Aucune civilisation n’est le résultat d’elle-même

mexique-vision-de-l-empire-des-dieuxCe livre richement illustré est proposé en cinq parties, complétées par un descriptif des principaux sites et monuments, une chronologie, un glossaire, une bibliographie et une carte

Une vision d’où naît l’enchantement

Des grands déserts d’Amérique aux rivages tropicaux, le Mexique offre des paysages variés et contrastés : montagnes, canyons, volcans, et hauts plateaux marqués par l’empreinte des hommes, de leur histoire et de leurs croyances.

Les auteur-e-s parlent d’histoire et de géographie, de la terre de Quetzalcoatl le Serpent à plumes, de quechquemilt, du mais, des cactées, de la Huasteca et des olmèques, du monde maya…

Du premier peuplement aux Mexicas

Des premières traces de peuplement aux foyers culturels amérindiens, 7 000 ans se sont écoulés. Ces millénaires de construction communautaire, d’une pensée religieuse et philosophique, établissent les bases des civilisations précolombiennes mexicaines.

Elle et ils abordent les « premier-e-s habitant-e-s » et les zones lacustres, l’ère métropolitaine olmèque, la « cité des Dieux » Teotihacan, les cultures et leurs histoires, les Huastèques, les Zapotèques, les civilisations maya et toltèque…

« L’expérience du savoir, du faire et du pouvoir-faire de l’humanité ne s’efface pas. Les dieux de jade et d’onyx, les architectures de terre et de pierre, les abstractions, point-barre et zéro, les glyphes et les volutes de la parole, les mots et les couleurs des codex, les jours et les calendriers, les prières au souffle de copal et d’encens, les ornements de soie et de plumes, tout sera absorbé, assimilé, enrichi par le monde mexica. »

L’empire mexica

Le peuple mexica, dit aztèque, s’établit au XIVe siècle dans la vallée centrale de l’actuel Mexico et instaure un empire qui domine une grande partie de la Méso-Amérique jusqu’au XVIe siècle. Le peuple du « Cinquième Soleil » y développe les apports et les croyances des autres civilisations méso-américaines.

Une pérégrination en terre promise, la langue nahuatl, Texcoco et Chapultepec, Tenochtitlan… Les auteur-e-s abordent les architectures, religieuse et civile, les hiérarchies sociales et les fonctionnements économiques, l’extension de l’empire, les mythes, l’histoire primordiale, le temps circulaire, les pratiques sociales, les cérémonies ritualisées, les visions mexicas du monde…

Conquête et colonisation

Si la conquête et la colonisation se sont déroulées sous le signe des croyances, des prophéties puisées des deux côtés de l’Atlantique, mais aussi du profit – développement du capital et ses mythes -, les indigènes survivants, les Espagnols, les créoles et les esclaves venus d’Afrique ont participé ensemble à la création du Mexique contemporain.

Colonisation, conquête et destructions, remise en cause des géographies physique et humaine, bouleversement de l’anthropologie théologique, Hernan Cortés, l’histoire et les mythes, l’arrivée des missionnaires, les remodelages spirituels de la Nouvelle-Espagne, le mudéjar (art islamique), le monde colonial, le métissage, les discriminations, les perceptions de soi, l’esclavage, la Réforme et la Contre-Réforme catholique, les jésuites, les visions mystiques, les peones, l’hacendado, la tienda de raya, l’effondrement démographique, métis et créoles, la construction d’un sentiment national…

Les paradoxes de l’identité mexicaine

L’identité mexicaine regroupe une mosaïque de peuples aux origines, traditions et langues multiples, résultat d’une histoire dans laquelle la conquête et l’évangélisation jouent un rôle majeur. Aujourd’hui, les descendants des peuples indigènes revendiquent haut et fort leur identité, leurs langues et leurs traditions.

« 500 ans après la découverte, les 10 millions de Mexicains formant les 56 communauté indiennes recensées partagent en majorité, dans leur « statut » d’indigène, le même espoir et les mêmes inquiétudes »

Les auteur-e-s abordent les résistances, les langues maternelles, le Chiapas, l’altérité indienne, les refus et les constructions institutionnelles, les controverses sur le passé, « L’interprétation d’un événement de l’histoire dépend du lieu de mémoire où l’on se situe, vainqueur ou vaincu », ce qu’il faut nommer génocide…

Je souligne les paragraphes sur la conjugaison au présent des identités du passé, le culte des héros et le nationalisme, les arts populaires, la mémoire indienne, la fête des morts.

Si des femmes sont bien représentées dans les photographies, je regrette néanmoins leur très faible place dans les textes. Construire un pont entre le passé et le présent, comme l’écrivent les auteur-e-s, implique de rendre visible cette moitié de l’humanité. Il n’y aura pas d’« arc-en-ciel créé entre deux mondes » sans elles…

Une proposition passionnante de voyage dans le temps et l’espace, dans des constructions et des résistances humaines.

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De Fernando Matamoros :

La pensée coloniale. Découverte, conquête et guerre des dieux au Mexique, La culture et la tradition occidentale esprit du monde légitimées comme totalité de sens définissaient l’autre le barbare l’infidèle comme sujet à civiliser

Avec Antonio Fuentes Díaz, Francisco Javier Gómez Carpinteiro, John Holloway, Vittorio Sergi et Sergio Tischler : Neozapatisme. Échos et traces des révoltes indigènes, Que faire de notre colère ?

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Etienne Dehau, Fernando Matamoros, Sylvie Bosserelle : Mexique – Vision de l’empire des dieux

Editions Hermé – La Martinière, Paris 2005, 242 pages, 65 euros

Didier Epsztajn

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