Prendre exemple et accepter de ne plus l’être

Je n’aborde que certains articles et certaines analyses. Je laisse de coté les orientations syndicales spécifiques, les choix d’intervention concrète ou de structuration particulière.

Du dossier sur « leurs lois travail », je ne souligne que deux éléments.

Le premier à propos des manifestations. A juste titre me semble-t-il, Eric Beynel indique : « Nous avons toujours refusé de considérer que n’étaient des manifestant·es que ceux/celles qui étaient derrière le carré de tête à Paris ou ailleurs… ce qui aurait d’ailleurs été ne pas voir que de nombreux camarades de Solidaires, comme de la CGT, participaient régulièrement à ce « cortège de tête informel ». A l’inverse, nous réaffirmons sans souci que la diversité des tactiques n’est pertinente que si elle permet à chacun·e de manifester comme il le souhaite, c’est-à-dire aussi pacifiquement et sereinement.

Et qu’il n’est pas acceptable d’entrainer celles et ceux qui ne le souhaitent pas dans des situations de guérilla urbaine »

Le second concerne la mise en perspective des lois hors du cadre rabougri de l’hexagone français. Les mesures de déréglementation ou de suppression des droits des salarié·e·s, dans la négation de la subordination de celles et ceux-ci dans le contrat de travail, ne sont compréhensibles qu’en lien avec les lectures idéologiques dominantes du marché et des entreprises comme support libérateur de toutes les énergies des individu·e·s réduit·e·s à des « entrepreneurs » de soi.

Les offensives néo-libérales, à l’échelle mondiale, sont une recherche d’un nouveau régime d’accumulation du capital. Elles ne peuvent être combattues efficacement qu’en prenant en compte l’ensemble de leurs dimensions, dont leurs effets à l’échelle de la planète.

De ce point de vue, les différentes mobilisations, des « places » à « Nuit debout », des luttes socio-environnementales à celles sur la souveraineté alimentaire, des combats féministes et anti-racistes au droit à l’autodétermination, des droits des salarié·e·s dans tous les pays peuvent être mises en rapport. Et si les expressions dans chaque « région » sont différenciées, une nécessaire coordination continentale et internationale reste une nécessité.

Dans l’exemple des lois travail, l’absence de réponses, européennes, ou euro-méditerranéenne, a été un frein aux différentes luttes dans chaque pays.

La revue poursuit la publication de textes sur le thème de la désobéissance. (voir précédent numéro, se-reapproprier-le-temps-de-travail-et-rendre-visible-le-travail/ et deux textes repris sur le blog : Désobéissance à l’usine : la perruque ouvrière, desobeissance-a-lusine-la-perruque-ouvriere/ et Contester dans l’Armée, contester-dans-larmee/)

Les auteur·e·s reviennent sur la coordination contre le statut de maître directeur, du refus de l’inspection et de la notation, les comités d’action lycéens dans les années 68, les luttes antimilitaristes et anti-autoritaires, l’insoumission au service militaire et les objecteurs.

J’ai notamment été intéressé par l’article « La désobéissance civile, un outil pour faire avancer les revendications altermondialistes », les occupations de banques, les Faucheurs de chaises, la mise en lumière des pratiques pour les rendre insupportables, etc. « la désobéissance civile est un moyen efficace pour interroger l’articulation entre légalité et légitimité ».

Cette dernière dimension est particulièrement illustrée par les « délinquant·e·s solidaires », celles et ceux qui accueillent et soutiennent les personnes migrantes

Comme ancien délégué du personnel, je ne peux que conseiller la lecture de l’article sur le bulletin de paie.

Je souligne aussi l’article de Nicolas Latteur à propos de son beau livre « Travailler aujourd’hui. Ce que révèle LA PAROLE des salariés » (voir note de lecture : derriere-les-recits-sur-lemploi-les-rapports-sociaux-de-travail/), « nos rencontres et notre analyse soulignent l’urgence de transformer le travail et de s’en emparer comme question politique et non la nécessité de transformer les salariés pour les rendre plus employables que portent les politiques dites de « modernisation » du marché du travail ».

« La souffrance au travail » est abordée dans ses enjeux syndicaux et politiques. L’auteur remet en perspective historique et politique cette thématique. Il aborde, entre autres, les aménagements d’organisation non planifiés par la hiérarchie, la dépolitisation et la psychologisation des effets du travail et des conditions de travail, la solitude de la souffrance, les rapports de force entre salariat et patronat, les changements du et au travail, le retournement des demandes d’autonomie, les nouvelles méthodes managériales, les confrontations « à la résistance du réel, à l’échec qui découle souvent de la simple application des prescriptions », la perte de sens et des repères et leurs effets sur les rapports de subordination, les pathologies de surcharge, les affections post-traumatiques, les pathologies de harcèlement, le retournement de la violence contre soi, l’impossibilité de la mesure de l’engagement subjectif et donc de la mesure du travail, le déni de la collaboration et du collectif, les aspects possiblement émancipateur de l’activité de travail, les stratégies individuelles d’évitement et la désobéissance collective.

Le dernier article est consacré à « La cause Kurde », le refus de l’occidentalisme et de l’orientalisme, le mouvement de rassemblement au Kurdistan « par-delà les Kurdes », les problèmes de démocratie, la cohabitation de formes de luttes, l’intégration de toutes les peuples vivants au Kurdistan, l’idée du confédéralisme, le Bakur, le Rojava, la violence des Etats-nations, le mouvement syndical et l’économie sociales les effets de la colonisation là-bas et ici, les luttes de décolonisation et le respect des frontières tracées par les colonialistes…

Le titre de cette note est un titre d’un paragraphe de cet texte.

(En complément possible : Ouvrage coordonné par Stephen Bouquin, Mireille Court et Chris Den Hond : La commune de Rojava. L’alternative kurde à l’Etat-nation, une-democratie-sans-actions-est-comme-un-etre-humain-sans-voix/)

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Sommaire :

Dossier « Leurs lois travail, nos luttes »

  • « Un mouvement social, et après ? », par Eric Beynel
  • « Les lois travail dans leur monde », par Christian Mahieux
  • « Référendum d’entreprise : l’avenir d’une illusion », par Laurent Degousée
  • « Retour sur On bloque tout ! », par Théo Roumier
  • « Nos Nuits Debout en Avignon », par Solidaires Vaucluse
  • « Saint-Denis à bout, Saint-Denis Debout ! », par Amel Dahmani
  • « Nuit Debout Nîmes, toujours là ! », par Roland Veuillet
  • « Le Havre, une intersyndicale », par Reynald Kubecki (CGT), Magali Marion, Roselyne Mabille (Solidaires) et Stéphane Rio (FSU)
  • « Réforme du travail en Belgique : entre espoirs et impasses », par Gérald Renier (FGTB)

Suite du dossier « Désobéissance(s) »

  • « Les premiers Comités d’action lycéens », par Robi Morder
  • « À bas les chefs ! Petite histoire de la Coordination contre le statut de Maître-directeur  », par Clotilde Maillard
  • « La désobéissance civile, un outil pour faire avancer les revendications altermondialistes », par Raphael Radeau (ATTAC)
  • « Délinquants solidaires », par Ibtissam Bouchaara
  • « Contester l’Armée », par Christian Mahieux

Hors dossiers

  • « Le bulletin de paie : après la supercherie de la clarification », par François Boissarie
  • « Le bulletin de paie : premier outil syndical ? » par Julien Gonthier
  • « Enjeux syndicaux et politiques de la souffrance au travail » par Jean-René Delepine et Philippe Muhlstein
  • « Ce que révèle la parole des salariés » par Nicolas Latteur (FGTB)
  • « La cause kurde : enfin la reconnaissance ? » par Anouk Colombani

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Les Utopiques : Cahier de réflexions

N° 6 – Novembre 2017 – http://www.lesutopiques.org

Editions Syllepse /Union syndicales Solidaires, 170 pages, 8 euros

Didier Epsztajn

 

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