Invasion de l’Ukraine (quelques textes)

  • Déclaration commune de syndicats ukrainiens
  • Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine
  • Vicken Cheterian : Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine
  • Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix
  • Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien
  • Pjort Sauer et Andrew Roth : L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

L’Ukraine résiste à l’agression de la Fédération de Russie (FR) depuis 2014.

À la suite de cette agression, la Crimée ukrainienne a été annexée, des parties des régions de Lougansk et de Donetsk en Ukraine ont été occupées. Au cours des huit dernières années d’agression de la FR, l’Ukraine a perdu des dizaines de milliers de vies humaines, plus de 1,5 million de nos citoyens ont été contraints de devenir des personnes déplacées à l’intérieur du pays.

Dans le même temps, la guerre et la menace d’une invasion à grande échelle minent l’économie ukrainienne. Cela se traduit par des pertes d’installations industrielles et d’infrastructures sur les territoires occupés, l’arrêt des investissements. Tout cela a des conséquences sur les revenus et les emplois des travailleurs qui luttent pour la paix et le développement démocratique de leur pays.

Le président de la Fédération de Russie, V. Poutine, par son décret du 21 février, a reconnu les républiques autoproclamées de Luhansk et de Donetsk comme des États souverains et indépendants.

La reconnaissance de ces républiques autoproclamées est une violation du droit international et la destruction du système de sécurité qui a été développé après la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’URSS, ainsi qu’un acte de violation de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine avec la sortie de facto de la RF des accords de Minsk.

En outre, le 21 février, la Fédération de Russie a commencé à faire entrer officiellement des troupes russes dans le territoire occupé des régions de Louhansk et de Donetsk en Ukraine (l’armée mercenaire et les forces professionnelles russes portant les signes d’identification des forces armées des républiques autoproclamées de Louhansk et de Donetsk ont déjà été déployées illégalement sur les territoires occupés). Les forces armées ukrainiennes respectent strictement le régime de cessez-le-feu. Elles ne mènent aucune action militaire ou illégale dans les territoires occupés. Dans le même temps, sur le territoire contrôlé par l’Ukraine, les civils des régions de Donetsk et de Louhansk souffrent depuis une semaine des tirs d’artillerie incessants en provenance des territoires occupés.

En outre, la FR mène une campagne enragée pour discréditer l’armée ukrainienne en diffusant une désinformation massive, des provocations, des bombardements sous un faux drapeau dans les régions de Louhansk et de Donetsk afin de trouver un casus belli pour déclencher une guerre à grande échelle. La position officielle de l’Ukraine, qui a été annoncée à plusieurs reprises, est fondée sur la recherche d’une voie politique et diplomatique pour le retour des territoires occupés.

Au nom des organisations syndicales, nous exprimons notre profonde gratitude envers les pays, les organisations, les politiciens et les personnes qui ont soutenu l’Ukraine pendant toutes ces années.

Nous demandons aux syndicats et aux organisations publiques de fournir un soutien solidaire à la population ukrainienne dans la lutte contre l’agression de la FR, et d’empêcher une guerre à grande échelle en Europe, qui peut changer instantanément le mode de développement des pays européens et l’architecture de l’ordre mondial.

Nous demandons de diffuser la Déclaration des syndicats ukrainiens sur les ressources web des syndicats, dans les médias sociaux et les messageries.

Le peuple d’Ukraine résistera et gagnera la lutte pour son indépendance, son intégrité territoriale et son choix civilisationnel.

#StopRussianAggressionInUkraine (Arrêtez l’agression russe en Ukraine)

Syndicats signataires :

  • Travailleurs de l’industrie et de l’énergie nucléaires d’Ukraine

  • Syndicat des travailleurs des industries métallurgiques et minières d’Ukraine 

  • Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine

  • Union des travailleurs de l’énergie et de l’industrie électrotechnique d’Ukraine 

  • Union des travailleurs de l’industrie pétrolière et gazière d’Ukraine

  • Union des travailleurs de l’industrie chimique et pétrochimique d’Ukraine 

  • Syndicat des travailleurs de la construction d’avions et de machines d’Ukraine

  • Syndicat des travailleurs de l’industrie de la défense d’Ukraine

  • Syndicat des travailleurs de la radio, de l’électronique et de la mécanique d’Ukraine Syndicat des travailleurs de l’automobile et de la machinerie agricole d’Ukraine Syndicat de la construction mécanique et de la métallurgie d’Ukraine

  • Union des employés d’État d’Ukraine Union des travailleurs de la santé d’Ukraine

  • Syndicat de l’économie municipale, de l’industrie locale, des services à la population d’Ukraine 

  • Syndicat des travailleurs des installations gazières d’Ukraine

  • Union des travailleurs sociaux d’Ukraine

23 Février 2022

http://www.laboursolidarity.org/Declaration-commune-de-syndicats

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La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Chers frères et sœurs !

Le 24 février, à 5 heures du matin (heure de Kiev), la Russie a lâchement attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine.

Les principales villes ukrainiennes Odesa, Mariupol, Kharkiv, Tchernihiv, ainsi que les oblasts [entité administrative] de Donetsk et de Louhansk sont attaqués. Les aéroports près de Kiev ont également été attaqués. L’armée et le peuple ukrainiens défendent leur terre.

Aujourd’hui, nous devons nous battre pour notre liberté, notre démocratie et notre paix.

La Confédération des syndicats libres d’Ukraine appelle toutes les organisations syndicales mondiales, les frères et sœurs des syndicats de différents pays à la solidarité.

Le KVPU appelle à poursuivre et à renforcer la pression diplomatique et économique internationale sur la Fédération de Russie et à prendre toutes les mesures possibles pour arrêter la guerre et forcer le retrait de ses forces du territoire de l’Ukraine. Un ensemble efficace de sanctions doit être imposé immédiatement contre la Fédération de Russie. Nous appelons à fournir toute l’assistance possible à l’Ukraine.

Nous devons nous unir pour arrêter la guerre et assurer la paix en Ukraine, en Europe et dans le monde entier.

Comme nous l’avons déjà informé, le Président de la Fédération de Russie V. Poutine, par son décret du 21 février, a reconnu les républiques autoproclamées de Luhansk et de Donetsk comme des États souverains et indépendants. En outre, le 21 février, la Fédération de Russie a commencé à faire entrer officiellement les troupes russes dans le territoire occupé des régions de Luhansk et de Donetsk en Ukraine.

Ainsi, selon le droit international humanitaire, la Russie a admis déclencher un conflit armé international.

Nous voulons souligner à nouveau que l’Ukraine a observé le régime de cessez-le-feu et respecté les accords, qu’elle n’a pas mené d’actions militaires ou illégales dans les territoires occupés. C’est la Russie qui a commencé l’agression en 2014. Ce sont les forces russes qui ont bombardé les villes de la région de Donetsk et de Luhansk cette semaine. Aussi, nous appelons à ne pas croire la propagande russe.

Non seulement l’indépendance de l’Ukraine, mais aussi la sécurité de l’Europe entière et l’avenir du monde dépendent de notre réponse commune et de notre solidarité.

L’union fait la force !

Le président de la Confédération des syndicats libres d’Ukraine 

Mykhailo Volynets

24 février 2022

http://www.laboursolidarity.org/Declaration-commune-de-syndicats

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Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Le 24 février 2022, les militaires russes envahissent l’Ukraine. Les relations internationales ne seront plus jamais les mêmes. Alors que les militaires russes ciblent l’ensemble du territoire de l’Ukraine, leur objectif politique reste mal défini.

Quel est l’objectif politique de l’invasion russe en Ukraine ? Les longs préparatifs militaires et l’ampleur des opérations montrent clairement que les objectifs russes ne se limitent pas aux deux  «républiques séparatistes » de Donetsk et de Lougansk. Pour comprendre ce que la Russie compte réaliser avec cette invasion, il faut revenir au discours de Poutine du 21 février, dans lequel il niait le droit de l’Ukraine à la souveraineté de l’Etat [1]. L’objectif de l’invasion est donc de déclencher un changement de régime par une invasion militaire, et de faire passer l’Ukraine sous domination russe.

Les relations internationales ne seront plus jamais les mêmes. Les opérations militaires russes ne sont pas comparables à celles de 2014 où la Russie a annexé la Crimée et créé un état de guerre permanent dans le Donbass. Nous ne pouvons pas non plus comparer l’invasion actuelle avec la guerre russo-géorgienne de 2008, lorsque les militaires russes auraient pu avancer jusqu’à Tbilissi et faire tomber Mikhaïl Saakachvili, mais se sont abstenus de le faire. Aujourd’hui, l’invasion russe de l’Ukraine vise une domination totale. Elle est comparable à l’invasion américaine de l’Irak en 2003, avec les résultats catastrophiques que l’on sait.

Pour analyser la crise actuelle, il est nécessaire de distinguer deux niveaux de conflits: les relations russo-étatsuniennes et les relations russo-ukrainiennes. Le conflit actuel en Ukraine est le résultat de deux « péchés originels ». Le premier est la décision prise par les Etats-Unis, sous la présidence du démocrate Bill Clinton en 1993, non seulement de préserver l’OTAN – une alliance militaire formée pour s’opposer à l’Union soviétique (URSS) – mais aussi de l’étendre vers l’est. D’autres alternatives, comme le démantèlement de l’OTAN, la recherche d’une architecture de sécurité commune en Europe incluant la Russie, ont été ignorées. A un moment donné, cette expansion militaire sans fin vers l’Est devait se heurter à la résistance russe. Pourquoi maintenant ? Parce que la Russie se sent sûre d’elle après ses réformes militaires massives depuis 2008, ses campagnes militaires « réussies » en Tchétchénie, en Géorgie, en Syrie, en Libye et ailleurs, mais aussi parce que la Russie, avec son armée forte d’un million de soldats, dispose d’une puissance militaire prépondérante sur le théâtre européen.

A un certain niveau, ce conflit est le fait d’une grande puissance qui parle à une autre grande puissance: lorsque Poutine a adressé ses demandes du 17 décembre 2021, visant à ramener l’OTAN aux positions de 1997, cette demande n’a été adressée ni à Kiev, ni à Bruxelles, mais à Washington. Poutine parlait à Biden dans le même langage d’une puissance hégémonique: repousser les frontières géopolitiques de l’Europe de l’Est, simplement parce que la Russie a aujourd’hui les moyens de le faire, un peu comme le comportement des Etats-Unis dans les années 1990.

Mais il existe un autre niveau d’analyse, celui des relations russo-ukrainiennes, et là, le deuxième « péché originel » a été commis par la Russie en 2014 dans le contexte de la révolution « Euromaïdan ». L’Ukraine est un Etat vaste mais fragile. Sa composition interne – une importante population russophone dans son est et son sud, et une population pro-occidentale en Galicie – mais aussi sa situation géopolitique entre la Russie d’un côté et l’OTAN et l’Union Européenne de l’autre ont contraint l’Ukraine à un numéro d’équilibriste. Nous avons déjà vu cet acte de balancement en 2004, lorsqu’après la « révolution orange » le candidat pro-russe, Victor Ianoukovitch, est revenu au pouvoir. Même après l’Euromaïdan, la possibilité de recréer l’équilibre entre la Russie et l’Occident était réelle. Cette possibilité a été détruite par l’annexion russe de la Crimée et la guerre dans le Donbass. Après 2014, aucun dirigeant ukrainien ne pouvait faire de compromis avec la Russie, et encore moins exprimer des positions pro-russes. Les actions russes ont poussé l’Ukraine vers l’Ouest, et sa politique interne vers un nationalisme défini comme anti-russe.

L’invasion à laquelle nous assistons aujourd’hui va consolider l’identité ukrainienne en termes nationalistes, marquant la rupture définitive entre les identités ukrainienne et russe. C’est un processus douloureux qui a commencé en 2014, et qui déchirera le tissu social non seulement de l’Ukraine mais aussi de la Russie.

L’insécurité européenne

Il reste à voir si Poutine réussira à obtenir ce qu’il veut de l’Ukraine en utilisant cette invasion militaire. Cependant, en ce qui concerne ses relations avec les Etats-Unis, l’OTAN et l’Europe, ce sera un désastre. La crise ukrainienne de ces derniers mois a révélé un « Occident » très divisé: d’une part, des Etats-Unis préoccupés ailleurs – dans la région du Pacifique et par des problèmes politiques internes – et pas prêts à affronter la Russie en Ukraine. Le président américain Biden, qui a plus d’une fois prédit l’invasion russe à venir, avait pourtant clairement indiqué que les Etats-Unis n’enverraient pas leurs soldats pour défendre l’Ukraine. En Europe, certains pays limitrophes de la Russie, comme la Pologne et les pays baltes, craignant la réapparition de la Russie, ont adopté des positions traditionnellement dures à l’égard de Moscou. Mais les principaux Etats de l’Union Européenne, comme l’Allemagne, la France et l’Italie, voulaient des relations normales et résoudre les problèmes de sécurité de la Russie par la diplomatie. Cette troisième voie est désormais défaite.

L’invasion militaire russe du 24 février marque la fin des efforts d’Emmanuel Macron et d’Olaf Scholz. La Russie, après avoir consolidé le nationalisme ukrainien, consolidera l’OTAN à ses frontières. Après avoir atteint un niveau historiquement bas de 70 000 soldats, les Etats-Unis pourraient redéployer de nouvelles forces militaires en Europe. Les pays de l’UE, qui craignent la Russie, augmenteront leurs dépenses militaires. Alors que le conflit actuel pourrait faire grimper les prix du pétrole et du gaz, les pays de l’UE chercheront des alternatives à l’énergie russe. L’Occident imposera également de sévères sanctions économiques et financières à la Russie. Si Moscou, avec ses plus de 600 milliards de réserves, a les moyens de résister à la pression financière, ne nous faisons pas d’illusions quant à l’impact catastrophique de la guerre et des sanctions sur l’économie mondiale, gravement handicapée après deux ans de pandémie.

Mais ce sont l’Ukraine et le peuple ukrainien qui souffriront le plus. L’Ukraine est l’un des pays les plus tragiques d’Europe, qui a immensément souffert au cours de son histoire. Elle est née en tant qu’Etat indépendant dans les horreurs de la Première Guerre mondiale, suivie de la guerre civile russe qui a fait des millions de victimes. Pendant la collectivisation forcée des terres par Staline en 1932-33, l’Ukraine a souffert d’une  famine de masse, connue sous le nom de Holodomor, qui a provoqué la mort de faim de « 7 à 10 millions » de personnes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces d’occupation nazies ont utilisé des millions d’Ukrainiens comme esclaves, exterminé les Juifs ukrainiens et d’autres minorités, tandis que certaines des batailles les plus féroces entre les forces d’occupation allemandes et les troupes soviétiques ont eu lieu en Ukraine. Les pertes ukrainiennes durant la Seconde Guerre mondiale se situent entre 5 et 7 millions. L’effondrement de l’Union soviétique a été très douloureux pour l’Ukraine ; un indicateur résume son immense souffrance: la population ukrainienne est passée de 52 millions d’habitants lors de l’effondrement de l’URSS en 1991, à 43 millions actuellement. Aujourd’hui, l’Ukraine est une fois de plus une victime.

La Russie peut avoir des préoccupations légitimes en matière de sécurité vis-à-vis de l’OTAN. Mais existe-t-il une loi sur terre qui prive l’Ukraine et les Ukrainiens de leur droit légitime à la sécurité, à la dignité et à l’indépendance ?

Vicken Cheterian 

[1] Le chauvinisme grand-russe de Poutine ressort bien de sa «reconstruction historique». Sabine Dullin, professeure en Histoire contemporaine à Sciences Po (France Culture, 22 février), notait à juste titre la proximité de son approche avec celle d’Alexandre Soljenitsyne. En 1990, Alexandre Soljenitsyne écrivait Comment réaménager la Russie. « Dans ce livre, la Russie c’est l’Ukraine, la partie ouest du Kazakhstan qui est plutôt russophone, la Biélorussie et la Russie. Tout le reste n’est pas véritablement le cœur de la nation russe », expliquait-elle. Poutine est proche, en ce domaine, de Soljenitsyne. (Réd. A l’Encontre)

Article reçu le 24 février 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/le-long-hiver-qui-sannonce-la-russie-envahit-lukraine.html

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Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

L’attaque russe à grande échelle sur l’Ukraine amène la guerre parmi nous.

Au cours de ces semaines, nous avons assisté à l’escalade des tensions entre les puissances mondiales sous les yeux ébahis de ceux qui luttent pour récupérer leur vie après deux ans de pandémie. Nous avons vu des parents et des amis mourir à cause du Covid et souffrir pour quelque chose qui a changé la vie de tous. Alors que nous espérions que le chagrin de la pandémie était sur le point de se terminer, une autre guerre nous rappelle l’urgente nécessité de lutter collectivement pour une politique différente.

Le discours public semble nous obliger à prendre parti : soit pour l’impérialisme russe, soit pour l’expansionnisme de l’OTAN et le rôle prépondérant des États-Unis. Nous sommes censés prendre parti pour un nationalisme ou pour l’autre. Mais les deux systèmes organisent l’exploitation avec des moyens différents et font des frontières des outils mortels. Ce n’est pas par hasard si la remilitarisation des frontières s’est faite d’abord contre les migrants en quête d’une vie meilleure. Ce n’est pas par hasard si aucune déclaration de tous les côtés ne s’intéresse actuellement à la vie réelle des gens.

Nous avons vu de fausses oppositions en place ces dernières années, lorsque dans les pays d’Europe de l’Est et les pays frontaliers, des factions et des partis pro-UE, pro-OTAN ou pro-Russie ont œuvré à la mise en œuvre de réformes néolibérales. Nous avons vu ceux qui défendent la Russie attaquer en même temps les mesures de protection sociale et les droits sur le lieu de travail. Nous avons vu l’UE maintenir des pays comme l’Ukraine et la Géorgie dans la salle d’attente de l’intégration, en tant que servantes de ses plans néolibéraux. Nous avons vu des hommes et des femmes croire que la perspective européenne était celle de l’ouverture et d’une vie meilleure. Mais tous ces acteurs n’ont fait que promouvoir des politiques néolibérales d’exploitation, racistes et patriarcales, tout en essayant de renforcer les armées. Aujourd’hui, ils portent également la responsabilité de ce résultat meurtrier.

Nous voyons maintenant des pays d’Europe centrale et orientale se déclarer prêts à accueillir des réfugiés ukrainiens « pour des raisons humanitaires ». Après avoir laissé des milliers de migrants originaires d’Irak, d’Afghanistan et de Syrie geler dans les bois à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie sous les yeux complices de l’UE, le gouvernement polonais, cherchant à plaire à son allié américain, s’est engagé à accueillir un million de réfugiés en provenance d’Ukraine. L’utilisation politique de l’asile ne s’arrête jamais. Mais des centaines de milliers de migrants ukrainiens vivent déjà en Pologne, où ils sont employés avec des salaires de misère dans des entrepôts, des usines et des maisons. Au lieu d’agir sérieusement pour éviter la guerre, le gouvernement polonais, ainsi que l’UE, sont prêts à faire de la guerre une nouvelle occasion de combler ses pénuries de main-d’œuvre et de faire des profits sur le dos des réfugiés et des travailleurs pauvres.

Nous voyons ceux qui prétendent être en première ligne de la « transition verte » privilégier l’expansion de l’OTAN et les perspectives de futurs investissements occidentaux à la paix. Nous voyons ceux qui soutiennent les investissements militaires hautement polluants célébrer leur fête meurtrière, mettant en danger non seulement le peuple ukrainien mais aussi l’avenir même de nous tous. C’est leur faute si la guerre est là.

La politique de sanctions et la guerre économique semblent moins violentes que les bombardements, mais elles affecteront surtout les travailleurs, les migrants, les femmes et les hommes qui luttent déjà pour gagner leur vie en temps de pandémie et de crise. L’invasion de l’Ukraine n’est pas populaire en Russie et a laissé la plupart des gens confus et embarrassés par la perspective d’être en quelque sorte responsables des actions du gouvernement de Poutine, alors que la résistance à son régime autocratique fait face à de nombreux défis et que le nombre de prisonniers politiques et de dissidents augmente. L’invasion russe entraîne la destruction de l’Ukraine, mais il n’y a pas de manière plus « démocratique » de faire la guerre. Ce que nous voyons, c’est une tentative générale de redessiner les relations mondiales à une époque où la dynamique transnationale et les mouvements de population ébranlent les racines mêmes d’un système géopolitique pourri.

Nous sommes solidaires avec tous ceux qui, en Ukraine, souffrent du déclenchement de la guerre. Nous sommes solidaires avec tous ceux qui, en Russie, s’opposent au régime de Poutine. Nous soutenons tous ceux qui s’opposent à la guerre de toutes parts, et nous disons que toutes les représailles militaires et économiques réciproques doivent cesser immédiatement. Le massacre des armes doit être arrêté ainsi qu’une nouvelle crise qui menace la vie des travailleurs, des migrants, des femmes et des hommes qui luttent pour leur vie quotidienne. Alors que les nationalistes prêchent leurs actions au nom d’identités et d’intérêts qui nous fragmentent et nous oppriment, et que les démocrates alimentent de nouveaux conflits au nom de valeurs vides qui soutiennent l’emprise du capital sur la vie de chacun, nous appelons à une politique transnationale de tous les travailleurs, migrants, femmes et hommes pour la paix, contre cette guerre bouleversante.

Plate-forme TSS

Si vos collectifs, syndicats, groupes de migrants et féministes veulent co-signer cette déclaration, veuillez nous envoyer un courriel à info@transnational-strike.info.

https://www.transnational-strike.info/2022/02/24/non-a-la-guerre-pour-une-politique-transnationale-de-la-paix/

No to War. For a Transnational Politics of Peace

https://www.transnational-strike.info/2022/02/24/no-to-war-for-a-transnational-politics-of-peace/

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Solidarité avec le peuple ukrainien

Communiqué LDH

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) condamne la décision du président Russe Vladimir Poutine de déclencher une guerre d’invasion contre l’Ukraine, après des mois de discussions diplomatiques stériles.

Elle voit dans cette agression la confirmation de la tendance lourde qu’ont les régimes totalitaires à faire prévaloir la force en tout temps, au mépris du droit international, de la souveraineté des Etats et des droits fondamentaux des peuples. Elle souligne que l’absence de réactions effectives face aux atteintes portées aux libertés, aux droits de l’Homme et à leurs défenseurs nourrit une culture de la violence, de la guerre et du conflit.

Face à ce lourd défi menaçant toutes les démocraties, elle appelle la communauté internationale et la France à intervenir d’urgence pour obtenir une désescalade immédiate et la protection des populations civiles déjà durement touchées.

La LDH exprime sa totale solidarité avec le peuple ukrainien et participera à toutes les initiatives partout en France allant dans le sens de la paix et de l’intérêt des peuples concernés. 

Paris, le 24 février 2022

https://www.ldh-france.org/solidarite-avec-le-peuple-ukrainien/

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L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

Vladimir Poutine a déclaré que l’invasion de l’Ukraine, qu’il a annoncée jeudi matin (24 février) peu avant l’aube, bénéficiait d’un large soutien public. Mais dans la soirée, des milliers de personnes dans les villes de Russie [plus de 50 selon la BBC et d’autres chaînes] avaient défié les menaces de la police pour se rendre sur les places centrales et protester contre la campagne militaire.

Selon l’OVD-Info [projet médiatique russe indépendant de défense des droits humains visant à lutter contre la persécution politique], la police avait procédé à au moins 1346 arrestations dans la soirée du jeudi 24 février, dans le cadre de la répression des manifestations non autorisées. La plupart des arrestations ont eu lieu à Moscou et à Saint-Pétersbourg, où les foules étaient les plus nombreuses.

Les manifestants ont scandé: « Non à la guerre ! » alors qu’ils échangeaient des réactions choquées à l’attaque de l’Ukraine.

A Moscou, Alexander Belov a déclaré qu’il pensait que Poutine avait « perdu la tête ». « Je pensais que nous ne verrions jamais une guerre comme celle-ci au XXIe siècle », a déclaré Belov, qui est arrivé tôt sur la place Pouchkinskaïa [place Pouchkine, lieu de réunion des oppositions] de Moscou pour la trouver entourée de fourgons de police. « Il s’avère que nous vivons au Moyen Age. »

L’ambiance à Moscou était noire et sombre quelques heures après que Poutine a annoncé qu’il lançait une vaste offensive militaire visant l’Ukraine. « Je suis embarrassé pour mon pays. Pour être honnête avec vous, je suis sans voix. La guerre est toujours effrayante. Nous ne voulons pas cela », a déclaré Nikita Golubev, un enseignant de 30 ans. « Pourquoi faisons-nous cela ? » Sa colère et son désespoir étaient partagés par de nombreuses personnes se rendant au travail dans la rue centrale Arbat. Au centre culturel ukrainien situé juste en bas de la rue, l’ambiance était encore plus sinistre.

L’administrateur ukrainien a déclaré que le centre, qui vise à promouvoir la langue, les traditions et l’identité d’un pays dont Vladimir Poutine a nié la légitimité en tant qu’Etat moderne dans son discours de lundi, serait fermé pour la « période à venir ». « Nous sommes bombardés au moment où nous parlons. Bien sûr que nous sommes fermés ! Jésus, que se passe-t-il ? », a crié l’administrateur, qui n’a pas voulu donner son nom.

Certains signes indiquaient déjà que les Russes n’étaient pas à l’aise avec la décision initiale de Poutine de reconnaître les deux républiques autoproclamées du Donbass.

Mardi 22 février, Yuri Dudt, l’une des personnalités médiatiques les plus populaires de Russie, a déclaré qu’il « n’avait pas voté pour ce régime » et son « besoin d’empire », et qu’il se sentait honteux, dans un message qui a reçu près d’un million de like en 24 heures.

Un nouveau sondage du centre indépendant Levada, publié jeudi 24 février, a montré que seuls 45% des Russes étaient favorables au geste de reconnaissance qui a précédé les événements dramatiques de jeudi matin.

« Je ne pensais pas que Poutine serait prêt à aller jusqu’au bout. Comment pouvons-nous bombarder l’Ukraine ? Nos pays ont leurs désaccords, mais ce n’est pas une façon de les résoudre », a déclaré Ksenia, une Moscovite.

Mais les cris de colère n’ont pas seulement été ressentis dans les rues de Moscou, où le Guardian n’a pas rencontré de soutien pour l’assaut militaire. L’élite culturelle et sportive russe, habituellement derrière Poutine et souvent sollicitée par le président lors des campagnes électorales pour recueillir le soutien populaire, a également exprimé ses profondes inquiétudes quant à l’invasion de la Russie.

Valery Meladze, sans doute le chanteur le plus aimé du pays, a posté une vidéo émouvante dans laquelle il « supplie» la Russie d’arrêter la guerre. «Aujourd’hui, il s’est passé quelque chose qui n’aurait jamais dû se produire. L’histoire sera le juge de ces événements. Mais aujourd’hui, je vous en supplie, arrêtez la guerre.»

De même, l’international russe de football Fyodor Smolov a posté sur sa chaîne Instagram : « Non à la guerre !!! »

Les services de renseignement des Etats-Unis ont prévenu depuis des mois que la Russie chercherait à fabriquer un prétexte majeur avant de lancer une invasion de l’Ukraine. Au final, aucun prétexte n’est intervenu. Les experts pensent désormais que Poutine a décidé d’agir sans recueillir le soutien de son propre électorat.

« Poutine semble totalement indifférent à l’approbation de la rue. Il n’agit pas comme un politicien ayant besoin du soutien de la population, mais comme un personnage des livres d’histoire nationaux qui ne se soucie que de l’approbation des futurs historiens et lecteurs », a tweeté Alexander Baunov, analyste politique au Carnegie Moscow Center.

Le dirigeant russe semble avoir également surpris certains des oligarques les plus importants de Russie, qui ont vu leur fortune s’effondrer avec l’effondrement des marchés financiers du pays.

Lundi encore, après que Poutine a reconnu l’indépendance des deux territoires du Donbass, Oleg Deripaska, un oligarque proche du Kremlin qui a un jour déclaré qu’« il ne se distancie pas de l’Etat russe », s’est exclamé sur sa chaîne Telegram que « la guerre avait été évitée ». Il a depuis supprimé ce message.

A la télévision d’Etat russe, l’invasion a été présentée comme une mission défensive visant à préserver les vies russes. « Quel est l’intérêt d’une première frappe majeure ? Aussi étrange ou cynique que cela puisse paraître, c’est en fait humain car cela permet à tout le monde d’éviter un grand massacre. En immobilisant l’Ukraine, on préserve la vie », a déclaré le commentateur Vladislav Shurygin dans l’émission officialiste Vremya Pokazhet de Channel One.

Certains ont pris le risque d’être arrêtés jeudi soir afin d’exprimer leur opposition à l’invasion. Zhargal Rinchinov, originaire de Bouriatie, est arrivé sur la place dans une veste portant l’inscription : « Non à la guerre ». S’il brandissait une pancarte, a-t-il dit, il serait arrêté. « Tout le monde a peur », a-t-il dit. « Ils savent que s’ils disent quelque chose de mal alors ils seront mis en prison. Alors les gens font semblant de ne pas remarquer que nous avons commencé une guerre, pour ne pas avoir à en parler. »

Pour les Ukrainiens, les messages publics d’opposition à la guerre arriveront trop tard. Le pays a déclaré qu’au moins 40 soldats ont déjà été tués et de nombreux autres civils blessés, alors que l’Ukraine est menacée d’être envahie complètement par une force militaire beaucoup plus importante.

Pourtant, sentant qu’un véritable mouvement à grande échelle contre la guerre pourrait être la meilleure chance de l’Ukraine, Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a exhorté jeudi matin les Russes à s’exprimer. « Si les autorités russes ne veulent pas s’asseoir avec nous pour discuter de la paix, peut-être s’assiéront-elles avec vous. »

Pjort Sauer et Andrew Roth (à Moscou)

Article publié sur le site de The Guardian le 24 février à 19h31 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/lopposition-sexprime-en-russie-contre-linvasion-de-lukraine-la-repression-poutinienne-la-combat.html


En complément possible :

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu (+ autres textes)

Ajout : Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Ajout : Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Ajout : Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Aout : Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

2 réflexions sur « Invasion de l’Ukraine (quelques textes) »

  1. On entend de nombreux commentaires, analyses et jugements de la part des politiques, spécialistes, universitaires ou journalistes sur la guerre russo-ukrainienne. Or, il est frappant que presque tous, dans des pays où la presse est pourtant libre, tiennent le même discours, exactement comme dans ceux où elle n’est pas libre.
    De plus, presque tous reprochent aux Russes et à Poutine de faire exactement ce que nous avons fait plusieurs fois au point que je n’ai jamais entendu nos medias être aussi sévères sur les crimes de nos dirigeants et de notre armée alors qu’ils voulaient charger un autre.
    La prochaine fois, Mesdames, Messieurs, faites attention à ce que vous dites si vous voulez que l’on fasse encore semblant de vous croire !
    Qui est coupable d’avoir entrepris une guerre pour changer un Régime ? Qui a dit qu’une frappe chirurgicale ne faisait aucune victime collatérale ? Qui a dit qu’il n’était pas l’agresseur ? Qui a commencé une guerre sans la déclarer et en profiter pour détruire les infrastructures de l’armée adverse ? Qui est champion du bourrage de crane ? Qui a profité d’être une super puissance militaire pour imposer son ordre économique et social ? etc … Poutine ou l’un des nombreux présidents américains qui ont sévi en Amérique latine ou qui ont détruit le Moyen-Orient ? Ou bien les deux ! Sait-on jamais ? Alors, pourquoi s’en prendre à un seul ?

    1. il n’y a pas de « guerre russo-ukrainienne » mais une invasion de l’Ukraine par la Russie
      que les discours publics valorisent les interventions de certains impérialismes et en condamnent d’autres, n’est pas une nouveauté

      les textes ici publiés comme les autres à venir ne viennent pas de « commentaires, analyses et jugements de la part des politiques, spécialistes, universitaires ou journalistes » mais de forces se revendiquant de l’émancipation, de celles et ceux qui combattent tous les impérialismes

      dans le cas présent, (et quelque soit la responsabilité que l’on peut imputer au gouvernement ukrainien et à l’Otan) c’est bien Poutine qui envahit l’Ukraine et dit que ce pays doit disparaitre
      Il faut donc s’opposer à Poutine (à l’agression militaire impérialiste russe et exiger l’arrêt des bombardements et le retrait des troupes russes des territoires occupés ukrainiens) comme nous nous sommes opposés à la guerre du Vietnam, à l’invasion de l’Irak, à la destruction de l’Afghanistan (tant par les russes, que par les étasuniens, que par les talibans), à la destruction de la Syrie par les Assad, etc.

      extrait d’un texte à paraitre demain :
      « Nous apportons notre soutien aux forces progressistes qui luttent pour la démocratie et la justice sociale en Ukraine, en construisant une solidarité internationale par en bas contre l’invasion de l’armée russe. Nous affirmons également notre solidarité avec les organisations et personnalités qui se mobilisent en Russie contre la guerre.
      Nous soutenons le droit à l’autodétermination de la population ukrainienne et la protection des droits des minorités nationales du pays. Ni la Russie ni l’OTAN ne défendront ces droits. Nous demandons le démantèlement de toutes les bases militaires situées en dehors de leur pays d’origine, la liquidation de l’OTAN dirigée par les États-Unis et de l’OTSC dirigée par la Russie »

      ceux et celles qui soutiennent Poutine sont nos ennemis comme ceux qui furent du coté des impérialismes anglais, français, étatsunien, etc..

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