Archives de Catégorie: street art

Singapour, faire société autrement

Les grandes villes, les mégalopoles, les villes-monde ont généré des expressions esthétiques extrêmement variées communément regroupées sous le mot-fourre-tout d’art urbain. A l’origine nord-américain, le street art, prospère sur tous les continents, renouvelant, enrichissant, l’art contemporain. Prolongement dans un premier temps du courant mainstream, le street art intègre les cultures locales (cultures plastiques, histoire, religions etc.), s’adaptant en se transformant. Le mouvement est tel qu’on imagine mal une ville sans aucune manifestation de street art. Et pourtant, j’ai découvert une ville-monde, Singapour, sans aucune forme de street art. Cerner les raisons d’une telle absence éclaire sur la société singapourienne. Lire la suite

« À mort la démocrature ! », fresque d’Itvan Kedanian et Lask, Paris, mai 2017

Les hasards de mes randonnées urbaines m’ont amené à rencontrer à différentes dates quatre grandes fresques du même crew, le TWE. Ce groupe de graffeurs est constitué de nombreux membres principalement issus de la Seine Saint-Denis. Les plus de 1000 productions du crew sont fort diverses mais les fresques que j’ai découvertes quai de Valmy (10ème arrondissement), rue Noguères (19ème) et celle de la rue Ordener (18ème arrondissement) ont des points communs. Les quatre sont situées dans des quartiers populaires et ont été réalisées sur des murs d’« expression libre », tolérés par la municipalité sinon autorisés. Le deuxième point commun est le thème : ce sont des œuvres politiques contestataires qui sont ouvertement des invitations voire des incitations à la révolte, à l’émeute, à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Lire la suite

Astro, « Vertigo », exposition solo, galerie Loft du 34

Ma première rencontre avec le travail d’Astro a été un graff peint sur le Mur de la rue Noguères dans le 19ème arrondissement de Paris. Ce mur long comme cette courte voie piétonne accueille des « œuvres » des street artists de l’arrondissement mais également des arrondissements voisins et de la Seine Saint-Denis toute proche. Le temps passant, il est devenu, grâce à une relative tolérance de la municipalité un mur d’expression libre1. Curieusement, le mur qui a accueilli pendant des années des œuvres variées, des graffs et des fresques, dont certaines étaient tout à fait remarquables, s’est « spécialisé ». Il est devenu un haut lieu du graff parisien. Le spot est connu comme tel et les graffeurs y ont leurs habitudes. Sachant qu’un graff a une durée de vie de deux ou trois jours avant d’être recouvert par d’autres graffs, de jeunes artistes y peignent assez régulièrement des œuvres. Des graffeurs étrangers, de passage dans la capitale, y laissent également une trace de leur « art ».  Lire la suite

22 septembre 2016, « A Bruxelles, le street art licencieux a frappé. »

Certains jours restent gravés dans nos mémoires : le 14 juillet 1789, le 11 novembre 1918, le 8 mai 1945, le 11 septembre 2001 et le 22 septembre 2016. Le 22 septembre 2016, comme le titrait sobrement un quotidien belge : « La capitale belge est envahie par des sexes géants ». L’émotion fut en rapport direct avec la taille des organes génitaux représentés : immense. La presse écrite et audiovisuelle belge bientôt relayée par les médias mondiaux relayèrent les informations et publièrent les photographies des « œuvres ». « L’affaire » était d’importance, il est vrai. A la barrière Saint-Gilles, une fresque de plus de 5 mètres de haut sur 2 de large représentait un « grand sexe masculin au repos » (la hauteur du mur n’a certainement pas permis à l’artiste de le représenter en activité). Place Stéphanie, ce fut une « scène de masturbation féminine ». Rue des Poissonniers, « une scène de pénétration ». Fort heureusement, les édiles et les responsables politiques prirent l’affaire en mains : le collège des bourgmestres et échevins de Saint-Gilles ont décidé de procéder de nettoyer du pénis. Par contre, le collège de la ville décida de conserver la pénétration. Au parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles, Vincent Henderick, chef de groupe cdH et membre de l’opposition juge le pénis « déplacé ». Il déclara qu’il n’avait « pas sa place à la Barrière de Saint-Gilles » au micro de la RTBF. L’adjoint à la Culture et à la propreté publique, Carlo Luyckx a pris contact avec le propriétaire du mur mais « aucune position n’a encore été arrêtée au sein du collège ». Il fallut plusieurs jours de débat au collège de Saint Gilles pour décider que le pénis devait disparaître. Mal lui en pris, la municipalité de Bruxelles et le gouvernement s’y opposèrent, arguant que le phallus, même mou, était une œuvre d’art et qu’à ce titre, elle devait être respectée. Une pétition qui a recueilli près de 2700 signataires réclama « la sauvegarde du pénis ». C’est que le pénis n’est pas un graffiti, c’est une fresque. Or, si on peut effacer un graffiti, on ne peut effacer une fresque. Lire la suite

Street art et publicité, Da Cruz et la campagne Tank de Diesel


Le street art et la publicité sont faits pour s’entendre. Excluons de notre démonstration les artistes de street art reconnus, menant de front travail « dans la rue » et galerie, dont les œuvres ornent aujourd’hui les murs des musées d’Art moderne et les cimaises des grands collectionneurs. Le street art est à la mode ; une nouvelle génération de collectionneurs et des institutions culturelles acquièrent les œuvres pour des sommes  considérables. Le distinguo est souvent difficile à faire entre les authentiques amoureux d’art urbain et les spéculateurs, certains collectionneurs joignant la recherche du profit au plaisir de posséder dans son salon de belles œuvres. Si des artistes vivent de leur vente d’œuvres, ils sont légion ceux qui à leurs ventes en galerie ajoutent les produits dérivés, des performances rémunérées, des live painting, et la publicité etc. En fait, les agences sont à l’affut des jeunes artistes émergents originaux et créatifs qui, en prise directe avec la jeunesse de leur pays,  proposent des sujets, des formes, des couleurs, des matériaux inédits, « dans l’air du temps ». C’est pour des raisons de cet ordre que la marque italienne de vêtements Diesel a sollicité Da Cruz pour lancer sa nouvelle collection, Tank. Le récit de cette nouvelle campagne éclaire les relations entre l’art urbain (du moins, certains de ses artistes) et le monde de la publicité. Lire la suite

« Une campagne (présidentielle) plus drôle et plus citoyenne », Jaeraymie et Combo


Dans de précédents billets j’ai évoqué la remarquable campagne anti-Trump organisée et mise en œuvre par un street artist américain, Shepard Fairey. Les journalistes politiques étatsuniens considèrent que sur un mandat de 4 ans, les deux dernières années sont consacrées à la campagne suivante. La France n’est pas en reste ; la campagne dure, dure, avec ses scandales, ses révélations, ses primaires, ses débats, ses polémiques. Elle est scandée par les informations publiées par « Le canard enchaîné » le mercredi, les démissions des ministres, les ralliements attendus, ceux qu’on n’attendait pas… Chacun, à moins de deux semaines du premier tour, comprend que rien ne sera plus comme avant ; « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». Le Parti Socialiste explose, les Républicains, d’après les sondages, ne seraient pas au second tour, le Front National est aux portes du pouvoir, le candidat de la France insoumise pourrait créer la surprise et être au second tour.  Lire la suite

…Et Donald Trump devint l’homme le plus haï de la Terre !

La campagne présidentielle américaine avait commencé pour le fils de milliardaire, milliardaire lui-même, comme une campagne de pub. En battant les estrades, quitte à être électoralement battu, son nom qui est sa marque serait connue dans tous les Etats d’Amérique et du monde. Finançant sa campagne sur ses deniers, en dehors des partis traditionnels, les énormités, les mensonges, les « promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent », firent glousser d’aise les états-majors des Républicains et des Démocrates. Après tout, autant rire des délires d’un bateleur qui n’avait aucune chance de s’installer dans le bureau ovale ! Les Républicains rirent moins au fil du temps quand ils comprirent que seul Donald Trump pourrait faire gagner leur camp. Ils le choisirent, non sans amertume, comme leur champion. Sanders était pour Hillary Clinton le seul obstacle à son élection. Les Démocrates, à la rupture, préférèrent la continuité. Jusqu’au jour du vote personne ne crut qu’un xénophobe voulant chasser 13 millions de travailleurs étrangers, un milliardaire voulant démanteler l’obamacare, un sexiste, un homophobe, un zozo qui disait que le réchauffement climatique était un bobard… bref, un homme qui disait n’importe quoi ait une chance de l’emporter. Lire la suite