Exploser et brûler des personnes, voler leurs histoires

Quinze nouvelles des temps de la barbarie, de l’exposition des cadavres aux cauchemars des nuits de l’immigration.

« tu devras proposer dans un note succincte une manière de l’éliminer et d’exhiber son cadavre en ville », le cadavre comme œuvre d’art, l’exposition de la mort comme « un joyau sur les décombres de ce pays », la guerre au cœur des situations, la terreur comme habit quotidien, des assassins sous les formes transcendées de l’écrivain, un « Département de la vérité et de la création », la boussole et le lapin…

Hassan Blassin conte des univers armés et meurtriers, « Nous irons au cimetière, ou à la morgue, et avec la permission des gardiens du passé nous emmènerons le défunt en sortie au jardin public », mêlant le temps du sang, les espoirs de fuite, la magie des couteaux, un sourire qui ne peux s’effacer du visage, les saveurs des images « qui nous venaient du front »…

Il nous entraine au pays de cet « énorme incinérateur », de la chasse aux cercueils, de la déflagration des bombes, des ceintures d’explosifs, « Ce que je n’ai pas bien compris, par contre, c’est pourquoi il a noué une large ceinture autour de ma taille après m’avoir fait venir chez lui, ce matin »…

Rouge sang et rouge des sangs, les espaces d’humour ou de poésie, « Les mots tombaient comme une pluie féerique sur mon esprit assoiffé », la cruauté et l’absurde des labyrinthes du monde, la transformation de chacun-e, « Les guerres et les violences ont fait de nous tous des copies conformes ; tous, nous portons le même masque, celui de la souffrance et du supplice », la peur, « entre la vitesse et l’imminence de la mort », les bandes se vendant des prisonniers, les bombardements étasuniens, les radicaux au nom de dieu, les traîtrises, les vidéos et les mensonges colportés…

Les livres, l’écriture, « Quel besoin avions-nous d’inventer des formes narratives aussi compliquées pour les cadavres ? », l’espoir « jusqu’au jour où des cauchemars vinrent semer le désarroi dans ses nuits et dans sa vie », pouvoir dormir…

De l’exposition de cadavres au cri « sortez-moi de ce merdier ».

Hassan Blassin : Cadavre Expo

Traduit de l’arabe (Irak) par Emmanuel Varlet

Seuil, Paris 2017, 222 pages, 18 euros

Didier Epsztajn

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