L’inanité des solutions de marché et de l’organisation selon le modèle de l’entreprise


dereugTrop souvent des analyses de phénomènes sociaux sont limitées au cadre national. Hors les processus de dérégulation et de « marchandisation » ne sont compréhensibles qu’en prenant en compte leurs impulsions par les organismes internationaux. Il convient donc de souligner les politiques parallèles ou divergentes, les décalages de temporalité, expliquer comment se déclinent, en fonction des histoires et des constructions institutionnelles, les mises en œuvre des contre-réformes néolibérales.

Je voudrais revenir, en premier lieu, sur le sous-titre de l’ouvrage, « La construction étatisée des « marchés » des études supérieures dans le monde ». Contre les légendes et les contes de fée/cauchemars, de la doxa néo-libérale, le(s) marché(s) n’ont rien de « naturel ». Ils sont toujours construits institutionnellement. Et l’analyse de la fabrication des « marchés » des études supérieures est particulièrement éclairant.

Sur ce point, comme sur d’autres, le Chili fut un laboratoire. Il faut souligner l’alliance criminelle des Chicago-boys et de la dictature de Pinochet (Voir par exemple le livre d’Yves Dezalay et Bryant G. Garth : La mondialisation des guerres de palais, Seuil 2002). Et c’est donc à juste titre que le premier texte revient sur « L’éducation supérieure comme business : le modèle néolibéral chilien ».

Chili, Etats-Unis, Japon, Suisse, Afrique de l’Ouest, Québec, France, Suède, Maghreb, Amérique du Sud…

Les auteur-e-s abordent, entre autres, les processus de commercialisation de l’enseignement, le financement privé, la contractualisation et la précarisation des enseignant-e-s, l’augmentation spectaculaire du nombre d’étudiant-e-s, la crise de la dette étudiante, le transfert des coûts aux « ménages », les recompositions entre disciplines, les logiques de spécialisation, la diversité des « usages sociaux » de l’université, les inégalités…

Elles et ils parlent de systèmes couteux et opaques, d’élitisme et d’inégalités, de fragmentation, de pilotage, d’investissements du secteur privé, d’augmentation des coûts de fonctionnement, de structure bureaucratique, de contrôle, de mercenarisation, de « marché » de petits modules interchangeables, de l’accord de Bologne, de compétition et de classement, de projets à court terme, des institutions religieuses et des universités confessionnelles, du primat « de la dimension entrepreneuriale et économique » des institutions universitaires…

J’ai particulièrement été intéressé par les analyses de Pierre Gervais sur les différences entre privatisation, managérialisation, marchandisation.

Les auteur-e-s soulignent la montée en puissance des diplômes à finalité professionnelle, les luttes des étudiant-e-s contre les transformations et la hausse des frais d’inscription, l’importance de prendre en compte les « effets du temps », sur les études, les phénomènes migratoires…

Elles et ils analysent les « quelques schèmes fondamentaux » structurant les débat sur les contre-réformes et montrent leur inanité, leur caractère très approximatif voire fallacieux.

Sans mythifier les pratiques universitaires antérieures, les participations ou non à la construction des savoirs, les contributions scientifiques… il reste important de rappeler que le potentiel émancipateur et critique passe « aussi par le fait que chacun ait le droit d’accéder librement au savoir et que la recherche ne soit pas asservie aux impératifs de la production marchande, comme le proposent la plupart des politiques mises en œuvre par imitation de « modèles » déjà en crise là où ils existent depuis plus de trente ans. »

Sommaire :

Introduction : Les faux-semblants de la marchandisation et de la globalisation universitaire

I- le modèle universitaire néolibéral et ses déclinaisons mondiales

II- La mise en crise de l’illusio académique

III- Les marges de résistances

Conclusion : La crise de l’université sur le mode néolibéral

En complément possible :

Collectif ACIDES : Arrêtons les frais !. Pour un enseignement supérieur gratuit et émancipateur : gratuite-autonomie-repartition-et-possibles-emancipateurs/

ARESER, Christophe Charle et Charles Soulié (dir.) : La dérégulation universitaire

La construction étatisé des « marchés » es études supérieures dans le monde

DérégulationuniversitaireEditions Syllepse et M éditeur, Paris et Saint-Joseph-du-Lac (Québec) 2015,

http://www.syllepse.net/lng_FR_srub_37_iprod_642-la-deregulation-universitaire.html#

366 pages, 25 euros

Didier Epsztajn

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