La situation de l’homme blanc lui interdit d’accuser qui que soit de haine !

2« Le jour où j’étais perdu, le scénario écrit par James Baldwin, ce « film fantôme », nous donne à lire un Malcolm X multiple, à travers des allers-retours incessants entre la prison, les violences racistes, la haine des Blancs, l’islam, la politique, les amours, entre l’enfance de Malcolm Little et l’activité de prédicateur musulman impliqué dans le mouvement pour la libération noire. C’est un Malcolm de chair que dépeint Baldwin dans les pages qui suivent ».

Le texte de James Baldwin séduit par sa construction, son approche non linéaire de l’histoire et de la personnalité de Malcolm X. Une histoire scénarisée articulant vie et pensée, contradictions et tensions, jouant sur les temps et le surgissement du passé dans le présent, « … l’homme qui a violé ta mère et assassiné ton père ! » ou « Ne les laissez pas faire manger du porc à mon garçon ». L’auteur rend palpable le racisme, comme structure du quotidien, comme ombre de chaque geste, comme peau recouvrant le moindre espace de cette société étasunienne. Derrières les noms « Red », « Malcolm Little », Omowale », « Malcolm X » et « El Hajj Malik El Shabbaz » le portrait d’un homme, pas d’un héros hollywoodien, qui n’accepte pas cette dictature des « diables blancs ».

Et aussi, la violence, « Pourquoi ne demandez-vous pas aux Blancs, qui sont vraiment entraînés à la violence, ce qu’ils pensent de tous les Noirs innocents qu’ils tuent ? Quand un jeune blanc tue, c’est un problème « sociologique ». Mais quand un jeune Noir tue, vous êtes prêts à construire des chambres à gaz. Comment se fait-il que vous ne vous inquiétiez jamais quand les Noirs se tuaient entre eux ? Tant que l’on massacrait les Noirs de sang-froid, tant qu’on les lynchait, vous disiez : « les choses s’arrangeront ». » le désespoir, « Nous voyons les gens avec ses yeux : des êtres sans but, perdus, sans espoir », l‘ironie, la vénalité, les gestes du quotidien, l’espérance…

Une autre lecture de la réalité. « Merde ! Tu crois que j’allais me battre dans l’armée de l’homme blanc ? Cet homme qui me tue dans son uniforme, dans mon pays, où je suis né ? Ce n’est pas l’ennemi qui nous tue – c’est lui ! ».

Un autre regard sur la politique. « Pourquoi un citoyen devrait-il lutter pour obtenir ses droits civiques ? Pourquoi devrais-je me battre, moi, pour obtenir ce que vous avez reçu, vous en naissant ? Non ! Maintenir le Noir américain genoux, le contraindre à mendier la reconnaissance de ses droits civiques n’est qu’un piège. On empêche ainsi les Noirs de comprendre qu’ils ont un motif irréfutable de mettre les États-Unis en accusation devant les Nations unies pour non respect des droits humains ».

Construction, dialogues, poids des mots, un scénario certes, mais avant tout un texte d’une force remarquable. James Baldwin est un écrivain, pas un plumitif. Il « traduit » en mots, en phrases, les situations, les aspérités, les heurts et les moments de tendresse et les engagements.

Un livre fort, un livre-tension vers la libération noire.

« Nous les laissons à cette tâche et parcourons les rues de Harlem sous la pluie, tandis que la nuit tombe »

Parmi les nombreux livres de l’auteur : La prochaine fois, le feu, Editions Gallimard 1963, Nous ne serons libres que le jour où les autres le seront

Sur Malcom X, voir, entre autres : Sadri Khiari : Malcolm X. Stratège de la dignité noire, Editions Amsterdam 2013, La revendication d’égalité n’est pas négociable

James Baldwin : Le jour où j’étais perdu

La vie de Malcolm X : un scénario

Traduction française de Magali Berger

Editions Syllepse, Editions Syllepse – Le jour où j’étais perdu…, Paris 2013, 265 pages, 15 euros

Didier Epsztajn

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