Sans compter qu’au train où vont les choses on va tous bientôt se retrouver dans les grottes

Rarement évoquée de façon directe la « crise » grecque est pourtant au centre des nouvelles qui forment ce livre. Mais une crise qui n’oppose pas les vaincus (les « Grecs ») et les vainqueurs (les « autres ») selon une opposition binaire de peu de sens (« on va bientôt se retrouver dans les grottes (…) on ne disait pas ça pour rigoler – on y croyait. (…) ils vont nous envoyer dans les grottes ces fumiers, les nôtres et les étrangers »). D’ailleurs, la société de cette ile imaginaire mais ancrée dans le monde bien réel de l’Egée se structure dans l’opposition des « rats » (les « autochtones ») et « ceux d’aut’ part » (celles et ceux, Grecs aussi, qui venu(e)s du continent ont rêvé la construction d’un autre monde). Opposition violente, sanglante où l’espérance qui pointait encore sous le désespoir dans « Ça va aller, tu vas voir » se réduit à l’incantation réitérée « Le Salut viendra de la mer ».

Un monde de drames, de déraisons où même celles et ceux qui se battent constatent l’inanité des illusions politiques et religieuses, se sauvent par le prophétisme (Tassos dans « Je vais les bouffer vos rêves »), par la protestation symbolique (Artemi dans « Cerfs-volants de Juillet »), par la folie (Lazaros dans la nouvelle qui donne son titre au recueil).

Un « anarchisme » poussé à l’extrême qui se détruit lui-même. (« Sans oublier (…) qu’intervenir dans la vie des autres, c’est aussi une forme de pouvoir. Et ne me dis pas qu’intervenir pour faire le bien ou le mal, c’est différent. N’ose pas dire une chose pareille. Parce que le manichéisme le plus affreux c’est ça : bon pouvoir, mauvais pouvoir. »).

Une écriture addictive, répétitive (comme l’écrit Michel Volkovitch, incontournable ambassadeur de la littérature grecque contemporaine, dans sa postface « ces répétitions de mots ou de passages entiers comme dans les chansons ou les exorcismes (…) comme si on n’arrivait pas à se faire entendre (…) ou comme une voix obstinée que rien ne fera taire, jamais. ») qui vous hante encore, une fois le livre terminé.

Christos Ikonomou : Le Salut viendra de la mer

Traduit et postfacé par Michel Volkovitch.

Quidam éditeur, 2017, 20 Euros

Dominique Gérardin

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s