Infantilisation des femmes et sexualisation des enfants

En partant de la consommation de la pornographie par une majorité des filles et des garçons avant l’âge de quatorze ans, Richard Poulin s’interroge sur la pauvreté des recherches « Alors que nul n’ignore la puissance des images dans notre société, peu de gens semblent s’en soucier lorsqu’il est question des industries du sexe. »

Impossible d’évoquer les multiples thèmes abordés par l’auteur, certains découverts à la lecture de cet ouvrage. Je dois reconnaître un certain effarement devant certaines  »données ». Ni rire, ni pleurer, mais comprendre disait le philosophe, mais face aux abjections, un certain sentiment d’impuissance…

La pornographie doit être replacée dans les rapports sociaux dominants de sexe « La pornographie se focalise sur le plaisir masculin – qui est à la fois l’apogée et le but du spectacle, car après l’éjaculation tout est terminé – et l’humiliation des femmes, laquelle se trouve renforcée par une hiérarchisation particulièrement raciste. » Et contrairement à des idées répandues, elle n’est pas qu’une affaire d’adultes consentants.

L’auteur fait le lien entre la sexualisation précoce, le nouvel ordre pornographique, l’hypersexualisation de la société « à l’intérieur de laquelle le corps féminin est chosifié et morcelé et où la valeur des femmes est réduite à leurs attributs physiques et à leur capacité à plaire et à séduire » et la surexposition de l’intimité dans la sphère publique.

La publicité envahit les espaces, dans les magasines, à la télévision, sur internet, « la société actuelle subit un vacarme sexuel assourdissant, caractérisé par une banalisation de la pornographie et du sexe marchandise. Le sexe est partout. Il s’achète, se vend, se loue et il vend et se fait vendre.. »

La pornographie est, de plus, prescriptrice de comportements, d’attitudes et de pratiques qui parfois se concluent par des transformations irréversibles (opérations chirurgicales). La consommation fantasmatique et réelle semble dominer. Richard Poulin a bien raison de s’interroger : « Que des hommes soient capables de bander pour des objets synthétiques, totalement dociles, et jouir, en dit long sur eux en particulier et sur la société masculine dans son ensemble. »

Sans invalider les analyses et les conclusions de l’auteur, je crois que celui-ci aurait gagné à présenter les contradictions engendrées par le nouvel ordre sexuel et rendre moins lisses, moins unilatérales les évolutions décrites.

Un livre pour ne pas accepter la marchandisation de nos êtres, de nos corps, la réduction des libérations à la consommation, au paraître, sans oublier les violences physiques et psychiques. A l’isolement narcissique et aux nouveaux préceptes comportementaux, nous pouvons opposer une émancipation construite sur l’acceptation des limites du moi, sur les échanges avec d’autres, égaux et égales.

Richard Poulin : Sexualisation précoce et pornographie

Editions La dispute, Paris 2009, 273 pages, 24 euros

Didier Epsztajn

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