Comment donner du plaisir quand t’as pas encore appris à en prendre !

1962-Benlaala-L'effraction-couvSi le livre n’avait pas été un roman, j’aurais commencé par une citation de la fin de préambule : « un jeune Français d’origine Kabyle confronté à la difficulté de vivre sa sexualité dans une société déchirée par son passé colonial ». J’aurais vraisemblablement discuté du lien entre être-d’origine, culture, et sexualité. La focalisation sur les éléments nommés culturels ne me semble ni appropriée pour discuter des socialisations, ici masculine, ni sur « les événements de Cologne » (Et sur ces événements j’aurais renvoyé aux textes divers publiés sur le blog).

J’aurais peut-être émis un doute sur la sociologie de Pierre Bourdieu en particulier sur la domination masculine.

J’aurais plausiblement indiqué que nous (les êtres humains socialisés comme homme) avons tous des difficultés à vivre notre sexualité et nous en faisons payer le prix à nos partenaires (ce n’est pas à un homme de parler à la place des êtres humains socialisées comme femme)…

Je m’éloigne en lisant et en écrivant de la présentation éditoriale.

La force du roman d’Omar Benlaala est dans sa construction, le choix des situations et des ruptures, les titres de chapitre aux lectures possiblement multiples (eau de Cologne, à l’intérieur, histoire trouée). Un livre comme un des chantiers que le personnage principal aime tant.

Des dialogues, « C’est fou cette faculté qu’on a à se raconter des histoires quand on rencontre plus fort que soi », le récit de dialogues, une invitation perçue immédiatement comme une erreur.

La Kabylie, le regard d’ici et de là « Pas vraiment de double nationalité, plutôt moitié de chaque ». La famille et les silences, « le silence des profondeurs ». Le sexe, les sexes.

L’ambiguïté et l’effraction, « ce n’était pas exactement là que nous en étions », la violence sourde que l’on s’inflige, le paravent des mots, « des mots en retard, qui n’arrivent pas assez vite pour répondre à l’offense », la vente permanente « du rêve, de la salive et du vent », garçon ou fille dans une histoire…

De quoi l’effraction est-elle ici le nom ? Concerne-t-elle un ou des personnages ou la lectrice et le lecteur ? Le silence rompu ou une vérité dévoilée ? La colonisation, l’effraction d’un corps ou les mots pour le dire ?

Des livres laissés. Une lecture, l’ouverture à la compréhension…

Toutes les lectures possibles allumées par l’incandescence des phrases…

De l’auteur : La barbe, en-verite-un-cycle-se-clot/

Omar Benlaala : L’effraction

Editions de l’Aube, La Tour d’Aigues 2016, 90 pages, 12 euros

Didier Epsztajn

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