Renverser la honte et la culpabilité

« Cette année, environ 220 000 femmes auront été victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur conjoint, et environ 140 seront mortes sous les coups »

« En France, les statistiques officielles annoncent qu’une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint et deux enfants par jour meurent à la suite de maltraitances »

« Les rares estimations qui ont été faites, par l’Unicef notamment, prédisent que 1 fille sur 8 et 1 garçon sur 10 seront victimes d’agressions sexuelles avant l’âge de 18 ans, tandis qu’une étude canadienne (probablement plus proche de la réalité à mon avis) fait état d’1 fille sur 5 et d’1 garçon sur 7 avant l’âge de 15 ans ! Sur une classe d’une trentaine d’élèves, cela signifie qu’en moyenne, 4 ou 5 gosses vont y passer ! Cela mérite peut-être qu’on se penche sur la question ? »

Trois citations et un regard lucide sur des violences systémiques.

Pour ce qui de la situation dans l’Etat français, Laurence Beneux détaille les aveuglements de l’appareil judiciaire (plaintes classées sans suite, non-respect du contrôle judiciaire, verdict gommant le statut de victime, requalification de crimes en délits…)

Elle analyse la difficulté de s’extraire par la fuite des emprises violentes, la faillite des institutions devant assurer la protection.

L’autrice rappelle que l’Etat français viole l’article 12 de La Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (1989) :

« 1. Les Etats parties garantissent à l’enfant qui est capable de discernement le droit d’exprimer librement son opinion sur toute question l’intéressant, les opinions de l’enfant étant dûment prises en considération eu égard à son âge et à son degré de maturité.

2. A cette fin, on donnera notamment à l’enfant la possibilité d’être entendu dans toute procédure judiciaire ou administrative l’intéressant, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un représentant ou d’une organisation approprié, de façon compatible avec les règles de procédure de la législation nationale. »

Laurence Beneux fournit de nombreux exemples concrets, revient aussi sur les exemples de Jacqueline Sauvage, de l’« affaire Outreau » ou du « CD-Rom de Zandvoort ». Elle souligne que « les victimes doivent se débrouiller ». Elle parle avec une juste ironie des « conseils » du site gouvernemental « stop-violences-femmes » et aborde, entre autres, les victimes sans droit d’avoir un débat public qu’est le procès, d’un cas d’« illégale connivence entre défense et procureur », le non respect des droits des enfants et des femmes, les viols au sein de la famille et des traitements judiciaires, la prédominance du « droit A l’enfant » sur le « droit DE l’enfant », la qualification de « crime passionnel », la violence de l’institution se retournant contre les victime, les soit-disant experts, les injonctions du droit de visite, les droits de garde retirés à des femmes dénonçant les violences et les attributions à des pères soupçonnés d’abus sexuels, le fumeux « syndrome d’aliénation parentale » et les campagnes masculinistes, l’ascendant moral et physique des adultes, les femmes punies parce que les enfants ne veulent pas voir leur père…

Le combat réactionnaire, souvent appuyé sur des dogmes religieux, contre les droits des femmes prend parfois des accents ouvertement pour la violence exercée contre elles, dépénalisation partielle des violences au sein de la famille par le parlement russe sous la pression de l’Eglise orthodoxe, décret de Donald Trump interdisant le financement des organisations non-gouvernementales défendant le droit à l’avortement… sans oublier la non-dénonciation par les églises des actes de pédophilie de prêtres.

Il s’agit bien de garantir aux hommes « le contrôle de la femme et de son corps, et, par là, de la descendance ». Et l’autrice rappelle que toutes les avancées des droits des femmes, la plupart très récentes, ont été arrachées par des luttes.

Des femmes et des enfant dont l’autrice souligne le courage de la prise de parole (brisant le silence), de dénoncer un être proche souvent considéré comme bienveillant (« un homme exemplaire.. ! »). Laurence Beneux détaille les procédés qui font que la parole des enfants n’est pas prise au sérieux, discute des délais de prescription « Victime à perpétuité, mais prescription pour le criminel », des arcanes du militantisme pédophile, des amnésies traumatiques, des dépôts de plainte comme élément de reconstruction de soi, de l’école, de pédopornographie, de « snuff movies », de cet omniprésent « faire du mal aux enfants en prétextant que c’est pour leur bien ».

Il semble bien qu’il n’y ai pas (ou peu) de droits de l’enfant au soit-disant pays des droits de l’Homme (traduction masculiniste des droits des êtres humains) !

Laurence Beneux expose quelques solutions, parle de choix de société, du tabou des violences sexuelles, de personnes violentes et de la société qui les laisse faire. « On peut revendiquer que les adultes ont d’abord des devoirs vis-à-vis des enfants, et que le droit de l’enfant est prioritaire sur un droit à l’enfant ».

Certaines formules me semblent discutables, il y a une forme d’essentialisation des « mères » (un rôle social assigné très majoritairement assigné aux femmes), les violences sont peu inscrites dans le fonctionnement des rapports sociaux, l’institution familiale elle-même est peu intérrogée…

Cela relève en partie d’autres débats à mener. Quoi qu’il en soit, un livre pour briser « l’intolérable indifférence » (Lire l’entretien avec l’autrice publié par Bastamag : https://www.bastamag.net/Pour-les-140-femmes-tuees-chaque-annee-par-leurs-conjoints-aucun-etat-d-urgence)

.

Laurence Beneux : Droits des femmes et droits des enfants

L’intolérable indifférence

Editions Michalon, Paris 2017, 224 pages, 17 euros

Didier Epsztajn

Publicités

Une réponse à “Renverser la honte et la culpabilité

  1. Merci beaucoup pour cette note de lecture qui résume très justement les points essentiels de mon livre…Et ses limites! D’autres débats restent effectivement à mener! Laurence Beneux

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s