8 mars 2018 : les femmes des organisations paysannes de la Via Campesina se mobilisent au travers le monde

Voici un petit résumé, non exhaustif, de quelques mobilisations organisées ou auxquelles les femmes des organisations paysannes de la Via Campesina ont pris part cette année à l’occasion de la journée internationale des femmes. Notamment, dans plusieurs pays d’Amérique Latine, de fortes mobilisations ont eu lieu.

En Argentine, les femmes du MNCI sont descendues dans les rues de Mendoza pour dénoncer toutes les formes de violences qui affectent les femmes, que ces violences soient psychologiques, physiques, économiques, institutionnelles ou symboliques. Elles ont rappelé qu’en Argentine moins de 2% des titres de propriétés des terres sont au nom des femmes. Or sans terre à leur nom propre, les femmes n’ont pas d’autonomie économique et sont donc plus vulnérables à la violence. La réalité est que plus de 3 mille jeunes filles, adolescentes ou femmes adultes sont aujourd’hui portées disparues. Lors de leur grève, les femmes ont aussi dénoncé le système d’agriculture industrielle qui opprime les femmes et ont déclaré « Si nos vies n’ont de valeur, produisez et reproduisez-vous sans nous ! ».

Toujours en Argentine, des centaines de femmes du MOCASE ont investi les rues de Santiego del Estero pour dénoncer les évictions abusives de terre organisées par de grands entrepreneurs avec le concours de juges véreux. Elles ont aussi rappelé leur rôle central dans la défense des semences paysannes. « Nous voulons vivre et travailler en paix, l’histoire impose que nous ouvrions des chemins pour la liberté et la justice sociale, les femmes sont le coeur qui bat au plus profond des campagnes ».

Au Paraguay, les femmes de CONAMURI se sont mobilisées pour rappeler que sur les 1.300.000 femmes rurales que compte leur pays, plus de la moitié vivent dans la pauvreté et 35% dans l’extrême pauvreté. Le « boom » de la production de soja au Paraguay et les évictions de terres qui en découlent ne font qu’accentuer cette réalité. La journée s’est organisée autour de différents moments dont la remise en début de matinée au ministère du Travail et de la Sécurité sociale d’un manifeste résumant les demandes des femmes. La reconnaissance de l’agriculture paysanne et indigène en faisait partie comme une revendication fondamentale étant donné la violence permanente que l’agriculture industrielle représente pour les femmes.

Au Pérou, à Tambo dans la région de Junin, la FENMUCARINAP, a organisé le 6 mars à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, une rencontre régionale de femmes. La CNA, autre organisation membre de la Via Campesina au Pérou, a émis une position pour rappeler la contribution des femmes indigènes et issues des peuples autochtones dans la lutte continue pour les droits des femmes.

Au Chili, à Temuco, les femmes de ANAMURI ont profité du 8 mars pour faire entendre leur voix contre le TPP et TPP11.

Au Brésil, les femmes du MST inspirées par le slogan de Rosa Luxembourg – « Qui ne bouge pas, ne sent pas les chaînes qui le retiennent » – se sont mobilisées dans 24 états pour demander une plus grande reconnaissance des droits des femmes. Des milliers de militantes se sont mobilisées entre le 8 et 10 mars, certaines actions étant même prévues jusqu’au 20 mars. La réforme de la sécurité sociale et la lutte pour démocratie étaient au cœur des revendications.

Dans l’état du Parana, plus de 700 femmes ont occupé l’assemblée législative. Dans l’état de Bahia, à l’extrême sud, un millier de femmes ont occupé une fabrique de cellulose tandis que dans une autre partie de cet état, un groupe tout aussi important occupait une zone de monoculture. Toujours dans l’état de Bahia, le 12 mars, une occupation a eu lieu cette fois par 300 femmes du MST à São Sebastião do Passé sur le site de l’entreprise Petrobras. L’occupation dénonçait le coup d’état et les attaques faites aux droits des travailleurs et des travailleuses. Elle visait aussi à s’insurger contre la privatisation de Petrobras et contre la manière dont les richesses nationales sont dilapidées par le gouvernement actuel au niveau international.

A Rio de Janeiro, 800 femmes de divers mouvements populaires se sont installées sur le site de reprographie du journal O Globo afin de dénoncer le rôle central joué par ce groupe dans l’instabilité politique et financière du pays et dans le coup d’état contre la présidente Dilma. Des marches ont aussi eu lieu à Porto Alegre, Maceio. A Dourados, Mato Grosso do Sul, 250 femmes ont bloqué la route d’accès à une entreprise distributrice de fertilisants chimiques.

A Barcarena, dans l’état du Para, les femmes du MAM (Mouvement pour la souveraineté populaire contre les mines) se sont aussi mobilisées pour dénoncer les impacts sociaux et environnementaux de l’exploitation minière dont elles sont les premières à souffrir.

Au Mexique, du 8 au 10 mars, Plus de 5 000 femmes indigènes zapatistes mais aussi en provenance de 27 autres états du Mexique et de plus de 34 pays du monde ont participé aux « premières rencontres culturelles internationales, politiques, artistiques et sportives des femmes militantes ». Une délégation de La Via Campesina CLOC (coordination latino-américaine de LVC) a également participé aux rencontres.

Au Honduras, les paysannes ont marché dans les rues de Tegucigalpa pour les droits des femmes d’accéder à la terre, ainsi que pour leur droit à une vie sans violence, leur droit et ceux des hommes aux semences, à l’eau, à la santé et l’éducation publique.

Au Venezuela, les femmes de Junt@s de la Corriente Revolucionaria Bolívar y Zamora ont publié un texte pour expliquer les raisons pour lesquelles elles se joignaient à la grève générale du 8 mars et quelles étaient leurs propositions. Parmi ces propositions, elles demandent que dans toutes les instances, organisations, forces sociales et mouvements, l’incorporation des femmes au niveau économique, politique culturel, technologique se fasse dès l’élaboration théorique et stratégique des choses et non pas seulement au moment de la réalisation et mise en œuvre des actions. Elles proposent que les hommes s’impliquent aussi dans le débat sur l’égalité de genre, que ce débat dépasse les limites habituelles et qu’il y aie une féminisation de la politique. Elles demandent aussi une politique intégrale pour favoriser le travail des femmes dans la production notamment agricole.

En Europe, l’appel à la grève de 24 heures des femmes a remporté un vif succès dans de nombreuses villes d’Espagne. En Galice, seulement dans la ville de Vigo, 40.000 personnes se sont rassemblées. Parmi toutes les organisations qui ont appelé à cette grève, Le SLG (Sindicato labrego Galego) était la seule organisation paysanne à le faire. En effet la plupart des syndicats majoritaires avait appelé à des grèves de quelques heures seulement. « Nous avons une force immense que nous avions nous-mêmes sous-estimée ».

En Palestine, les femmes ont manifesté le 8 mars à Gaza pour rappeler les horreurs commises par l’occupation israélienne et ses crimes contre l’humanité. Cette occupation a fait perdre à beaucoup de femmes et d’hommes leurs terres, leurs villes, leurs vies.

En Thaïlande, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, l’Assemblée des pauvres s’est prononcée sur la place des femmes dans l’organisation. « Les femmes, villageoises, fermières, doivent se tenir debout contre l’injustice et la force. Les femmes paysannes se battent contre la justice et l’oppression, aux côtés des hommes, comme membres égales et égaux dans l’assemblée des pauvres. »

En Turquie, Ciftçi-Sen a repris l’appel émis par la Via Campesina et l’a traduit en turc pour saluer toutes les femmes qui luttent dans les campagnes et dans les villes.

En Inde, dans le Karnataka, à l’occasion du 8 mars, des jeunes paysans en formation à l’école d’agroécologie Amrita Bhoomi ont préparé et distribué des paquets de semences locales sur lequels ils avaient imprimé le slogan : « Ton esprit est un jardin, tes pensées sont des graines. La récolte peut être des fleurs ou des mauvaises herbes».

Au Japon, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, 600 femmes ont participé à une rencontre au centre de Tokyo, et ont appelé à l’égalité des conditions de travail, à l’égalité des genres et la souveraineté alimentaire.

En Corée du Sud, les membres de l’Association Coréennes des Femmes Paysannes ont envoyé un message de solidarité à toutes les femmes du monde : « Le cœur et le travail de toutes celles qui se joignent à nous changeront le monde ».

En Indonésie, l’Union des Agriculteurs Indonésiens (SPI) a adressé des vœux particuliers aux femmes qui luttent et résistent, non seulement pour gagner leur vie, mais aussi pour participer en politique, et pour obtenir l’égalité, l’égalité de salaire et la reconnaissance de leur travail. « Nous saluons les femmes qui participent à la lutte constante pour mettre fin à la violence contre les femmes et contre toute l’humanité, Nous saluons celles qui s’opposent à l’oppression capitaliste, qui refusent d’accepter un modèle patriarcal enraciné dans la société, où les femmes sont quotidiennement victimes de violence, de discrimination, d’exploitation, d’oppression et de meurtre ».

https://viacampesina.org/fr/8-mars-2018-les-femmes-des-organisations-paysannes-de-la-via-campesina-se-mobilisent-au-travers-le-monde/

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