La Turquie sous régime autoritaire : incendies, antiféminisme, privatisations et soutien aux talibans

« Nous, les femmes qui vivons dans des régimes autoritaires, nous avons besoin d’échanger des expériences de lutte. Nous devons de toute urgence mettre à jour nos connaissances et nos capacités d’analyse dans un monde où les changements sont rapides et imprévisibles. »

Nous devons nous réunir et réfléchir à ce qui se passe sur nos territoires. Une caractéristique commune de nos gouvernements autoritaires est le manque de réponses aux besoins des peuples et une très grande place au pouvoir des entreprises transnationales sur ces mêmes peuples. Nos gouvernements s’affaiblissent face aux plus forts et se renforcent face aux plus faibles. 

Le néolibéralisme détruit les biens communs

En Turquie, des incendies sévissent depuis près de deux semaines et le gouvernement n’a rien fait pour les éteindre. Ils ont juste regardé et attendu que tout se transformer en fumée. Tout ça parce que l’infrastructure du service des sapeurs-pompiers a été complètement détruite par les politiques néolibérales. Tous les avions du service de sapeurs-pompiers avaient déjà été vendus, et le service d’incendie, sous-traité et privatisé. L’échec des politiques néolibérales a coûté la vie aux gens et à nos amis les animaux et a causé bien des souffrances aux habitants et aux paysans qui ont perdu leurs moyens de subsistance, leurs arbres, leurs récoltes et leurs animaux. Le conflit fatal entre le capital et la vie a été mis à jour durant cette période autoritaire du néolibéralisme.

L’échec de la réponse du gouvernement aux problèmes résultant de la crise climatique, tels que les inondations et les incendies, révèle l’ampleur de la destruction néolibérale, destruction des infrastructures publiques. La pandémie montre également à quel point le système de santé publique a été affaibli par la privatisation des services de santé. De plus, il a accentué les inégalités éducatives avec la transition vers un système éducatif à distance, car tout le monde n’a pas accès à des environnements virtuels. Cette pandémie a peut-être servi à mettre fin de façon définitive au système éducatif.

Une autre inquiétude qui doit être soulignée concerne les médias sociaux qui se renforcent en tant que nouvel outil de manipulation de masse et de désinformation. Il paraît que les progrès technologiques récents favoriseraient les régimes autoritaires. Les outils de ce gang (Twitter, Facebook, YouTube et Google) sont très efficaces pour manipuler les masses. En Turquie, les peuples ont été montés les uns contre les uns aux autres et les personnes vulnérables, telles que les migrants et les étrangers, servent de boucs émissaires. Une famille kurde a été accusée d’être coupable des incendies et a fini massacrée par une milice nationaliste. Nous devons réfléchir à la façon dont les médias sociaux provoquent ses tensions, attisent les animosités et entretiennent un pouvoir autoritaire.

Autoritarisme en Turquie

En 2019, nous sommes entrés dans une période où nous sommes incapables de protéger des acquis fondamentaux, tels que les conventions internationales sur les droits des femmes. La sortie de la Turquie, en mars 2021, de la Convention d’Istanbul par une décision unilatérale du Président Recep Tayyip Erdoğan doit être évaluée par le mouvement des femmes dans le pays.

Bien que nous ayons un large soutien public, nous, les femmes, nous sommes incapables de mobiliser des mouvements de masse pour défendre nos conquêtes. Nous pouvons indiquer de nombreux prétextes pour justifier cette absence, tels que la pandémie, la quarantaine, etc., mais il est clair que les moyens d’action et de mobilisation actuels n’ont pas été en mesure de faire face à cette offensive globale. Ici, il est vital de perfectionner nos outils et nos formes d’action pour pouvoir faire face à ce retour en arrière et nous construire en tant que sujets politiques féministes, collectivement et internationalement.

Pendant cette pandémie, le programme autoritaire a jeté le discrédit sur nos droits. Son objectif est de « protéger la famille pour protéger la société et la nation. » Les mouvements féministes et LGBTQIA + sont considérés comme la plus grande menace pour l’existence de la nation et de la société. Nous comprenons que le familialisme, qui donne la priorité à la famille sur les droits des femmes, est l’idéologie commune qui unit nos gouvernements d’extrême droite dans différents pays. Le mouvement féministe doit en être conscient pour développer de nouvelles stratégies de lutte.

Pour les femmes turques, les Afghanes reflètent notre avenir commun

Le retrait américain d’Afghanistan après 20 ans d’invasion et la prise de contrôle par les talibans a généré la fureur et la révolte parmi les femmes, pas seulement dans la région mais dans le monde entier. Nous, les femmes turques, nous avons été très touchées par les émeutes en Afghanistan de ces dernières semaines. Même si nous n’avons pas de frontière directe avec le pays, nous ressentons cette menace parce que nous vivons sous un gouvernement qui ose avouer qu’il partage la même vision du monde que les talibans. Les femmes ne pouvaient pas rester indifférentes et elles n’ont pas attendues pour exprimer leur solidarité internationale avec les autres femmes en Afghanistan.

Une nouvelle et inévitable vague de migration en provenance d’Afghanistan requiert des débats dans divers domaines. Les États-Unis et l’Union européenne, qui ont conduit à la destruction du pays pendant tant de décennies, n’assument pas la responsabilité de ces interventions. Leur politique migratoire vise à utiliser la Turquie comme zone neutre et à transformer le pays en « camp de réfugiés ». Ils le font en achetant un gouvernement qui n’a pas de politique migratoire ni d’accompagnement des réfugiés et profitent de cette situation pour faire chanter les pays européens. « Notre peuple n’est pas et ne doit pas être utilisé pour négocier entre des gouvernements corrompus. Et l’Afghanistan est un exemple clair de la façon dont les pays impérialistes considèrent notre peuple, comme si leurs collaborateurs dans nos pays étaient superflus. Nous voulons une vie digne et une mort digne pour toutes et tous.

C’est pourquoi les femmes du monde entier ont créé un dispositif mondial de solidarité pour soutenir les femmes en Afghanistan et appellent la communauté internationale et les gouvernements à ne pas reconnaître les talibans.

« Nous ne reconnaissons pas les talibans comme représentants de la culture afghane et du peuple afghan. Nous ne pensons pas que le groupe fera une transition modérée. Cela ne reflète pas la vérité, compte tenu de notre expérience avec le précédent gouvernement taliban. »

Pour exprimer notre solidarité, nous allons organiser une action de solidarité féministe de 24 heures pour les femmes de l’Afghanistan. Ce sera le 1er septembre, un jour après la conclusion du retrait de l’armée américaine.

Yıldız Temürtürkan

Yıldız Temürtürkan est une militante de la Marche Mondiale des Femmes en Turquie.

Édition de Bianca Pessoa et Helena Zelic

Traduction du portugais par Claire

https://capiremov.org/fr/analyse/la-turquie-sous-regime-autoritaire-incendies-antifeminisme-privatisations-et-soutien-aux-talibans/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

5 réflexions sur « La Turquie sous régime autoritaire : incendies, antiféminisme, privatisations et soutien aux talibans »

  1. Répression. Turquie : le président du syndicat des boulangers emprisonné pour avoir critiqué Erdogan
    Dans un contexte d’hyperinflation, les déclarations virulentes du responsable syndical ont déplu au pouvoir, qui réprime de plus en plus les acteurs de la société civile.
    https://www.courrierinternational.com/article/repression-turquie-le-president-du-syndicat-des-boulangers-emprisonne-pour-avoir-critique-erdogan

  2. Le président de la Turquie n’est pas habilité à donner des leçons de démocratie

    Les organisations non-gouvernementales tunisiennes, soussignées, dénoncent l’ingérence du président turc Recep Tayyib Erdogan, le 4 avril, dans les affaires intérieures de la Tunisie, et estiment, en fait, qu’il n’est nullement habilité à donner des leçons en matière de démocratie, surtout que la Turquie figure parmi les pays les plus impliqués dans la violation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, de la liberté d’expression, et dans la violence faite aux journalistes et aux défenseurs des droits humains.
    A ce propos, Amnesty International souligne dans son rapport annuel 2021, que le « mal profond », qui gangrène le secteur judiciaire en Turquie, « demeure sans soin ». D’autant plus que les opposants au régime turc, les journalistes, les défenseurs des droits humains « sont confrontés a des instructions, des poursuites judiciaires et des condamnations sans fondements ».
    Les ONG, soussignées, rappellent que la Turquie d’Erdogan compte parmi les pays les plus impliqués dans la violation d la liberté de la presse, et l’emprisonnement de nombreux journalistes, selon des rapports de Reporters sans Frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ). Effectivement, le nombre de journalistes et de leurs collègues techniciens emprisonnés, pendant les six dernières années, dépasse 200 personnes, indique RSF.
    D’autre part, les ONG soussignées condamnent la décision de l’Etat turc de remettre le dossier de l’affaire de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Kashoggi aux autorités saoudiennes. Car elle est de nature à torpiller les initiatives et les efforts déployés, depuis plus de trois ans, en vue d’obtenir un procès équitable.
    Le ministre turc de la justice Bekir Bozdag a déclaré, le 1 avril, qu’il donnera son accord au transfert du dossier de Jamal Kashoggi aux autorités saoudiennes, suite à la décision du procureur général de d‘Istanboul de clore le dossier de ce journaliste assassine, le 2 octobre 2018, au siège du consulat saoudien à Istanbul.

    Signataires : 27 ONG tunisiennes

  3. La prisonnière politique Leyla Güven s’adresse au monde

    En février 2019, nous avions publié le récit d’une rencontre avec Leyla Güven, militante féministe, ancienne maire et députée du Parti démocratique des peuples (HDP) en Turquie. Celle-ci venait d’être libérée après une grève de la faim de sept mois. Mais, le 4 juin 2020, son statut de parlementaire était révoqué et son immunité levée : le 21 décembre de la même année, elle était condamnée à vingt-deux ans et trois mois de prison. Le prix à payer pour avoir été la coprésidente du Congrès de la société démocratique (DTK), une plateforme qui regroupe des syndicats, des organisations politiques et civiles kurdes en Turquie, et promeut, via une proposition d’autonomie démocratique, la résolution pacifique du conflit. Leyla Güven, bientôt 58 ans, est détenue dans une prison de haute sécurité de la province kurde d’Elazığ. De sa cellule, elle correspond avec l’extérieur. Nous traduisons du turc cet entretien mené par la journaliste Banu Guven, paru récemment dans les colonnes du média indépendant Bianet (Bağımsız İletişim Ağı) : la prisonnière politique revient sur sa vie en captivité, sa résistance à la dictature et ses conceptions féministes, socialistes et écologiques.

    https://www.revue-ballast.fr/la-prisonniere-politique-leyla-guven-sadresse-au-monde/

  4. L’état turc veut faire taire la voix des femmes kurdes

    Mercredi 16 mars au petit matin, à Diyarbakir, au coeur des régions kurdes de Turquie, la police turque est venue arrêtée chez elle 24 femmes, militantes de diverses structures de la société civile kurde : parti politique (HDP), centre d’aide aux femmes victimes de violences (centre ROSA), divers syndicats (SES, Egitim Sen, Tümbel Sen, TBS), mouvement des femmes kurdes (TJA). Déjà, le 08 mars, la police avait tenté d’interdire le rassemblement au prétexte que les femmes refusaient de se soumettre à trois fouilles au corps successives pour accéder au lieu de la célébration. Cette fois-ci, il dirige la répression exclusivement sur celles qui osent élever la voix, leur reprochant notamment leur participation à la manifestation du 25 novembre contre les violences faites aux femmes – qui s’était par ailleurs déroulées sans incidents.

    Les organisations membres du Réseau syndical international de solidarité et de luttes réaffirment leur soutien à toutes les femmes touchées par la répression du régime turc d’Erdogan patriarcal et autoritaire. Leurs voix ne seront pas réduites au silence ! Nous nous tenons aux côtés de nos camarades syndiquées en cas de besoin.

    http://www.laboursolidarity.org/L-etat-turc-veut-faire-taire-la

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