continuer à lire … « « La conjuration des ego » de Aude Vidal (nouvelle note) »

À qui profite la pseudo théorie de l’aliénation parentale ?

Le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) est une notion inventée par le pédopsychiatre américain Richard Gardner [1] dans les années 1980. Nous proposons de montrer qu’il s’agit d’une appellation polémique sans fondement scientifique, de faire un point historique sur son arrivée et sa diffusion en France, notamment dans le domaine judiciaire, puis d’analyser en quoi son usage occulte les violences faites aux femmes et aux enfants. Continuer à lire … « À qui profite la pseudo théorie de l’aliénation parentale ? »