Gratuité, autonomie, répartition et possibles émancipateurs

couv_arretonsLes graduelles mises en cause de la gratuité affichée de l’enseignement supérieur sont à relier avec les processus de marchandisation de l’éducation qui ne relèvent pas que du domaine de ses financements. Les auteur-e-s, Séverine Chauvel, Pierre Clément, David Flacher, Hugo Harari-Kermadec, Sabina Issehnane, Léonard Moulin, Ugo Palheta partent des hausses frais d’inscription, sujet plus que sensible ici et à l’étranger, confère les milliers d’étudiant-e-s descendu-e-s dans la rue au Chili, au Quebec, au Royaume-Uni…

Dans leur introduction, elles et ils décrivent les tendances, les contre-réformes à petits pas, « la politique de hausse des frais d’inscription est bel et bien en marche et l’idée qu’il faudrait mettre fin à la gratuité des études supérieures est assurément dans l’air du temps », la volonté des pouvoirs publics de faire un pas de plus dans la mise au service des entreprises privées de l’enseignement supérieur, la « logique capitaliste de rentabilité et de compétitivité », le « rêve néolibéral d’un enseignement supérieur payant, fondé sur des relations de fournisseurs à clients » la disciplinarisation des étudiant-e-s e et des établissements…

« Cet ouvrage se donne ainsi un double objectif : d’abord, constituer un petit manuel permettant de déconstruire les idées néolibérales qui visent et justifient le démantèlement d’un système d’enseignement supérieur fondé sur un idéal de service public (quand bien même cet idéal paraît loin de la réalité actuelle) ; ensuite esquisser la perspective d’une éducation par répartition permettant à la fois de s’attaquer aux inégalités sociales et de favoriser l’autonomisation individuelle ». Les auteur-e-s proposent de « rendre complètement gratuit le système éducatif » (de la maternelle à l’enseignement supérieur), d’« accorder une allocation d’autonomie à chaque étudiant » (Sur des débats autour de l’autonomie, voir par exemple le récent livre du GERME : L’autonomie en mouvements. Revendications syndicales et mobilisations étudiantes : http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_77_iprod_636-l-autonomie-en-mouvements.html), d’accroitre « très sensiblement les dépenses consacrées à l’enseignement supérieur et plus largement à l’éducation ».

Séverine Chauvel, Pierre Clément, David Flacher, Hugo Harari-Kermadec, Sabina Issehnane, Léonard Moulin, Ugo Palheta reviennent sur les genèses du néolibéralisme, la place des organisations internationales dans la diffusion de ces « thèses », les laboratoires des contre-réformes, les notions de « capital humain », d’« économie de l’éducation », de « rendement social », de « rendement privé »… Elles et ils abordent, entre autres, le « partage des coûts », les systèmes de prêts aux étudiant-e-s, les marchés des crédits spécifiques, le libre recrutement et rémunération des enseignant-e-s, la sélection et la mise en concurrence des étudiant-e-s, la « responsabilisation » masque linguistique d’un « autrement dit de les discipliner ». Les auteur-e-s analysent et critiquent les discours sur « la crise » justifiant la financiarisation, parlent des « instruments de quantification de l’activité », de monopole de « vision légitime », des idéologues « au nom de la science »…

J’ai notamment été intéressé par les chapitres sur les dispositifs de normalisation des conduites étudiantes, les « dispositions ascétiques nécessaires à leur survie scolaire », l’assujettissement des futur-e-s travailleuses et travailleurs…

Les auteur-e-s montrent l’inefficacité des contre-réformes à répondre aux besoins de financement. Elles et ils parlent du coût réel de l’endettement étudiant, des inégalités sociales, des mobilisations étudiantes dans le monde (Chili, Australie, Angleterre, Quebec…). Sur les luttes au Quebec, lire par exemple : André Frappier, Richard Poulin et Bernard Rioux : Le printemps des carrés rouges. Lutte étudiante, crise sociale, loi liberticide et démocratie de la rue : leducation-est-un-droit-non-un-privilege-reserve-aux-plus-nanties-elle-doit-donc-echapper-a-la-sphere-marchande/ et Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) : ensemble-nous-sommes-capables-de-beaucoup/

Le dernier chapitre est consacré aux alternatives, aux possibles à construire.

Si les auteur-e-s ne traitent pas de la transformation de l’ensemble du système éducatif, elles et ils renvoient aux travaux du GRDS (lire par exemple : GRDS : L’école commune.Propositions pour une refonte du système éducatif : tous-les-enfants-disposent-des-ressources-necessaires-a-une-entree-reussie-dans-la-culture-ecrite/), elles et ils insistent, pour l’enseignement dit supérieur, sur les « deux piliers d’une éducation par répartition » : l’autonomie des étudiant-e-s et les moyens nécessaires à la réussite de toutes et tous les étudiant-e-s. Elles et ils développent autour d’une allocation universelle d’autonomie, d’un service public du logement, de l’absence de frais d’inscription, de l’éducation comme bien commun, etc. Elles et ils détaillent les conditions soutenables de financement…

« en mettant un coût d’arrêt à l’extension du domaine de la marchandise et à la rationalité étroitement capitaliste qu’elle véhicule, l’éducation par répartition redonnerait de la consistance à la logique des communs, plaidant en acte son expansion vers d’autres secteurs »

Collectif ACIDES : Arrêtons les frais !

Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur

Raisons d’agir, Paris 2015, 160 pages, 8 euros

Didier Epsztajn

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