Trop souvent, la pensée émancipatrice fait l’impasse sur certains domaines, ânonne des évidences sans doutes, évite d’emprunter certains sentiers peu fréquentés ou perd la mémoire des réflexions antérieures. La vulgate marxiste, les réductions économistes ou sociologiques, les lectures sans espérance dominent trop souvent, pour que les lectrices et les lecteurs ne soient plus attentives ou soucieuses (graphie volontaire) de recherches iconoclastes, de démarches exploratrices, non abouties ou parsemées d’interrogations. Donner envie de lire, susciter la curiosité et le désir de mieux cerner les réalités, en pointant des éventuelles difficultés ou les disputes souhaitables. Privilégier l’ouverture et ne pas être un substitut à la lecture, évitement de l’appropriation directe, même partielle, de l’ouvrage. Prendre éventuellement position mais ne pas trancher les débats, essayer de présenter les divergences ou les problématiques mais ne pas figer les réponses, donner quelques fois, des appréciations sans dénier d’autres points de vue. Nous essayons de présenter, ici, certains ouvrages de manière « sympathique » en privilégiant des paroles d’auteur-e-s.

Une toile de Michèle moreau

PROPOSITION(S) DU MOMENT

« Quand est-ce que Dieu inventa l’homme ?

 Quand elle s’aperçut que le vibromasseur ne savait pas danser »

Cité dans Nouvelles Questions Féministes Vol 24, N°1, 2005

——————————-

6Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif

Texte disponible en quatre parties : Première partie : Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (première partie) Seconde partie : Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus …Lire la suite →

——————————-

Le progrès social s’est traduit par une déconnexion croissante entre le revenu et l’acte de travail

Contre « la prétention de la science économique à vouloir réduire ce qui est un mode d’organisation sociale à un ensemble de lois aussi incontournables que celles de la physique »,  Michel Husson nous rappelle que « Le capital se définit comme … Lire la suite →

——————————-

L’omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d’elles-mêmes

Ce livre comble un vide. Peu d’analyses récentes travaillent sur la presse dite féminine, les groupes industriels de produits de beauté et les relations entre image et construction/destruction de soi. « Autant l’admettre : dans une société où compte avant tout l’écoulement … Lire la suite →

——————————-

Dans cette histoire, il y a une autre personne et c’est une femme

Comme l’indique Christine Delphy dans son avant-propos : « Il ne s’agit pas de mieux révéler l’affaire, mais d’envisager l’affaire comme un révélateur », plutôt « d’analyser comment ce qui est  »donné » à percevoir se trouve effectivement perçu, nommé, identifié, jugé, commenté, infléchi et … Lire la suite →

——————————-

Invention humaine et constructions oppressives et mortelles

Il aura donc fallu vingt ans pour disposer de la traduction de cet extraordinaire recueil d’histoires orales. Par ces multiples récits, se construit un très large panorama de la racialisation des rapports sociaux aux États-Unis. Les discours se croisent et … Lire la suite →

——————————

L’un dit génocide, l’autre pas

« Nous sommes d’accord cependant sur la rupture criminelle qu’a représenté 1915 dans la chaîne des persécutions, des soulèvements et des affrontements politiques, la volonté de destruction qui a été celle du groupe qui dirigeait l’État ottoman, sur la reconnaissance de … Lire la suite →

——————————-

IDENTITÉ KANAK(E) ET DESTIN COMMUN Ce livre est présenté sous forme d’entretiens autour de plusieurs grands sujets. La première partie est plus autobiographique et revient sur la prise de conscience, les études et l’accès à la direction du FNLKS (Front de libération nationale kanak socialiste) … Continuer la lecture →

——————————-

FMI partout, justice nulle part !

Les questions autour des dettes odieuse et illégitimes sont enfin discutées ouvertement. Le travail mené, depuis des années, par les animateurs du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM) porte ses fruits. Dans beaucoup de pays, les droits … Lire la suite →

——————————-

Je relis, je corrige, j’ajoute, j’enlève.

Chiara, jeune écrivaine en mal de roman accepte d’écrire une biographie, celle d’Antonia, femme, célèbre, sculpteur et obèse. Allers et retours, rapprochements et éloignements, l’espace et la mémoire de Chiara sera envahie par le passé-présent plus ou moins en confusion … Continuer la lecture →

——————————-

Refus de subordonner les droits à la souveraineté nationale

Les derniers livres d’Attac sont le fruit de compromis entre des positions plus ou moins radicales. « Parmi les questions soulevées, la complexité des rapports entre les peuples et les nations, le rapport entre la citoyenneté et les nationalités, le rôle … Continuer la lecture →

——————————-

Rendre visible la réalité sociale

« Le repérage des conflits n’est évidemment pas une opération neutre, il est en lui même un enjeu de luttes » « …la manière de construire, de reconnaitre et de caractériser un conflit collectif ne va pas de soi, mais relève d’un … Continuer la lecture →

——————————-

Quand les girouettes s’affolent au gré des vents TOURBILLONNANTS

« Le 12 janvier 2010, Daniel Bensaïd est mort à Paris, à l’âge de 63 ans. Pour Lignes, mais pas seulement, cette mort aura été l’occasion une considérable tristesse, dont ce numéro témoigne. De cette tristesse, comment témoigner sinon par un hommage … Lire la suite →

——————————-

Récits confisqués

Christian Salmon, avec brio, nous montre dans ce livre « le pouvoir qu’ont les histoires de constituer une réalité. » Au commencement, la marchandise. Et dans les années 80, la marque ou le logo ; aujourd’hui les entreprises produisent « non plus des marques mais des histoires. » Les produits s’étaient dissous dans les marques mais ces logos ont eux-mêmes été contestés. Exemple emblématique, les mésaventures d’un logo phare Nike. « Les campagnes du mouvement anti-Nike rendaient visibles les trous noirs de la globalisation : elles éclairaient les liens invisibles entre les marques et les ateliers sous-traitants, entre les agences de marketing et les ateliers clandestins, entre les ballons de foot aux pieds des athlètes du Mondial 98 et les mains des enfants qui les fabriquaient.» Aujourd’hui les communications alternent des « stratégies de narration et de contre-narration.» Le fétichisme de la marchandise se pare de nouveaux oripeaux, se maquille au merveilleux de l’histoire contée. L’auteur cite un expert en marketing, Asharf Ramzy : « Les gens n’achètent pas des produits, mais les histoires que ces produits représentent. Pas plus qu’ils n’achètent des marques, mais les mythes et les archétypes que ces marques symbolisent. » Ces nouvelles méthodes multiplient les messages commerciaux, assurent un pullulement de signes « transforme la consommation en distribution théâtrale. » Il ne faut sous-estimer la puissance de création de cette nouvelle narration avec son cortège d’oxymores qui « déstabilisent les réflexes d’incrédulité ou de scepticisme et produisent un effet de surprise de nature à intriguer, séduire, captiver. » Hier, au centre de ces orientation, les consommateurs, aujourd’hui : l’audience. Christian Salmon enchaine avec l’extension de ces narrations au cœur même de l’activité des entreprises avec le storytelleing management, la mise en récit généralisé de la vie au travail et les tensions engendrées par les exigences contradictoires d’autonomie et d’interdépendance. Il ne s’agit pas seulement de cacher la réalité dans un « voile de fictions trompeuses, mais de faire partager un ensemble de croyances à même de susciter l’adhésion et d’orienter les flux d’émotions, bref de créer un mythe collectif contraignant. » Avec humour, l’auteur nous conte une fabuleuse histoire de Wall Street « Enron était devenu un véritable mirage financier, producteur d’illusions non seulement pour ses salariés intéressés à la croyance, mais aussi pour les plus grandes banques du monde, les analystes financiers, les experts comptables et les actionnaires de Wall Street. » L’effondrement du mythe serait comique s’il n’avait pas ruiné les salarié-e-s et réduit à néant leurs fictives retraites en fonds de capitalisation. Dans cette économie fiction, l’auteur porte un regard attentif sur les call center, centres d’appels téléphoniques délocalisés, qui effacent les frontières. Nul ne sait plus le lieu de l’interlocuteur, proche-lointain. Mais la fiction narrative ne s’arrête ni à la diffusion des marchandises, ni à la vie des entreprises, elle envahit et dépolitise la politique. Je laisse les lectrices et les lecteurs suivre l’après 11 novembre, les icônes du conservatisme compassionnel de Bush. L’auteur centre son analyse sur « la mise en scène de la démocratie plutôt que son exercice » et ne laisse de coté ni la guerre, ni les « armes de distractions massives » jeux vidéos ou séries de télévisions. Les présentations et les analyses ne sont cependant jamais unilatérales, l’auteur essayant de faire ressortir les éléments contradictoires, les contre-tendances, les espaces d’inversion de ces nouvelles propagandes, des transformations médiatiques, du nouvel ordre narratif, de cette réalité « désormais enveloppée d’un filet narratif qui filtre les perceptions et stimule les émotions utiles. » Dans une postface à la réédition, Christian Salmon décrypte le Storytelling, la « redistribution qui ébranle la place respective et le statut de vérité des discours politiques, économiques, scientifiques, religieux, le partage du vrai et du faux, du sacré et du profane, les frontières de la réalité et de la fiction. » Une lecture jubilatoire, un livre indispensable pour démasquer « cet incroyable hold-up sur l’imagination. » Christian Salmon : Storytelling. La machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits

La Découverte, Paris 2007 réédition en format de poche 2008, 251 pages, 9 euros

Didier Epsztajn

Taayoush ou vivre ensemble

Ce livre fait suite à une tournée dans des lycées des banlieues et quartiers périphériques en France. L’idée de départ était simple : dépassionner et donc asseoir politiquement les ressentis et les colères en faisant connaître des faces cachées sur la Palestine, rendre plus compréhensibles les éléments déformés par les médias pour agir collectivement sur la situation, ici et là-bas, pour que le «taayoush » (vivre ensemble en arabe) prenne la place des divisions communautaires. La triple présence de la déléguée générale de la Palestine, d’un militant israélien juif anticolonialiste et d’un historien journaliste a permis des débats surprenants tant sur les sociétés palestiniennes et israéliennes (occupation militaire, attentats suicides, refusniks, intifada, construction du mur ) que sur la situation en France (inégalités, antisémitisme, racisme anti-arabe, foulard, banlieues). Le livre est illustrés de nombreux inserts (Marwan Barghouti, Edward Said, statistiques sur les inégalités dans les zones urbaines sensibles, extrait du travail de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, appels « En tant que juifs… » et « Manifeste des intellectuel arabes », article sur la construction d’un métro français entre Jérusalem et ses colonies, confidences ignobles d’Alain Finkielraut). Loin des simplifications hâtives, ce nécessaire travail d’exposition et de débats pour « sortir des tribus et reconstruire des alliance » afin de « ne pas rester prisonniers de nos passés » doit être diffusé, les expériences de dialogues existantes doivent être popularisées. Le rejet de l’autre vit de nos renoncements, de l’absence d’inscription des particularités dans une vision dynamique de l’universel. Loin des simplismes d’une grande presse en quête de mots chocs, ce livre offre des regards lucides, exigeants et souriants aux autres.

Leila Shahid, Michel Warschawski et Dominique Vidal : Les banlieues, le Proche-Orient et nous

Les Editions de l’Atelier, Paris 2006, 158 pages, 17 euros

Didier Epsztajn

Rapports sociaux consubstantiels et coextensifs

Ce livre traite de l’imbrication des rapports de pouvoir, de la division sexuelle et raciale du travail, de la complexité des déterminations historico-sociales. Par leur qualité globalisante, deux textes me semblent particulièrement important. D’une part l’introduction remarquable d’Elsa Dorlin « Vers une épistémologie des résistances » qui résume, présente et met en perspective l’ensemble des thématiques de l’ouvrage. D’autre part le texte de Danielle Kergoat qui synthétise les apports des recherches sur « Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux ». Les auteures refusent de raisonner en termes d’entités figées, insistent sur la complexité et la nature fondamentalement relationnelle, antagonique du pouvoir. Nécessité de comprendre pour pouvoir penser les libérations nécessaires « C’est un effort pour penser -et donner une méthode pour penser – tant la pluralité des régimes de pouvoir que l’alchimie qui transforme, à plus ou moins long terme, cette domination pourtant intériorisée en pratiques de résistance. C’est donc une méthode pour détecter les germes d’utopie dans les situations présentes. » Les articles abordent, entre autres, les identités sexuelles, les régimes de sexualité et les articulations entre genre, nation, discours coloniaux, religion et couleur.Des études proposées, je souligne quelques contributions :

  1. l’analyse d’Evelyn Nakano Glenn « De la servitude au travail de service : les continuités historique de la division historique de la division raciale du travail reproductif payé »
  2. l’article de Jules Falquet analyse « la co-formation des rapports sociaux d e sexe, de classe et de  »race » dans la mondialisation néolibérale »
  3. « Antigone , le foulard et la République » de Sarah Bracke
  4. la réjouissante présentation de Pascale Molinier de deux romans de Dany Laferrière « Autre chose qu’un désir de peau… »
  5. et l’étude d’Eric Fassin « Les frontières de la violence sexuelle » à partir d’un des chefs d’œuvre cinématographique d’Orson Welles La soif du mal.

Comme le dit Elsa Dorlin en fin de son texte d’introduction « L’épistémologie de la domination nous laisse un goût amer…, mais elle nous donne à penser qu’il n’y a pas de pureté des résistances. Elle nous oblige à ne pas appréhender comme des entités closes et anhistoriques – des unités discrètes – des modes de subjectivation politique qui s’inventent et s’expérimentent, depuis des conditions matérielles d’existence bouleversées et des sémiologies dominantes imposées. Elle nous force à adopter des points de vue inédits, à affuter des concepts dignes de comprendre de nouvelles mythologies. La fragilité, l’ambiguïté, saisissable à une échelle quasi-gestuelle, des contre-pratiques, de vies dissidentes, des collectifs et des coalitions du temps présent n’enlèvent rien à la puissance des conflictualités qu’elles ouvrent, déplacent et renversent ; et quelle que soit l’effectivité de ces antagonismes, si rien n’est jamais promis à l’histoire, en revanche, tout porte la trace de l’historicité. » Un livre précieux pour ses multiples analyses et sa volonté de synthèse, sans schématisme, des apports théoriques des différents courants du féminisme à travers le monde. Sous la direction d’Elsa DORLIN : Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination

Actuel Marx, Confrontation, PUF, Paris 2009, 313 pages, 28 euros

Didier Epsztajn

Bureaucratie et croisade morale

L’insécurité juridique des étrangers, la précarisation de leur condition de séjour n’est pas l’objet de ce livre. L’auteur analyse l’autre coté du miroir. Alexis Spire porte son enquête dans les coulisses des consulats, des préfectures et des services de la main d’œuvre étrangère.« En focalisant leur attention sur la lutte contre l’immigration irrégulière, les responsables politiques sont parvenus à imposer une suspicion qui pèse sur tous les étrangers demandeurs de titres et qui s’étend à tous ceux qui hébergent, aident ou soutiennent les sans-papiers. » Dans les bureaux, les salariés sont soumis à un conditionnement « destiné à leur inculquer une certaine vision de l’immigration plutôt qu’une connaissance des règles de droit à appliquer. » Dans un premier temps, l’auteur étudie les types de fonctionnaires, leur qualification, leur mode de sélection et leur hiérarchie. Il souligne la barrière, l’éloignement entre ceux et celles qui accueillent et la hiérarchie sous prétexte de saleté des usagers. Cette séparation des lieux prend double sens « l’agent qui prend la décision n’entre pas en contact direct avec un l’étranger » et « la parcellisation des tâches déresponsabilise les différents agents de la chaine bureaucratique en masquant le rôle que chacun joue. » Autre important constat : « les agents ne conçoivent pas la règle juridique comme un impératif mais plutôt comme une contrainte susceptible de nuire à l’efficacité bureaucratique. » La seconde partie est centrée sur « l’adhésion au maintien de l’ordre ». Les supports d’identification, non limités à la nature du travail, entretiennent une « représentation du monde structurée autour de l’opposition entre nous les français et eux les étrangers. » La réforme de l’État et sa déclinaison en termes de sauvegarde du modèle social est « devenue un argument fédérateur pour l’ensemble des agents impliqués dans les activités de contrôle et d’encadrement des populations relevant de l’État social. » Les pages autour de la lutte contre la fraude montrent qu’il n’est pas besoin de faire appel à des motivations de type raciste pour expliquer les positionnements « la découverte de la fraude équivaut à une sorte d’humiliation personnelle. » Le chapitre suivant traite des « usages du pouvoir discrétionnaire ». Alexis Spire montre que l’arsenal législatif déployé contre l’immigration dite irrégulière « laisse de plus en plus les agents intermédiaires fixer leurs propres critères d’appréciation. » L’auteur détaille trois manière de voir : les entrepreneurs de morale, les réfractaires et les pragmatiques. Il souligne que « la socialisation longue au sein d’un même service de contrôle est en effet la plus sûre garantie d’adhésion à une culture de suspicion. » La politique du chiffre est présentée en lien avec le développement de la répression. En conclusion l’auteur montre le lien entre inquiétude sociale et croisade morale. Cette conjonction pourrait être étendue à d’autres domaines. A juste titre la dernière phrase du livre souligne que le renforcement des pratiques de contrôle se nourrit « de la déstabilisation des agents de l’État. »

A lire aussi : Être sans papiers n’est pas délit, c’est une situation administrative

Alexis Spire : Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration

Raisons d’agir, Paris 2008, 124 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

Ne pas accepter de ne pas comprendre, ne pas accepter de ne pas se faire comprendre

Les travaux sur les implications historiques et individuelles de l’accès à l’écrit sur le développement de la pensée se sont multipliés, pour comprendre, entre autres, la nature des actions scolaires possibles. L’auteur porte son regard sur le rôle de l’oral « L’examen des ressources propres de l’oralité, beaucoup plus délaissé, est sans doute cependant tout aussi important, qu’il s ‘agisse d’apprécier la capacité de tout un chacun à bénéficier de l’instruction scolaire, ou de concevoir l’entrée dans la culture écrite et la conduite des éléments élémentaires » En déplaçant ainsi l’analyse, Jean-Pierre Terrail soumet à une critique radicale les thèses du handicap socioculturel. L’auteur indique que « Les sociologues s’intéressent aux différences culturelles et langagières et à l’inégalité des ressources intellectuelles dont disposent les publics scolaires » sans pour autant disposer d’une théorisation adéquate sur la question de l’oralité ni d’une réflexion approfondie sur les mécanismes d’acquisitions propres aux êtres humains. « D’un coté, en effet, la conviction dogmatique, jamais interrogée, du caractère  »concret » de la pensée enfantine fait obstacle à tout réexamen des dispositifs pédagogiques en place aujourd’hui, quelle que soit l’évidence des limites de leur efficacité. De l’autre, cette même conviction soutient l’idée que la pensée enfantine ne dispose pas par elle-même, sans l’aide d’un entourage familial lettré, des ressources suffisantes pour affronter les difficultés dans la culture écrite, l’échec solaire massif des jeunes d’origine populaire étant alors peu évitable. » Avant de poursuivre, il convient de souligner le rappel de la meilleure réussite, toutes choses égales par ailleurs, des élèves issus de l’immigration (ceux et celles conjuguant les « propriétés de l’enfant et celle du sauvage » les vouant « naturellement » à l’échec scolaire). Sans oublier que, contrairement à certaines assertions, « C’est bien l’écriture comme matérialisation visuelle du langage, et non l’alphabet, qui fait la césure dans l’histoire humaine » A l’oralité, vue de la culture écrite, l’auteur oppose des analyses détaillées dans « Vie mentale, langage et compétences intellectuelles » pour conclure « Parler, c’est parler de : les énoncés langagiers convoquent des objets matériels ou immatériels qu’ils désignent, décrivent, commentent, les évoquant de façon plus explicité ou plus implicite. Dire qu’ils produisent de la signification c’est rappeler ce rapport de représentation qui les associe à autre chose qu’eux, fût-ce d’autres énoncés. » En s’interrogeant sur les fonctions symboliques et à la place et l’usage du langage, l’auteur souligne que « nous sommes d’emblée au cœur de la spécificité de l’intelligence humaine. » Jean-Pierre Terrail peut alors développer son argumentation, en traitant, entre autres des liens entre activité symbolique et langage, de la parole, de l’abstraction, du raisonnement logique et de la réflexivité. « L’accès à la parole est un accès au pouvoir d’abstraction, et sa pratique, ne peut pas ne pas développer les capacités d’abstraction du sujet parlant » et « Accès au pouvoir d’abstraction, le langage est d’autre part également, et c’est notre seconde conclusion, accès au principe de causalité. » L’auteur poursuit sur les cultures orales, leur capacité à penser le monde, à interpréter les événements, à classer les choses, à mettre l’espace en schéma, à faire usage des mathématiques, à user des plaisir de la logique, à s’intéresser au langage lui-même ; sans oublier les arts poétiques de l’oralité, l’attention aux formes de la parole et les jeux avec les mots. Puis l’auteur analyse l’enfant et le langage (accès à la parole, emprise très précoce du langage, dynamique des acquisitions, activités et ressources métalinguistiques, diversité des interactions éducatives ou efficacité des éducations populaires). Jean-Pierre Terrail, dans le beau chapitre 12 peut alors traiter de « L’égalité des intelligence » Il souligne que, quelles que soient les inégalités individuelles et sociales (empiriquement avérées dès l’age de six ans), le « développement a permis à tous ses protagonistes l’entrée dans le langage et l’apprentissage conjoint des grandes fonctions de la pensée humaine. ». Il dénonce aussi la mise en compétition permanente des élèves, l’école unique organisée en vue et pour la sélection, les filières inégalement valorisées, l’efficacité limitée des dispositifs pédagogiques, pour prôner une école commune non concurrentielle et un devoir de révolte contre l’idée que les problèmes d’apprentissage serait « un problème des élèves et non celui de l’école. » Comment ne pas soutenir que l’affirmation de l’égalité des intelligences « porte au premier plan l’exigence d’une double réflexion : sur la façon dont le système éducatif transforme les différences socioculturelles en inégalités scolaires ; et sur la façon de mettre effectivement toutes les intelligences en réel travail d’apprendre. » Un ouvrage de base pour réfléchir, hors des présupposés, sur des alternatives plausibles aux négations multiples de l’égalité entre les êtres humains et aux tentatives de nous vanter l’équité de traitement comme justice sociale.

Jean-Pierre Terrail : De l’oralité. Essai sur l’égalité des intelligences Editions La Dispute, Paris 2009, 281 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

L’admission de chaque individu au rang de l’humanité

Après avoir rappelé les généalogies et les pérégrinations du mot paria, Eleni Varikas dans ce remarquable livre nous livre des réflexions emprises d’une grande culture. Elle restitue la figure du paria, non à coté de la modernité, mais dans les processus d’émancipation même « C’est parce que le paria est le produit de ces tensions constitutives de la modernité, et qu’il a la capacité d’articuler et de faire parler entre elles ces tensions dans leurs configurations les plus diverses, qu’il acquiert le potentiel protéiforme qui est le sien. Sa plasticité se prête à la représentation des rapports de pouvoir et de hiérarchie de natures et d’origines différentes. » Pour l’auteure le discours sur l’autre est aussi un discours sur soi. Dans cet occident qui se libère d’une organisation d’ordres hiérarchisés, avec des citoyens abstraitement égaux, l’émancipation ne vaut pas pour tous ni pour toutes, esclaves, « hommes de couleur libres », juifs, femmes, peuples, prolétaires, etc. Elle nous invite à déplacer nos réflexions au processus de stigmatisation et de nouvelles hiérarchisations. « Prendre au sérieux cette polysémie et cette polyphonie implique de déplacer notre attention de la spécificité de chacun des groupes stigmatisés au processus de stigmatisation lui-même, du problème de la différence – ou de la différence comme problème – à celui de la différenciation hiérarchique ». Sans oublier que la légitimation des dominations passe souvent par des processus de naturalisation des inégalités. Et Eleni Varikas de nous interpeller : « La construction de la différence est, de ce point de vue également, une construction sociale de l’universel et du particulier vu que la différence n’est plus un rapport entre deux particularités, mais une déviation ou un écart de norme. » Un grand livre qu’il faudra encore longtemps mettre à jour, malheureusement.

Eleni Varikas : Les rebuts du monde. Figures de paria

Un ordre d’idées, STOCK, Paris 2007, 207 pages 18,50 euros

Didier Epsztajn

Larmes réelles et larmes fictives

Philosophe, psychanalyste, marxiste hétérodoxe, Slavoj Zizek dans ce livre sur le cinéma nous entraine dans des réflexions surprenantes autour des mises en scène, des larmes et de la magie de l’écran des salles obscures. Juste comme invitation à gouter ses … Continuer la lecture →

Élargir les espaces de remise en cause des rapports de subordination

La lutte contre les suppressions d’emploi se heurte, au-delà des réalités concrètes, à deux argumentaires qui se rejoignent dans une certaine paralysie de pensée et d’action. Il y aurait, pour les uns, des inéluctables lois économiques engendrant la concurrence, la flexibilité, les délocalisations et les suppressions d’emploi. Les auteurs du livre présentent les modalités de la restructuration capitaliste permanente (arbitrage du marché, recherche de liquidité pour les actifs, primauté de la « création de valeur » pour l’actionnaire, plafonnement de la croissance sur les grands marchés de masse, nouvelles techniques d’information) pour remonter la chaîne des responsabilités « Tout licenciement collectif renvoie à une série de changements dans la péréquation du profit, avant la restructuration et après sa mise en œuvre. ». Les courants radicaux, quant à eux, argumentent souvent aussi sur le fonctionnement global du système pour faire l’impasse sur des reformes s’appuyant et modifiant les conditions des luttes sociales, en élargissant les espaces de remise en cause des rapports de subordination. La lutte contre les licenciements ne peut être renvoyée simplement à une rupture à venir transformant en profondeur de la société. L’actualité autour des nouveaux contrats CNE et CPE confirme le « principe de liquidité » comme matrice du capitalisme aujourd’hui. Si la logique libérale est de rendre les actifs aussi liquides que possible pour rendre leur possession facilement réversible, cette flexibilité croissante du capital ne saurait être entravée par ce qui devrait être au contraire le plus mobile possible à savoir les salarié-e-s. « En s’attaquant conjointement aux contrats de travail et aux conditions de licenciement, ils visent à raccourcir le temps nécessaire à la réorganisation des actifs industriels et à en faire porter le coût social à la collectivité » Pour les auteurs du livre, il est possible et nécessaire d’articuler la lutte contre les licenciements à une optique de réorganisation de la relation salariale en contestant le despotisme du marché et en remettant cause le pouvoir de licencier. Leur proposition de suppression des licenciements s’organise autour de trois principes : «continuité du contrat de travail du salarié quelles que soient les contraintes économiques mises en avant par l’entreprise, obligation de résultat en matière de reclassement des salariés (sans précarisation, ni déclassement) et financement mutualisé exclusivement patronal des coûts liés à la mise en œuvre du droit à l’emploi. » La cause première et commune de tous les licenciements économiques est à rechercher en amont des explications patronales et gouvernementales, c’est donc aussi en amont « qu’il faut aller chercher les arguments pour une revendication unifiante face aux suppressions d’emplois, sans discrimination pour une partie du salariat. ». Il importe donc que le point de départ soit la question des personnes et de leurs droits qu’il faut donc absolument dissocier des raisons et circonstances économiques de la suppression de leur emploi. Il faut donc partir de batailles contestant la légitimité même des licenciements. Cette contestation peut aussi partir du texte de la Constitution et de sa déclinaison dans la réalité du Droit du travail, aujourd’hui structuré autour de la reconnaissance du pouvoir de l’employeur sur ses salariés (rapport de subordination) et de la centralité de la propriété. Alors que pourtant le droit à l’emploi a été inscrit dans la constitution de 1946, aucune disposition ne permet de garantir que chaque personne en situation de travailler se voie proposer effectivement un travail qu’elle puisse occuper. La Loi n’applique pas la Constitution. « Dans une acceptation libérale dominante, les droits sociaux sont rebaptisés droits-créances par la doctrine juridique, car leur mise en œuvre suppose une intervention active de l’État. » Le droit a l’emploi est donc dévalué en simple objectif au profit de la liberté d’entreprendre. Pourtant, il n’y a aucune raison que les salariés pâtissent des choix de gestion dont ils ne sont nullement responsables. La question des licenciements ne peut être traitée uniquement au niveau de l’entreprise « Les difficultés économiques de telle ou telle entreprise ne doivent pas se résoudre par des licenciements ; elles impliquent au contraire une obligation de prise en charge des salariés concernés de manière à leur assurer le bénéfice d’un emploi en continuité avec leurs acquis contractuels. » Il faut avancer vers un nouveau statut du salariat assurant une continuité du socle contractuel, une obligation de résultat dans les éventuels reclassements et dont le financement mutualisé serait assuré uniquement sur cotisations patronales. Partant à la fois d’une analyse des fonctionnements réels du système et d’une critique du droit privilégiant la propriété aux droits sociaux, les propositions contenues dans ce petit livre me semblent plus pertinentes et plus offensives que les propositions de « sécurité sociale professionnelle » qui tendent à dédouaner les entreprises de leurs responsabilités. L’esquisse de projet alternatif (nouveau statut du salariat) pourrait permettre de donner une nouvelle légitimité aux luttes contre les licenciements. Laurent Garrouste, Michel Husson, Claude Jacquin, Henri Wilno : Supprimer les licenciements

Editions Syllepse, Paris 2006, 159 pages, 8 euros

Didier Epsztajn

Incertitudes inscrites dans les organisations sociales

Dans la plupart des pays, les statistiques indiquent un différentiel de naissances (sex-ratio) : 51,2% de garçons et 48,8% de filles dans les pays riches, un écart encore plus significatif en Chine avec 55% de garçons pour seulement 45% de filles. Sauf très rares exceptions, ce sex-ratio semble avoir été déséquilibré depuis qu’il est mesuré (trois siècles). Pourtant, les données ne sont ni fixes dans le temps ni dans l’espace. Sans oublier qu’elles ne peuvent mesurer le sexe des enfants conçu-e-s, le constat n’est pas réductible à un ordre biologique mais bien aux incertitudes inscrites dans les organisations sociales. Comment alors penser le hasard de la naissance, la socialisation périnatale, les normes sociales et la domination sexuée ? Que mesure réellement ce sex-ratio à la naissance et qu’est ce qu’il nous dit sur nos sociétés ? Le travail d’Eric Brian et de Marie Jaisson est plus que remarquable depuis l’introduction « la contradiction entre la possibilité de saisir les différences des proportions des deux sexes à la naissance d’une aire géographique à une autre et l’idée récurrente que ces proportions devraient être constantes » jusqu’à la conclusion « C’est au contraire en prenant acte de la relativité historique et sociale des conceptions profanes et savantes à l’égard des enfants à naitre, puis en dégageant une approche qui prend  une pleine mesure de l’incertitude à laquelle les uns comme les autres font face, qu’on se donne le moyen de soumettre à des épreuves empiriques les faits sociaux propres aux périodes antérieures à la naissance. » sans oublier le titre choisi « Le sexisme de la première heure ». Cet ouvrage nous invite à aller voir derrière des évidences, des réalités chiffrées, du soit disant bon sens et autres fariboles qui nous entrainent trop souvent vers des pensées faibles et des intelligences défaillantes.

Eric Brian et Marie Jaisson : Le sexisme de la première heure, hasard et sociologie

Raison d’agir éditions, Paris 2007, 376 pages, 17 euros

Didier Epsztajn

L’inexistance d’un neutre universel

Dans l’introduction, Jules Falquet insiste sur l’imbrication des rapports sociaux de pouvoir (de sexe, de classe et de « race »), ceux-ci peuvent être considérés comme intersécants (Kimberle Crenshaw), coextensifs (Danièle Kergoat) ou coformés (Paola Bacchetta). Quelque soit la définition choisie, ils font plus et bien autres choses que s’additionner ou se superposer. Cet  angle d’analyse englobant, permet à l’auteure d’aller plus loin que l’universel abstrait, les généralisations hâtives ou les remodelages des oppressions spécifiques par le capitalisme dans le monde (et en particulier en Amérique latine). Sans partager l’ensemble des positions de l’auteure, je souligne que ce livre est d’un apport précieux, en ces temps de marginalisation du féminisme, tant du point de vue des idées que de son autonomie organisationnelle. Dans le premier chapitre, Jules Falquet présente des points de repères pour l’analyse de la mondialisation néolibérale, du démantèlement du Welfare State (« État providence ») et de ses conséquences en particulier pour les femmes (circuit de mobilité d’une majorité de femmes sous-qualifiée vers les métropoles pour en assurer l’intendance). Les nouvelles législations visent à réduire le droit au travail et à favoriser un modèle de travail précaire, fléxibilisé et dévalorisé. Le modèle de genre, le travail des femmes, tend à devenir le modèle imposé à toute la population. « La mondialisation néolibérale, comme la révolution industrielle avant elle, libère une grande quantité de main d’œuvre en piochant dans les derniers réservoirs de main d’œuvre disponibles, notamment féminine et rurale, qui étaient demeurées hors des rapports de productions salariés.» Mais « peu de pays sont prêts à laisse se déplacer librement cette main-d’œuvre ou la faire venir en toute légalité. » Les flux migratoires de proximité des femmes depuis plus d’un siècle, deviennent aujourd’hui plus internationaux. Le second chapitre « Hommes en armes et femmes de service » étudie les « dialectiques des sexes sur les nouveaux marché de travail ». Pour les femmes, il s’agit principalement de travail de service (nettoyage, entretien, soins à domicile) et activités associées au sexe comme gagne pain (la prostitution). L’auteure souligne parallèlement l’explosion du « travail en armes » pour les hommes. On pourra discuter de cette présentation, mais il est indéniable que l’internationalisation de la traite des femmes et de la prostitution, sans oublier le développement des marchés de la pornographie, comme celui des trafics d’armes, de mercenaires et la privatisation des conflits est une dimension non négligeable de la mondialisation du capitalisme. Est-il besoin de préciser que lorsque l’auteure parle de « d’hommes et de femmes, il s’agit de concepts sociologiques, définis non par la biologie, mais par des rapports sociaux de pouvoir » Il existe « des femmes biologiques parmi les hommes en armes et des hommes biologiques parmi les femmes de service. » Cette analyse fait ressortir un durcissement des rapports sociaux de sexe et une nette aggravation de la situation matérielle de la majorité des femmes dans le monde. Le troisième chapitre traite du « Développement et participation selon les institutions internationales ». Jules Falquet insiste sur la stratégie « de récupération du travail matériel et de la légitimité morale du mouvement des femmes et féministe »; l’absorption des organisations dans les conférences de l’ONU, les ONG en substitution des lieux de mobilisation autonome, la professionnalisation et la marchandisation « au détriment d’une militance choisie et gratuite ». Elle fait ressortir que « La proposition féministe globale se parcellise en une série de thèmes fragmentaires déconnectés les uns des autres » et qu’il s’agit d’une « dépolitisation et perte d’autonomie conceptuelle et organisationnelle – et par conséquent de radicalité et de potentialité transformatrice. » Jules Falquet dénonce, à juste titre, qu’à la conférence de Pékin « le scandale majeur n’était plus l’appauvrissement spécifique des femmes par suite de l’ajustement structurel, mais le fait que des coutumes sexistes ou des exigences bureaucratiques inadaptées empêchaient les femmes pauvres d’accéder au crédit bancaire. » Dans le chapitre « Chiffres, concepts et stratégies du développement néolibéral » l’auteure revient, entre autres, sur les indicateurs de développement genrés, sur la monétarisation contre la socialisation (micro-crédits versus interventions des collectivités ou des états.) Enfin le chapitre V « Trois questions aux mouvements sociaux progressistes » permet à l’auteure de développer sur « la division du travail et le processus de production d’une révolution » en critiquant la marginalisation des femmes par rapport à leurs compagnons dans les mouvements révolutionnaires (ex en Amérique du sud). Il ne faut pas oublier que la répression et la torture même « étaient éminemment sexuées ». Elle souligne les impasses faites sur l’oppression des femmes dans la famille. De plus, Jules Falquet insiste sur la nécessité de rendre « visibles à la fois les populations noires et le racisme » pour « questionner aussi bien l’État et ses politiques, que l’attitude des autres mouvements sociaux. » Tout en soulignant l’absence d’alternative aujourd’hui constituée à cette marche du monde et à ses conséquences pour les populations, l’auteure interpelle « Il faut poser aux mouvements sociaux les plus progressistes ces trois questions de confiance et certainement bien d’autres encore, notamment dans le domaine du racisme, du classisme, du sexe et de la sexualité. Il faut les questionner sans cesse jusqu’à ce qu’ils finissent par y répondre de manière favorable aux femmes – à toutes les femmes, en prenant en compte la diversité de leur position de classe, de race, de nationalité, de culture et de situation migratoire. » Ces questions devraient être aussi les nôtres, en permanence et non en supplément d’âme. Il en va de la possibilité même de tracer une ou des sorties émancipatrices majoritaires de ce monde. Jules Falquet : De gré ou de force. Les femmes dans la mondialisation

La Dispute, Paris 2008, 213 pages, 21 euros

A lire aussi : Le genre est un organisateur clé de la mondialisation néolibérale Didier Epsztajn

Le « retour » de la classe ouvrière

En regard de multitudes études bien pensantes, de réductions sociologiques, de la naturalisation des organisations sociales, du refoulement de la violence du système et des affrontements, de l’éviction des mots qui fâchent « classe ouvrière », « exploitation », « capitalisme » ou « luttes de classes », le livre de Stathis Kouvélakis paraitra obscène. La vulgate décrira les permanences et les persistances comme de simples continuités, l’incapacité du néolibéralisme à se stabiliser se résumera à ses contradictions internes ; au contraire l’historien n’oubliera pas les luttes des secteurs populaires. Oui, il y a toujours une certaine obscénité à devoir nommer l’ordre de ce monde, l’exploitation, les révoltes et les espérances. Le livre nous parle « concrètement du capitalisme contemporain, en discernant la permanence de ses traits les plus fondamentaux dans l’histoire récente des formations sociales ». Les sujets abordés en plus de trois cent pages, ne peuvent être résumés en une simple note de lecture. Je ne ferais, très subjectivement, donc que présenter une partie des analyses longuement développées. L’analyse de la situation part des défaites et reculs essuyés à partir de la fin des années 70 (en particulier dans le chapitre 4), de l’effondrement de la visibilité de la lutte de classes. L’auteur insiste d’ailleurs sur le fait que cette visibilité est « un enjeu propre de la lutte de classe ». Il analysera donc les données de la conflictualité sociale, les déplacements des luttes dans les secteurs économiques, entre privé et public, ou géographiques (Paris/Province) tout en faisant ressortir la place centrale des ouvriers et des employés dans les multiples actions grévistes et manifestations. Stathis Kouvélakis montre aussi que les déplacements sont à mettre en relation avec les usines comme « maillon fort de la restructuration capitaliste, lieu ou l’offensive patronale est allée le plus loin dans le façonnage d’un nouvel ordre productif » tout en soulignant que la réapparition là de foyers de conflictualité prend « valeur de symptôme révélateur ». Ces différents point seront traités particulièrement dans la seconde partie du livre « Un nouveau cycle de luttes 1986-2006 ». L’auteur montre la nouvelle articulation entre grève et manifestation scellant « la réussite et l’effet d’entrainement mutuel, plutôt qu’un déplacement de la première vers la seconde » L’auteur traite aussi de la « racialisation du conflit de classe » et la notion d’immigré comme occultation d’une partie surexploité et privée de droits politiques de la classe ouvrière. « Le racisme actuel traduit autant une défense de certains avantages… qu’une mise à distance imaginaire par les ouvriers de leur propre condition de prolétaires ». Dans ce domaine, les analyses de la notion même d’exclusion comme constitutive « d’objets passif en politique, déniant toute possibilité de se penser comme composante active d’un mouvement revendicatif d’ensemble du monde du travail » sont d’un apport important. L’invisibilisation des classes et de leurs pratiques permet de « naturaliser la restructuration capitaliste » d’imposer et légitimer un  « processus inexorable qui relève de la force des choses. » Ce faisant « La politique perd alors de sons sens et se dégrade en action à la marge ainsi que simple gestion des contraintes. » Le champ devient libre à la « lutte capitaliste de classe » se présentant « comme lutte universelle des forces vives contre les habitudes et les attitudes corporatistes et les particularismes hostile à l’esprit d’entreprise. » A l’inverse, pour les ouvrier-e-s et les employé-e-s « la lutte est par excellence un processus productif, créateur de comportements, de pratiques et de valeurs : de rapports sociaux nouveaux….. elle pose des bifurcations et, par là, dilate l’horizon du possible historique. » L’auteur interroge le « nouvel ordre productif » à partir de d’Antonio Gramsci et de Michel Foucault (chapitre 2) sans négliger les conséquences du déplacement de la question de l’autonomie du collectif ouvrier intériorisée dans la structure même du procès de travail. Son analyse du « triomphe de l’individu sans appartenance » (chapitre 3) lui permet de discuter des conditions de l’auto-organisation à partir d’une analyse détaillée des coordinations de luttes et des fonctionnements en assemblées générales. « Ce qui rend possible l’apparition de formes de démocratie directe, c’est la réaffirmation de l’indissociabilité de l’individuel et du collectif au sein même de l’action collective… » La temporalité de ces formes est mis en regard des nécessaires organisations permanentes (syndicats) et de leurs transformations « La logique classique de l’organisation syndicale, centrée sur l’entreprise (au sens de l’unité juridique), de la branche et du salariat stabilisé s’avère inopérante », avec entre autres l’extension du champ de syndicalisation. Le chapitre 8 « Pour un autre regard sur les luttes sociales » est une critique argumentée de certaines recherches en sciences sociales dont la démarche adoptée, partageant un grand nombre des présupposés dominants « aboutit aux conclusions qui sont précisément à l’origine de la dévalorisation de l’objet étudié ». Sans compter les présentations des acteurs « plus proche de celui d’une victime que membre d’un collectif qui aspire à changer le cours des choses. » Stathis Kouvélakis souligne le « divorce de la sociologie d’avec toute compréhension proprement politique et historique des rapports sociaux et de leur transformation ». Cette présentation souligne les défauts de nombreuses études y compris de sociologues critiques qui invalident partiellement la portée de leurs travaux (mon insistance sur cette dénonciation critique ne sera pas une surprise pour les lectrices et lecteurs des notes ; je reviens assez souvent sur ce sujet à propos d’ouvrages qui ont cependant de multiples qualités). Pour l’auteur, le néolibéralisme ne s’est s’imposé que par défaut. Particulièrement en France où les résistances populaires ont entrainé un affaiblissement de sa légitimité et une certaine crise d’hégémonie. Mais les luttes n’ont, au mieux, abouties que partiellement, sans dynamique cumulative permettant d’imposer des solutions alternatives. La troisième partie du livre traite du « Retour de la question politique ». Elle pourrait se formuler en questionnement : Comment transformer les révoltes contre l’ordre réellement existant en alternative, « alternative politique et alternative de société » ? L’auteur revient sur les causes et conséquences du choc politique de la présence du Front national au second tour des présidentielles de 2002. Il décompose la période traitée en séquences « antipolitiques » configurées plus particulièrement par la place centrale des luttes et des rapports de force (« l’antipolitique est également une politique, mais une politique qui refuse de se penser comme telle et d’assumer ses conditions » et séquences « où la question de la perspective politique repasse sur le devant de la scène ». Deux éléments participent d’une interrogation renouvelée sur les alternatives nécessaires, un rappel en forme de mise en garde : « l’expérience est faite qu’une perturbation en quelque sorte externe du système partidaire peut conduire à un désastre, c’est-à-dire à la suspension temporaire du clivage qui structure le champ politique, en l’absence, précisément, de perspective politique alternative » associé à un constat que le durcissement des affrontements sociaux « a placé à l’ordre du jour tant le débat stratégique au sein du mouvement syndical que l’exigence d’un réinvestissement du terrain politique. » L’auteur traite de la victoire du non au référendum de 2005 (chapitre 10) de la lutte contre le CPE en 2006 sans oublier les émeutes de l’hiver 2005 pour souligner la crise de l’État dans contexte où « le poids des défaites passées continue de peser sur le rapport de forces et, plus particulièrement, sur les capacités de mobilisation d’un secteur crucial, la classe ouvrière du secteur privé, malgré signes encourageants enregistrés lors des manifestations de masse du 28 mars et du 4 avril 2006 ». Pour Stathis Kouvélakis, la gauche radicale est à « la croisée (stratégique) des chemins ». Penser l’alternative signifie un « effort collectif d’élucidation des conditions politiques d’une rupture effective avec le cours libéral » et nous ne devons pas nous décourager à l’injection « qu’avez-vous à proposer ? » des partisans de l’ordre actuel en rappelant « que la condition même d’une pro-position un tant soit peu nouvelle, susceptible de dépasser l’état existant, se trouve dans le refus, la négation radicale, des coordonnées fondamentales de cet état. » La vision de Stathis Kouvélakis ne se borne pas à l’hexagone et ne sous estime pas les difficultés « La tâche se voit donc encore alourdie par l’inclusion d’une stratégie de coordination des luttes et des forces politiques au niveau européen et international en tant que composante constitutive de tout projet politique « national » (opérant au niveau d’une formation sociale déterminée) visant à rompre radicalement avec le cades existant. » Le chapitre de conclusion, rappelle que la victoire de Nicolas Sarkosy n’était en rien inéluctable, « ni inscrite dans le prolongement linéaires des tendances antérieures » que tout dépendra de « la capacité de la politique à transformer les coordonnées d’une situation en intervenant activement dans ses contradictions, et pas simplement à les refléter ou à les consolider. » Cette victoire du sarkozysme peut être considérée comme tentative du bloc dominant de résoudre à son profit la crise d’hégémonie aggravée (après 2002, et davantage encore après 2005), en tranchant dans le vif et en profitant entre autres des divisions des anti-libéraux. L’auteur assume la partialité de sa démarche : « Elle vise, en fin ce compte, à contribuer au débat sur les conditions d’une intervention politique déterminée : la reconstruction d’une gauche radicale attachée à un projet de transformation socialiste ». Au-delà d’accords et de désaccords avec certaines hypothèses de l’auteur, ce livre offre un cadre de réflexion large, prenant en compte la complexité de la situation sociale et des cycles politiques. Une lecture donc qui devrait s’imposer à toutes celles et tous ceux qui ne se satisfont pas des simplismes ou des raccourcis et agissent pour le réel épanouissement des individu-e-s « inconcevable hors de la constitution d’un collectif égalitaire, dépassant les contraintes de la division capitaliste du travail. Non dans une transparence absolue, ayant aboli le conflit et la politique, mais une démocratie participative, riche en formes politiques de coordination décentralisée de l’activité sociale ».

Stathis Kouvélakis : La France en révolte. Luttes sociales et cycles politiques

Textuel, Paris 2007, 318 pages, 25 euros

Didier Epsztajn

Retrouver le tranchant d’une idée

Hier la démocratie était  »mobilisée » dans la lutte contre le totalitarisme du socialisme réellement existant mais ni contre le régime de l’apartheid en Afrique du Sud ni contre la dictature de Pinochet au Chili, aujourd’hui elle est  »exportée » au bout des fusils en Irak ou en Afghanistan. Dans le même temps, certains  »intellectuels » critiquent  »l’individualisme démocratique » ou l »égalitarisme » source d’un nouvel totalitarisme. Comme l’indique Jacques Rancière, il convient de remonter au scandale du gouvernement du peuple et saisir les liens complexes entre démocratie, politique, république et représentation. Son petit livre est composé de quatre chapitres « De la démocratie victorieuse à la démocratie criminelle », « La politique ou le pasteur perdu », « Démocratie, république, représentation » et « Les raisons d’une haine ». L’auteur nous rappelle que le mouvement démocratiqueest « un double mouvement de transgression des limites, un mouvement pour étendre l’égalité à l’homme public à d’autres domaines de la vie commune, et en particulier à tous ceux que gouverne l’illimitation capitaliste de la richesse, un mouvement aussi pour réaffirmer l’appartenance à tous et à n’importe qui de cette sphère publique incessamment privatisée. » En reliant démocratie , république et représentation, l’auteur s’éloigne, à juste titre, des désincarnation abstraite de la démocratie, idéal toujours souhaitable mais surtout non-applicable pour ceux qui n’acceptent pas l’égalité réelle entre les humains ; dois-je rappeler ici, la notion d’universalisme, hier limité aux hommes (donc excluant les femmes), aujourd’hui limitée aux nationaux (excluant des populations vivant et travaillant sur le territoire). La naturalisation des phénomènes sociaux et en particulier du marché, ne laisse plus beaucoup de place aux débats politiques et aux choix, donc à la démocratie. L’exemple du référendum sur la  »constitution européenne » montre, néanmoins, que contre la  »seule » solution réellement existante prônée par la majorité du personnel politique, les journalistes et les experts de toutes sortes, il est non seulement possible de mener les débats sur le fond, mais aussi de réhabiliter l’idée, et de la faire devenir majoritaire, de nécessaires choix politiques « La principale surprise du référendum a été celle-ci : une majorité de votants a jugé, à l’inverse, que la question était une vraie question, qu’elle relevait non de l’adhésion de la population mais de la souveraineté du peuple et que celui-ci pouvait donc y répondre non aussi bien que oui. » Dans les relations entre les humains,les relations sont socialement construites, historiques situées, rien ne justifie un  »hors débat », des décisions confiscatoires de la dispute politique. Contre les visions dominantes l’auteur nous rappelle que « La nouvelle haine de la démocratie n’est donc, en un sens, qu’une des formes de la confusion qui affecte ce terme. Elle double la confusion consensuelle en faisant du mot  »démocratie » un opérateur idéologique qui dépolitise les questions de la vie publique pour en faire des  »phénomènes de société », tout en déniant les formes de domination qui structurent la société. » Reste, après ces analyses réjouissantes, à débattre des formes et conditions possibles de l’exercice de la démocratie : égalité réelle, incursions dans la propriété privée, pluripartisme, articulation entre représentation directe et représentation universelle, place du tirage au sort, etc….. Contre les confiscations par le marché ou par les experts de toutes sortes,  il faut réaffirmer la puissance subversive de l’idée démocratique, du gouvernement du souverain par lui-même, de l’auto-organisation des populations.

Jacques Rancière : La haine de la démocratie

La fabrique Editions, Paris 2006, 106 pages, 13 euros

Didier Epsztajn

Accaparement de la totalité de l’humanité par une partie de l’humanité ou la rhétorique républicaine comme arme terrible contre l’égalité substantielle

La mise à disposition de textes publiés dans des revues ou journaux, d’éditoriaux de l’auteure pour les Nouvelles Questions Féministes, permet de faire ressortir la cohérence, la force et la radicalité des analyses féministes. « Pour moi, le féminisme est avant tout un prisme à travers lequel on regarde le monde et la vie – celui de l’oppression des femmes – pas le seul prisme, on peut ajouter d’autres lentilles ; mais le prisme principal ; et un mouvement, un engagement collectif et public pour la faire cesser. » Au pays des « Droits de l’Homme » et non des « Droits des humains », l’insistance sur la notion de « République » est un véritable masque, un authentique cache-sexe, un déni permanent, des exploitations, des oppressions, des inégalités, des discriminations, du sexisme ou du racisme. «… c’est au nom de la république, au nom de ses valeurs, parmi lesquelles l’égalité figure en bonne place, que toute mesure pour assurer une égalité réelle, substantielle, étaient et continue d’être dénoncée. » Dans son introduction, l’auteure nous rappelle que « les faits n’existent pas avant qu’on les ait vus. Et pas seulement vus, mais interprétés », qu’il existe « une similitude – similitude dans les mécanismes, mais aussi dans les souffrances de l’oppression – entre les femmes, les homosexuel-les, et les racisé-es » et que le « racisme est un système » Dans une première partie « Ponctuation historique », Christine Delphy revient, entre autres, sur les origines du Mouvement de Libération des Femmes, les luttes du passé, la non mixité, la place des lesbiennes et les débats autour de féminisme et marxiste. La seconde partie traite plus particulièrement de « L’exception française ». Puis l’auteure  analyse les « Violences » et « Le post-colonial en France » ; la dernière partie reprend en l’élargissant les débats sur « Un universalisme si particulier». Je ne vais pas ici détailler les analyses de l’auteure, mais présenter quelques extraits, subjectivement choisis lors de ma lecture :

  1. « On ne nait pas femme, on le devient à travers des pratiques coercitives, humiliantes et singularisantes pour finir »
  2. « Il faut souligner que ces représentations des femmes comme d’objets à consommer, fesses, sexes au premier plan, visage éloigné ou supprimé, ne choquent pas que les femmes voilées, mais la grande majorité des femmes et toutes/tous les féministes. »
  3. « L’inégalité flagrante entre femmes et hommes sur le marché du travail s’adosse à l’exploitation du travail domestique des femmes, qui en assurent 90%. Cette exploitation fait partie de l’ossature du système social, comme la division en classes sociales. »
  4. « Aucun degré d’empathie ne peut remplacer l’expérience. Compatir n’est pas pâtir. »
  5. « La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’auto-émancipation. »
  6. « … il est intéressant de remarquer qu’un juste nombre de femmes, pour les hommes, n’est pas ce que les femmes appelleraient un nombre juste »
  7. « Les études féministes font bien plus que mettre en cause les présupposés sur les rapports de genre : en mettant ceux-ci au centre de l’analyse de la société, elles bouleversent la perspectives des sciences sociales, et créent de multiplient objets totalement nouveaux. »
  8. « L’égalité formelle ne peut produire de l’égalité, puisqu’elle ignore l’inégalité. »
  9. « Pour la plupart des gens, y compris des féministes, le sexe anatomique et ses implications physiques dans la procréation crée ou du moins permet le genre, la division technique du travail qui à son tour crée ou permet la domination d’un groupe sur l’autre. J’inverse la série sexe anatomique/division du travail/domination : c’est l’oppression qui crée le genre. »
  10. « Je considère que vendre sa sexualité c’est en faire le deuil pour soi-même »
  11. « Il n’y a pas un  »acte sexuel », que l’on se procurerait de diverses façons, dans diverses relations : dans le partage, ou dans la prostitution, ou dans le viol, et qui resterait cependant identique à lui même ; il n’y a pas d’essence de l’acte sexuel. »
  12. « La biologie ne connait pas de filiation. La filiation, c’est un phénomène social. »
  13. « L’hétérosexualité n’est pas la réunion de deux cellules. »
  14. « Les individus accusés de communautarisme sont ceux qui sont exclus de la représentation que se fait la nation d’elle-même. »
  15. « La violence contre les femmes est, comme le travail domestique, la preuve que la réalité n’est pas . »
  16. « Le porno, ce n’est pas  »juste du cinéma » : ou plutôt, avant le cinéma, il y a du réel ; la caméra du réalisateur de porno filme de vraies personnes, pas des images virtuelles. »
  17. « La  »révolution sexuelle » empêche les femmes de dire non, mais ne leur donne pas les moyens de dire oui. La définition de la sexualité n’a pas changé : la sexualité, c’est l’acte sexuel, et l’acte sexuel, c’est le coït hétérosexuel avec l’éjaculation de l’homme dans le femme, c’est à dire, de toutes les postures sexuelles, la plus fécondantes… »
  18. « La violence contre les femmes est banale et n’est même pas perçue en tant que telle. »
  19. « Devoir supporter le regard dévalorisant d’autrui produit une identité »  »endommagée » »
  20. « Cet antagonisme à l’islam, qui est le substrat jamais exprimé parce que consensuel de toutes ces affaires, il faudra bien un jour cesser de la nier, et admettre sa consubstantialité avec le racisme lié à notre histoire coloniale, à la guerre d’Algérie et à l’exploitation du travail immigré en France. »
  21. « L’endroit le plus dangereux pour les femmes est … chez elles. »
  22. « Le sexe social est construit et arbitraire. »
  23. « Le concept de patriarcat est souvent considéré comme purement idéologique ; mais il est très utile car il indique que la domination des femmes par les hommes fait système. »

D’autres auraient, probablement, choisis de mettre l’accent sur des éléments différents. Que ces quelques lignes incitent les lectrices et les lecteurs à se plonger dans l’ouvrage. Sur certains sujets, prostitution, parité, l’auteure accepte une certain flottement, des hésitations dans les prises de positions possibles, des difficultés à trancher simplement (politiquement) face à la complexité des choses et des rapports de domination entrecroisés. Tout en partageant, la méthode d’appréhension des réalités, nombre d’éléments de l’analyse proprement dite, je garde cependant des désaccords avec certaines conclusions de l’auteure et particulièrement avec l’appréciation totalement positive du texte « Appel des indigènes de République ». Mais l’essentiel n’est pas là. Face à la survalorisation de l’égalité abstraite, la négation des hiérarchies construites historiquement et socialement des genres, des classes ou le racisme réellement instruit institutionnellement, il convient, avec l’auteure, de toujours poser la même question : « Un universalisme peut-il être particulier et rester universel ? ». Et comme Christine Delphy ne pas céder ni sur l’égalité « Rappeler que l’égalité constitue un idéal à construire contre une réalité faite d’inégalités demeure un enjeu majeur du féminisme. » ni sur l’universalisme « L’universalisme reste un projet »

Christine Delphy : Un universalisme particulier. Féminisme et exception française (1980-2010)

Editions Syllepse, Paris 2010, 348 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

Pouvoir être

Il convient de lire attentivement le livre de Nicole-Edith Thévenin, au delà des approches divergentes que chacun-e pourra avoir avec les théories de Freud ou l’analyse de l’idéologie. Le cœur de cet ouvrage est l’impact de la première guerre mondiale sur les théorisations de Freud, et en particulier sur la pulsion de mort. « Freud dépasse l’analyse de la stabilité des groupes humains, des règles de filiation, d’alliance et reproduction de structure, pour entreprendre d’approcher ce qui dissout et subvertit tout lien social, ce qui oblige toute organisation humaine à se confronter à un irreprésentable, sur lequel se construisent les formes de l’illusion et en même temps qui va venir à chaque fois les remettre en question, les désintégrer au profit d’un renouvellement de l’histoire et de l’investissement de la libido. » En désillusionnant la violence étatique, la question du pouvoir peut-être posée autrement, de même que les modalités des processus d’assujettissement des individus-e-s. L’auteure souligne que « l’individu ne fait pas que subir, mais il contribue activement à reproduire ce qui l’asservit, courant après une reconnaissance qui le légitime dans son existence. » Elle nous rappelle aussi que « Se libérer de cette emprise et de cette appropriation demande, non seulement une créativité qui ouvre l’espace à une désidentification, mais la constitution d’une puissance qui par les luttes menées au sein des rapports de force, active les contradictions et subvertisse aussi bien les conditions sociales et le processus économique que les structures symbolique et imaginaires qui les soutiennent. » Agir en politique c’est s’opposer à « Appartenir une fois pour toutes pour ne plus avoir à se poser de questions, ne plus avoir à se confronter à la mort » c’est aussi « recomposer le narcissisme individuel éclaté et dilué », « pouvoir penser par soi-même » ou « prendre le temps quel que soit le temps qui presse. » La richesse de cet ouvrage ne découle pas seulement des problématiques rapidement présentées ici. Il insiste sur les dimensions subversives de la psychanalyse. Contre l’ordre du temps mais avec le réel incompressible, une invitation à inventer et non se soumettre. « L’issue est improbable désormais, il nous revient de le savoir.Seul ce savoir de la chose peut encore peser sur l’inéluctable. »

Nicole-Edith Thévenin : Le prince et l’hypocrite. Ethique, politique et pulsion de mort

Editions Syllepse, Paris 2008, 229 pages, 20 euros

Didier Epsztajn

Méandres pestilentiels

« Cette histoire de l’extrême droite en France de 45 à nos jours s’articule autour de trois grandes périodes et des principaux événements qui les ont marqués : la survie (1945-1968), l’extrême droite à la recherche d’un avenir et enfin le grand retour avec l’émergence et l’affirmation du front national et sa prégnance dans le vie politique. » L’auteur exclut de son étude le mouvement royaliste, traité dans un précédent ouvrage (La restauration nationale : un mouvement royaliste sous la cinquième république, Éditions Syllepse, Paris 2002, 371 pages, 21,50 euros) ainsi que les négationnistes. Loin des simplifications historiques et impasses sur les différents acteurs, Jean Paul Gautier nous détaille les contextes, les regroupements, les différents courants et les divergences entre acteurs. Les deux premiers chapitres de l’ouvrage reviennent sur la période de l’après seconde guerre mondiale (avec les nostalgiques du Maréchal ou les orphelins du Führer) et le ferment que fut, pour les activistes violents, la guerre d’Algérie, sans omettre la guerre coloniale oubliée, celle d’Indochine. Puis l’auteur analyse la période de 1956 à 1965 « L’extrême droite dans l’arène électorale », soit « Poujade et la fronde boutiquière », « Tixier-Vignancourt : l’avocat des généraux putschistes » Le chapitre quatre est consacré à « La galaxie » des groupes des étudiants nationalistes, aux cogneurs d’Occident, de l’Oeuvre française au Mouvement Jeune révolution. Je souligne particulièrement le chapitre suivant « Le GRECE et la médiatisation de la Nouvelle droite : une tentative de ravalement ? » Les différentes composantes de l’extrême-droite sont analysées dans les autres chapitres, sans exhaustivité, je signale les parties consacrées aux multiples groupuscules du microcosme, à la mouvance solidariste, aux nostalgiques du 3ème Reich ou au Bloc identitaire, sans oublier les catholiques intégristes, etc. Le dernier chapitre est bien évidemment consacré « Aux années FN » à la l’unité temporaire de ces multiples courants antidémocratiques, et aux politiques proposées qui ont su séduire une partie de l’électorat populaire. Un livre érudit et nécessaire pour comprendre le passé, les similitudes et les différences des courants et ne pas oublier que la virulence même de l’idée de fascisme ne peut être considérée comme noyée dans le libéralisme musclé, surtout en période crise.

Jean-Paul Gautier : Les extrêmes droites en France. De la traversée du désert à l’ascension du Front national (1945- 2008)

Éditions Syllepse, Paris 2009, 464 pages, 22 euros

Didier Epsztajn

Féminisme(s) recompositions et mutations

Sans détailler la totalité de ce numéro hors série 2006 des Cahiers du Genre, je voudrais attirer l’attention des lecteurs et des lectrices sur la qualité de cette livraison. Entre autres, Wini Breines interroge les raisons pour lesquelles un mouvement femmes interracial ne s’est pas développé aux USA et pourquoi des oppositions importantes ont divisé des groupes de féministes noires et des groupes de féministes socialistes blanches à Boston. Diane Lamoureux examine les rapports des jeunes féministes à leurs aînées pour faire ressortir des caractéristiques de la troisième vague féministe. Françoise Gaspard replace les débats « le foulard de la dispute » dans les contextes national et international pour comprendre leurs intensité et tenter d’expliquer la fracture qu’ils ont provoquée au sein des féministes. Sandrine Dauphin compare les politiques étatiques d’égalité en France et au Canada en faisant ressortir l’impasse délibérée, la non prise en compte des rapports sociaux de sexe dans l’élaboration des politiques dites d’égalité. Je voudrais souligner la qualité de réflexion et la pertinence des argumentations de deux articles. Josette Trat étudie le statut de la responsable féministe dans les organisations mixtes et le recul de la place du féminisme dans les politiques et les actions de groupes radicaux. « Mauvaise tête et femme divisée » comment ne pas reconnaître certaines militantes dans ce court article qui souligne la nécessité de se bagarrer en permanence pour que le féminisme ne soit pas simplement un supplément d’âme pour les organisations mixtes, y compris la LCR. Suzy Rotman et Maya Surduts, à partir des débats sur le voile, de la critique de la mouvance queer et de l’exemple du Collectif national pour les droits des femmes soulignent la nécessité pour les féministes de tenir bon face à l’atomisation et aux replis individualistes dans la période de régression sociale que nous vivons. Elles insistent sur le caractère systémique de l’oppression des femmes, de la globalité des luttes à mener, tout en réaffirmant les liens entre féminisme, luttes de classe et combats antiracistes.

Cahiers du Genre : Hors série

L’Harmattan, Paris 2006, 229 pages 21 euros

Didier Epsztajn

Ne me libère pas, je m’en charge

En référence aux travaux d’Erwin Piscator, de Bertolt Brecht et des troupes d’agit-prop soviétiques, Olivier Neveux nous présente les diversités du théâtre militant depuis les années soixante. L’auteur détaille et explique les choix politiques et esthétiques, entre autres, d’Armand Gatti, d’Augusto Boal, d’Alain Badiou, d’André Benedetto et de nombreux collectifs. Il revient sur un aspect méconnu d’un pan de l’histoire, le théâtre politique de l’après guerre avec Sartre, Brecht et Vilar, le théâtre et la décoloniation, les dramaturgies autour de la lutte de libération du Vietnam. L’étude du mai théâtral est précédée d’une étude sur le théâtre radical américain et de réflexions sur la crise de la culture. Dans les années 70, des luttes ouvrières et sociales ont été accompagnées de tentatives multiples d’expressions collectives engagées. De la contestation de la représentation théâtrale à un autre théâtre possible, la volonté de dénaturaliser les représentations a donné lieu à de nombreuses expériences et débats. Subjectivement, j’ai préféré les parties du volume consacrées au rire politique et Dario Fo, à la figure de l’opprimé chez Augusto Boal et à Armand Gatti. Je reste plus dubitatif à une certaine volonté classificatoire et discriminante de l’auteur, références aux « dramaturgies marxistes » d’André Benedetto ou de la même manière lorsqu’il parle aussi de « théâtre anarchiste » ou de « théâtre marxiste-léniniste ». Dans certains cadres, le théâtre peut participer au dévoilement des réalités, mais il nous faut être attentif à la distinction entre les missions que ce donnent les praticiens et les impacts des « artifices théâtraux» ou des productions effectives. Je partage l’idée de l’auteur que l’on ne peut s’abriter derrière les généralités du Manifeste de Breton et Trotsky insistant sur « toute licence en art », il nous faut aussi nous confronter aux débats esthétiques. Toujours est-il que ce livre est indispensable tant pour la connaissance des années évoquées que pour tout un pan de l’activité théâtrale. Il devrait inciter les un-e-s et les autres à lire les différents auteurs cités. De plus gageons qu’un renouveau des luttes sociales entrainera des interrogations sur les possibles représentations de la colère, des injustices et de l’espérance. Olivier NEVEUX : Théâtres en lutte. Le théâtre militant en France des années 1960 à aujourd’hui

La Découverte, Paris 2007, 321 pages 23 euros

Didier Epsztajn

Le scandale derrière les mots

En hommage à Daniel Bensaid, en référence à son texte « Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude » paru dans le numéro 14 de la Revue Internationale des Livres et des Idées. Cet ouvrage se confronte à une lecture de Philippe Lacoue-Labarthe (en regard de textes de Martin Heidegger et Hannah Arendt), au concept de « solution finale », aux parallèles douteux entre Auschwitz et les attentats du 11 septembre 2001 et à l’identification frauduleuse d’agresseurs antijuifs en France aux Maghrébins, enfin « à un courant de pensée réactionnaire soucieux d’identifier une politique égalitaire à un négationnisme ». Mais surtout, ce livre d’étude précise des phrases et des mots est une formidable invitation à penser sur la singularité d’Auschwitz, sur ce que ne dit pas l’extermination de masse, sur la contingence, la détermination objective, la création ou la sacralisation du nom, les mathématiques, le vide de la raison de certaines choses, l’occultation de la question de l’être, la fabrication industrielle des cadavres ou comme le dit l’auteur « la fabrication répétitive, systématique, industrielle de rien », les prédicats identitaires, le négationnisme, le marquage et la persécution, etc. Et pour redonner la parole à l’auteur, dans un dialogue avec Alain Badiou « Si bien que le Juif de l’étude et le philosophe pouvaient à présent conclure d’une voix, au sujet d’Auschwitz, que  »la pitié la plus essentielle à l’égard des victimes (…) réside, toujours, dans la continuation de ce qui les a désignés comme représentants de l’Humanité aux yeux des bourreaux. » Or c’était là, nous semblait-il l’enjeu. » Un magnifique ouvrage contre le non-esprit du temps. Ivan Segré : Qu’appelle-t-on penser Auschwitz ?

Editions Lignes, Paris 2009, 203 pages, 20 euros

Complément : Contre  »la défense de l’Occident »

Didier Epsztajn

La crise est certaine, mais la catastrophe ne l’est pas

L’ouvrage de Michel Husson regroupe des textes antérieurement parus et remaniés pour donner une logique d’ensemble autour de cinq chapitres : le capital-monde, les contraintes du profit, le travail sans fin, la construction des alternatives et les armes de la critique. Michel Husson commence par décrire la hausse du taux d’exploitation (baisse de la part salariale dans le produit intérieur brut (PIB) depuis le début des années 80. Il nous rappelle que « la courbe générale de la part salariale s’explique…. par le rapport de forces entre classes sociales. » Le capital est un rapport social, un rapport d’exploitation. Le discours économique participe du noyau dur de l’idéologie dominante et cette idéologie « se nie en tant que telle et revendique au contraire de la neutralité et de l’objectivité scientifique. » L’économie n’est pas une science dure, toute appréhension de sa réalité passe d’abord par la critique de l’économie politique. La mondialisation actuelle débarrasse le capitalisme d’un certain nombre d’entraves. « La fonction principale de la finance est d’abolir, autant que faire se peut, les délimitations des espaces de valorisation. » Il y a fluidification des déplacements du capital. La financiarisation « n’est donc pas une excroissance malsaine sur un corps sain mais un élément constitutif du capitalisme contemporain ». Sans oublier « que la finance a réussi à capter la majeure partie des gains de productivité au détriment des salaires dont la part a reculé. » L’auteur polémique à juste titre avec « la fable de la flexibilité », « le fardeau des dettes » mais aussi sur les théorisations sur « le capitalisme cognitif et la fin du travail.» Aux positions sur le revenu universel, il oppose la socialisation et la gratuité « Tout progrès social passe pourtant par un degré de socialisation accru, qui est une démarchandisation, et potentiellement une démonétisation. » Michel Husson n’en reste pas à la critique, la partie IV « La construction des alternatives » trace, en positif, une démarche émancipatrice. L’auteur argumente de façon précise sur la nécessité d’une démarche crédible, contre le  « révolutionnarisme » et son retrait des combats présents et permanents, sa logique de démission par le « tout ou rien ». Je partage le positionnement de l’auteur lorsqu’il explique très clairement que « La partie difficile de toute démarche programmatique n’est donc pas tellement l’énoncé des mesures à prendre, mais la définition des politiques permettant de neutraliser les comportements d’obstruction, de rétorsion, voire de sabotage auxquels un projet de transformation sociale aurait à faire face.»   « C’est pourquoi il faut soigneusement calibrer le radicalisme de tout projet, de manière à assurer le degré de mobilisation sociale nécessaire à sa viabilité réelle. Il faut, autrement dit, disposer d’une vision stratégique. » La postface, sur l’affaire Jérôme Kerviel, trader de la Société Générale, permet à l’auteur de revenir sur des fondamentaux souvent masqués : « La véritable sanction se produit quand ces titres financiers, qui ne sont que des droits de tirage sur la plus-value, cherchent à faire le grand saut périlleux et à se reconvertir dans la sphère réelle. C’est alors le moment de rappel de la réalité. » Reste que le « pur » capitalisme est inconcevable sans l’intervention en permanence des États pour créer et soutenir les conditions de son fonctionnement, et sans la corruption, les maffias et l’ensemble des faces obscures du rayonnant marché ; sans oublier la socialisation des pertes des établissements bancaires et financiers par le très libéral gouvernement américain. Il faudrait approfondir la discussion sur l’impérialisme, la position de Michel Husson n’est pas convaincante « Le concept d’impérialisme a perdu une partie de sa pertinence. » Il en est de même sur la Chine car « l’émergence d’un géant » n’existe que comme tendance, lourde de graves crises socio-économiques. Il n’est pas si facile de sortir du sous-développement même sous une autorité très centralisée « d’un parti-état ». Un livre combinant critique théorique et approches pratiques et résolument tourné vers la construction d’alternatives, intégrant les réponses écologiques à la crise du « pur capitalisme ».

Michel Husson : Un pur capitalisme

Éditions Page deux, Lausanne 2008, 204 pages, 16 euros

Possible complément : Face à la crise systémique du capitalisme

Trois chapitres sur le site de ContreTemps : http://www.contretemps.eu/lectures/trois-chapitres-dernier-livre-michel-husson

Didier Epsztajn

Minoré-e-s et discriminé-e-s

« Les Noirs de France sont individuellement visibles, mais ils sont invisibles en tant que groupe social.» Le livre considère « prioritairement les Noirs de France sous l’angle de leur minoration dans une perspective historique et sociologique. » Pap Ndiaye utilise le terme  »condition » parce qu’il désigne une « situation sociale qui n’est ni celle d’une classe, d’un état, d’une caste ou d’une communauté ». De ce point de vue « La condition noire est donc la description dans la durée de cette expérience sociale minoritaire. » Compte tenu de l’extrême richesse des analyses et propos, je choisis de limiter ma présentation à quelques points traités dans le premier chapitre « Le fait d’être noir ». L’auteur examine la  »race » en insistant sur la représentation sociale, la catégorie imaginaire historiquement construite au service des systèmes de pouvoir. « Le facteur mélanique est un fait de nature, mais son interprétation a été un fait de culture. » Contre les réductions économistes, il nous rappelle que « La question sociale ne se dissout pas dans les rapports de classe mais elle doit incorporer, sans hiérarchie déterminée, d’autres rapports sociaux, en particulier ceux fondés sur les hiérarchies raciales » Les catégories imaginaires n’en ont pas moins des effets réels, il importe donc de « penser les groupes racialisés non du point de vue de leur existence biologique mais d’un point de vue social, en tant qu’ils sont objet de considérations dévalorisantes et que leurs membres partagent des expériences discriminatoires commune, est une opération intellectuelle non seulement légitime (en ce qu’elle n’a rien à voir avec l’essentialisation des identités) mais de surcroit utile puisque permettant de réfléchir aux difficultés sociales spécifiques aux groupes concernés. » La neutralité, sans classe, sans sexe, sans couleur (« Privilège du groupe majoritaire que d’être aveugle à sa propre couleur, puisque celle-ci est pensée comme universelle… »), sans orientation sexuelle, etc, n’existe pas. Comment prendre en compte la complexité des identités choisies face au simplisme de la prescription raciale, comment être face aux assignations identitaires ? Les phénomènes analysés ne sont pas réductibles à ce que nous nommons habituellement racisme. « La catégorie  »noir » est donc d’abord une hétéro-identification s’appuyant sur la perception de saillances phénoménales variables dans le temps et l’espace (pigmentation de la peau, apparence corporelle et vestimentaire, langue, accent,etc.) » Je ne fais qu’énumérer les cinq autres chapitres de l’ouvrage, qui apportent des analyses nouvelles « Gens de couleur, histoire,idéologie et pratiques du colorisme », « Vers une histoire des populations noires en France », « Le tirailleur et sauvageon : les répertoires du racisme anti-noir », « Penser les discriminations raciales » et « La cause noire : des formes de solidarité entre noirs ». Dans sa conclusion, l’auteur met l’accent sur un universel qui n’invisibilise pas les concrets « Nous voulons être invisibles du point de vue de notre vie sociale, et par conséquent que les torts et les méfaits qui nous affectent en tant que Noirs soient efficacement réduits. Mais nous voulons êtres visibles du point de vue de nos identités culturelles noires, de nos rapports précieux et uniques à la société et à la culture française. » Malgré le rappel de l’auteur sur « Une analyse des rapports de domination qui ne prend pas en compte les variables de classe, de  »race » et de genre conduit à une lecture hémiplégique de la situation sociale des groupes considérés », les rapports de genres ne sont pas traités dans cet ouvrage. Ce silence relève d’une difficulté présente aussi dans de multiples ouvrages. Il semblerait que certaines lectures féministes radicales soient actuellement les seules qui tiennent la promesse d’une analyse englobante des dominations. Il faut lire cet ouvrage qui offre un large panorama historique et analytique, expose la condition noire, compare les situations françaises, antillaises, anglaises et nord-américaines. « Si la souffrance n’est pas transformée en une analyse et une réflexion susceptibles d’être partagées sous la forme de revendications réalisables et de modes de solidarité dans lesquels les personnes de bonne volonté puissent se reconnaître, alors elle prend la forme stérile d’une concurrence infinie de mémoires blessées et de jalousies recuites. »

Pap Ndiaye : La condition noire. Essai sur une minorité française Réédition Folio actuel, Paris 2009, 521 pages

Didier Epsztajn

Apprentissage du sexisme

« Le jouet, en tant qu’objet social, est marqué par les inégalités de la société dans laquelle il s’inscrit. Dans le cadre de cet ouvrage collectif, notre regard s’est porté exclusivement sur le sexisme dans les jouets, mais ceux-ci sont traversés par d’autres rapports de domination ; ainsi, ils véhiculent des valeurs racistes, âgistes et classistes qui participent de la reproduction de stéréotypes et de rapports d’exploitation que nous condamnons tout autant. » Voilà un petit livre réjouissant qui démonte, à partir d’analyses sur les jouets, l’apprentissage du sexisme et les assignations de genre. Son objet est de rendre « visible la dimension idéologique des injonctions que l’on fait subir, parfois inconsciemment aux enfants. » Si pour certain-e-s, le bleu ne sied plus aux garçons et le rose aux filles, d’autres stéréotypes ont la vie beaucoup plus dure, tant dans les livres que dans les choix des jouets. Les expériences autour de bébés habillés en bleu et en rose montrent cependant « à quel point les adultes sondés révèlent des traits propres à la représentation qu’ils-elles ont du genre de l’enfant, indépendamment de toute question biologique. » Le jouet ne peut, en effet être considéré comme un objet neutre, c’est un objet culturel et social. Il n’est pas seulement l’affaire des enfants. « Nous pensons qu’il est de notre responsabilité de remettre en question la consommation et la production de jouets, et la culture que nous transmettons à travers eux, en particulier le sexisme. » La première partie de l’ouvrage est consacré à l’analyse du « sexisme dans les jouets ». Sélectionnés dès le premier âge, ils participent, avec d’autres éléments, à la construction de la « féminité ». Les auteur-e-s explorent leur rôle à travers les thèmes de la maternité, les tâches domestiques, la beauté et les sentiments. Elles et ils nous rappellent au passage que dans nos sociétés « le masculin représente la norme et le féminin la différence. » La construction de la virilité est elle aussi décortiquée à travers divers thèmes : la technique, la conquête, la puissance dont le sport, et la guerre. Sans oublier que « non seulement la virilité légitime la domination, mais elle l’exige. » Les normes hétérosexuelles ne sont pas passées sous silence dans cette présentation. Ces analyses sont complétées par des réflexions sur le marché des jouets sexistes. Le seconde chapitre de l’ouvrage « Alternatives et luttes » permet de revenir sur les thèmes du ludique, du jeu comme expérience collective. Les auteur-e-s prônent une socialisation alternative des jeunes enfants par le jeu. Elles et ils soulignent que les adultes, même de façon non consciente « valorisent de façon explicite certains comportements conformes à la norme alors qu’ils-elles stigmatisent d’autres attitudes ou choix jugés inconvenants. » Un choix de livres de jeunesse non sexistes est opposé aux ouvrages largement diffusés. Des expériences et des témoignages sont présentés pour illustrer des alternatives et/ou leurs difficultés. En conclusion, tout en rappelant qu’à travers les jouets, « on offre (consciemment ou non) une représentation des rôles sociaux féminins et masculins », le collectif auteur de ce livre ajoute qu’il est nécessaire « de combattre la domination que les hommes exercent sur les femmes au jour le jour, mais aussi d’agir à la racine de cette domination, c’est à dire sur le processus qui permet d ‘intégrer cette domination dès l’enfance, comme une fatalité  »naturelle ». » La puissance de l’analyse de la construction des genres (rapports sociaux de sexe) permet de dénaturaliser les stéréotypes. Elle concoure à la subversion des idées reçues. Ouvrir l’étau des assignations sexuées reste une condition indispensable pour penser et mettre en œuvre des politiques d’émancipation à vocation majoritaire.

Contre les jouets sexistes (collectif)

Editions l’échappée, Paris 2007, 158 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

Construire son propre imaginaire de l’émancipation

Dans son introduction, Jean-Marie Harribey souligne quelques dimensions qui me serviront de points d’ancrage à une réflexion préalable à la discussion de ce livre. Il me semble, qu’il est possible (souhaitable) d’avancer, ensemble, dans les débats (les actions), sur la base de plages consensuelles et en postposant certains débats (désaccords) n’ayant que peu de conséquence sur les actualités pensables. J’en reviens aux trois points soulignés dans l’introduction : La nécessaire «alliance de la démocratie, de la transformation des rapports sociaux et de la responsabilité écologique » La carte, la boussole et la méthode « La carte, c’est la démocratie ; la boussole, c’est l’autonomie individuelle et collective ; la méthode, c’est la construction de convergences entre toutes les forces sociales qui essaient, souvent encore dans des directions parallèles, de faire barrage aux multiples rouleaux compresseurs du capitalisme néolibéral » L’usage et le besoin en lieu et place de la marchandise « l’espace de la sociabilité peut se bâtir sur la valeur d’usage des chose plutôt que sur leur valeur marchande et sur le bon usage plutôt que sur le gaspillage », l’insistance sur la notion de «bien commun » ou les propositions autour de l’« extension du champ de la gratuité». Voilà, me semble-t-il, une conjonction de propositions, un socle solide pour une alliance radicale à vocation majoritaire pour résister et construire une (des) alternative(s) à ce vieux monde. Cela ne sera peut-être (probablement) pas suffisant. Mais, mettre aujourd’hui, des conditions non pertinemment actives, efface, du possible, le(s) chemin(s) vers demain. Autant présenter de suite, quelques désaccords qu’il me semble possible de postposer :

  • le mouvement plutôt que le but (Eduard Bernstein) ; un mouvement sans hypothèse(s) de but ressemble plus à une errance,
  • les notions de post marxisme, il conviendrait plutôt de revivifier et compléter les recherches, en les débarrassant des scories diverses, dont certains sont non seulement malodorantes, mais contraires au(x) but(s) visé(s), voir simplement criminelles,
  • la société civile comme sujet révolutionnaire, encore plus imprécis que le prolétariat ; alors que le salariat représente la majorité absolue de la population, tout en soulignant comme l’auteur l’« irréductible pluralité des sources d’identité individuelle et collective »,
  • le socialisme du XXIème siècle de Chavez, dont l’auteur semble faire une lecture trop unilatérale,
  • les nouveaux objets politiques, phénomènes très largement sous-estimés par d’autres, mais ne répondant cependant pas à la totalité des questions posées.

Le livre est composé de huit parties « Réguler la finance ou la socialiser », « Peut-on repeindre en vert le capitalisme ? », « Le travail décent : un bien commun », « Peuple, prolétariat, société civile ? », « Démocratiser l’État : la socialisation de la politique », « Démocratiser l’économie : la socialisation du marché », « Réformes et révolutions : la longue marche de la société civile », « Pour une relocalisation coopérative » et d’une conclusion « Vers un socialisme civil ». Je ne vais pas ici présenter l’ensemble des analyses et des propositions de Thomas Coutrot, mais plutôt essayer de souligner, subjectivement, quelques points solides pour continuer le débat. L’auteur propose de discuter « Un projet d’émancipation qui se donnerait la triple tache de mener la critique de ses prédécesseurs, de démystifier les discours et les logiques actuellement dominantes, de propose des alternatives qui donnent des figures concrètes et dès maintenant constructibles à l’émancipation » Des propositions concrètes, comme « étendre la gratuité à de nouveaux biens essentiels » ou « une réduction massive du temps de travail pour utiliser les gains de productivité de manière favorable à l’emploi et écologiquement soutenable ; un droit des comités d’entreprise élargi aux sous-traitants et aux parties prenantes pour toutes décisions…. » pour lutter contre la « tendance à l’illimitation » du capital, doivent être articulées à des changements institutionnels crédibles et immédiatement possibles. Faute de quoi, elles ne pourraient convaincre largement. Il faut donc assoir les arbitrages possibles et « construire une représentation légitime de l’intérêt commun, par le processus électoral et institutionnel » et « élaborer des dispositifs institutionnels qui stimulent la subversion démocratique » et au-delà des points de consensus, des avis majoritaires et minoritaires revendiquer « La compétence des incompétents » et rechercher des « compromis dynamiques ». L’auteur, comme Jacques Rancière, défend le principe du « tirage au sort » comme actualisation possible de la démocratie. C’est une proposition qui mériterait mieux que les sourires dédaigneux de certain-ne-s. L’auteur développe aussi les formes institutionnelles de contestation des pouvoirs monopolisés : rotation des élu-e-s, limitation des possibilités de réélection, instance de contrôle, plafonnement des financements, etc… Dans les pages sur le travail, l’auteur après avoir analysé «travail sans qualité », les atteintes à l’estime de soit, n’en souligne pas moins l’irréductibilité contradiction de la mobilisation du travail par le système capitaliste « Le salariat est certes l’école de la soumission, mais les ordres, les procédures, les normes, les instructions de la hiérarchie ne suffisent jamais à définir exactement ce que le travailleur doit faire pour réussir » Les pages sur la gestion collective des biens communs, les délibérations démocratiques, appuyées sur le principe de subsidiarité (décider le plus près possible de la base), l’économie réellement économe « quel est, pour un montant de ressources, l’éventail des arbitrages possibles entre divers objectifs, plus ou moins contradictoires », la mise des « mécanismes sous le contrôle le plus direct possible de la population » me semblent adéquates à leur objet, une critique concrète du mode de production capitaliste. L’auteur n’oublie cependant pas une autre critique, celle de la sanction a-postériori du marché, les valorisations de choix « en fonction de son intérêt égoïste », ni le socialisme ayant réellement existé et son « inefficacité et domination bureaucratique ». D’autres propositions pourraient être approfondies, en particulier la subdivision des biens de production en nue-propriété collective et usages autogérés, le financement des investissements à confronter aux propositions de Bernard Friot. Thomas Coutrot n’en oublie pas que « les classes dominantes renoncent sans hésitation à l’État de droit lorsqu’elles considèrent menacés leurs intérêts fondamentaux » et soutient une thèse de « rupture institutionnelle majeure » et souligne que « les forces sociales progressistes ne peuvent s’autolimiter à la stricte légalité sans précipiter leur défaite ». Sa critique de la valorisation de la violence dans les processus de rupture me semble justifiée, mais « diviser, affaiblir et démoraliser les adversaires de l’autonomie populaire » ou résister « en défense des valeurs et de la légalité démocratiques menacées » ne suffit pas à baliser ce débat. A l’aune des expériences du passé, l’auteur insiste sur un point décisif « Développer puis maintenir durablement un degré élevé de participation de la société civile et des citoyens est un défi majeur. Mais il y a plus difficile encore : préserver l’autonomie populaire malgré la participation ». Le livre n’est pas la bible que certain-e-s souhaiteraient pour avoir les clefs des incertitudes de l’avenir, mais c’est un livre qui prend au sérieux et la centralité de la démocratie et la transformation sociale radicale et l’interaction des deux.

Thomas Coutrot : Jalons vers un monde possible

Editions Le bord de l’eau, Paris 2010, 226 pages, 16 euros

Didier Epsztajn

Nous avons toutes et tous des pensées magiques

Comme l’explique le philosophe Yvon Quiniou, cité dans le livre « il y a trois grandes questions qui sont hors science, non pas provisoirement du fait d’une lacune de savoir, mais définitivement par définition des termes qui les constituent : l’Origine ultime de l’univers, sa Fin ultime et, du coup, son Sens….. Ce sont de vraies questions mais sans réponses vraies sur le plan du savoir. Elles peuvent donc légitimement donner lieu à des croyances ou à des interprétations religieuses ou métaphysiques, mais à conditions qu’elles se sachent telles et n’empiètent pas sur la savoir scientifique. C’est ainsi que l’on peut faire l’hypothèse d’un sens divin de l’évolution et y croire, en affirmant que si l’homme est bien issu de la nature, c’est un Dieu qui est à l’origine de cette nature : je n’ai pas les moyens de récuser cette hypothèse et de démontrer qu’elle est fausse. Mais, il ne faut pas que cette addition divine se paie de la moindre soustraction scientifique et il faut aussi qu’elle se pense comme une simple interprétation,…..qui s’ajoute à la science et lui demeure extérieure.» Le livre de Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau parcours l’espace et le temps des combats politiques contre une théorie scientifique : l’évolutionnisme de Darwin. Les auteurs décrivent et analysent les constructions des nouveaux créationnistes et leurs actions, pour que leurs croyances soient enseignées, à égalité avec les théories scientifiques. En analysant les déplacements des montages idéologiques, les déclarations d’un certain nombre de personnalités, les sources de financement, les auteurs dévoilent les menaces politiques d’un combat organisé contre la démarche scientifique. Je ne peux que regretter que les auteurs se dispensent de mettre en regard, la recherche de pensées magiques, d’actes de foi, ou de croyances sectaires avec la crise globale de la société. L’absence d’alternative émancipatrice crédible aux difficultés vécues dans le monde réel, le vide d’espérance face à la dictature des marchés et aux pertes de soi, ne peut que renvoyer les un-e-s et les autres à des opiums fantasmatiques qui rongent les compréhensions et diluent d’éventuelles constructions collectives dans les fumées de pensées irrationnelles souvent paralysantes en terme d’actions. Il importe de faire connaître les mensonges et les déformations des « thèses » des créationnistes et de montrer les fondements matériels nécessaires des démarches scientifiques. Et de laisser hors de propos, les actes de foi et les croyances apaisantes, pour autant que leurs miroirs et leurs magies ne visent pas expliquer ou organiser socialement le monde.

Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau : Les créationnismes. Une menace pour la société française ?

Editions Syllepse, Paris 2008, 135 pages, 7 euros

Didier Epsztajn

Café du commerce

Charges sociales forcément trop lourdes, le gouffre sans fond de la dette publique, l’efficacité de la flexibilité et du marché, les nécessaires réformes, etc. Les formules toutes faites, les évidences non fondées, les fausses banalités font la une des médias. Alain Bihr nous rappelle une histoire d’avant la chute du mur de Berlin. Les soviétiques avaient l’habitude de dire que la Pravda (vérité en russe) méritait bien son titre. En effet, il suffisait de la lire pour apprendre la vérité….à l’expresse condition d’en prendre le contrepied. Telle est bien la nouvelle nécessité pour décrypter les vérités de la langue néolibérale. Prendre le contrepied, voir derrière les mots les travestissements de la réalité, les naturalisations de rapports sociaux, la contrebande des mots valise, les perversions discursives de la novlangue, à l’instar des frontons des camps de la mort ou de 1984 de Georges Orwell. L’auteur avec une grande habileté et un recours assumé aux théorisations marxistes va donc dénouer cet écheveau, aller à la racine des choses, donner à comprendre le monde. Il convient de piocher certains articles au gré de l’humeur ou de lire plus attentivement certains développements. Mais quelque soit le mode de lecture choisi, voilà une possible introduction accessible à la critique de l’économie et de la contre révolution néolibérale. Sans compter que l’auteur use à bon escient d’un humour décapant. Je profite de cette note pour rappeler un ouvrage paru il y a quelques années, lui aussi facilement abordable, celui de Jean Marie Harribey. Puissent ces ouvrages, donner envie, d’aller voir à la racine des choses, à la nécessaire critique de l’économie politique et aux ouvrages d’un barbu un peu passé de mode mais toujours incontournable Karl Marx.

Alain Bihr : La novlangue néolibérale. La rhétorique du fétichisme capitaliste Editions Page deux, Lausanne 2007, 236 pages 16 euros

Jean Marie Harribey : La démence sénile du capital. Fragments d’économie critique

Editions du Passant, Paris 2004, 363 pages 15 euros

Didier Epsztajn

Rroms, multi-identité, nation et Samudaripen

Morgan Garo choisit « malgré son absence de définition juridique, d’utiliser le terme de minorité à territoire non compact, parce que les Rroms ne sont majoritaires sur aucun territoire géographique de la superficie d’une région et qu’ils n’ont jamais, en tant que groupe, revendiqué, ni fait référence à un territoire précis. » Cet ouvrage est le fruit d’études en Roumanie, République tchèque et France. L’auteure pose les problèmes de la « catégorisation des groupes de population et de la détermination de leur statut et de leur représentation dans l’histoire et le présent des sociétés ». Elle ne renvoie pas seulement aux effets subits mais insiste sur les organisations dont se sont dotés les Rroms. Je précise que la graphie avec deux r pour Rrom est aujourd’hui couramment la plus usité et que Samudaripen est le nom pour le génocide peu connu des Rroms par les nazis. Le premier chapitre est consacré à la Roumanie, « De l’esclavage au ghetto ». Morgan Garo analyse l’histoire et particulièrement les politiques menées, après l’abolition de l’esclavage des Rroms, elle insiste sur la permanence des rejets et des discriminations, de l’assignation dans les lieux, de la sédentarisation forcée et des évolutions plus récentes sous « la pression de l’Europe ». Le chapitre suivant, sur la république tchèque, permet de comparer les évolutions historiques et insiste en particulier sur les interventions des anciens dissidents, comme Vaclav Havel, Petr Uhl ou Anna Sabatova. « Rroms et la France », permet à l’auteur de présenter en détail la discrimination institutionnelle pour ces français-e-s citoyen-ne-s classé-e-s vraiment à part « Pourtant français, les Gens du voyage sont assimilés aux étrangers dans les préfectures ». L’auteure analyse les formes de relégation spatiale, la liberté de circulation fortement surveillée, la non-application de la loi sur les zones de stationnement, etc. Peuple européen de 8 à 12 millions de personnes, les Rroms ont participé à l’histoire de ce continent. Leur « passé et leur présent discriminé » fait l’objet du chapitre quatre de l’ouvrage. L’auteure détaille l’ostracisme, les conditions de vie extrêmement difficiles, les ségrégations spatiales et sociales, avant d’examiner au chapitre cinq « L’émergence du mouvement politique rrom ». Je partage ses réflexions sur la non-ethnicité et sa conception de nation-politique. Le dernier chapitre sert de titre à l’ouvrage en posant la question d’une nation en devenir. Renouant avec les théorisations du Bund, mouvement ouvrier révolutionnaire juif, des marxistes austro-hongrois, Morgan Garo tente, avec un certain succès de poser l’universalisme dans le respect des autres, la question nationale autrement que dans sa réduction étatique. Un ouvrage bien venu, dont la richesse déborde largement ma présentation, pour faire connaître l’histoire et les présents de cette nation sans territoire. Une réflexion ouverte sur les notions de nation, d’universalisme et d’auto-organisation des populations minoritaires.

Morgan Garo : Les Rroms. Une nation en devenir ?

Éditions Syllepse, Paris 2009, 235 pages, 21 euros

Didier Epsztajn

Unification de l’école et différenciation des parcours

Tristan Poullaouec prend comme point d’ancrage de ses analyses, la prolongation inédite de la scolarité des enfants d’ouvrier et leur accès toujours limité aux savoirs de la culture écrite. Il souligne la nécessité de « comprendre à la fois les conditions de possibilité d’une telle amélioration et les réels obstacles sur lesquels buttent toujours les enfants d’ouvriers dans leur parcours scolaire ? ». Le cadre du livre est cependant plus restreint, autour d’une double interrogation sur « la façon dont les familles ouvrières ont vécu l’ouverture des possibles scolaires et ont tenté de s’en approprier l’enjeu » et sur « les effets des diplômes obtenus sur les destinées professionnelles des jeunes générations » Dans la première partie du livre « L’issue scolaire : une révolution culturelle », l’auteur décrit l’allongement des parcours scolaires et la montée de la préoccupation scolaire parmi les ouvriers. Il souligne que que « l’investissement des enjeux scolaires tend aujourd’hui à l’emporter sur l’auto-élimination du système éducatif. » Une analyse détaillée, lui permet de faire ressortir quelques traits saillants de la nouvelle configuration : élimination différée, translation vers le haut des inégalités scolaires et prise en charge directe du tri social des élèves par l’institution scolaire. Je souligne deux conclusions. « Tout ce passe comme si les ouvriers avaient aujourd’hui intériorisé la principe égalitaire affiché par l’école unique : tout élève a droit aux études longues quelle que soit son origine sociale, dès lors que ses résultats scolaires le lui permettent » et « Le degré très inégal de résistance des familles aux jugements scolaires négatifs portés sur les élèves. » Dans ce chapitre l’auteur interroge aussi les positions autour de la volonté de quitter la condition ouvrière ou du refus de l’héritage ouvrier, comme par exemple dans les livres de Stéphane Beaud et Michel Pialoux. Citant les travaux de Jean-Pierre Terrail, l’auteur indique que l’institution scolaire « privatise les biographies, en faisant de chacun le responsable de sa destinée : le succès professionnel dépend aujourd’hui du succès scolaire, et celui-ci semble dû exclusivement aux qualités individuelles de l’intéressé. » Le second chapitre « Les trois destins scolaires des enfants d’ouvriers » analyse la diversité des parcours et fait ressortir que « Cette diversification se joue largement dès l’enseignement primaire » ou que « les différentes voies suivies par les élèves au sein de l’enseignement secondaire les préparent très inégalement aux apprentissages exigés par les études supérieures ». Il convient de lire particulièrement les sous parties « La genèse scolaire de la démotivation » et « Les bacs pro en porte-à-faux ». Des analyses sur les méfaits du redoublement, des difficultés d’entrée dans l’écrit tel qu’il se fait réellement, la conclusion reste sans appel « L’école primaire divise … toujours ! » Contre les thèses de démission des parents, le troisième chapitre traite des « paradoxes de la mobilisation familiale ». D’un coté, la montée des efforts parentaux et l’essor des mobilisations familiales, de l’autre l’inégalité des ressources, qui ne peut cependant pas être analysée comme un handicap mais plutôt comme une distance socio-culturelle. Dans une dernière partie « Les diplômés face à l’emploi », l’auteur démonte les théories réactionnaires de l’inflation scolaire, souligne les exigences patronales de recrutement, et spécifie les parcours (des sans diplômes aux diplômés de l’enseignement supérieur), pour faire ressortir ce qui sera le titre du livre. En conclusion, l’auteur souligne la mise en échec très tôt et « l’inégalité qui se joue fondamentalement en primaire. » Je souligne la qualité de l’écriture de Tristan Poullaouec. Tout en étant très rigoureux dans l’expression, l’auteur évite totalement le jargon sociologique, prouvant ainsi qu’il est possible d’user d’une langue agréable pour dénaturaliser les phénomènes sociaux. Contre les fausses évidences sur les difficultés de scolarisation et l’égalité à l’école, un livre important. « Loin d’être des données naturelles, les facultés intellectuelles sont le produit de l’activité sociale susceptible d’évolution tout au long de l’histoire particulière de chaque être humain confronté à l’appropriation du patrimoine culturel de l’humanité. On ne naît pas bon ou mauvais élève, on le devient. »

Tristan Poullaouec : Le diplôme, armes des faibles. Les familles ouvrières et l’école

Editions La dispute, Paris 2010, 147 pages, 12 euros

Compléments possibles : Ne pas accepter de ne pas comprendre, ne pas accepter de ne pas se faire comprendre

Didier Epsztajn

Incertitude corrosive dans les relations interindividuelles

Un ouvrage à lire car il bouscule idées reçues et certitudes, à gauche, sur l’insécurité. Autant le dire tout de suite, il n’est pas sans poser de problème. Commençons par ces désaccords : difficile de suivre l’auteur quand il déplore le fait que des maires participent à des actions de désobéissance civile (qui ne peuvent être confondues avec des actions substitutives de mobilisation) ; on peut regretter qu’il envisage la prison et l’enfermement comme un horizon indépassable ; la charge pousse parfois à la caricature contre les positions de Loic Wacquant ; enfin le comportement de la police, les très faibles condamnations des agents coupables de « bavures » sont à peine évoquées, et il n’y a pas de liaison avec une nécessaire critique du droit et des instances juridiques. Mais l’essentiel n’est pas là : l’auteur, magistrat à Pontoise, a le mérite de mettre les pieds dans le plat, et de belle manière. Précisons qu’il critique les dérives sécuritaires et la politique de la droite, spectaculaire, inefficace et injuste : exemple, un auteur d’outrage à l’hymne national encourt deux mois de prison contre une simple amende pour qui casse le nez d’un autre. Évitons les faux procès : Didier Peyrat reconnaît sans peine que l’insécurité n’est pas « le seul problème, ni le plus important, de la société française ». Il n’empêche : c’est quand même un problème, qui ne se réduit pas à un simple « sentiment », présenté comme un leurre par des analystes qui font preuve d’angélisme et d’ethnocentrisme de classe. Il argumente chiffres à l’appui : la situation est loin d’être comparable au Brésil ou aux USA (si le taux d’incarcération en France était identique 500 000 personnes seraient incarcérées contre 60 000 actuellement). La politique de Sarkozy, malgré les effets d’annonce, n’a pas arrêté la progression des crimes et délits contre les personnes qui ne peuvent être résumés à des manipulations statistiques. Cette insécurité a des effets tangibles sur la population, particulièrement sur les classes populaires, les femmes, les plus âgés ou les plus fragiles. Elle ne peut être rabattue sur l’insécurité sociale, n’est pas une simple apparence à dépasser pour accéder aux « vrais » problèmes mais un phénomène autonome, « inassimilable au reste » : « être volé, ce n’est pas comme être licencié, être frappé, ce n’est pas comme être insuffisamment rémunéré, être blessé à la suite d’une agression, ce n’est pas comme tomber malade ». Ce que Didier Peyrat reproche à la délinquance, ou aux incivilités qui ne sont pas des délits mais pourrissent la vie, ce n’est pas de porter atteinte à l’autorité de l’État, c’est de multiplier « la méfiance, la suspicion, la crainte », d’introduire une « incertitude corrosive dans les relations interindividuelles » qui tue « l’envie de vivre avec les autres ». De ce fait « l’insécurité quotidienne décourage l’engagement politique », fait « obstacle à la transformation sociale » et à la « participation populaire ». Enfin, il est illusoire de croire qu’une société « moins injuste, différente », serait « miraculeusement débarrassée des tensions entre le tout et les parties », d’autant que les dégâts actuels laissent craindre des problèmes qui perdurent. Entre les politiques sécuritaires et la simple espérance d’un monde meilleur, une politique élargissant les espaces de démocratie et de sécurité génère ou améliore les conditions même d’un combat émancipateur. L’auteur conclut sur la notion d’éducation contenue dans une sanction qui ne soit pas éliminatoire, et sur le constat qu’aucun parti ne peut être crédible à l’avenir sans attester de sa détermination à « en découdre avec cette délinquance qui inquiète une majorité de citoyens et en indigne un nombre non négligeable ». Didier Peyrat : En manque de civilité

La Discorde, Textuel, Paris 2005, 191 pages, 18 euros

Didier Epsztajn et Sylvain Pattieu

INFORMATIONS SUR LE BLOG

Plus de 15 700 vues en janvier 2014

Les articles les plus consultés, parmi les 2650 textes disponibles, sont :

« Toutes les femmes sont discriminées sauf la mienne »

Préface de Christine Delphy au livre de John Stoltenberg : Refuser d’être un homme –

Pourquoi la recherche d’un « accord » avec Nafissatou Diallo est un aveu de culpabilité de DSK

Conversation avec l’historien israélien Ilan Pappe

Marre de parler aux hommes

Valeur vénale, domination sexuelle et tyrannie narcissique de l’apparence : Sexe objectivé et sadisme culturel

John Stoltenberg : Refuser d’être un homme. Pour en finir avec la virilité

Nouvelle laïcité ou ordre moral ?

Une triste nouvelle : Nicole-Claude Mathieu est décédée

Derrière le couple, les femmes

Braquer la lampe sur ce que certains voudraient maintenir dans l’ombre

Les aventures extraordinaires d’Arnaud et Benoît de Crac contre les Princes

Nous sommes toutes et tous des êtres humains

Le progrès social s’est traduit par une déconnexion croissante entre le revenu et l’acte de travail

Nous sommes les héritières et les héritiers d’un long effort pour masculiniser notre langue

Qui accuse qui dans l’affaire Strauss-Kahn ?

L’extrême droite s’attaque à une enseignante syndicaliste

Tribune libre : Je suis complètement favorable au mariage entre catholiques

Le Top 10 des pubs les plus sexistes

L’omniprésence de modèles inatteignables enferme nombre de femmes dans la haine d’elles-mêmes

QUESTIONS FÉMINISTES : Une revue théorique féministe radical

Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (texte intégral)

Le féminisme est une théorie extrémiste qui consiste à considérer les femmes comme des êtres humains

De l’abolition de l’esclavage à l’abolition de la prostitution

DIEUDONNÉ : Au-delà de la quenelle, l’escalade meurtrière

La définition du sexe comporte toujours un aspect stratégique, c’est-à-dire politique, dans la gestion des relations entre les sexes

La transgression fétichiste des frontières se différencie de la dissolution révolutionnaire des mêmes frontières

Le singe est une femme, noire, âgée

A l’instant même, mon enfance a fondu comme neige au soleil

Le libéralisme force l’entrée de l’école Maternelle

Chaque homme est impliqué par la place qu’il occupe dans la structure où il est confortablement installé

Pirouettes rhétoriques, concepts farfelus, inversion des rôles, travestissement des réalités, et toujours le refus de l’égalité

A propos du livre : Les féministes blanches et l’empire

Journée de la femme : des femmes du monde arabe et du tiers monde au chevet des françaises

Bella Ciao dopo la Santa Messa

Impact de la crise et de l’austérité sur les femmes : des raisons de s’indigner et se mobiliser

L’avortement est notre liberté et non un drame

Le sémitisme, pure invention du XIXème siècle racialiste

A propos des commentaires de Xavier Vigna sur « La France des années 1968″ (Syllepse Paris 2008)

1 881 hommes contre la prostitution

Travailleuse n’est pas le féminin de travailleur

CONTINENTS NOIRS : Une collection littéraire de Gallimard

What a fucking cake !

REFUSER D’ÊTRE UN HOMME, interview de John Stoltenberg par Sporenda.

Pourquoi nous sommes contre la Gestation pour Autrui (GPA) ! (recours aux mères porteuses)

Pas des clients, des prostitueurs

never before in my life have I seen…

Plutôt que de danser une valse défensive autour des questions controversées

La Barbe félicite le théâtre de l’Odéon et Luc Bondy

Tout a basculé à Taksim hier soir

On ne naît pas client/prostitueur, on le devient…

Lutter contre l’homophobie, c’est lutter contre l’impérialisme.

Les Blancs et les Arabes

Le contrat sexuel est une dimension refoulée de la théorie du contrat

Les ennemis de mes ennemis ne sont pas toujours nos amis

Rapport sur la thèse de doctorat en sciences politiques présentée par Eric TOUSSAINT

Dans cette histoire, il y a une autre personne et c’est une femme

Préface à la réédition de Questions Féministes

Le féminin et le masculin se constituent mutuellement. Ils sont en constante ré-élaboration

Acheter le consentement à un rapport sexuel non désiré est un abus de position dominante

Un silence de mortes

Bienvenue à la PROFÉMILISTE!

Femen partout, féminisme nulle part

Non à l’intervention de l’armée française (et autres textes et communiq és)

Un troussage de domestique

Habemus papouille ! Une candidate noire et lesbienne pour succéder à JPII

Du voile à la prostitution, entretien avec Christine Delphy (1

Michel Warschawski : » Ce qui est anti-israélien, c’est de laisser Israël dans l’impunité « 

Sauvons Là-bas si j’y suis signez la pétition

L’hypersexualisation et les agressions sexuelles ; une culture pornographique qui fabrique le consentement

Douze ans de MariagePourTous en Hollande — Un bilan effrayant …..

Actualité de l’analyse marxiste du capitalisme

Polars, jazz… Splendeurs et misères du 20e siècle

Une croyance vivace : la différence naturelle des sexes

Les violences sexuelles sont un problème politique

Vivre le possible-possible, travailler à rendre possible ce qui semble impossible

Aube dorée : Le livre noir sur le parti nazi-fasciste grec

Une idéologie qui vise à remettre en question les acquis des femmes et à discréditer le féminisme

La revendication d’égalité n’est pas négociable

Sujet politique du féminisme – qui est ce NOUS de  » Nous les femmes  » ?

Il n’y aura pas de changement social sans élimination de la domination masculine

Le féminisme comme notion radicale faisant d’abord des femmes des êtres humains

Préface au livre de C.L.R. James : Sur la question noire aux Etats-Unis

La Cimade et le CRIF

Recension du livre de Félix Boggio Ewanje-Epee, Stella Magliani-Belkacem : Les Féministes blanches et l’Empire

Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali : Eléments de contexte et d’explication

Infantilisation des femmes et sexualisation des enfants

La question du partage des tâches domestiques n’est pas d’ordre privé

Prostitution – Méthodes de l’esprit proxénète

Un autre horizon que celui du sexe biologique comme unique destinée ou celui de la résignation à l’oppression

FMI partout, justice nulle part !

Interpréter la libération des femmes comme une menace pour l’ordre social, c’est avoir une bien piètre idée de la liberté

Limites de la sociologie

Le viol-location : liberté sexuelle et prostitution

Christine Delphy, la non-mixité, une nécessité politique, 2005.

Les rapports de sexe, de classe, de racisation interagissent les uns sur les autres et structurent ensemble la t

Dans le monde du travail, les femmes sont partout, l’égalité nulle part

Un présent surdimensionné qui n’a plus d’horizon que lui-même

Le capitalisme en 10 leçons. Petit cours illustré d’économie hétérodoxe

Rendre visible l’oppression des femmes à travers la construction même de la différenciation sociale des sexes

Présentation du film L’IMPOSTURE au Festival FEMMES EN RÉSISTANCE

De la place Tahrir jusque dans les rues de Pampelune: quand la crise s’exprime sur le corps des femmes

Rapports sociaux consubstantiels et coextensifs

Pour honorer les 23 du groupe Manouchian

Le présent de cette crise qui dure est la vengeance du futur sur le passé

A mes sœurs voilées

Resolution of solidarity (complété par un texte de Michael Löwy)

Prostitution : les « clients » tremblent pour leurs petits privilèges

Pierre Monatte : Lettre de démission au Comité Confédéral de la C.G.T. (décembre 1914)

En naturalisant un problème, on le nie

Éloge d’une lecture

Osons la masturbation le désir, le plaisir, le sexe…

Contre les confiscations conservatrices, les mémoires de l’émancipation

Communiqué de la Campagne BDS France sur Dieudonné et Valls

Invention humaine et constructions oppressives et mortelles

8 commandements féministes de résistance à l’obscurantisme

Interdire les signes religieux au travail, c’est faire un pas vers l’islamophobie d’État

Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quittes avec nous

Rencontre-débat avec Christine Delphy et Sabine Lambert le 10 mai 2012

Syndicalisme et prostitution. Quelques questions embarrassantes

Avant-propos de Thierry Labica à Vasant Kaiwar : L’Orient postcolonial. Sur la « provincialisation » de l’Europe et la théorie postcolonialeu

Entretien avec Pierre Salama*

Ni silence ni pardon. L’inceste : un viol institué

Je souhaite démissionner et cesser de me considérer comme juif

Doctor Marx & Mister Karl

L’inégalité construite des femmes au travail et le genre de la précarité

Mali : refuser la géopolitique du « moindre mal ». Les objectifs de Serval

Quand les girouettes s’affolent au gré des vents tourbillonnants

Apposer sur quelqu’un-e l’étiquette « homme » ou « femme » est une décision sociale

Crise historique de la relation de l’humanité et son environnement

L’héritage antisémite de Dieudonné

Rétablissez Alioune Gueye dans ses droits et luttez contre le racisme à l’Université

La pensée critique doit savoir nager à contre courant

NOUS FEMINISTES

Poulina Group Holding et la recomposition à l’œuvre au sein des holdings de Tunisie.

Toute perspective de revalorisation des salaires et des statuts d’emploi se heurte aux modalités actuelles de la répartition des revenus

Rejeter une supposée « essence » religieuse des faits observés et s’interroger sur le sens du recours à la référence musulmane par les acteurs sociauxé

Une affaire d’hommes

Remettre en cause le sacro-saint principe de la propriété patronale

Contre un projet de loi qui vise d’abord des femmes et aboutira à les exclure du monde du travail.

L’éternel féminin comme construction sexiste

Après le verdict de Creteil, nous exigeons une réponse politique !

Quand les lumières s’éteignent, Erika Mann

La blanchité comme mensonge socialement partagé, comme œillères cousues de fil d’or

Intolérable : la loi sur le Harcèlement sexuel a été abrogée ! Nous exigeons une nouvelle loi !

Des liens qui libèrent 

LAÏCITÉ ET DROITS DES FEMMES

Aucun-e être humain ne devrait être «marchandisé-e»

Considérant qu’il est plausible que de tels évenements puissent à nouveau survenir

Pourquoi nous sommes contre la Gestation pour Autrui (GPA) ! (recours aux mères porteuses)

L’amendement sur la garde des enfants donne raison aux « pères perchés »

Sont-Ils nos alliés ?

Tous les enfants disposent des ressources nécessaires à une entrée réussie dans la culture écrite

Jules Falquet, 2013. Préface au livre de Pinar SELEK, Devenir homme en rampant, Paris, l’Harmattan

Que signifie féminicide ?

Regarder le monde avec les lunettes du genre sur le nez, c’est la promesse de le voir plus nettement

Hommage à Nicole-Claude Mathieu

« Aux féministes, aux femmes », appel d’Hélène Brion contre la guerre en juillet 1914

Hommage aux femmes du Blues

Le rôle d’une religion en tant qu’idéologie (mobilisatrice ou non) ne peut-être pensé indépendamment des rapports sociaux et de leurs perceptions

La liberté ne s’épanouit que dans des espaces où les droits de toutes et tous sont garantis et sont universels

Grève à la SNCF : une mobilisation nécessaire et légitime !

Accélération du temps, élargissement de l’espace et reconfiguration sociale
La violence de base d’un acte sexuel non désiré

Annulation d’une partie de la dette grecque, rééchelonnement jusqu’en 2042, plan d’aide de la Troïka (commission européenne, BCE, FMI)… La Grèce sauvée ?

Au fait, que dit la loi d’abolition de la prostitution ?

Le double effet kiss-cool de la pénalisation du client prostitueur
Manif pour tous : les chiffres parlent

Ne pas abdiquer devant la non-pensée normative qui prétend respecter le pluralisme

France : Sanctions pédagogiques pour prostitueurs

Ne pas tracer de limites a priori à l’action syndicale

Manif pour tous : les chiffres parlent

Caricatures du Charlie moquant le Prophète de l’islam : oulémas de pacotille contre faux Voltaire

Guerre de 14-18 : Hommage aux fusillés pour l’exemple

Appel international : Nous soutenons PODEMOS

Allez, les bleus : droit aux putes ! (Attention, humour !)

Déclin du syndicalisme, impuissance des partis politiques et montée des populismes : quel débouché politique pour la contestation sociale ?

Le travail des inégalités

Le rapport salarial est plus que jamais central

Un livre choc de Patric JEAN le point de vue masculin pour abolir la prostitution et un spot vidéo de Patric JEAN pour Zéromacho à ne pas mettre entre toutes les mains…

Éliminer la criminalisation de la personne prostituée élève son statut ; criminaliser le prostitueur réduit ses privilèges

Les philosophes ont seulement interprété différemment le monde, ce qui importe, c’est de le changer

Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays (article 13 de la Déclaration…

Reconnaître les autres formes d’aspiration à la liberté et à l’égalité

8 réponses à “

  1. Bonjour. Je suis arrivé sur votre site au hasard de mes recherches. Prudent de nature je voudrais savoir où vous vous situez dans le jeu social ou politique.

    • Je me situe dans la gauche d’émancipation « radicale ». Le blog est un espace ouvert à la lecture et à toutes les luttes d’émancipation.

      Comme indiqué sur la première page :  » Trop souvent, la pensée émancipatrice fait l’impasse sur certains domaines, ânonne des évidences sans doutes, évite d’emprunter certains sentiers peu fréquentés ou perd la mémoire des réflexions antérieures. La vulgate marxiste, les réductions économistes ou sociologiques, les lectures sans espérance dominent trop souvent, pour que les lectrices et les lecteurs ne soient plus attentives ou soucieuses (graphie volontaire) de recherches iconoclastes, de démarches exploratrices, non abouties ou parsemées d’interrogations. Donner envie de lire, susciter la curiosité et le désir de mieux cerner les réalités, en pointant des éventuelles difficultés ou les disputes souhaitables. Privilégier l’ouverture et ne pas être un substitut à la lecture, évitement de l’appropriation directe, même partielle, de l’ouvrage. Prendre éventuellement position mais ne pas trancher les débats, essayer de présenter les divergences ou les problématiques mais ne pas figer les réponses, donner quelques fois, des appréciations sans dénier d’autres points de vue. Nous essayons de présenter, ici, certains ouvrages de manière « sympathique » en privilégiant des paroles d’auteur-e-s. »

  2. Maison d’édition indépendante créée en 2011 dans le prolongement de LA BIBLIOTHEQUE DU FEMINISME, les Editions iXe viennent de publier leur 4e titre: 40 ANS DE SLOGANS FEMINISTES. 1970/2010.
    En noir sur blanc et en couleur, 600 slogans et plus de 100 photos qui tracent le fil rouge des mobilisations féministes en France.

  3. Coucou,
    J’ai pas sommeil, je perds un temps précieux à dormir.
    Et vous êtes tellement bien.
    Suite de la biographie, en vrac.

    Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé (autre historien israélien contemporain critique),Fayard, 2009;
    Patrick J. Geary (historien), Quand les nations refont l’histoire – l’invention des des origines médiévales de l’Europe, Aubier, coll. historique;
    Stanley Milgram, Soumission à l’autorité, Calmann-Lévy, 1974 (relation d’une expérience authentique, essentie);
    Alexandre des Isnards, Thomas Zuber, L’open space m’a tuer, Livre de poche, 2009;
    Gaël Guiselin, Aude Rossigneux, Confessions d’une taupe à Pôle emploi, Calmann-Lévy, mars 2010;
    Guy Richard, L’Histoire inhumaine – massacres et génocides des origines à nos jours, Armand Colin 1992;
    Collection Autrement, rapport d’Amnesty International: les violences faites aux femmes en France, une affaire d’Etat, collection « Mutations » n°241, février 2006;
    Leszek Kolakowski, L’esprit révolutionnaire, suivi de Marxisme – utopie et anti-utopie , Editions Complexe, 1978;
    William Engdahl, OGM, l’arme de la faim, préface de José Bové, Ed. Jean-Cyrille Godefroy SELD, 2008, internet http://www.editionsjegodfroy.fr;
    Jean-Yves Mollier, Le scandale de Panama, Fayard, avril 1991 (tout sur l’Affaire, le contraire de l’anecdotique habituel;
    Jean-Christophe Victor, Virginie Raison, Frank Têtard, Le Dessous des cartes, Atlas géopolitique, Arte Editions/Tallandier, diffusion Seuil, 2005;
    Jeanne Favret-Saada (s’attaque au lobby islamiste à l’ONU), Jeux d’ombres sur la scène de l’ONU – Droits humains et laïcité, L’Olivier, coll. penser/rêver, mars 2010, de la même auteur : Les Mots, la mort, les sorts. La sorcellerie dans le bocage, Gallimard, 1977/ Folio n° 3, 1985 (passionnant, un grand classique), Le Christianisme et ses juifs. 1800-2000, en collaboration avec Josée Contreras, Le Seuil, 2004, Algérie 1962-1964. Essais d’anthropologie politique, Ed. Bouchène, 2005 ;
    Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, L’Olivier, 2010;
    Irène Frachon, Mediator 150 mg – Combien de morts ? Ed. Dialogue, 2e trimestre 2010 (essentiel);
    Marie Pezé, Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés (sur la souffrance au travail, le harcèlement professionnel; bien avant les morts récents), pas de ref., prêté ou dans un carton, récent, difficile à trouver, essayer la librarie Eyrolle (essentiel);
    Clément Caliari, Retrait de marché, Gallimard, 2010, roman (sur un labo pharmaceutique, écrit AVANT le scandale du Mediator, extrêmement documenté, passionnant et très drôle sur un sujet sinistre, à lire;
    Léon Poliakov, Histoire de l’antisémitisme, de Mahomet à 1933, Calmann-Lévy, 4 volumes, 1976-1977 (passionnant, hommes et littérature, films antisémites, dont le tristement célèbre Juif Süss, scandaleusement repris par les nazis en en inversant le sens, l’auteur véritable, Lion Feuchtwanger, Juif persécuté en Allemagne, pouvant fuir à temps en 1933, gagna la France, où ce sera bientôt une tout autre histoire;
    Bernard Friot, L’Enjeu des retraites, Ed. La Dispute, 2010 (des vues totalement originales sur le sujet, et une action militante à base de conférences hilarantes).
    STOP, par pitié.
    A moins qu’il n’y ait plus personne.

  4. j’ai beaucoup appris
    merci

  5. Bonsoir,
    Merci pour votre mot et bravo pour ce blog ! J’y retrouve des indispensables et y découvre de nouvelles.
    Cordialement,
    Belette

  6. Les commentaire « faire taire sa peur » à propos de mon livre me font plaisir, il montre que j’ai bien été comprise.

  7. Bonjour et merci de nous offrir ces longs résumés détaillés et argumentés qui donnent envie d’aller de suite chez le libraire.
    Je retiens, parmi beaucoup d’autres informations intéressantes, du premier article que la lutte des classes est une arme contre l’oppression et l’exploitation, mais aussi contre le racisme. La politique deshumanisée du pouvoir actuel contre les immigrés, qui s’accompagne de déclarations destinées à diviser les salariés, a sans doute pour but d’affaiblir la conscience de classe et la lutte des classes. Cette dernière, internationnalisée, serait peut-être la meilleure résistance à la mondialisation du pouvoir de l’argent.
    Par ailleurs, militante de la défense des droits de l’Homme, je suis effarée de constater comment les citoyens se résignent à considérer comme obligatoire le droit de propriété et facultatif, voire obsolète, le droit au travail pourtant tout aussi constitutionnel. La pensée unique est un dogme qui occupe les cerveaux au point que l’esprit critique et l’idée-même de contestation n’y ont plus leur place. Cordialement.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s