Et si Trump était payé ?

L’annonce a été faite le 6 décembre 2017. Le président des États-Unis en exercice transfère son ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Les réactions n’ont pas tardé et ce qu’on en sait en France par l’intermédiaire des médias reste très sélectif : on parle de fin du processus de paix en cours au Moyen-Orient, de deuxième intifada déclarée par le Hamas, de commentaires négatifs du président Macron ou encore de la Chancelière allemande. Peu retiennent les promesses du candidat conservateur à ses alliés : les suprématistes blancs, les évangélistes – chrétiens pro-sionistes (inconditionnels de la droite dure israélienne)1 –, les magnats des lobbys israéliens sur le territoire américain – dont son plus gros donateur, « le roi des casinos », Sheldon Adelson, soutien très proche de Benyamin Netanyahu et de sa politique de colonisation en Cisjordanie, et son épouse, Miriam Ochsorn. Ce choix de capitale israélienne est en effet ancien – années Reagan – et répond aux attentes d’un socle électoral qui a payé pour avoir un VRP obéissant à la tête de leur pays – le couple Adelson a versé a lui seul 83 millions de dollars pour la campagne présidentielle du Républicain. Trump, le « mâle aux multiples cultes », fait bien l’affaire. En opportuniste arrogant, il entend honorer ses dettes et plus encore remplir les caisses de sa prochaine campagne, voire directement les siennes.

En outre, en raciste et masculiniste sincère, il poursuit sa mission biblique d’épuration tout en se renflouant un maximum. Ce qui le motive le plus : l’argent, qui va, selon lui, de pair avec le pouvoir et le sexe. Plus il est riche, plus il se sent fort, à la tête du pays ou du monde, comme dans sa relation avec les femmes, l’homosexualité représentant pour cet individu une erreur biologique. Plus il se sent fort, moins il a d’état d’âmes et plus il signe de contrats faramineux avec les « bons » musulmans comme les princes d’Arabie Saoudite, du Qatar… où lui et sa famille font prospérer quelques affaires juteuses. Par ailleurs, il diversifie ses sources potentielles de profit. Trois jours avant sa déclaration fracassante sur Jérusalem, le 3 décembre, le Sénat américain a voté une refonte majeure de la fiscalité en réduisant le taux d’imposition des sociétés de 35% à 20%. Cette initiative a aussitôt été saluée par le Premier ministre israélien comme pouvant inciter les entreprises et start-ups de son pays à délocaliser leurs activités Outre-Atlantique2. De plus, cette mesure renforce des réglementations fiscales antérieures. D’une part, les entreprises étrangères basées en Israël, dont les américaines, payent déjà et seulement 16% d’impôt sur les sociétés si elles sont basées en dehors de la « zone A » en Cisjordanie3, et 7,5% si elles sont situées à l’intérieur de la zone. D’autre part, les sociétés multinationales, comme Intel par exemple, classées comme entreprises stratégiques, peuvent obtenir des allégements fiscaux qui réduisent leur facture à 5%. D’autres entreprises de haute technologie sont admissibles à des déductions fiscales supplémentaires si elles enregistrent leur propriété intellectuelle en Israël. De plus, avec la proposition « Innovation Box » d’Israël (vote à venir du 15 décembre du Parlement), le taux d’imposition chutera à 6% pour les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 2,5 milliards de dollars et le taux de retenue sur les dividendes passera à 5%.

On commence à mieux comprendre le déménagement de Tel-Aviv à Jérusalem. Où se situent les investissements de la famille Trump ? De ses alliés ? Vers quoi s’orientent-ils ? La chose reste assez opaque. Après l’opération « Elite Tower » en 2007 en périphérie de Tel-Aviv dans laquelle l’homme d’affaires, accompagné de sa fille Ivanka4 a doublé la mise (achat d’un espace 44 millions de dollars pour en faire une tour de luxe – la plus haute d’Israël, humblement appelée « Trump Plaza Tower » – et revente dix-huit mois plus tard 80 millions de dollars), Trump envisage peut-être des investissements encore plus lucratifs dans les territoires occupés ? Rien n’est impossible.

Joelle Palmieri, 9 décembre 2017

https://joellepalmieri.wordpress.com/2017/12/09/et-si-trump-etait-paye/

1 Selon des chercheurs américains, il n’y a pas moins de 50 millions d’évangélistes aux États-Unis convaincus de la vérité littérale de la prophétie biblique. Une enquête récente a révélé que 82% des évangélistes blancs croient que Dieu a donné Israël au peuple juif, une conviction partagée par seulement 40% des Juifs américains. Parmi ces évangélistes, il y a ceux qui croient en la prophétie de la « fin des temps » prédisant le contrôle juif de tout Jérusalem, une guerre des civilisations, et le choix de Juifs pour embrasser le christianisme ou mourir dans la colère de Dieu.

2 L’impôt sur les entreprises israéliennes étant aujourd’hui fixé à 24%, ces dernières peuvent être tentées à s’installer sur le sol américain.

3 La zone A inclut huit villes et leurs banlieues, sous autorité palestinienne : Naplouse, Jénine, Tulkarem, Qalqilya, Ramallah, Bethlehem, Jéricho et 80% d’Hébron, toutes villes très proches de Jérusalem.

4 Pour rappel, Ivanka Trump est mariée depuis 2009 à Jared Kushner, de famille juive orthodoxe, nommé par Donald Trump Haut conseiller au président des États-Unis en janvier 2017.

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