Archives de Catégorie: Politique

Les « racismes intercommunautaires ». Origines, instrumentalisations et repères pour les combattre

Intervention au Bandung du Nord du 5 mai matin 2018

Une des caractéristiques de la séquence historique présente est l’irruption de la question des dits « racismes intercommunautaires » dans le débat militant des populations issues de la colonisation et plus largement des populations racisées mais également dans le paysage médiatique et politique global. La force et la rapidité de cette irruption est, selon nous, issus d’une dualité de motivations pour poser cette question nécessaire et incontournable. Une première motivation vient de notre camp, celui des dominés qui ont un intérêt objectif à débusquer tous les facteurs de divisions. Une autre motivation vient de nos adversaires qui tentent d’instrumentaliser cette exigence légitime afin de neutraliser les prises de conscience du caractère systémique du racisme et de son lien avec les processus de production et de reproduction du capitalisme d’une part et de son extension internationale par l’impérialisme et le néocolonialisme d’autre part. Lire la suite

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Note de lecture – Alain Brossat, Alain Naze, Interroger l’actualité avec Michel Foucault. Téhéran 1978 / Paris 2015

Bien des aspects de ce livre ne manqueront pas de susciter l’étonnement. C’est le moins qu’on puisse attendre, certes, d’un livre écrit par deux philosophes – mais il faut admettre que ce n’est pas immanquablement le cas de tout ce qui se publie aujourd’hui au rayon « philosophie » de nos marchands de culture.

Premier motif d’étonnement : qu’une réflexion – philosophique, donc – puisse être entreprise sur la « révolution iranienne » de 1979, alors que ce qu’il convient d’en « penser » est déjà établi depuis longtemps – une masse fanatisée congédie dans un accès de violence barbare les perspectives d’ouverture et de progrès qu’à plus ou moins longue échéance aurait pu lui offrir l’Occident, pour se jeter dans les bras d’un pouvoir totalitaire et arriéré. Lire la suite

Mai 68 : un éphéméride imaginaire

Élève de terminale, j’étais parti pour rater mon bachot. Finalement, soulagé par le retour – apparent – à l’ordre, la République gaullienne a organisé la distribution (presque) gratuite du bac et j’ai eu droit à mon diplôme. « En chocolat » a miaulé Macron.

Rassurez-vous, je ne vais vous raconter ni ma vie ni « mon » Mai 68. Je vais juste vous balader un peu dans un Mai 68 éclairé par ce moment de bonheur et d’excitation mentale – une sorte de Mai 68 cérébral après le Mai 68 pour de vrai – que j’ai vécu à la lecture de « L’irruption de Nanterre au sommet », le petit pavé d’Henri Lefebvre qui m’est tombé dessus, sans doute lancé par une main avisée, quelques mois après les « événements ». Une déambulation en forme de stratégie autogestionnaire avec en voix off une petite musique entêtante : « Le concept de l’autogestion aujourd’hui, c’est l’ouverture vers le possible1. »

Patrick Silberstein, soixante-huitard extrêmement attardé. Lire la suite

Les armes : la politique du mâle

Le 6 mai 2018, Donald Trump répétait à quelques mots près aux participants de la convention de la NRA ce qu’il avait dit lors de sa campagne électorale en janvier 2016 à propos des attentats du Bataclan : « À Paris, personne n’avait d’arme, à part les terroristes [bad guys]. Mais si des spectateurs avaient eu une arme et le droit de l’avoir sur eux, la situation aurait été différente ». À l’époque, l’abnégation du magnat de l’immobilier à l’endroit des lobbys américains pro-armes n’avait pas ému outre mesure les Européens et en particulier les Français. Deux jours plus tard, le Président des États-Unis annonçait sa décision de se retirer de l’accord sur le nucléaire. Cette initiative, médiatisée à outrance, a fait les choux gras du 1erministre israélien et des dirigeants saoudiens, ennemis jurés de l’Iran. Là aussi, pas de surprise, tant les liens personnels que Trump entretient avec Benyamin Netanyahou et avec le prince héritier saoudien, Mohammed Ben Salman (MBS), sont serrés. On se souviendra que j’avais émis l’hypothèse en décembre 2017 que ce Président élu était payé et que ses intérêts étaient moins stratégiques que clientélistes et vénaux Lire la suite

Les vampires ne supportent pas la lumière du soleil !

Alain Deneault souligne, entre autres dans sa préface que « Le régime de la gouvernance, qui s’est progressivement substitué à celui de la politique et de la citoyenneté dans le monde, pour soumettre ces concepts traditionnels de la politique et toute considération sur l’organisation sociale au vocabulaire et à la théorie de management, compte parmi les enjeux centraux qu’attaque le livre ». En effet il s’agit pour les (néo)libéraux de mettre la politique hors de sujet, de soustraire à la dispute démocratique les choix, d’invisibiliser les rapports sociaux et leur imbrication, de nier l’exploitation et les dominations, d’évacuer les intérêts divergents pour ne pas dire opposés, de décrire le fonctionnement du monde comme celui d’une « entreprise ». Il faut ici rappeler que ce qui est nommé entreprise, cache, par ailleurs, la réalité de sociétés privées et de leurs actionnaires… Lire la suite

Dessine-moi un Musulman !

Merci à l’auteur pour avoir rappelé ce texte

C’est pas trop compliqué de faire une caricature. De là à ce qu’elle soit bonne…

Par exemple, pour faire celle d’un Chinois, il suffit de dessiner un petit bonhomme avec les yeux bridés… sous un chapeau chinois, évidemment.

Faut pas plus.

Pour faire celle d’un Nazi, c’est simple aussi. Un bonhomme avec une petite moustache, une mèche de cheveux à la Hitler et, pour finir, on ajoute une croix gammée.

Faut pas plus. Lire la suite

Les Êtres en majuscules sont toujours des Etranger·es

« Des notions de race et de sexe, on peut dire qu’elles sont de formations imaginaires, juridiquement entérinées et matériellement efficaces », écrit la sociologue Colette Guillaumin dans son ouvrage L’Idéologie raciste.

Il m’a semblé important de commencer par cette citation qui se trouve vers la fin du livre. Je porte un nom aux consonances dites étrangères et souvent on m’interroge sur mon origine (voilà une chose que je partage avec l’autrice). Comme tout le monde, je suis né par hasard quelque part. En France de parent·es français·es… le fil du temps de cette assise territoriale est bien plus court que celui de Tania de Montaigne… Reste que ma peau est considérée comme blanche, que je ne suis ni noir ni Noir (bien que mes grand-parent-es été considéré·es comme schvartze !). Les fantasmes contre le droit du sol, la négation de l’individu·e au nom d’une incorporation « sanguine » ou « génétique » du passé… Lire la suite