Archives de Catégorie: street art

La mort en noir et blanc. Entretien avec Itvan K.

Je ne crois pas au destin, à la prédestination, je sais que le futur n’est pas écrit. Par contre, je crois au hasard. A condition de se mettre d’accord sur sa définition.

Bref, un jour, il y a de cela plusieurs mois, quelques jours après l’affaire Théo, je passe faire un tour rue Noguères, un des spots du street art dans le 19ème arrondissement de Paris, près de Jaurès. Sur le mur formant un des côtés de cette rue piétonne, se côtoient le pire et le meilleur. Des nombreux graffs ; je n’ai rien à en dire ; j’ignore les codes du graffiti. Et, une grande fresque dont le sujet, la composition, le traitement m’intéressent. J’écris un billet pour partager mon intérêt1. Quelques mois, plus tard, par hasard, rue Ordener, sur le mur de la SNCF, qui est un spot du 18ème arrondissement, je vois une fresque des mêmes street artists, Itvan K. et Lask, abordant un autre sujet tout aussi politique que le premier, avec une esthétique très voisine de la fresque de la rue Noguères. Une figure centrale peinte par Lask entourée de signes rouges et un décor dessiné en noir sur fond blanc. Intéressé par la composition savante et l’opposition entre la couleur et le décor noir et blanc, tout de go, j’y consacrai également un post2. Ayant laissé du temps au temps, après une très nécessaire décantation, je compris qu’outre l’audace d’aborder des sujets sociaux et politiques « brûlants », c’était l’originalité du dessin du décor qui avait le plus suscité mon attention. Lire la suite

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Poète…vos papiers ! Fred Le Chevalier

Dans tous les pays, le street art explose comme les crocus au printemps. « Tous les pays », le mot est excessif ;  disons, les pays qui tolèrent une expression plus ou moins encadrée des artistes urbains. L’art contemporain urbain se diffuse et se diversifie. Ses formes vont des murs d’immeubles de plus de 50 mètres de haut, des pochoirs de plus de 300 mètres carrés, aux fresques modestes des apprentis artistes sur les murs décatis d’un spot un peu pourri, aux pochoirs de format A4 monochrome, aux collages modestes et beaux d’un Fred Le Chevalier. Lire la suite

Quelques éléments de réponse à des questions qui me tarabustent depuis plus de 50 ans.

Mon histoire croisa le beau récit de Mika Waltari, qui fait dire à son personnage principal, Sinouhé l’Egyptien : « Un jour mes yeux s’ouvrirent, je m’éveillai comme d’un rêve et, l’esprit bouillant d’allégresse, je me demandai : « Pourquoi ? » Car la clef redoutable de tout vrai savoir est la question : Pourquoi ? ce mot est plus fort que le roseau de Thoth et plus puissant que les inscriptions gravées dans la pierre. »1

Avec moins de lyrisme certes, des « pourquoi ? » se sont sédimentés dans ma mémoire. Des questions sans réponse tombèrent dans le puits profond de l’oubli. D’où, elles resurgissent parfois, au hasard des circonstances, montrent leur nez, me narguent, cristallisent mon ignorance. 

Bref, depuis plus de cinquante ans, je m’interroge sur la création artistique (entre autre !) : peut-on décrire le chemin que font l’esprit, la conscience, l’intelligence, que sais-je ?, pour donner une existence, à du neuf, à du « jamais-existé » ? S’il est vrai qu’il y a toujours quelque chose « au début », peut-on le décrire et suivre pas à pas l’émergence du nouveau ?

Pour comprendre des choses complexes, il faut prendre des exemples « simples », au sens où, en chimie, on parle de corps simples.

Les hasards (et la nécessité) m’ont amené à rencontrer un artiste togolais, Sitou Matthia, qui a peint pour « Cultures Pas Sages »2, deux fresques. Sachant que l’analyse des œuvres ne serait guère suffisante pour comprendre comment cet artiste s’est construit ses compétences techniques et, ce que d’aucuns appellent son « style », je l’ai interrogé en tâchant d’ouvrir autant que faire se peut le questionnement, en lui demandant de dire ce que lui suggérait des mots que j’avais choisi en amont, complétés par deux questions en lien avec les réponses de l’artiste. 

J’ai bien conscience que cet entretien ne clôt pas le chantier de réflexion. Je pense néanmoins qu’il y apporte des éléments de réponse. N’ayant pas l’outrecuidance, de la commenter, je préfère vous livrer l’entretien (presque) brut de décoffrage. Lire la suite

Codex urbanus, une histoire de rire

Dans la grande salle de la halle Hébert, une fresque a retenu mon attention et m’invite au commentaire. Plus précisément, une partie d’une fresque de grande dimension, fruit d’une collaboration entre un writer1, Dark’s Snoopy et Codex urbanus. De très étranges créatures semblent traverser nonchalamment l’œuvre. Créatures marines se déplaçant comme un banc de poissons. Lire la suite

Reportage : « L’Aérosol » Paris, a place to be ?

Si Paris vaut bien une messe, l’Aérosol vaut bien une visite, voire deux ! Une première pour faire connaissance, savoir où on met les pieds, une seconde pour voir et complimenter quelques graffeurs1.

L’Aérosol, dans le chapeau de son site Internet, présente ses objectifs. Je vous le livre brut de décoffrage :

« Implanté dans le 18ème, berceau des cultures urbaines en France, le 54 rue de l’Evangile, s’apprête à devenir pendant 6 mois, la place forte de l’art urbain. Une exposition phare, un lieu de vie en perpétuel mouvement, des animations initiatrices de rencontres, de créations et d’émotions, un espace catalyseur d’énergies, de partages, de fêtes hautes en couleurs. Lire la suite

Levalet/Hébrard, le « Va et vient », suite (et fin ?)

 

En introduction des congés d’été, souhaitant, dans un billet faire un bilan, je vous faisais part de mes coups de cœur de la saison. Deux artistes avaient une place bien particulière, entre aorte et veine-cave, Levalet et Hébrard. Une drôle d’histoire (ou une histoire drôle, comme on voudra), en cette période de rentrée les réunit de nouveau. Cette histoire sera l’objet de ce billet. Comme dans les mini-séries télévisées, elle comprend trois épisodes. Lire la suite

Hopare, un art nouveau du portrait

Dans un précédent billet consacré au « Rêve » d’Hopare, rue de Maronites à Paris, j’avais mis l’accent sur l’importance du trait dans la peinture d’Hopare. Dans le portrait de femme qu’Hopare a exécuté en juin 2016, dans le cadre d’Ourcq Living Colors, nous trouvons des points communs avec « Le rêve». C’est, tout d’abord, un portrait de femme ; il conjugue représentation et abstraction ; il reprend des motifs décoratifs du « Rêve » ; le trait joue également un rôle majeur, la fracturation de l’espace lié à l’entrelacs des lignes autorise des variations chromatiques d’une grande richesse et d’une évidente beauté. Le commentaire du second portrait est l’occasion de mieux cerner le processus créatif de cet artiste et de réfléchir à l’appropriation du portrait par Hopare1. Lire la suite