Archives de Catégorie: street art

Street art et publicité, Da Cruz et la campagne Tank de Diesel


Le street art et la publicité sont faits pour s’entendre. Excluons de notre démonstration les artistes de street art reconnus, menant de front travail « dans la rue » et galerie, dont les œuvres ornent aujourd’hui les murs des musées d’Art moderne et les cimaises des grands collectionneurs. Le street art est à la mode ; une nouvelle génération de collectionneurs et des institutions culturelles acquièrent les œuvres pour des sommes  considérables. Le distinguo est souvent difficile à faire entre les authentiques amoureux d’art urbain et les spéculateurs, certains collectionneurs joignant la recherche du profit au plaisir de posséder dans son salon de belles œuvres. Si des artistes vivent de leur vente d’œuvres, ils sont légion ceux qui à leurs ventes en galerie ajoutent les produits dérivés, des performances rémunérées, des live painting, et la publicité etc. En fait, les agences sont à l’affut des jeunes artistes émergents originaux et créatifs qui, en prise directe avec la jeunesse de leur pays,  proposent des sujets, des formes, des couleurs, des matériaux inédits, « dans l’air du temps ». C’est pour des raisons de cet ordre que la marque italienne de vêtements Diesel a sollicité Da Cruz pour lancer sa nouvelle collection, Tank. Le récit de cette nouvelle campagne éclaire les relations entre l’art urbain (du moins, certains de ses artistes) et le monde de la publicité. Lire la suite

« Une campagne (présidentielle) plus drôle et plus citoyenne », Jaeraymie et Combo


Dans de précédents billets j’ai évoqué la remarquable campagne anti-Trump organisée et mise en œuvre par un street artist américain, Shepard Fairey. Les journalistes politiques étatsuniens considèrent que sur un mandat de 4 ans, les deux dernières années sont consacrées à la campagne suivante. La France n’est pas en reste ; la campagne dure, dure, avec ses scandales, ses révélations, ses primaires, ses débats, ses polémiques. Elle est scandée par les informations publiées par « Le canard enchaîné » le mercredi, les démissions des ministres, les ralliements attendus, ceux qu’on n’attendait pas… Chacun, à moins de deux semaines du premier tour, comprend que rien ne sera plus comme avant ; « Cours camarade, le vieux monde est derrière toi ». Le Parti Socialiste explose, les Républicains, d’après les sondages, ne seraient pas au second tour, le Front National est aux portes du pouvoir, le candidat de la France insoumise pourrait créer la surprise et être au second tour.  Lire la suite

…Et Donald Trump devint l’homme le plus haï de la Terre !

La campagne présidentielle américaine avait commencé pour le fils de milliardaire, milliardaire lui-même, comme une campagne de pub. En battant les estrades, quitte à être électoralement battu, son nom qui est sa marque serait connue dans tous les Etats d’Amérique et du monde. Finançant sa campagne sur ses deniers, en dehors des partis traditionnels, les énormités, les mensonges, les « promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent », firent glousser d’aise les états-majors des Républicains et des Démocrates. Après tout, autant rire des délires d’un bateleur qui n’avait aucune chance de s’installer dans le bureau ovale ! Les Républicains rirent moins au fil du temps quand ils comprirent que seul Donald Trump pourrait faire gagner leur camp. Ils le choisirent, non sans amertume, comme leur champion. Sanders était pour Hillary Clinton le seul obstacle à son élection. Les Démocrates, à la rupture, préférèrent la continuité. Jusqu’au jour du vote personne ne crut qu’un xénophobe voulant chasser 13 millions de travailleurs étrangers, un milliardaire voulant démanteler l’obamacare, un sexiste, un homophobe, un zozo qui disait que le réchauffement climatique était un bobard… bref, un homme qui disait n’importe quoi ait une chance de l’emporter. Lire la suite

Rétro et le rétrograffitism, mur Karcher, mars 2017

J’ai rencontré l’artiste, Rétro, à deux reprises, à deux jours d’intervalle, alors qu’il peignait le « petit » mur du square Karcher (c’est Rétro qui qualifie ainsi ce mur de 20 mètres de long, ayant la particularité d’avoir 1 mètre de hauteur d’un côté et plus de 3 mètres à l’autre bout !). Le terme « rencontre » est sans doute exagéré. Après m’être poliment présenté, Rétro m’a expliqué que les discussions avec les dames Michu du quartier, le retardaient dans son travail qui avait pris du retard et que seules les visites de ses amis ne le dérangeaient pas car il continuait de peindre. Bien que mes capacités de compréhension aient été beaucoup réduites par l’âge, je compris qu’il m’accordait deux minutes et trois questions. Des réponses partielles, je gardais deux informations : la première est que la fresque illustrait un conte, la princesse-grenouille ; la seconde que le « concept » était le « rétrograffitism ». Le chat était maigre mais je devais m’en contenter. Brève « rencontre » qui me renvoyait à mes chères études. Lire la suite

Itvan.k., le street art acteur des luttes



Les « marches républicaines » des 10 et 11 janvier 2015, après l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, ont été une réponse symbolique aux terroristes. Elles illustrèrent l’unité de la nation. La population massivement manifesta non pas seulement son soutien aux forces de l’ordre mais sa reconnaissance. Renaud, le chanteur anar, confessa qu’à cette occasion « il embrassa un flic ». Cette proximité ne fut qu’une parenthèse qui dura quelques mois et s’étiola. La répression des mêmes forces de l’ordre lors des manifestations de « Nuit debout » ferma, semble-t-il, durablement cette parenthèse. Les smartphones jouèrent dans cette période de grande agitation un rôle inédit : les vidéos réalisées par des lycéens ou des manifestants mises en ligne immédiatement sur Youtube apportèrent des preuves des violences policières alors que dans le même temps les syndicats de policiers soutenaient leurs « collègues ». D’autres « bavures policières » exacerbèrent les tensions déjà vives entre les Jeunes et la police : Amine Bentoussi tué d’une balle dans le dos par un policier, Lamine Dieng mort dans un fourgon au cours d’une intervention policière, la mort de Babacar tué de 26 balles lors d’un contrôle de police, Zyed, Bouna, Adama et Théo. Lire la suite

The East Side Gallery, le Mur de Berlin et le graffiti

Les Hommes et les Femmes de ma génération, celle d’après-guerre, ont connu de grandes peurs et d’éphémères espoirs. Avant la fin de la seconde guerre mondiale, la conférence de Téhéran portait en germe la Guerre Froide. L’allié d’hier, l’URSS, devint l’irréductible ennemi qu’il fallait combattre à l’intérieur et à l’extérieur. Il s’en est fallu de peu pour que la troisième guerre mondiale n’éclate. La crise de Cuba, l’installation de SS 20 et des Pershing et d’autres épisodes de cette terrible période faillirent précipiter le monde dans l’abîme. Lire la suite

Les fresques de Belfast, guerre et paix

A Belfast et à Derry (Londonderry) plus de 1400 fresques racontent l’histoire dramatique des conflits qui opposèrent les Catholiques et les Protestants de l’Ulster. Comme souvent le clivage religieux recouvre un contentieux politique. Rappelons brièvement la situation historique. Après l’indépendance de l’Irlande en 1922, les 6 comtés du nord-est, l’Irlande du Nord ou Ulster, restent dans le Royaume-Uni, royaume dominé par les Anglais. L’exécutif anglais pour maintenir l’Ulster sous sa férule, pratique une politique de peuplement. Ainsi des Anglais et leurs descendants, protestants, deviennent majoritaires parmi une population irlandaise catholique. Le conflit entre les Unionistes, protestants favorables au maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni, et les Catholiques revendiquant l’égalité des droits (sur le modèle de la lutte des Noirs américains pour leurs Droits Civiques), l’usage de la langue irlandaise et, pour une partie d’entre eux, le rattachement à l’Irlande (L’Eire) a fait plus de 3000 victimes civiles, hommes, femmes et enfants. Les deux camps pendant les trois décennies de ce que les Anglais nommeront « Les Troubles » vont peindre des fresques dont les objectifs n’avaient rien à voir avec l’Art pour l’Art. Lire la suite