Qui mélé yo ac cadv’ nous’ !…

letoileabsinthefront-l-572145Pourquoi un tel livre n’a-t-il pas été édité plus tôt ? Est-ce à cause de sa force, de cette tempête de mots, de son caractère « haïtien » ?

Une femme, la pension Colibri, la rupture avec une vie, la solitude, une nouvelle allure, « Réapprendre à des cendre un escalier e toute simplicité, réapprendre même à marcher… Se dépouiller de toutes ces superfluités, ces minauderies, ces mignardises, ces affections qui ont proliféré pour mieux accrocher le regard ».

Les mots colorés comme des flux musicaux, Nina (re)devenue Eglantine, « Troquer un peu de fatras contre de la poussière », une autre femme Célie, un commerce de sel, embarquement, « La Niña est morte ! L’Eglantine s’en va !… »

Un bateau, un équipage, l’étrange tourniquet météorologique, Célie et les actes brefs et sans lendemain pour sa quiétude, Eglantine et l’anéantissement mélancolique, l’étrangeté des gesticulations humaines, la tempête qui s’annonce…

« Le voilier est complètement entouré par les murailles de la tempête et bondit sur les flots, entièrement livré aux caprices de la houle », les vents s’engouffrent dans les phrases, font déborder les mots, tempête en mer et tempête dans les corps, violence et désir (reste que la sexualisation proposée est bien celle des regards masculins sur les corps des femmes), ondée tragique et saccadée, « La hurlerie a commencé », le vent, le cercueil d’harmonie, les spectres fulgurants, « Toutes les lignes dansent, frissonnent, ondulent dans le quadrille infernal de géométries ésotériques… », les rêves éveillés, l’esquive de l’hallucinose, « Entre deux mers, le voilier fait le sauteur en liberté, se rue dans une course circulaire, tel un chien théosophe poursuivant sa queue où luirait une puce imaginaire », le regard souriant d’un enfant, « l’indigence des convoitises humaines assouvies ! », la nudité étonnante et l’imposition de « l’outrage de sa dédicace disgracieuse », la peur, le sexe, les sensations troubles…

Ce qui coupe le fil des pensées, l’improviste, le délire incohérent du cœur, l’opacité des ténèbres.

Puis le calme, « La note vermeille de la trompette des pauvres gens dessine son orbe titanesque sur la petite anse poudreuse encore de soleil levant », les fureurs ravalées, les crudités verbales, l’argent, le choix, la coiffure du dieu-océan, le sol, la lagune, un « poudroiement éblouissant flotte au dessus, à perte de vue ».

Ce roman est suivi d’un court texte « Le léopard » éblouissant comme une belle larme ou une déflagration.

Jacques Stephen Alexis : L’étoile Absinthe

Zulma, Paris 2017, 160 pages, 17,50 euros

Didier Epsztajn

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