Savoirs écologiques, biodiversité et dynamique du vivant

51jptqrgdal-_sx210_Posture apocalyptique, ou plus optimiste (les activités humaines ne seraient pas si destructives que cela !) ou de bon gestionnaire, modérée et modératrice de compromis raisonnable. « Enquêter sur la « nature en crise » est un prétexte idéal pour amorcer un pas de coté par rapport à ces postures contemporaines du monde ».

Réfléchir et enquêter « sur l’état et le devenir des phénomènes naturels au sens large », sur le « tissu d’interactions et processus impliqués dans la dynamique du vivant », penser « le vivant et le devenir des sociétés »…

Nature, biodiversité, représentations et savoirs, éthique, science et politique, interaction entre les êtres humains – entre eux – et avec le non-humain… « L’objet de cet ouvrage est de proposer des antidotes aux postures simplistes sur la crise de la nature ».

Vincent Devictor propose des analyses autour de la science, de la diversité du vivant. Il insiste particulièrement sur les processus de coévolutions, les interactions écologiques et leurs dynamiques évolutives, la destruction rapide des habitats, la destruction massive des espèces et des populations, les différentes forces responsables du déclin de la biodiversité, l’emballement de l’impact des activités humaines sur l’environnement, la croissance infinie construite sur l’exploitation de ressources finies…

Je souligne notamment les paragraphes sur les interactions entre niveaux d’organisation du vivant, la multi-causalité complexe, « la synergie entre différentes causes », la non-limitation de la crise à une question biologique, ce qu’est l’Anthropocène, la critique du dualisme nature/culture, la configuration proprement sociale et politique des problèmes qui touchent la nature…

S’il est bien nécessaire de ne jamais oublier d’où nous humains (et cela est vrai aussi pour les scientifiques) nous parlons, d’adopter un point de vue situé contre le fantasme de neutralité, si les questions d’éthique et de morale sont partie intégrante des choix politiques, je reste dubitatif sur certaines formulations de l’auteur, « Investir les problèmes de biodiversité, c’est investir cette imprégnation réciproque entre faits et valeurs ». Quoiqu’il en soit, Vincent Devictor souligne, à juste titre, les tensions entre faits et valeurs, les conflits de justifications, la « valeur » intrinsèque de la nature, « valeur non-instrumentale de la nature… sortir la nature et ses constituants de l’état de « choses », de simples « moyens »… »

Qu’en est-il des savoirs sur la bio-diversité ? L’auteur analyse les délimitations, les classifications, les quantifications… espèces, répartition des individus et des espèces, distance évolutive entre espèces, « interactions » entre espèces, diversité dans l’espace et le temps, structuration spatiale, interactions entre niveaux d’organisation du vivant – (pré)moléculaire, génétique, phénotype, individus, (méta)population, (méta)communauté, (méta)système.

Dans la présentation des différents niveaux d’organisation du vivant, de l’histoire des questionnements et de celles des « réponses » scientifiques, nous sommes loin des simplifications médiatiques et des souvenirs scolaires… Loin aussi des linéarités, des réductions et des simplismes. Interactions et évolutions…

L’auteur poursuit avec les développements scientifiques et les politiques institutionnelles, dont les conférences internationales, autour de la « conservation ». Il aborde, entre autres, les échelles spatiale et temporelle, les logiques de priorisation, les délimitations spécifiques ou territoriales, les protections de site… et souligne « l’irréductible complexité d’une protection prédictive », les fantasmes du contrôle et de la conservation, « conserver une espèce en oubliant les aspects écologiques et évolutifs n’a aucun sens », les problèmes de temporalité, les politiques de néo-libéralisation de la nature…

Vincent Devictor revient sur le dualisme entre faits et valeurs, les limites des savoirs, l’importance de penser en termes de trajectoires. Il analyse les discours internationaux, la financiarisation de la nature, les problèmes juridiques autour de la nature, les lois spécifiques de protection d’espèces, la notion d’« anticipation des dommages », les enjeux normatifs et prescriptifs. L’auteur critique les notions de « capital naturel, » de « services écosystémique », les conceptions de « bien » échangeable dans l’oubli de la spécificité et de la complexité… Il souligne les relations non-quantifiables, les problèmes de commensurabilité, l’impossibilité de réduire la biodiversité à une ressource, les interactions et les singularités, l’importance de l’interdisciplinarité et du recul…

En conclusion, Vincent Devictor revient sur l’exigence de « valeurs nouvelles », la constitution des savoirs, la nécessité de reconnaître « de l’altérité, de l’autonomie et de la spontanéité », les dynamiques et la complexité du vivant. « Il est devenu possible et nécessaire d’assumer certaines incompatibilités. Il est devenu nécessaire et urgent de jeter par-dessus bord les anesthésiants de la pensée, des valeurs et des émotions. On agit mal si on pense mal et on pense mal si on n’éprouve rien ».

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Dans la même collection :

Maxime Combes : Sortons de l’âge des fossiles !. Manifeste pour la transition, la-transition-energetique-nest-pas-soluble-dans-un-grand-recit-de-lunification-de-lespece-humaine-du-depassement-de-tous-les-clivages-socio-economiques/

André Cicolella : Toxique planète. Le scandale invisible des maladies chroniques, maladies-chroniques-et-environnement-toxique/

Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz : L’événement anthropocène. La Terre, l’histoire et nouspolitiser-lhistoire-longue-de-lanthropocene-penser-ensemble-cet-age-dans-lequel-lhumanite-est-devenue-une-force-geologique-majeure/

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Vincent Devictor : Nature en crise

Penser la biodiversité

Anthropocène Seuil, Paris 2015, 360 pages, 19, 50 euros

Didier Epsztajn

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Une réponse à “Savoirs écologiques, biodiversité et dynamique du vivant

  1. L’humain a créé la notion de ressources humaines .
    La plupart de nos actes font partie des projets d’entités ou d’autres humains .
    Comment s’étonner dés lors que tout soit devenu ressource .
    Rappelons-nous de la question …
     » Si un arbre tombe dans la forêt et que personne n’est là pour l’entendre , fait-il du bruit ?  » …. pour moi la réponse est oui , et pour vous ?

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