Archives de Catégorie: street art

Sifat, la quête de la pureté des origines


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Au premier regard l’œuvre naissante de la jeune artiste Sifat semble plurielle. Pourtant, toutes ses œuvres sont traversées par une même tension, une même énergie : chercher au-delà des différences les formes essentielles, voire primitives, s’affranchir de la « raison raisonnante » chère à Descartes pour trouver la grâce de la création.

En effet, un regard rapide sur ses travaux, de « Fountain of youth », de sa participation à « Play me I’m yours », à la caravane de Rozi, à la récente « Ceci n’est pas une poule », d’aucuns noteraient les profondes différences dans le rapport qu’entretient l’artiste à la création plastique. Ils auraient tort. Son œuvre est cohérente et profonde. Lire la suite

Marko93, un regard de lumière


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Marko93 se présente comme « Darkvapor, the French lighter ». Passons sur le jeu de mot qui l’apparenterait à l’empereur du côté obscur de la Force, redoutable duelliste, armé de son sabre laser. Revenons sur l’épithète, que j’oserais librement traduire : le français qui apporte la lumière. Lire la suite

Petit précis de vocabulaire du street art

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Force est de constater que l’expression anglo-saxonne « street art » s’impose pour désigner un ensemble de pratiques artistiques. Cet ensemble est un véritable fourre-tout, un véritable inventaire à la Prévert. Sans volontairement être exhaustif, nous y trouvons, les tags, les graffs, les fresques, les murs peints, les pochoirs, les stickers, les tableaux, les œuvres en relief, les inscriptions à la bombe, les affiches collées etc. D’aucuns ont essayé d’imposer à l’occasion d’une exposition parisienne le néologisme « le pressionnisme » pour qualifier ce mouvement des arts aussi récent que multiforme. Peine perdue, le terme ne s’impose guère et… ne résiste pas à une rapide analyse. Et cela pour au moins une raison. Elle tient au fait que la bombe aérosol, si elle est utilisée par des nombreux artistes, ne l’est pas par d’autres qui utilisent les pinceaux, les brosses et les rouleaux1. Lire la suite

Philippe Hérard, Les Gugusses, « Cent titres », Belleville, Paris

Si les fresques « dans la rue » sont parfois des « cadeaux » faits aux chalands, elles sont aussi, et surtout, une bonne manière, quand les œuvres sont placées dans des spots réputés, pour les street artists un moyen de se faire connaître et d’entrer dans « le marché de l’art ». Le plus souvent, il convient de le reconnaître, les œuvres les plus abouties sont des œuvres de commande (festivals, manifestations diverses et variées, etc.). Pourtant nombreux sont les street artists à travailler « dans la rue » et à vendre des œuvres en galerie. La commercialisation des œuvres obéit à une contrainte qui a le mérite de l’évidence : les œuvres doivent être aisément transportables pour être accrochées aux cimaises des galeries et aux murs des amateurs qui ont font l’acquisition. Ainsi, on voit des artistes créer des œuvres monumentales (Cf : le néo-muralisme), peindre des « murals » et des toiles de formats moyens voire petits. De plus, afin d’être plus abordables et de s’ouvrir à un public plus large de reproduire leurs œuvres peintes (gravure, lithographie-sans parler de nombre d’objets dérivés-). Lire la suite

Bruno Big, fresque aux oiseaux de la rue de l’Ourcq, Paris, 2016

Un samedi à Paris, rue de l’Ourcq, dans le 19ème arrondissement de Paris, Marko93 et Da Cruz ont décidé de « rafraichir » leurs fresques qui des ans ont subi le réparable outrage. A leur côté, un jeune artiste, Bruno Big, met la touche finale à sa fresque. On comprend d’emblée pourquoi il a pris comme nom d’artiste, comme blaze, Bruno Big. « Bruno » parce que c’est son prénom (son nom est Carneiro Mosciato), et « big »  parce qu’il n’est pas « gros » mais « grand ». C’est en anglais que nous avons eu une conversation qui éclaire son œuvre. Bruno Big est un jeune artiste brésilien (né en 1980) qui explore des techniques fort diverses : la gravure, la poterie, le pochoir entre autres sans interrompre son travail « dans la rue ». Le commentaire de sa fresque aux trois oiseaux est une introduction à son œuvre. Lire la suite

Tarek-Vincent Lézazu, Institut des Cultures d’Islam, novembre 2016, Paris

Invité dans une émission de radio récente, celui qui est considéré comme le pionnier du street art en France, Ernest Pignon-Ernest, expliquait qu’il n’avait de commun avec le street art que 10% de son œuvre. Ce qui le séparait radicalement des cultures urbaines était non pas les œuvres (les dessins exécutés sur des affiches) mais le concept fondateur de son travail. Il refuse d’employer par ailleurs le mot œuvre pour désigner ses productions ; il préfère parler d’« interventions urbaines ». Pour lui, l’environnement de l’œuvre collée joue un rôle central ; il faut entendre « environnement » au sens large : la géographie du lieu où l’œuvre sera collée, l’histoire du lieu, les rapports de significations entre le sujet de son œuvre et l’ensemble des significations directement ou indirectement rattachées au lieu. Ses grands collages pour résumer sa pensée ne pourraient être collés qu’à un endroit et leur sens est constitué du diptyque lieu/ œuvre. Ainsi l’« œuvre », s’il faut employer ce terme, est l’intervention graphique de l’artiste dans un lieu précis. Lire la suite

L’art de Zépha, french « writer ». « Rosa Parks fait le mur », décembre 2015, Paris.

J’ignore les raisons qui ont amené Vincent Abadie Hafez à prendre comme blaze « Zépha ». Je fais l’hypothèse que cela a à voir avec « zeph », le mot arabe qui signifie « le vent ». Donner le nom de « vent » à des œuvres condamnées à disparaître serait une jolie et poétique métaphore de son art. Choisir un mot arabe pour désigner une œuvre faites essentiellement de « calligraphes » dont les formes sont directement issues de la calligraphie arabe est un hommage à la culture qui a donné naissance à cette remarquable écriture. Les bien-nommées « arabesques », le subtil jeu des pleins et des déliés, les signes déictiques, les accents, sont mis au service d’un « langage » d’une évidente beauté formelle. Les formes de l’écriture dans le travail de Zépha ne portent plus le sens (le sème), mais leur pouvoir d’expression n’en a pas pour autant disparu. Elles sont grâce, élégance, harmonie. Lire la suite