[25] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [25] 

  • Gilles Lemaire : Le campisme, maladie infantile de l’altermondialisme
  • Denis Paillard : Poutine et le nationalisme grand russe
  • Gilbert Achcar : Cohérence et incohérence au sujet de la guerre en Ukraine
  • Les médias russes n’ont plus le droit de publier les interviews de Zelensky
  • Sur la répression des actions contre la guerre en Russie
  • Le convoi Tournesol a quitté Vienne et est en route pour l’Ukraine
  • … L’abominable vénalité de la presse… D’après les documents des archives russes (1897-1917)
  • Avec le peuple ukrainien
  • Les manifestants en Europe exigent une pression accrue sur Moscou
  • Unions stand with Ukraine
  • Le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius est mort à Marioupol
  • Les corps de civils jonchent les rues de Boutcha après le retrait russe (Reuters)
  • Patrick Silberstein : Lignes de front 3 (avril)
  • Antimilitaristes, pacifistes, objecteurs… Nous soutenons les réfractaires à l’armée russe
  • Exportation d’armes vers la Russie entre 2015 et 2020
  • Point de situation des opérations en Ukraine 3 avril 2022
  • Interview du Comité de Résistance anti-autoritaire ukrainien
  • Quel rôle pour Attac face à l’invasion en Ukraine ?
  • [Visioconférence] À l’écoute de la gauche ukrainienne pour organiser la solidarité contre l’agression russe
  • La Russie a ouvertement déclaré son désir d’exterminer les Ukrainiens en tant que nation
  • Wiktoria Bielaszyn : Les Russes meurent en silence : la mère du soldat recevra sa dépouille après la guerre
  • Liens avec autres textes

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Le campisme, maladie infantile de l’altermondialisme

L’agression de la Russie contre le peuple ukrainien implique de réfléchir notre vision du monde, de l’ONU, de l’OTAN et de l’altermondialisme. Les positionnements contradictoires des forces se réclamant de l’altermondialisme obligent à des éclaircissements et certainement à des ruptures. Certains de ceux qui se réclament de l’altermondialisme en fait ne voient que par le refus de l’impérialisme américain et de ses alliés européens ; pour eux altermondialisme c’est en fait anti-américanisme. C’est ce que l’on nomme le campisme. Il est nécessaire de se confronter à un monde plus complexe et à réfléchir chaque situation. En Ukraine aujourd’hui il s’agit d’une guerre injustifiée de l’impérialisme russe contre un peuple héroïque et rassemblé.

La solidarité envers les populations touchées par la guerre, la répression, l’exil…, doit être au cœur de l’éthique altermondialiste. Les campistes n’agissent pas en solidarité avec la population ukrainienne, au nom de considérations géopolitiques fumeuses. Ils séparent froidement la souffrance humaine en deux parties, reconnaissant les victimes de l’impérialisme américain et marginalisant, ignorant ou niant l’existence des victimes d’autres impérialismes (les victimes de Bachar al-Assad et de ses partisans russes en Syrie, les Tchétchènes les Géorgiens et les Ukrainiens, les Ouïgours et les Tibétains en Chine…)

Sur la situation en Ukraine

La Russie doit immédiatement mettre fin à toute forme d’ingérence en Ukraine, retirer toutes ses troupes et mercenaires, et désarmer les milices pro-russes du Donbass. Les forces de maintien de la paix des Nations Unies devraient être déployées sur le territoire des soi-disant républiques populaires de Donetsk et de Louhansk, ainsi qu’en Crimée, jusqu’à ce que le statut définitif de ces territoires puisse être résolu pacifiquement, sur la base de la volonté de la population, en y incluant les anciens résidents qui ont quitté ces régions à la suite des conflits de ces dernières années. Les manifestations pacifiques de la population russophone à Khourson ou Koupiansk conduisent en effet à douter que les référendums actant l’indépendance des républiques organisés par la Russie expriment bien la volonté des populations concernées. Les républiques autoproclamées du Donbass sont des entités soutenues par la Russie, dirigées par une alliance d’envoyés russes, de mafieux locaux et d’aventuriers d’extrême droite. La répression sociale, politique et culturelle y est massive. 

Les Ukrainiens ont droit d’obtenir des armes de n’importe quelle source, y compris des pays de l’OTAN, notamment des armes antichars et des systèmes de défense antiaérienne. Face à une guerre d’agression, la solidarité signifie reconnaître le droit des Ukrainiens à se défendre. Que le gouvernement ukrainien ne soit pas de gauche ne change rien à la situation. Pas plus que l’existence de l’extrême droite en Ukraine, comme partout ailleurs, et même moins que dans de nombreux autres pays, la France ou la Russie en particulier.

Les sanctions visant les biens personnels de l’élite russe, ainsi que les sanctions commerciales et financières réduisant les revenus de l’État russe et sa capacité à poursuivre son invasion et son occupation de l’Ukraine sont nécessaires et légitimes. Les mobilisations en faveur du boycott, les pressions exercées sur les entreprises pour qu’elles se désengagent de la Russie sont légitimes. Le jugement sur boycott sportif et encore plus culturel est plus compliqué ; les contacts entre sportifs et gens de culture s’il est sans complaisance peut être utile.

Il est également impératif d’accueillir les réfugiés et de combattre toutes discriminations de nationalité ou de religion dans l’accueil y compris des vagues précédentes (syriens notamment)

Dans les mois qui viennent un tribunal devra juger des crimes et dommages de guerre tout en ne répétant pas les erreurs faites lors du traité de Versailles en 1919 qui ont contribué à des décisions trop sévères envers l’Allemagne à pousser celle-ci dans les bras d’Hitler.

Stopper les risques de guerre mondiale, d’utilisation des armes nucléaires et biologiques

Face au risque d’escalade vers une guerre continentale et l’utilisation d’armes nucléaires et biologiques, il faut prévenir toute confrontation directe entre l’OTAN et la Russie, tout en soutenant efficacement l’armée et le peuple ukrainien. Le chemin de crête est étroit, d’autant que Poutine comme Hitler dans les années 1930 teste en permanence jusqu’où il peut aller.

Au sujet des campistes qui agitent la question de la paix

Les Ukrainiens réfugiés en Europe manifestent aux cris de « Si les Russes cessent de se battre, il n’y aura pas de guerre; si les Ukrainiens cessent de se battre, il n’y aura pas d’Ukraine ». Des étrangers ne devraient pas appeler à la paix à tout prix, alors que les Ukrainiens soutiennent massivement la poursuite de la résistance militaire. Dans ce contexte, la paix à tout prix signifie accepter les gains russes de l’agression aux dépens des Ukrainiens. Les forces de gauche en Ukraine sont pleinement engagées dans la défense de l’Ukraine; toutes les forces de gauche des pays de l’est de l’Europe et même de Russie combattent l’agression russe de l’Ukraine.

Et pour le futur

La diminution des dépenses militaires, la mise en œuvre du désarmement nucléaire, la dissolution des alliances militaires (dont l’OTAN), la non-violence active restent des objectifs nécessaires. Se pose également la question des états nations et des institutions internationales.

Les états-nations et le droit à l’autonomie

Trois principes s’imposent pour le respect des minorités :

  • l’intangibilité des frontières des états, sauf accord par référendum,

  • la résolution non-violente et démocratique des conflits,

  • le respect des droits des minorités (langue, culture,…)

Le fonctionnement des Etats-nations est à faire évoluer

  • en mettant en œuvre le principe de subsidiarité : décentraliser un maximum au plus près des citoyens

  • et en attribuant des responsabilités légales et budgétaires à des instances supranationales (L’Union européenne pour les pays membres) 

La démocratie 

Certains pays ont des fonctionnements dénommés démocratiques. Ce qui ne les a pas empêché d’avoir des politiques extérieures de soutien à des dictatures. (la France à l’égard des pays d’Afrique ou les États-Unis avec l’Amérique latine notamment). Cependant les citoyens de ces pays bénéficient d’une liberté d’expression, de manifestation, de conscience qui n’existent pas ailleurs. Ces libertés fondamentales sont d’une grande valeur et permettent d’influer sur les pouvoirs en place et d’obtenir ainsi des avancées du point de vue des droits économiques et sociaux. Et nous devons être attentifs à ne pas liquider ce qui a été acquis si longuement et difficilement. Et c’est parce que nous bénéficions de ces acquis qu’un devoir particulier nous incombe pour penser le système mondial autrement.

La question des institutions internationales

Selon l’adage de Lacordaire « entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. » La société internationale a été pendant des siècles livrée aux seuls rapports de force. 

La guerre en Ukraine, la crise écologique et la crise sanitaire de la COVID ouverte il y a deux ans, ont confirmé l’insuffisance des solutions nationales. La société internationale n’a pas les institutions adéquates au traitement de ces crises. En droit international l’instrument est le traité, qui reste de la nature du contrat. Son contenu ne s’impose qu’à ceux qui y ont adhéré et encore s’ils le respectent ! Rappelons le Protocole de Kyoto signé en 1997 sur les émissions de gaz à effet de serre, traité théoriquement juridiquement contraignant qui n’a jamais été respecté ?

La Charte des Nations Unies garantit aux États le principe de souveraineté. Ceci présageait l’échec de la Charte et de tous ses objectifs (tel la réduction des armements), les États en dernière instance décident. L’ONU a été créée pour intervenir dans les conflits et les régler en ramenant la paix. Pour fonder sa légitimité la Charte affirmait le principe d’égalité des États entre eux, espérance d’une sorte de démocratie mondiale. Dominée par les membres permanents du Conseil de sécurité, et ne disposant pas de forces militaires recrutées et équipées de manière indépendante des États L’ONU était impuissante. Les institutions internationales sont à refonder !

L’OTAN

L’OTAN est une alliance militaire entre les États-Unis et l’Europe occidentale, instrument de défense collective face à l’URSS. La chute du mur de Berlin en 1989 aurait dû entraîner sa disparition. Elle s’est au contraire étendue à des pays de l’ancien bloc socialiste. En 1997 l’Acte fondateur sur les relations entre la Russie de Boris Eltsine et l’OTAN prônait la coopération entre la Russie et l’OTAN, mais l’intervention russe en Géorgie en 2008 l’a stoppé.

Les pays proches de la Russie voient aujourd’hui leur sécurité dans leur appartenance à l’OTAN. Les militants de gauche des pays concernés refusent donc que la dissolution de l’OTAN soit actuellement évoquée. Cela est compréhensible ; ceci dit réaffirmer que la dissolution de l’OTAN avec la mise en place d’un pacte européen de coexistence pacifique incluant une Russie débarrassée de Poutine reste un objectif à terme toujours valable.

En guise de conclusion provisoire

Le monde est complexe ; tous ceux qui ont agité le front uni contre le social-impérialisme, la lutte contre l’impérialisme américain, la lutte contre l’empire du mal,… se sont avérés être pire que le mal qu’ils déclaraient combattre.

Il n’y a pas d’ennemi universel qui servirait de point de référence et justifierait la paresse de la réflexion. L’analyse des situations concrètes en refusant toute forme d’allégeance s’impose.

La diversité des situations et des conflits rend certes difficile la construction d’un espace altermondialiste, hors des rapports de domination. Chaque participant voit les situations souvent en fonction de celle dans laquelle il est plongé ; la « survie » ou « renaissance » d’un espace altermondialiste passe par l’acceptation de cette diversité et par le refus clair de tout campisme.

Gilles Lemaire, écologiste altermondialiste, le 2 avril 2022

Cette réflexion s’est nourrie d’un texte de Monique Chemillier-Gendreau et d’un texte de Pierre Rousset et Mark Johnson.

https://blogs.mediapart.fr/gilleslemaire/blog/020422/le-campisme-maladie-infantile-de-laltermondialisme

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Rappel :

Monique Chemillier-Gendreau :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/27/monique-chemillier-gendreau-contrer-la-domination-et-ouvrir-la-perspective-dun-autre-monde/

Pierre Rousset et Mark Johnson :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/30/en-cette-heure-de-grand-danger-en-solidarite-avec-la-resistance-ukrainienne-reconstruisons-le-mouvement-international-contre-la-guerre/

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Poutine et le nationalisme grand russe

L’invasion de l’Ukraine par les armées russes marque la volonté de Vladimir Poutine de rétablir la ‘Grande Russie’ dont le noyau historique dur réunirait les Russes, les Biélorusses et les Ukrainiens. Sur ce plan il est pleinement l’héritier d’une longue tradition qui va de l’Empire tsariste à la Russie d’aujourd’hui, en passant par Staline et les dirigeants de l’URSS après la mort de Staline : autocratie et nationalisme grand russe ont toujours été présents, certes sur différents modes.

Le discours de Vladimir Poutine sur l’Ukraine s’inscrit dans cet héritage impérial : l’unité de la Grande Russie a été cassée lors de la révolution de 17. Dans sa déclaration du 22 février 2022 (précédant de deux jours l’invasion), il explique que l’Ukraine en tant que république est une conséquence désastreuse de la politique suivie par Lénine après la révolution de 1917 :

« Permettez-moi donc de commencer par le fait que l’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste. Le processus a commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses compagnons d’armes l’ont fait d’une manière très grossière à la Russie elle-même – par la sécession, en arrachant des parties de ses propres territoires historiques. » (…) « Du point de vue du destin historique de la Russie et de son peuple, les principes léninistes de construction de l’État n’étaient pas seulement une erreur, ils étaient, comme nous le disons, encore pire qu’une erreur ».

Cette déclaration fait écho à une long texte (50 000 signes) publié sur le site du gouvernement en juillet 2021 et qui définit la position de Poutine. Dans ce texte il est dit qu’Ukrainiens et Russes ne forment qu’un seul et même peuple.

Et en conclusion il écrit : « Je suis convaincu que la véritable souveraineté de l’Ukraine n’est possible qu’en partenariat avec la Russie. Nos liens spirituels, humains et civilisationnels se sont formés pendant des siècles et ont leurs origines dans les mêmes sources, ils ont été durcis par des épreuves, des réalisations et des victoires communes. Notre parenté s’est transmise de génération en génération. Elle se trouve dans le cœur et la mémoire des personnes vivant dans la Russie et l’Ukraine modernes, dans les liens du sang qui unissent des millions de nos familles. Ensemble, nous avons toujours été et serons bien plus forts et plus performants. Car nous sommes un seul peuple ». 

Que l’intervention en Ukraine ait été pensée dans ces termes est confirmé par le texte publié (puis immédiatement retiré) le 26 février (deux jours après l’invasion) sur le site de l’Agence RIA Novosti. Rédigé à l’avance et anticipant une victoire rapide et totale des forces russes il définit clairement les véritables enjeux :

« La Russie restaure son unité. En effet, la tragédie de 1991, cette terrible catastrophe de notre histoire, cette dislocation contre nature, est enfin surmontée (…) La Russie est rétablie dans son intégralité historique rassemblant le monde russe, le peuple russe : les Grands Russes (Russes de la Fédération de Russie), les Biélorusses et les Petits-Russes (les Ukrainiens). (…) L’Ukraine est revenue à la Russie. Ce retour ne signifie pas que l’Ukraine perde son statut d’État. Simplement, elle sera transformée, réorganisée et rendue à son état originel en tant que partie intégrante du monde russe ».

En d’autres termes, l’invasion de l’Ukraine a pour objectif premier de ramener l’Ukraine dans le giron de la Russie, en mettant un terme à ses rapports avec l’UE et les États-Unis accusés d’utiliser l’Ukraine comme base de manœuvres contre la Russie. Mais il faut insister sur le fait que cette logique impériale / impérialiste [1] de la Russie poutinienne est première : la dénonciation de l’Ouest et de l’OTAN soit être compris dans cette perspective.

La résistance armée des Ukrainiens durant les quatre premières semaines qui ont suivi l’invasion a détruit l’illusion première d’une victoire rapide et la réalisation des plans de départ. Mais cela ne remet pas en cause l’actualité du projet initial : ramener coûte que coûte l’Ukraine dans le giron de la Russie (et à ce jour le prix à payer est déjà immense pour les Ukrainiens). Aujourd’hui il est difficile de prévoir la suite des événements – une perspective plutôt sombre : la résistance héroïque des Ukrainiens à elle seule pourra difficilement mettre un terme à l’occupation russe.

Pour comprendre et définir les enjeux d’une solidarité active pleine et entière avec le peuple ukrainien, il est crucial de partir de cette position : la guerre en Ukraine est une guerre d’agression menée par une puissance impériale / impérialiste contre un État nation, l’Ukraine qui défend sa liberté et son indépendance. Cette perception fondamentale tend à être partiellement occultée au profit d’une représentation en termes d’affrontement de deux camps : d’un côté l’Occident (EU + UE sous le chapeau de l’OTAN), de l’autre la Russie qui clame haut et fort qu’elle est agressée et menacée dans son intégrité. La prolongation de la guerre ne peut que nourrir et renforcer cette vision campiste de la situation, au détriment de la résistance ukrainienne et de sa lutte pour son indépendance et sa souveraineté.

La situation actuelle et les menaces dramatiques qui pèsent aujourd’hui sur le peuple ukrainien s’inscrit dans une longue histoire où le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’a été reconnu que durant une (trop) brève période, au lendemain de la révolution de 17, qui a mis fin à l’Empire tsariste « prison des peuples ». Très vite, l’étau grand russien va se réactiver, niant de fait les droits nationaux reconnus aux républiques formant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques.

Lénine contre Staline

Dans les différentes déclarations de Poutine, Lénine est violemment attaqué pour avoir remis en cause un état unitaire. Staline est présenté comme celui qui a défendu une position unitaire conforme aux intérêts historiques de la Russie. Si finalement Staline recule et adopte les thèses défendues par Lénine, en fait, comme l’écrit Moshe Lewin dans Le dernier combat de Lénine : « il (Staline) était persuadé que le cours des événements, les intérêts réels de l’État prendraient le dessus et que l’Union fonctionnerait de toute façon comme il l’avait prévu. Dans ces conditions, il ne voyait pas d’inconvénient à céder totalement devant Lénine sur le papier » (p.74).

La période de reconnaissance des droits des nationalités [2] fut effectivement de courte durée dans les années 20. Avec l’arrivée de Staline au pouvoir l’autocratie et le nationalisme grand russe ont repris le dessus. Ci-dessous, sans prétendre à une quelconque exhaustivité, nous revenons sur différents moments.

Les années 30 : retour à l’autocratie

Dans son texte Ego et politique dans l’autocratie stalinienne (in Russie / URSS / Russie, Page2, Syllepse) Moshe Lewin écrit : « Staline a eu toujours tendance à faire sienne la gloire du passé impérial tsariste et à utiliser la tradition au bénéfice de son système (…) Le fait pour Staline de souligner les affinités de son régime avec l’Empire et de revendiquer des racines historiques communes, surtout concernant la construction de l’État par les plus cruels des tsars, a rendu possible une redéfinition radicale de son propre personnage, mais aussi de l’identité idéologique et politique du système. » (155-156). Rappelant que Lénine avait traité Staline de derzhimorda (‘brute grand russe’), Moshe Lewin écrit que Staline « a fini par vouloir effectivement être une brute grand russe » [3].

Grande guerre patriotique

Pendant la guerre, différentes minorités sont déportées entre 1941 et 1944 : les Allemands de la Volga, les Kalmouks, les Balkars, les Karatchaïs, les Ingouches, les Tatars de Crimée.

Les dernières années de Staline et le jdanovisme

Dans Le Siècle soviétique, Moshe Lewin évoque le jdanovisme (1946-1950) qui constitue un chapitre particulièrement sombre de l’histoire du stalinisme : « Expression d’un ultranationalisme russe le jdanovisme s’attaquaient aussi aux manifestations de nationalismes dans les républiques non-russes » (p.170). « L’idéologie jdanovienne est celle de Staline. Elle marque le point culminant de ses errances idéologiques. Désormais il est fasciné par le glorieux passé tsariste. (…) mais le plus grave dans ce bric à brac idéologique c’est le nationalisme russe extrême, aux relents protofascistes, du stalinisme sur le déclin. Staline voulait que cet esprit lui survive. Dans ce but il avait personnellement révisé l’hymne soviétique imposant à un pays multinational la glorification de la ‘Grande et Sainte Russie’ (Rus’) » p.173. Sur cette question, cf. également ibidem, p.189-191.

URSS : les années 50 – 80 [4]

La bureaucratie de l’État et du parti est morcelée, ensemble de factions, de cliques et de réseaux au sein des différentes instances du pouvoir, se regroupant dans des jeux d’alliance plus ou moins durables, sur la base d’intérêts communs et de positions idéologiques plus ou moins partagées. Ces différentes composantes de la bureaucratie ont en commun la célébration de l’URSS (en fait la Russie) comme derzhava (‘État fort’). Toute référence à la révolution d’Octobre est effacée, c’est la « Grande guerre patriotique » (la seconde guerre mondiale) qui est la référence. On assiste à un renforcement de la politique d’assimilation des nationalités non russes. Brejnev se distingue par l’intensification de la russification sous le drapeau de la création d’un peuple soviétique unique. À partir de 1976 le slogan principal de la russification est la célébration de la « langue russe, langue de progrès, de socialisme et d’internationalisme » [5].

Le livre de Nikolay Mitrokhin [6] Russkaja partija : dvizhenie russkih nacionalistov v SSSR 1953-1985(« Le parti russe : le mouvement des nationalistes russes en URSS 1953-1985), montre que le nationalisme grand russe est présent dans toutes les instances dirigeantes du PCUS : Politburo, Comité Central du PCUS, mais aussi du Komsomol : anti-occidentalisme virulent, admiration pour Staline présenté comme le constructeur d’un État fort, célébration de la Grande guerre patriotique, renforcement de l’éducation militaire et militarisation de la jeunesse, glorification de la Grande Russie. Toutes les composantes du discours poutinien aujourd’hui sont déjà présentes [7].

La fin de l’URSS et les années 90 : une Russie par défaut

Le 21 décembre 1991 marque la fin de l’URSS avec la création de Républiques indépendantes dont les dirigeants sont directement issus de la période précédente, à l’exception des pays baltes. Dans ce cadre est créée la République fédérative de Russie. La confusion de fait Russie / URSS durant toute la période soviétique en ce qui concerne les instances dirigeantes s’est traduite par l’absence d’institutions proprement russes. En particulier, il n’existe pas de Parti communiste de Russie, parti qui sera créé en urgence.

La Fédération de Russie désigne une Russie par défaut : une identité floue et en suspens correspondant à ce qui reste de l’URSS après l’indépendance des républiques [8]. Sur le plan économique on assiste à un effondrement du système avec une politique de ‘réformes’ menée tambour battant : désindustrialisation massive, privatisation sauvage de toutes les richesses du pays (« le plus grand holdup du siècle » selon Moshe Lewin), chute brutale du niveau de vie, crise démographique. La politique menée par Eltsine est celle du laisser-faire, menée par les libéraux réformateurs en association directe avec le FMI et la Banque mondiale.

Face à cela on assiste à une explosion du nationalisme russe dont le nouveau parti communiste de la Fédération de Russie est un des principaux acteurs. Son premier secrétaire, Guenadi Ziouganov se fait le porte-parole de ce nationalisme virulent : une de ses brochures est intitulée Je suis russe par le cœur et par le sang, une autre a pour titre Derzhava (‘Grande puissance’). Et à différentes reprises, il a critiqué Lénine : « Il me semble que Lénine a été soumis à une forte pression et influence des forces qui haïssent la Russie » (on n’est pas loin de la thèse présentant la révolution d’Octobre 17 comme un complot judéo-bolchevique) [9].

La Russie de Poutine : reconstruire la Grande Russie

Arrivé au pouvoir au moment de la seconde guerre de Tchétchénie, Poutine va très rapidement s’engager dans une série d’opérations visant à réduire le gap entre la Fédération de Russie née de l’écroulement de l’Empire soviétique (régulièrement assimilé à une seconde catastrophe majeure frappant la Russie – la première étant la révolution de 17) et la Grande Russie historique. Cela se traduit tant sur le plan intérieur : autoritarisme et État fort, patriotisme musclé, dénonciation de l’Occident ‘dégénéré’ et ennemi juré de la Russie, que sur le plan extérieur par des interventions sur « l’étranger proche », c.à.d. les Républiques apparues au lendemain de la fin de l’URSS.

La Russie est intervenue lors des différentes « révolutions de couleur » assimilées à une tentative de sortir de sa sphère d’influence : révolution des roses en Géorgie en 2003, révolution des tulipes au Kirghizstan en 2005, révolution orange en Ukraine en 2004. Mais aussi, plus récemment lors du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie ainsi qu’au Kazakhstan. Cette entreprise a pris la forme d’un rattachement à la Russie de territoires de la Géorgie comme l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud (en 2008). Mais c’est vis-à-vis de l’Ukraine que la stratégie de Poutine va prendre la forme la plus radicale et la plus brutale : à la différence des autres républiques, l’Ukraine est pour Poutine une partie intégrante de la Grande Russie – cf. ci-dessus ses déclarations au moment de l’intervention armée en Ukraine [10].

Un premier pas a été franchi en 2014 au moment de Maïdan avec l’annexion de la Crimée et l’apparition des républiques autoproclamées de Lougansk et de Donetsk. L’invasion de l’Ukraine lancée le 22 février est une nouvelle étape. Tout montre qu’il ne s’agit pas d’un coup de tête d’un Poutine aventuriste mais que cela s’inscrit dans un projet, largement théorisé, de reconstitution de la Grande Russie.

Si la résistance acharnée des Ukrainiens a freiné l’avancée des troupes russes, il est très difficile de prévoir la suite des événements. Mais rien n’incite à penser que Poutine a renoncé à son projet de démantèlement de l’Ukraine.

Denis Paillard 

Legado imperial: Putin y el nacionalismo de una gran Rusia

https://vientosur.info/legado-imperial-putin-y-el-nacionalismo-de-una-gran-rusia/


[1] En écrivant ‘impériale/impérialiste’ nous voulons souligner que l’intervention en Ukraine relève à la fois du chauvinisme grand russe et de l’impérialisme russe tel qu’il est mis en pratique aujourd’hui dans différentes parties du monde (Syrie, Afrique en particulier).

[2] Ainsi, Lénine a soutenu la création d’une République autonome des Tatars de Crimée. Pendant la guerre, les Tatars de Crimée – avec d’autres minorités nationales – ont été déportés en Asie Centrale. Ce n’est qu’après la fin de l’URSS qu’ils ont pu revenir en Crimée. L’occupation russe de la Crimée en 2014 a signifié de nouvelles persécutions contre les Tatars. Beaucoup ont émigré soit en Ukraine soit en Turquie (où ils seraient 100 000).

[3] Dans les années 30, la répression à grande échelle a également frappé les intellectuels et écrivains ukrainiens. Cf. l’article d’Isobel Koshiw « On a l’impression que l’histoire se répète, déclare un poète de Kharkiv alors que les bombes russes tombent » Site A l’encontre, 30 mars 2022.

[4] Nous reprenons ici certains passages de l’introduction au recueil de textes de Moshe Lewin Russie / URSS / Russie(M Editeur / Page2 / Syllepse, 2017)

[5]  Sur cette question et plus particulièrement la politique développée en Ukraine, cf. le Cahier Ukraine publié par la revue L’Alternative, dirigée par François Maspero : n°31, janvier 1985.

[6] N. Mitrokhin a publié récemment dans la revue en ligne La Revue des idées (22 mars 2022) un article très informé et décapant sur les républiques autoproclamées du Donbass.

[7] Pour une présentation plus systématique du livre de N. Mitrokhin, cf. l’introduction à Russie / URSS / Russie, p.19-22.

[8] Sur cette question, cf. Moshe Lewin « Nationalisme de notre temps : le cas de la Russie », in Russie / URSS / Russie, p.205-238.

[9] Cf. Denis Paillard, 1995, « Les nationalistes, les communistes et le phénomène patriotique » in V. Garros (éd.) Russie postsoviétique : la fatigue de l’histoire, Bruxelles, Complexe

[10] Il faut rappeler qu’Alexandre Douguine, théoricien de l’Eurasie, est un conseiller influent de Poutine. Il entretient des relations étroites avec les différents mouvements d’extrême droite en Europe. Sur le site d’extrême droite <geopolitika.ru> on trouve différents articles de Douguine.

Lire aussi : Denis Paillard : La société russe… et la guerre 

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/31/23-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes-retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-23/

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Cohérence et incohérence au sujet de la guerre en Ukraine

Imaginons que les États-Unis envahissent le Venezuela, comme ils ont envisagé de le faire pendant un certain temps sous Donald Trump, et que la Russie décide de fournir au gouvernement vénézuélien de Nicolás Maduro des armes pour l’aider à combattre les envahisseurs. Les troupes américaines rencontrent une résistance farouche dans les barrios et les campagnes du Venezuela. Les négociations entre Washington et Caracas ont commencé en Colombie, tandis que Washington tente de forcer le gouvernement vénézuélien à capituler devant son diktat.

À moins de croire que la Russie n’est pas un pays impérialiste – ce qui implique que l’on ne souscrit pas à une analyse matérialiste mais que l’on adhère à une définition politique de l’impérialisme selon laquelle seuls les « pays occidentaux » peuvent être impérialistes – la situation décrite ci-dessus serait clairement celle d’une guerre juste menée par le Venezuela contre une invasion impérialiste américaine, dans le contexte d’un conflit en cours entre l’impérialisme américain et l’impérialisme russe. La guerre juste du Venezuela serait donc en même temps une « guerre par procuration » entre deux puissances impérialistes, de la même manière que la plupart des conflits pendant la guerre froide – comme la guerre de Corée ou la guerre du Vietnam – étaient des guerres de libération nationale ainsi que des « guerres par procuration » entre Washington et Moscou.

Quelle serait la bonne position des anti-impérialistes internationalistes ? À moins que vous ne soyez un pacifiste absolu croyant au principe de « tendre l’autre joue », vous devriez soutenir les livraisons d’armes à la résistance vénézuélienne pour lui permettre de défendre sa population et d’atteindre une position à partir de laquelle elle pourrait éviter la capitulation et réduire le prix à payer dans les négociations. Si quelqu’un disait : « Nous soutenons la résistance vénézuélienne, mais nous nous opposons à la fois aux livraisons d’armes russes au gouvernement Maduro et à la pression économique sur les États-Unis », cette attitude serait à juste titre considérée comme peu sérieuse.

Car une telle position reviendrait à proclamer le soutien aux Vénézuéliens tout en les privant des moyens de résister et en s’opposant à ce que des pressions économiques soient exercées sur leur agresseur. Au mieux, ce serait une position totalement incohérente. Au pire, une position hypocrite déguisant une indifférence au sort des Vénézuéliens – considérés comme des agneaux sacrifiés sur l’autel de l’anti-impérialisme (russe en l’occurrence) – derrière la prétention de leur souhaiter le succès dans leur juste résistance.

Les lecteurs auront compris, bien sûr, que dans l’allégorie ci-dessus, le Venezuela représente l’Ukraine, et l’impérialisme américain son homologue russe. Cela nous ramène à la distinction essentielle entre une guerre directe entre pays impérialistes dans laquelle chaque camp tente de s’emparer d’une partie du monde, comme ce fut le cas le plus classiquement lors de la Première Guerre mondiale, et une invasion par une puissance impérialiste d’un pays non impérialiste, où ce dernier est soutenu par une autre puissance impérialiste qui l’utilise comme mandataire dans la rivalité inter-impérialiste.

Dans le premier cas, l’internationalisme ouvrier exige que les travailleurs, y compris les travailleurs en uniforme (c’est-à-dire les soldats), s’opposent à la guerre des deux côtés, chacun s’opposant à la guerre de son propre gouvernement, même si cela contribue à sa défaite (c’est le sens du « défaitisme révolutionnaire »). Dans le second cas, le défaitisme révolutionnaire n’est exigé que des travailleurs et des soldats qui appartiennent au pays impérialiste agresseur, et d’une manière beaucoup plus active qu’indirectement. Il leur est demandé de saboter la machine de guerre de leur pays. Les travailleurs de la nation opprimée, en revanche, ont le droit et le devoir de défendre leur pays et leur famille et doivent être soutenus par les internationalistes du monde entier.

L’attitude consistant à exprimer de la tristesse pour les Ukrainiens et à prétendre se soucier de leur sort en soutenant les négociations et la « paix » dans l’abstrait (quelle paix ?) est considérée à juste titre comme hypocrite par les socialistes ukrainiens. Le gouvernement ukrainien est activement engagé dans des négociations avec la partie russe depuis des semaines maintenant : celles-ci sont organisées par un pays membre de l’OTAN, la Turquie, et se tiennent sur son territoire. Elles sont pleinement soutenues par la plupart des gouvernements de l’OTAN, qui sont désireux de voir la guerre prendre fin avant que ses conséquences économiques mondiales ne deviennent irréversiblement catastrophiques. Ce n’est donc certainement pas comme si l’une des parties refusait de négocier. Or, il n’est pas nécessaire d’être un expert en histoire de la guerre pour comprendre que les négociations dépendent de l’équilibre des forces obtenu sur le terrain. Les Chinois et les Vietnamiens ont une longue expérience à cet égard, résumée par le célèbre dicton maoïste : « Da Da Tan Tan » (Combattre, combattre, parler, parler).

Soutenir la position de l’Ukraine dans les négociations sur son propre territoire national exige de soutenir sa résistance et son droit d’acquérir les armes nécessaires à sa défense auprès de toute source possédant de telles armes et disposée à les fournir. Refuser à l’Ukraine le droit d’acquérir de telles armes revient à l’appeler à capituler. Face à un envahisseur massivement armé et très brutal, il s’agit en fait d’un défaitisme de mauvais aloi, qui revient pratiquement à soutenir l’envahisseur.

Gilbert Achcar

https://newpol.org/coherence-and-incoherence-about-the-war-in-ukraine/

Coherencia e incoherencia a propósito de la guerra en Ucrania

https://vientosur.info/coherencia-e-incoherencia-a-proposito-de-la-guerra-en-ucrania/

Lire aussi :

Gilbert Achcar : L’anti-impérialisme aujourd’hui et la guerre en Ukraine. Réponse à Stathis Kouvélakis

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/03/10/ukraine-russie-mais-pas-que-12/

Gilbert Achcar : Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

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Les médias russes n’ont plus le droit de publier les interviews de Zelensky

Roskomnadzor, le service fédéral russe de supervision des communications, des technologies de l’information et des médias, chargé de surveiller, contrôler et censurer les médias russes, exige que tous les médias russes s’abstiennent désormais de publier des interviews du président ukrainien, Volodymyr Zelenskyy.

Le 27 mars, quatre journalistes russes ont interviewé Zelensky pour la première fois depuis le début de la guerre. La conversation a duré près de deux heures. Parmi eux, selon Roskomnadzor, certains représentaient « des médias étrangers agissant en tant qu’agents étrangers » (journalistes russes basés hors de Russie).

Une enquête a été lancée contre les journalistes impliqués pour « déterminer leur responsabilité », a averti Roskomnadzor.

Sans doute par peur des représailles, les médias nationaux ont respecté les ordres des autorités. Les journalistes basés hors Russie – trois parmi les quatre médias présents lors de l’entretien – ont néanmoins eu moins de scrupules. Ils n’ont pas tardé à divulguer les propos du président ukrainien, qui se dit prêt à discuter « en profondeur » de la neutralité de l’Ukraine, mais qui n’a pas mâché ses mots à l’heure de décrire les actes des forces armées russes.

M.S.

Sources : Ukrainian Pravda et Le Vif, 29 mars.

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Le site OVD Info a publié un long document (33 pages) sur la répression des actions contre la guerre en Russie. Ci-dessous le résumé publié sur le site de OVD Info.

Résumé

Au cours des deux premières semaines et demie de guerre en Ukraine et de répression des actions de protestation contre elle, 14 906 personnes ont été arrêtées en Russie dans plus d’une centaine de villes. On compte au moins 170 mineurs parmi les personnes interpelées.

Au moment des arrestations, puis, ensuite, dans les locaux de la police, les agents des forces de l’ordre ont eu recours à la force : des gens ont été poussés à terre, jetés sur les trottoirs, matraqués, étouffés, frappés au ventre, frappés au visage et dans les yeux, on leur a tapé la tête contre les murs, tordu les bras et fait des clefs de bras. De nombreux témoignages en provenance de Saint-Pétersbourg font état de recours à des pistolets à impulsion électrique. À 39 reprises au moins, des personnes ont dû quitter les postes de police en ambulance et être hospitalisées. Les personnes interpelées sont victimes d’actes d’intimidation et de torture de la part des policiers, elles sont accusées de haute trahison, menacées de poursuites pénales pour extrémisme et terrorisme, ou encore menacées de violences sexuelles. Dans les postes de police, on confisque les téléphones portables ; on exige des prévenus qu’ils livrent la liste de ceux de leurs contacts qui sont eux aussi contre l’« opération spéciale » ; sans la moindre justification légale, on relève les empreintes digitales, on photographie, on prélève des échantillons d’ADN et on soumet à des interrogatoires. Les personnes interpelées de nationalité étrangère intéressent tout particulièrement les policiers: elles sont menacées de reconduite à la frontière, soumises à des interrogatoires supplémentaires, menés parfois par des représentants du FSB.

En plus des actes de violence et de torture, les personnes arrêtées sont soumises à des conditions difficiles lors du transport vers les commissariats, puis en détention sur place : certaines personnes sont maintenues des heures durant dans des fourgons pénitentiaires non chauffés et surchargés, sans pouvoir aller aux toilettes; dans les commissariats, on ne transmet pas toujours à manger et à boire, les couchages manquent en cas de détention prolongée. Il nous a été rapporté que dans certains cas les policiers diffusaient de la musique forte, de nuit, pour empêcher les prévenus de dormir.

Les autorités s’emploient à isoler les prévenus, elles ne les laissent pas s’entretenir avec les avocats et les juristes. Outre la mise en œuvre du plan spécial de sécurité « forteresse », qui interdit les entrées et les sorties des postes de police, les autorités n’autorisent pas les avocats à voir les personnes interpelées, soit en vertu d’un obscur « ordre », soit sans même en expliquer les raisons. Les avocats et les juristes qui assistent les prévenus sont eux-mêmes soumis à des pressions et à des violences physiques.

Les arrestations massives lors des manifestations contre la guerre sont menées parallèlement aux procès des personnes interpelées lors des manifestations et de celles qui sont arrêtées après les faits grâce au système de reconnaissance faciale. Le plus souvent, ce dont on accuse les prévenus est la violation des règles d’organisation ou de participation à un événement public, le refus d’obtempérer à un ordre légitime émanant des forces de police, ainsi que le manquement aux restrictions liées au coronavirus. À la date du 11 mars, on recense au moins 7828 procédures administratives motivées par l’article 20.2 du Code sur les infractions administratives. De même, au 8 mars, on a relevé dans 15 villes au moins l’application à l’encontre de manifestants du nouvel article « Sur les actions publiques visant à discréditer le recours aux forces armées de la Fédération de Russie pour défendre les intérêts de la Fédération de Russie et de ses citoyens, et pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». Lors des procès, les affaires des personnes arrêtées lors de manifestations sont traitées à la chaîne, on relève de très nombreux vices de procédure, notamment la violation du droit à la défense, ainsi qu’une tendance très prononcée en faveur de l’accusation. Les prévenus sont condamnés à de la détention et à des amendes très lourdes.

Du point de vue formel, les arrestations massives sont motivées par le fait que les manifestations n’ont pas été déclarées. La législation de la Fédération de Russie ne prévoit pas les rassemblements spontanés, et dans certaines villes le contexte est encore aggravé par une interdiction totale des rassemblements et des piquets solitaires du fait de la pandémie. Les actions de protestation revêtent pourtant un caractère pacifique, ce dont témoignent même les procédures administratives engagées contre les personnes interpelées. Les quelques cas de violence dont sont accusés certains manifestants sont isolés et ne remettent pas en cause le caractère pacifique de la protestation.

À la date du 12 mars on recensait 21 procédures pénales possiblement liées à la réaction de la population à l’« opération militaire spéciale » en Ukraine. Les figurants de ces affaires sont accusés d’avoir recouru à la violence à l’encontre de la police, de hooliganisme, de vandalisme, de diffusion consciente de fausses informations, d’appel à des actes extrémistes. Cinq au moins de ces procédures pénales ne sont pas liées directement aux manifestations, mais elles ont été engagées pendant les manifestations, et soit elles mettent en cause des activistes, soit elles leur valent le statut de témoin. Par ailleurs, le Parquet général a déclaré que la participation à des actions « illégales » pouvait être qualifiée comme une participation à l’activité d’une organisation extrémiste.

Les parents et les proches des personnes interpelées doivent eux aussi subir des poursuites lourdes de conséquences. Ainsi, des parents de mineurs interpelés font l’objet de procès-verbaux pour manquement à leurs obligations parentales ; on a relevé des cas où, suite à l’arrestation de mères d’enfants en bas âge, les enfants ont été mis en foyer le temps de la détention. Outre les poursuites administratives et pénales, on recense d’autres formes de pression sur les manifestants. On sait que des étudiants sont exclus des universités et que des personnes sont licenciées pour avoir participé à des actions de protestations et à des initiatives contre la guerre. Les personnes et les groupes qui ont signé des pétitions contre la guerre ou qui ont participé à d’autres événements reçoivent la visite de représentants des organes de sécurité, ils font l’objet de menaces par téléphone et d’agressions physiques.

Les arrestations massives et autres formes de persécution des personnes se déclarant contre l’« opération spéciale » s’accompagnent d’une gigantesque campagne menée par l’État pour renforcer la censure et la propagande. Au cours des deux semaines qui viennent de s’écouler des dizaines de médias et d’outils d’information ont été bloqués, de nombreux journaux ont reçu l’ordre de supprimer des articles consacrés à la guerre en Ukraine, un certain nombre de rédactions a choisi de ne pas publier sur ce thème. Les réseaux sociaux Facebook et Twitter ont également été bloqués.

Les autorités adoptent de nouvelles lois visant à établir ou à renforcer la responsabilité pour toutes les formes de diffusion d’informations indésirables. Entre autres, des peines ont été introduites à l’encontre des personnes diffusant publiquement des informations considérées comme trompeuses sur le recours aux forces armées de la Russie, des informations visant à discréditer le recours aux forces armées de la Russie, notamment par des appels à des actions publiques non déclarées, ou bien des informations appelant à mettre en œuvre des sanctions contre la Russie. Le Parquet général a également déclaré que « tout soutien financier, matériel ou technique, consultatif, ou toute aide à l’égard d’un État étranger, d’une organisation internationale ou étrangère ou bien de ses représentants dans une activité dirigée contre la sûreté de la Fédération de Russie » était de nature à relever de la haute trahison et pouvait valoir une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans d’emprisonnement. Le 10 mars, les députés de la Douma d’État ont adopté en seconde lecture le projet de loi créant un registre unique des personnes physiques déclarées agents étrangers, dans lequel il est question d’inscrire les collaborateurs passés et présents des organisations déclarées agents étrangers.

À mesure que se renforce la pression sur les médias indépendants, la propagande prend de nouvelles proportions : des cours spéciaux sont organisés dans les écoles et les établissements d’enseignement supérieur, lors desquels on explique les raisons de l’« opération spéciale » en Ukraine ; on organise des manifestations de soutien à l’armée russe ; des symboles militaristes se multiplient dans les établissements publics ou proches de l’État.

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Le convoi Tournesol a quitté Vienne et est en route pour l’Ukraine.

Le convoi Tournesol a quitté Vienne et est en route pour l’Ukraine. Plusieurs militants – du RCIT ainsi que de la communauté tchétchène – transportent de l’aide humanitaire. Ils rencontreront des militants du « Mouvement social » – une organisation de gauche en Ukraine. Consultez ce site web où nous publierons régulièrement des mises à jour sur notre voyage au cours de cette journée.

https://www.workers-aid.net/convoy/updates/

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md30458562541

… L’abominable vénalité de la presse…

D’après les documents des archives russes (1897-1917)

Cette anthologie comprend notamment des lettres confidentielles de M. Kokovtzev, président du Conseil des ministres russe, et surtout de M. Raffalovitch, conseiller secret du ministère des Finances russe à Paris. En ces temps d’alliance franco-russe, les autorités tsaristes surveillaient étroitement les pages financières de la presse française et n’hésitaient pas à en corrompre les responsables.

« Au lendemain de la révolution d’Octobre, les bolcheviques, qui ont accédé au pouvoir, ont du même coup mis la main sur une bonne partie des archives du régime tsariste. Dans ces archives, ils découvrent de nombreux documents attestant que la presse française a été massivement arrosée de pots-de-vin pour chanter les louanges du régime et de la solidité de son économie, de sorte que les épargnants français souscrivent sans barguigner aux fameux emprunts russes que vendent allégrement toutes les banques françaises, et tout particulièrement le Crédit lyonnais. Campagne de presse mensongère mais efficace, puisque pendant les trois décennies au cours desquelles les emprunts sont émis, près du tiers de l’épargne française va s’y investir, pour le montant colossal de quelque 15 milliards de francs or. » Laurent Mauduit (Lire son texte complet : https://blogs.mediapart.fr/laurent-mauduit/blog/170916/l-abominable-venalite-de-la-presse-francaise)

Librairie du travail, Paris 1931, 450 pages

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Avec le peuple ukrainien

Les villes et les campagnes ukrainiennes sont sous les bombes. Les civils sont pris pour cibles et jetés sur les routes de l’Europe, entraînant la mort de dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants tous les jours. L’invasion menée par l’armée russe, sur ordres de Vladimir Poutine, réveille les pires souvenirs de notre continent traumatisé par deux guerres mondiales. La solidarité avec le peuple ukrainien et les réfugiés fuyant cette guerre, quelles que soient leurs origines, va de soi pour nous, qui nous reconnaissons dans les combats de la gauche et de l’écologie politique. Cela nous fait devoir de nous rassembler, dans la diversité de nos engagements politiques, pour nous hisser à la hauteur de la violente crise internationale qui gronde et grandit à nos portes. Nous devons poursuivre un objectif unique : contribuer à rechercher une issue démocratique et pacifique à ce conflit.

Vladimir Poutine, l’agresseur, cherche à la fois à construire une puissance impériale et à étouffer les aspirations démocratiques qui s’expriment en Ukraine, en Biélorussie et également en Russie. Pour y parvenir, il exacerbe le nationalisme grand-russe par une politique de puissance agressive. Il cherche à restaurer le statut de puissance mondiale et impériale de la Russie et à écraser les gouvernements et les peuples qui lui tiennent tête, dans ce qu’il estime être sa zone d’influence, en n’hésitant pas à reprendre la vieille thèse anti-démocratique de « souveraineté limitée » émise en son temps par le dirigeant soviétique Leonid Brejnev. Pour parvenir à ses fins, il va jusqu’à brandir la menace nucléaire et à mettre en danger l’humanité entière. À l’heure où tous les efforts devraient être concentrés dans la lutte contre le réchauffement climatique et les injustices sociales, Poutine choisit la guerre, le chaos et le sang.

L’OTAN, outil de guerre froide, aurait dû être dissoute à la fin de l’affrontement est-ouest en 1991 pour laisser place à des mécanismes de sécurité collective, incluant l’ensemble des pays d’Europe, dont la Russie, afin d’éviter le revanchisme et la paranoïa du pouvoir russe. Quels qu’aient été les jeux de puissance malsains et dangereux joués par les USA et leurs alliés de l’OTAN qui ont contribué à déstabiliser la région, Vladimir Poutine porte la responsabilité des événements dramatiques en cours. 

Pour l’heure, l’offensive militaire rencontre une double résistance : résistance militaire ukrainienne et résistance de la société civile qui luttent pour préserver l’indépendance et les libertés de leur peuple. En Russie, la mobilisation citoyenne force elle aussi l’admiration en surpassant elle aussi que ce que le Kremlin pouvait envisager. La répression fait tout pour asphyxier les multiples actes de contestation, d’autant plus qu’elle s’appuie sur des lois liberticides adoptées dans la précipitation, la censure et une manipulation médiatique outrancière. Les manifestantes et manifestants anti-guerre contrecarrent sa volonté de passer en force, de même des réticences fortes des soldats russes à s’engager dans le conflit se manifestent, obligeant Poutine à aller chercher des mercenaires syriens pour faire le sale boulot… Ces éléments sont autant de témoins d’un rejet profond de l’invasion jusque dans la population russe. Ce sont des signes de faiblesses du pouvoir en place, qui peuvent jouer un rôle important dans la construction d’une issue à cette très grave crise internationale. 

La réprobation de l’opinion internationale et l’isolement de Poutine sont désormais manifestes sur le plan diplomatique. Pour autant, la machine qu’il a mise en branle poursuit son œuvre de destruction en Ukraine.

Une victoire de Vladimir Poutine serait catastrophique pour la paix mondiale et la démocratie. Elle laisserait libre cours à son projet, ouvrant ainsi une phase d’instabilité lourde de danger pour l’Europe et le monde, dans un contexte de fortes tensions entre impérialismes américain, russe et chinois et de surarmement nucléaire. La guerre en cours encourage déjà un renforcement de l’OTAN, qui apparaît comme la seule issue pour beaucoup de petits États en mal de protection. De ce point de vue, l’agression de Poutine risque de nous précipiter dans un dangereux cercle vicieux. À l’opposé de cette dynamique régressive, nous, femmes et hommes de gauche, écologistes, souhaitons fixer un cap politique clair refusant la guerre, choisissant la paix, la démocratie et l’écologie comme avenir de notre monde et de notre continent.

C’est en ce sens que :

Nous réclamons l’arrêt immédiat de l’offensive de la Russie en Ukraine, un cessez-le feu et le retrait de l’armée russe, permettant l’ouverture de négociations dans des conditions équitables.

Nous affirmons que l’issue de cette guerre doit être diplomatique et que toutes les parties qui s’opposent sur le territoire ukrainien doivent en faire la priorité absolue.

Nous nous opposons à l’annexion de l’Ukraine ou à une partition qui serait obtenue par la guerre, en vertu du droit du peuple ukrainien à disposer de lui-même. Aucun référendum d’autodétermination ne peut avoir lieu avec un pistolet sur la tempe.

Nous défendons le droit à l’auto-défense de la société civile et du gouvernement ukrainien, sous toutes ses formes, tant que l’agression se poursuit. Tout en étant profondément pacifistes, nous comprenons que la livraison d’armes à l’Ukraine et la constitution de brigades internationalistes sont la condition nécessaire de sa résistance.

Pour empêcher toute nouvelle escalade du conflit, tout risque d’embrasement généralisé, nous nous opposons à toute implication directe de l’OTAN dans les opérations militaires de l’Ukraine contre l’armée russe. 

Nous soutenons toutes les sanctions économiques qui frappent les oligarques et le gouvernement russes. Nous voulons un plan de sortie coordonné à l’échelle européenne des hydrocarbures et du nucléaire doublement nocives, sur un plan environnemental comme sur le plan stratégique vis à vis des régimes dictatoriaux dont elles nous rendent dépendants. Nous demandons au gouvernement français d’exiger le retrait, ou pour le moins la suspension, des activités de Total Energie en Russie y compris en matière gazière.

Nous affirmons l’urgence de développer en France des mobilisations pacifistes en solidarité avec la résistance ukrainienne et avec les mobilisations de la société civile russe contre la guerre. 

Nous demandons l’annulation immédiate de la dette ukrainienne.

Nous soutenons les politiques d’aide humanitaire, sanitaire, alimentaire, aux populations ukrainiennes, menées par les États et collectivités locales.

Nous soutenons toutes les initiatives, de rassemblement, de manifestation, de jumelage, parrainage, d’action culturelle, de collecte humanitaire, venant du mouvement associatif ou syndical et des initiatives citoyennes.

Nous défendons une politique d’accueil digne des millions de réfugié·es quelle que soit leur origine. 

Nous défendons la mise sur pied, sur des fondations démocratiques authentiques, d’une alliance défensive européenne indépendante de l’OTAN, qui assurerait la protection de toutes et tous, y compris les États qui ne sont ni membres de l’Otan ni de l’UE.

Au-delà, et à plus long terme, nous exigeons une conférence de paix européenne sous l’égide de l’OSCE incluant tous les États européens, y compris la Russie, et devant déboucher sur un pacte de sécurité collective. Un tel pacte doit aboutir à la dissolution de toutes les alliances militaires (OSTC, OTAN) et doit être garanti par l’ONU. Dans ce cadre, il faut engager un processus de négociation aboutissant à un désarmement nucléaire dont l’absolue nécessité est à nouveau tragiquement mise en lumière.

Signataires 

Tribune collective d’écologistes et de membres de Générations, d’Ensemble du PCF et d’EELV co-signée par :
Christophe 
Aguiton,
Manu 
Arvois,
Emmanuelle 
Becker,
Patrice 
Cohen-Séat,
Alain 
Coulombel,
Elsa 
Faucillon (députée des Hauts de Seine),
David 
Flacher,
Jérôme 
Gleizes,
Pierre-Francois 
Grond,
Ingrid 
Hayes,
Pierre 
Khalfa,
Marie 
Luchi,
Raymonde 
Poncet Monge (sénatrice du Rhône)
Barbara 
Romagnan

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/030422/avec-le-peuple-ukrainien

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Les manifestants en Europe exigent une pression accrue sur Moscou

Des milliers de personnes ont protesté contre la guerre en Ukraine à Berne, la capitale de la Suisse. Ses participants ont appelé les autorités de la Confédération à être plus actives et à rechercher un cessez-le-feu, puis le retrait complet des troupes russes. Il s’agissait également de renforcer les mesures de sanctions à l’encontre du Kremlin et des Russes :

– Les oligarques russes cachent leur argent ici en Suisse dans les banques suisses. Ainsi, la Suisse peut jouer un rôle clé pour mettre fin à cette guerre. Le gouvernement suisse doit prendre ses responsabilités et geler tous les avoirs des oligarques russes qui financent cette guerre sanglante en Ukraine.

– Nous sommes ici pour montrer ce dont nous nous souvenons. Même ici, loin du conflit, nous pouvons faire quelque chose et nous devons le faire, il est important de le montrer.

À la veille des élections législatives en Hongrie, des réfugiés ukrainiens avec des enfants ont pris part à une action anti-guerre à Budapest. Ils se sont joints à la manifestation des opposants au Premier ministre Viktor Orbán, où des slogans anti-russes ont également été entendus : des manifestants accusent le gouvernement d’aider l’agression militaire de Moscou, y compris en raison du refus de Budapest de soutenir les sanctions énergétiques contre la Russie.

https://ru.euronews.com/2022/04/03/ukraine-anti-war-protests-europe

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Unions stand with Ukraine

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Le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius est mort à Marioupol

Le spécialiste des terrains de guerre, âgé de quarante-cinq ans, a été tué en tentant de quitter la ville portuaire du sud-est de l’Ukraine assiégée par les forces russes.

Son dernier film Mariupolis racontait justement l’histoire d’une ville assiégée, c’est au même endroit qu’il a perdu la vie. Le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius a été tué, Samedi 2 Avril 2022, à Marioupol. Selon un message publié sur Twitter par l’agence de presse du ministère ukrainien de la défense, « les occupants russes ont tué Mantas Kvedaravicius, alors qu’il tentait de quitter Marioupol ».

La mort du documentariste a également été annoncée par le réalisateur russe Vitali Manski, fondateur du respecté festival moscovite Artdocfest auquel Mantas Kvedaravicius avait déjà été convié, « notre ami et participant à Artdocfest, le documentariste lituanien Mantas Kvedaravicius, a été assassiné, Samedi 2 Avril 2022 à Marioupol, une caméra à la main, dans cette guerre de merde du mal contre le monde entier ».

Mantas Kvedaravicius, âgé de quarante-cinq ans, a étudié à l’université de Vilnius avant d’obtenir un diplôme en anthropologie sociale à Cambridge. Sur Twitter, le ministère lituanien des affaires étrangères a confirmé sa mort, « je suis choqué d’apprendre que le réalisateur de documentaires Mantas Kvedaravicius a été tué à Mariupol, où il documentait les atrocités de la guerre en Russie ». 

Son documentaire Mariupolis avait été présenté pour la première fois au Festival International du Film de Berlin en 2016.

Le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius est mort à Marioupol

Le spécialiste des terrains de guerre, âgé de quarante-cinq ans, a été tué en tentant de quitter la ville portuaire du sud-est de l’Ukraine assiégée par les forces russes.

Son dernier film Mariupolis racontait justement l’histoire d’une ville assiégée, c’est au même endroit qu’il a perdu la vie. Le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravicius a été tué, Samedi 2 Avril 2022, à Marioupol. Selon un message publié sur Twitter par l’agence de presse du ministère ukrainien de la défense, « les occupants russes ont tué Mantas Kvedaravicius, alors qu’il tentait de quitter Marioupol ».

La mort du documentariste a également été annoncée par le réalisateur russe Vitali Manski, fondateur du respecté festival moscovite Artdocfest auquel Mantas Kvedaravicius avait déjà été convié, « notre ami et participant à Artdocfest, le documentariste lituanien Mantas Kvedaravicius, a été assassiné, Samedi 2 Avril 2022 à Marioupol, une caméra à la main, dans cette guerre de merde du mal contre le monde entier ».

Mantas Kvedaravicius, âgé de quarante-cinq ans, a étudié à l’université de Vilnius avant d’obtenir un diplôme en anthropologie sociale à Cambridge. Sur Twitter, le ministère lituanien des affaires étrangères a confirmé sa mort, « je suis choqué d’apprendre que le réalisateur de documentaires Mantas Kvedaravicius a été tué à Mariupol, où il documentait les atrocités de la guerre en Russie ». 

Son documentaire Mariupolis avait été présenté pour la première fois au Festival International du Film de Berlin en 2016.

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/guerre-en-ukraine-le-realisateur-lituanien-mantas-kvedaravicius-est-mort-a-marioupol_5060446.html

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Les corps de civils jonchent les rues de Boutcha après le retrait russe (Reuters)

Des corps de civils jonchaient les rues de Boutcha, Samedi 2 Avril 2022, trois jours après le retrait des forces russes d’invasion de cette ville située au nord d’Irpin, dans la banlieue nord-ouest de Kiev.

Dans une rue de la ville dévastée par les bombardements, sur laquelle flotte l’odeur entêtante de la poudre et de la mort, Vassili, soixante-six ans, regarde les cadavres d’une vingtaine d’hommes allongés dans la rue devant sa maison. Le visage fermé, il désigne l’un d’eux, le beau-père de son fils, dit-il, un ami d’enfance.

D’après les témoignages des habitants, tous ces hommes ont été tués par les soldats russes avant leur départ.

Les morts portent des vêtements civils. Certains sont tombés à côté de leur vélo, d’autres ont un sac de courses à la main. La décomposition de certains corps indique qu’ils sont là depuis des jours, voire des semaines. Difficile de dire s’ils ont été tués par balles, ou bien s’ils ont été victimes d’un bombardement. L’un d’eux a une partie du crâne arrachée.

« Ce sont des chiens », dit Vassili à propos des soldats russes qui avaient positionné leur char à côté de sa maison, « nous sommes restés dans la cave pendant deux semaines. Nous avions à manger, mais nous n’avions pas de lumière, ni de chauffage. Nous chauffions l’eau avec des bougies et nous dormions avec nos bottes ».

Des responsables municipaux ont guidé l’équipe de Reuters dans les rues de Boutcha, désormais patrouillées par des blindés de l’armée ukrainienne, drapeau bleu et jaune bien visible.

Selon le maire, Anatoli Fedorouk, plus de trois cent habitants ont été tués et nombre d’entre eux ont été enterrés sommairement dans une fosse commune située près d’une des églises de la ville.

De nombreuses carcasses de chars russes et de véhicules blindés calcinés encombrent les rues, à côté de roquettes et même d’un obus de mortier qui n’ont pas explosé.

Maria Jelezova, soixante-quatorze ans, avait la santé trop fragile pour fuir Boutcha, quand les soldats russes sont arrivés dans les jours qui ont suivi le début de l’invasion, Jeudi 24 Février 2022.

Marchant dans les rues de la ville comme une somnambule, au bras de sa fille Irina Jelezova, âgée de cinquante ans, elle dit avoir échappé de peu à la mort à trois reprises, dont une fois lorsqu’une balle a fait voler en éclats la fenêtre de sa chambre, la blessant à la jambe.

Elle montre un brassard blanc que les soldats russes avaient imposé aux habitants de porter à tout instant, « nous ne voulons pas qu’ils reviennent. J’ai fait un rêve cette nuit. J’ai rêvé qu’ils étaient partis et qu’ils ne revenaient pas ».

Ni le ministère russe de la défense, ni le Kremlin n’ont fait de commentaire sur les évènements qui se sont déroulés à Boutcha au cours du mois de mars 2022.

https://www.reuters.com/article/ukraine-crise-boutcha-idFRKCN2LV070

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Lignes de front 3 (avril)

En complément de mon article [1] publié dans le volume 2 de Démocratie et liberté pour les peuples d’Ukraine [2], je livre ici quelques éléments d’information et d’analyse – des « lignes de front » – relevés dans diverses publications. Cela afin d’aider à comprendre comment et pourquoi l’Ukraine en armes résiste à l’impérialisme russe et à son « rouleau compresseur [3] ».

Les notes que je livre ont été prises en parcourant divers organes de presse ; c’est pourquoi je fais largement usage de citations et de guillemets.

Ce sont bel et bien des commentaires et des analyses formulés par des « milieux autorisés » (certes sujets à discussion…). 

Les experts en manipulations de mots et de concepts – les amis (publics ou honteux) du régime de Vladimir Poutine, les nostalgiques de l’URSS du vojd ou encore les partisans d’une sorte de « Munich diplomatique » – pourront toujours souligner que les sources que j’utilise [4] sont issues des milieux « impérialistes [5] ». Je l’assume.

Avec ces notes brutes de fonderie, j’espère contribuer ainsi à « l’analyse concrète d’une situation concrète ».

[1] « L’armée russe est un tigre de papier et le papier est maintenant en feu ».

[2] https://www.syllepse.net/syllepse_images/articles/liberte—et-de–mocratie-pour-les-peuples-dukraine-2.pdf

[3] Comme Poutine, Mark Milley, le chef d’état-major interarmées états-unien, avait déclaré devant le Congrès que la capitale ukrainienne « pourrait tomber dans les 72 heures d’une invasion russe. »

[4] The Kyiv Independent, Défense nationale, Janes, The Wall Street Journal, Vox, Institut for the Study of War (ISW), ainsi que les voix des opposants russes (en anglais) à la guerre, la presse ukrainienne (en anglais) et quelques autres.

[5] Je me souviens d’ailleurs d’un temps, alors que j’étais moi-même « sous les drapeaux », où l’activité démocratique au sein de l’armée française était dénoncée à droite comme « faisant le jeu de l’URSS » et à gauche comme « nuisible à l’indépendance nationale » (la France, je le rappelle, avait à l’époque quitté le commandement intégré de l’OTAN). 

Patrick Silberstein

* – *

L’Ukraine a gagné la bataille de Kiev mais la guerre n’est pas gagné

L’armée russe bat en retraite, semble-t-il dans le désordre, non sans exactions et crimes de guerre, pratiquant une politique de terreur et de « terre brûlée ». 

Selon Frederick W. Kagan, George Barros et Karolina Hird, si les forces russes ont abandonné la rive ouest du Dniepr, « la guerre est loin d’être terminée et pourrait encore tourner à l’avantage de la Russie ». En effet, l’occupation de l’est et du sud du pays peut permettre à la Russie de chercher à conclure un « cessez-le-feu » sur cette base territoriale, « ce qui donnerait à la Russie un pouvoir de contrôle sur l’Ukraine beaucoup plus fort qu’avant l’invasion ».

Les mêmes observateurs notent que le désordre de la retraite laisse penser que les unités qui tentent de se regrouper en Biélorussie et en Russie occidentale « seront inaptes au combat pendant une période assez longue ». Selon eux, les forces russes vont probablement abandonner complètement la rive est du Dniepr pour se retirer plus à l’est : « Les troupes russes chercheront probablement à tenir un saillant autour de Konotop et de Sumy suffisamment longtemps pour permettre à leurs forces d’achever leur retraite depuis les environs de Kiev, mais elles se retireront ensuite probablement de presque toutes leurs positions à l’ouest de Kharkiv. »

L’état-major ukrainien a signalé le 3 avril que les soldats russes ne sont pas très motivés et qu’ils désobéissent, ici ou là, aux ordres. Selon cette source, « deux groupes tactiques de bataillons » qui avaient été très récemment transférés d’Ossétie du Sud vers le Donbass, « ont refusé de combattre ». Environ 25 soldats de la 3e brigade aéroportée russe auraient refusé l’ordre de reprendre le combat « en invoquant des pertes excessives », tandis que quelques officiers de la 3e division d’infanterie motorisée auraient refusé d’engager leurs troupes dans les combats. L’ISW rappelle que ses experts ne disposent d’aucun moyen de vérifier les affirmations ukrainiennes, mais que celles-ci « sont crédibles au vu des pertes subies par les forces russes et des rapports indépendants faisant état de soldats russes tuant des commandants et de commandants se suicidant au début du conflit. » (1)

Sources : ISW, Kiyv Independant.

(1) l’appel de soutien aux déserteurs qui devrait paraître lundi 4 avril prend ici un relief particulier. 

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Antimilitaristes, pacifistes, objecteurs… Nous soutenons les réfractaires à l’armée russe

Le 24 février, l’armée russe a envahi le territoire ukrainien. Depuis, la population ukrainienne subit les bombes, tirs d’artillerie, chars, qui tuent, mutilent, détruisent. Ils et elles résistent aux attaques décidées par le régime dictatorial de Poutine. Comme dans toute guerre, ce sont les peuples qui sont les premières victimes. 

Des témoignages montrent des refus d’obéissance au sein de l’armée russe. Des soldats désertent. Nous devons leur apporter notre solidarité ! C’est aussi un moyen de soutenir ceux qui, en Russie, s’opposent à Poutine et à son régime. Nous sommes pour le droit à l’objection de conscience dans tous les pays et toutes les circonstances.

Anciens déserteurs, réfractaires à la guerre d’Algérie et d’autres guerres plus récentes, objecteurs de conscience, insoumis au service militaire, antimilitaristes, nous sommes solidaires des réfractaires, insoumis, objecteurs et déserteurs de l’armée russe qui refusent de participer à la guerre menée en Ukraine. Ils doivent être accueillis dans le pays de leur choix, en tant que réfugiés politiques !

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En russe 

Антимилитаристы, пацифисты, отказники, уклонисты, бунтовщики

мы поддерживаем российских солдат, отказывающихся воевать

 24 февраля российская армия вторглась на территорию Украины. С тех пор украинцы и украинкиподвергаютсябомбардировкам, их обстреливают при помощи артиллерии и танков, убивают, калечат и уничтожают. Они противостоят атакам, инициированным диктаторским режимом Путина. Как и в любой войне, первыми жертвами становятсямирные жители.

Появляется информация о солдатах российской армии, которые отказываются подчиняться приказам. Солдаты дезертируют. Мы должны показать, что мы солидарны с ними! Это еще один способ поддержать тех россиян, кто выступает против Путина и его режима. Мы выступаем за право на отказ от военной службы по убеждениямв любой стране и при любых обстоятельствах.

 Дезертиры прошлого, те кто сопротивлялись войне в Алжире и другим позднейшим войнам, отказники по убеждениям, уклонисты, антимилитаристы, все мы солидарны с уклонистами, отказниками и дезертирами российской армии, отказывающимися принимать участие в войне в Украине. Их нужно принимать в стране их выбора как политических беженцев!

Signataires : 

  1. André Bernard, insoumis à la guerre d’Algérie (1956), objecteur de conscience, incarcéré (1961-1963).

  2. Tony Orengo, objecteur de conscience, réfractaire à la guerre d’Algérie, incarcéré (1959-1963)

  3. Jacques Baynac, insoumis à la guerre d’Algérie, exilé (1960).

  4. André Gazut, déserteur à la guerre d’Algérie, exilé (1960).

  5. Jacques Pous, déserteur à la guerre d’Algérie, exilé (1960).

  6. Eric Pot, objecteur de conscience, réfractaire à la guerre d’Algérie, incarcéré (1960-1963)

  7. François Cerutti, insoumis à la guerre d’Algérie (1961), exilé, incorporé en 1965 après avoir fui le coup d’Etat de Boumedienne, incarcéré en 1966 après une mutinerie.

  8. Michel Hanniet, insoumis, réfractaire à la guerre d’Algérie, incarcéré (1961).

  9. Robert Siméon, insoumis à la guerre d’Algérie, incarcéré, (1961-1963).

  10. Pierre Sommermeyer, insoumis à la guerre d’Algérie, objecteur de conscience, incarcéré (1961-1965).

  11. Jorge Valadas, déserteur de la marine portugaise pendant la guerre coloniale (1961-1974), exilé et émigré en France depuis 1967.

  12. Americo Nues, déserteur de l’armée portugaise pendant la guerre coloniale (1961-1974).

  13. Philippe Girodet, réfractaire à la guerre d’Algérie, objecteur de conscience, incarcéré (1963-1965).

  14. Dan La Botz, objecteur de conscience américain à la guerre contre le Vietnam (1963-1975).

  15. Maurice Montet, objecteur de conscience, insoumis au service civil (1965), cofondateur du Bureau européen de l’objection de conscience.

  16. Gérard Chenet, insoumis au service militaire, incarcéré (1966).

  17. Willi Hajek, objecteur de conscience, insoumis à l’armée de la République fédérale allemande, contre la guerre du Vietnam (1967).

  18. Dominique Arrivé, objecteur de conscience-déserteur (1967-1970).

  19. Bernard Baissat, service civil en coopération (1968-1970).

  20. Guy Dechesne, objecteur de conscience en Belgique (1968-1970).

  21. Bernard Bulliard, antimilitariste, emprisonné pour « incitation de militaires à la désobéissance » (1969).

  22. Ed Hedemann, a refusé l’ordre d’incorporation dans l’armée des Etats-Unis durant la guerre contre le Vietnam (1969).

  23. Alain Petit, objecteur de conscience, insoumis au service civil (1969-1971).

  24. John Braxton, emprisonné pour avoir refusé de coopérer avec le système de conscription des États-Unis, durant la guerre contre le Vietnam (1969-1975).

  25. François Ménétrier, objecteur de conscience et de raison (1970-1972).

  26. Michel Auvray, objecteur au service militaire (1971), insoumis au service civil (1972).

  27. Bernard Macret, objecteur de conscience (1972).

  28. Gilbert Nicolas, renvoyeur de livret militaire (1972).

  29. Joël Vacher, insoumis au service militaire (1972-1976)

  30. André Rosevègue, soldat en uniforme au défilé du 1er mai 1973, 51e Régiment d’infanterie d’Amiens (1973).

  31. Jean-Marie Burgaud, comité de soldats du 1er Régiment de marche du Tchad (1973-1974).

  32. Bernard Cholet, syndicaliste aux armées, comité de soldats de la garnison de Landau, Allemagne (1973-1974).

  33. Jean-Luc Laurent, syndicaliste aux armées, comité de soldats GCR602 d’Achern, Allemagne (1973-1974).

  34. Jean Philippe Ternon, comité de soldats au 2e GCM de Saarburg, Allemagne (1973-1974).

  35. Robert Pelletier, comité de soldats (1973-1975), manifestation de Draguignan (1974).

  36. Daniel Pinós, insoumis au service militaire (1973-1981).

  37. Patrice Bouveret, objecteur de conscience, insoumis au service national (1974), co-fondateur de l’Observatoire des armements.

  38. Xavier Claret, signataire de « l’Appel des Cent », base aérienne 901 à Drachenbronn, (1974).

  39. Jean-Paul Brinon, comités de soldats de Radolfzell, Allemagne (1974-1975)

  40. Etienne Deschamps, insoumis au service militaire (1974-1975).

  41. Yves Hollinger, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 24e Groupement de chasseurs mécanisés de Tübingen, Allemagne (1974-1975).  

  42. Patrick Laurenceau, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 1er RAMA de Melun (1974-1975).

  43. Laurent Lecoin, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 1er Régiment de spahis de Spire, Allemagne (1974-1975).

  44. Johan Leestemaker, syndicaliste VVDM, armée néerlandaise, membre de l’European Conference of consrcipts organizations, (1974-1975).

  45. Paul Elie Lévy, comité de soldats du 57e Régiment d’infanterie de Souges (1974-1975).

  46. Patrice Perret, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 81e Régiment de soutien à Trèves, Allemagne (1974-1975).

  47. Jean-Pierre Rangot, comité de soldats au 43e RIMA d’Offenburg, Allemagne (1974-1975), signataire de « l’Appel des Cent ». 

  48. Raynaldo Ruiz, comité de soldats du 37e Régiment d’infanterie de Radolfzell, Allemagne, puis du 42e Régiment d’infanterie de Wittlic ( 1974-1975).

  49. Patrick Branchereau, comité de rédaction de Lutte antimilitariste (1974-1976).

  50. Bernard André, objecteur de conscience, insoumis au service civil (1974-1981).

  51. Pierre Malod, insoumis au service militaire (1974-1981).

  52. Jean-Louis Phan-Van, insoumis au service militaire (1974-1981).

  53. Pierre Martial, insoumis au service militaire (1974-1982), animateur du journal des insoumis En cavale et des éditionsAvis de Recherche.

  54. Serge Aberdam, comité de soldats inter-unités des casernes de Vincennes (1975).

  55. Patrice Duboz, syndicaliste aux armées, syndicat de soldats du 19e RG de Besançon (1975).

  56. Alain Genot, syndicat de soldats du 19e Régiment du génie de Besançon (1975).

  57. Gérard Gueniffey, antimilitariste révolutionnaire, comité de soldats 3e RPIMA de Carcassonne (1975).

  58. Alexandre Legrand, comité de soldats du 170e RI d’Epinal (1975).

  59. Jean-Marc Raynaud, renvoyeur de son livret militaire (1975).

  60. Olivier Sagette, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 152° RI de Colmar (1975).

  61. Alain Baron, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 1er Groupe de chasseurs de Reims (1975-1976).

  62. Patrick Bourbon, comité de soldats du 16e Régiment de chasseurs motorisés de Saarburg, Allemagne (1975-1976).

  63. Eric Thouzeau, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 54e RA de Verdun (1975-1976).

  64. Daniel Vey, syndicaliste aux armées, comité de soldats de Lyon (1975-1976).

  65. Jean-Pierre Sadoux, insoumis au service militaire (1975-1982).

  66. Michel Dubois, Groupe antimilitariste des Mureaux (1975-1990).

  67. Michael Fishelson, comité de soldats du 21e RIMA, membre d’Information pour les droits des soldats (1976-1977)

  68. Jean-Marie Harribey, démis de son mandat de secrétaire général de l’Union départementale CFDT de la Gironde par la confédération, pour cause de soutien aux comités de soldats (1976).

  69. Patrick Le Moal, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 8e Régiment de hussards d’Altkirch (1976).

  70. Jacques Verrieres, comité de soldats du 1er RAMA de Melun (1976).

  71. Bruno Dalberto, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 110e Régiment d’Infanterie de Donaueschingen, Allemagne (1976 à 1977).

  72. Gilles Laumonier, syndicaliste aux armées, comité de soldats de Rennes (1976-1977), membre de l’ex-Collectif rennais antimilitariste.

  73. Philippe Maréchal, comité de soldats du 10e Régiment de génie de Vieux-Brisach, Allemagne (1976-1977).

  74. Philippe Morel, syndicaliste aux armées, comité de soldats de l’École d’application du train (1976-1977).

  75. Marc Nauroy, comité de soldats du 67e BCA (1976-1977).

  76. Jean-Jacques Petiteau, comité de soldats du 43e RIMA d’Offenburg, Allemagne (1976-1977), Comité de défense des appelés et son journal Crosse en l’air.

  77. Patrick Silberstein, syndicaliste aux armées, comité de soldats de l’École d’application du train (1976-1977), officier de réserve, membre d’Information pour les droits du soldat et de l’European Conference of consrcipts organizations.

  78. Thierry Fresnay, objecteur de conscience (1976-1978).

  79. Daniel Aïache, insoumis au service militaire (1976-1981)

  80. Claude Guillon, objecteur de conscience, insoumis au service civil (1976-1981).

  81. Jean-Michel Lacroûte, objecteur de conscience, insoumis au service civil (1976-1981).

  82. Dominique Malvaud, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 41e Régiment d’artillerie de marine, La Fère (1977).

  83. Bruno Dufour, comité de soldats (le GV t’as rien) du 61e RI de Lons-le-Saunier (1977-1978).

  84. Bernard Galin, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 46e RI de Berlin, Allemagne (1977-1978).

  85. Claude Lavialle, comité de soldats du 35e RIM de Belfort (1977-1978).

  86. Charles Maurice, comité de soldats L’Alpin déchaîné de Briançon (1977-1978).

  87. Alain Montaufray, comité de soldats du 51° Régiment d’Infanterie d’Amiens (1977-1978).

  88. Francis Descroizette, objecteur de conscience (1977-1979).

  89. Pascal Bedos, objecteur de conscience, insoumis au service militaire (1977-1981)

  90. Maurice Balmet, renvoyeur de livret militaire (1978).

  91. Jean-Luc Dupriez, objecteur de conscience, insoumis au service national (1978), ancien directeur de publication de RAS ?, journal d’action et de réflexion antimilitaristes.

  92. Pierre Louvard, syndicaliste aux armées, comité de soldats 39eRI, Rouen (1978).

  93. Jean-Pierre Hardy, syndicaliste aux armées, comités de soldats des 7e Régiment blindé de hussards de Besançon et 19e Régiment blindé de chasseurs de Villigen, Allemagne (1978-1979).

  94. Pierre Jeanne, comité de soldats du 3e RAMA de Vernon (1978-1979).

  95. François Richard, comité de soldats du 76e Régiment d’infanterie de Vincennes (1978-1979).

  96. Jean-Claude Salin, objecteur de conscience (1978-1979).

  97. Gilles Cousin, objecteur de conscience auquel le statut a été refusé (1979).

  98. Didier Fontaine, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 32e RA d’Oberhoffen-sur-Morder (1979).

  99. Bruno Negroni, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 5e RG de Versailles (1979).

  100. Rémy Querbouêt, objecteur de conscience, insoumis au service militaire (1979).

  101. Noël Morel, insoumis au service militaire (1979-1980).

  102. Patrick Guillaudat, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 4e Régiment de chasseurs à La Valbonne (1979-1980).

  103. Christophe Inizan, syndicaliste aux armées, comité de marins Tonnerre de Brest (1979-1980).

  104. Pierre Spielvogel, syndicaliste aux armées, comité de marins Tonnerre de Brest (1979-1980).

  105. Laurent Fouillard, objecteur insoumis (1979-1981).

  106. Claude Guémas, objecteur insoumis (1979-1981).

  107. Dominique Mejsnerowski, objecteur de conscience (1979-1981).

  108. Philippe Craponne, objecteur de conscience réformé (1980).

  109. Patrick Le Trehondat, syndicaliste aux armées, comité de soldats Tonnerre de Brest, (1980-1981), membre d’Information pour les droits du soldat et de l’European Conference of consrcipts organizations.

  110. Christian Mahieux, objecteur de conscience, insoumis au service militaire (1980-1984).

  111. Philippe Cruzel, objecteur de conscience, insoumis au service national (1981).

  112. Sylvain Garel, objecteur de conscience (1981-1982).

  113. Thierry Campanati, insoumis au service militaire (1981-1983).

  114. Thierry Dubuisson, insoumis au service militaire (1981-1983).

  115. Olivier Real, comité de soldats de l’ENEORSSA de Libourne (1982-1983).

  116. Jehan Guy, insoumis au service militaire (1983).

  117. Jean-François Castel, comité de soldats des bases aériennes d’Orléans et Toulouse-Francazal (1983-1984).

  118. Olivier Le Cour Grandmaison, comité de soldats de Kehl, Allemagne (1983-1984).

  119. Olivier Le Pichon, comité de soldats « arrête ton char ! » d’Olivet (1983-1984).

  120. Jean-Yves Lefeuvre, syndicaliste aux armées, comité de soldats du 753e GMU de Rastatt, Allemagne (1983-1984).

  121. Dominique Bouyahia, objecteur de conscience (1983-1985).

  122. Michel Lebailly, objecteur de conscience (1984), renvoyeur de livret militaire.

  123. Michel Briganti, syndicaliste aux armées (1984-1985), comité de soldats de l’École militaire, Paris.

  124. Thierry Maricourt, insoumis au service militaire (1985).

  125. Olivier Jaillet , objecteur de conscience (1985-1986).

  126. Daniel Guerrier, radié des cadres de réserve de la Marine pour appel à l’objection, l’insoumission et la désertion lors de la 1èreguerre du Golfe (1991).

https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/040422/antimilitaristes-pacifistes-objecteurs-nous-soutenons-les-refractaires-l-armee-russe

L’adresse refractairessolidaires@gmail.com pour soutenir cet appel, d’ores et déjà signé par : Philippe Arnaud, Fernand Beckrich, Josette Bel, Yves Bel, Michel Berthelemy, René Burget, Christian Colimard, Pierre Contesenne, Geneviève Coudrais, Jacques Devos, Eric Onnen, Pedro Fidalgo, Gérard Gueniffey,Stanislas Hutin, Philippe Lebrun, Alex Legros, Hughes Lenoir, Jan Malevski, Thierry Martin, Jean-Marie Mire, Guy Pique, Franck Plazanet, Bernard Pointecouteau, Didier Poiraud, Elisabeth Poiraud, Fernand Poncet, Irène Pot, Isa Quinton, Thierry Renard, Jean Sadoux, Mariana Sanchez, Laurent Son, Patrice Spadoni, Jean-Manuel Traimond, Jacques Veniel, Bruno Viallet, Jean-Marie Vieille.

Sosteniamo i soldati ribelli dell’esercito russo

https://refrattario.blogspot.com/2022/04/sosteniamo-i-soldati-ribelli.html

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Exportation d’armes vers la Russie entre 2015 et 2020

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Point de situation des opérations en Ukraine 3 avril 2022

3 avril

Situation générale

Accélération du repli des forces russes dans le Nord de l’Ukraine et la ville de Kiev est complètement dégagée de toute menace. Maintien des positions russes dans le Sud et poursuite des attaques dans le Donbass avec sans doute l’espoir d’obtenir une victoire avant la célébration du 9 mai.

Situations particulières

Nord

Il semblerait que les Russes aient abandonnés toute idée de menacer Kiev et aient complètement dégagé ses abords. La manœuvre de repli est plutôt bien menée et ne se transforme pas en déroute mais les reliquats des 35e et 36e Armées à l’Ouest de Kiev sont menacés. Les 41e, 2e et 1ère Armées se replient du Nord-Est en bon ordre. C’est à ce jour, la manœuvre russe la mieux coordonnée de la guerre. Pour autant, la fin de la bataille de Kiev marque une victoire majeure pour l’Ukraine.

Le repli s’accompagne de destructions et de nombreux minages destinés à freiner les forces ukrainiennes. Il s’accompagne surtout de témoignages concrets de nombreuses exactions menées par les forces russes dans les zones occupées.

Est

Raid aéromobile par deux Mi-24 P ukrainien au matin du 2 avril sur un dépôt de carburant à Belgorod, à l’intérieur du territoire russe malgré la densité de la défense aérienne. Deux autres frappes par missiles ont déjà été réalisées par les Ukrainiens, sans être revendiquées par les autorités ukrainiennes.

Bombardement de Kharkiv par l’artillerie russe.

Sud-Ouest

Front secondaire où les forces russes réduites en volume sont sur la défensive, face à des troupes ukrainiennes également réduites qui poussent de Mikolayev vers Kherson ou depuis Kryvyi Rhi vers le Sud. Kherson verrouille la zone.

Bombardement d’Odessa par la flotte de la mer Noire.

Donbass

Pression des forces russes sur la Donets à Yzium et Severodonetsk. Après trois semaines de combat la ville d’Yzium a été prise par la 144e Division motorisée (DM) russe le 1er avril. Le génie prépare le franchissement de la rivière Donets, afin de lancer une nouvelle attaque vers Sloviansk à l’intérieur de l’oblast de Donetsk.

La 3e DM poursuit la pression sur la poche de Severodonetsk par l’attaque de Rubizhne, au Nord-Est et l’attaque du 2e Corps d’armée (CA, LNR) sur Popasnaya avec l’espoir de couper l’axe T1302.

La prise de Severodonestk serait une défaite significative pour les forces ukrainiennes, surtout si plusieurs brigades s’y trouvaient piégées, et la province de Louhansk serait complètement conquise.

Le 1er CA (DNR) fait effort sur les sorties Ouest de Donetsk, en particulier en direction de Marinka et Selydove mais sans beaucoup progresser.

La 42e DM à la limite Sud de l’oblast de Donetsk est pour l’instant à l’arrêt. Pas de progression vers Zaporijjia.

Toujours effort de la 150e DM renforcée dans Marioupol. Progression très ralentie mais constante.

Notes

Tentative russe de sortir du blocage par une bascule d’effort de toutes les forces du front Nord vers le Donbass, puis de celle de Marioupol une fois la ville prise probablement vers la limite Sud du Donbass. 

Pour être véritablement efficace, il faudrait prendre le temps de reconditionner et recompléter les forces dégagées avant de constituer une masse de manœuvre permettant d’obtenir des rapports de forces suffisants sur certains points clés. Si les Russes parviennent à former des groupements de feux importants – l’artillerie russe a moins souffert du mois de guerre que les troupes de manœuvre – associées à des sorties aériennes plus nombreuses, les GTIA, parfois recomposées en pures unités d’assaut sans appuis, sont plutôt engagés au fur et à mesure de leur arrivée.

Il y a sans doute une forte pression politique pour obtenir une victoire avant la célébration du 9 mai, mais à l’encontre de la logique opérationnelle. Cela peut réussir mais le coût de l’engagement d’unités déjà usées ou mal préparées est très élevé. 

Après les ordres stratégiques données aux états-majors opérationnels au dernier moment avant la guerre par peur des fuites, l’engagement « toutes forces réunies » sans aucune réserve opérative, l’obstination à s’emparer de Kiev malgré l’évidence de l’échec du plan initial, la pression politique pour s’emparer au plus vite du Donbass quel que soit le coût est un nouvel indice de dissociation entre les désirs souvent irréalistes de l’échelon politico-stratégique et le commandement sur le terrain. 

Rappelons une évidence : la bascule des efforts se fait aussi au profit des forces ukrainiennes qui bénéficient de l’avantage des lignes intérieures, et ce malgré la supériorité aérienne russe. Plusieurs brigades ukrainiennes de l’Ouest ou du Nord, peuvent venir renforcer ou relever les brigades sur la ligne de contact du Donbass. Chaque jour qui passe permet également la transformation des localités de la région en bastions urbains en particulier le complexe Sloviansk-Kramatorsk.

L’annonce de l’envoi aux forces ukrainiennes de missiles sol-air très courte portée (SATCP) Starstreak à visée laser et de drones-rodeurs Witchblade représente un saut qualitatif dans l’armement léger fourni. Tout aussi importante, sinon plus, est la décision d’engager des équipements lourds, en particulier des pièces d’artillerie (et les obus correspondants), le point faible de l’armée régulière ukrainienne, mais aussi peut-être des missiles anti-aériens S300, selon sans doute une manœuvre de « roque » (envoi d’équipements ex-soviétiques par des pays Est Européens, remplacés par des équipements américains).

La « manœuvre d’équipements » consistant à transférer très vite à un allié (mais aussi à une force nationale mobilisée) des équipements, plus la logistique et l’apprentissage qui vont avec, est une manœuvre en soi, qui implique au moins des stocks, des processus de production industrielles réactifs, et des équipes de formation, bref une organisation préalable. Cette organisation n’existe pas en France. Il serait bon de l’inventer.

Publié par Michel Goya, 3 avril 2022

https://lavoiedelepee.blogspot.com/2022/04/point-de-situation-des-operations-en.html

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Interview du Comité de Résistance anti-autoritaire ukrainien

Nous avons interviewé une personne du Comité de Résistance anti-autoritaire ukrainien qui lutte militairement contre l’invasion de l’État russe en Ukraine. Nous reproduisons ci-dessous la traduction du texte complet de l’interview.

Pour commencer, pouvez-vous présenter votre unité, dans quelle région de l’Ukraine se trouve-t-elle approximativement, quelles sont ses positions politiques, quel est le parcours politique de ses membres avant la guerre ?

Les militants libertaires et antifascistes ont rejoint différentes unités des Forces de défense territoriales selon leur lieu de résidence. Il y a des gens dans toute la région de Kyiv, ainsi que certains à Kharkiv, parce que ces villes avaient les communautés de gauche les plus fortes avant la guerre. De nombreux militants de Kyiv se sont unis et ont rejoint une unité pour fonctionner plus efficacement et faire une déclaration politique. L’objectif général du mouvement est de s’opposer à l’impérialisme russe, à son agression et à ses crimes de guerre. Alors que nous nous étions toujours opposés à l’État ukrainien, nous comprenons que l’autocratie russe est bien pire. Au cas où l’armée russe occuperait l’Ukraine, il n’y aurait absolument aucune liberté politique, des militants seraient emprisonnés ou tués, et l’Ukraine deviendrait une colonie de la Russie.

Pourriez-vous expliquer quelle était la situation en Ukraine avant la guerre, quelles étaient les forces politiques et syndicales présentes, quelle était la place de la gauche et des féministes, et des mouvements anti-autoritaires et antifascistes ?

Le mouvement de gauche se développe rapidement en 2008-2013, il y a plusieurs organisations politiques, dont des anarchistes, qui organisent des manifestations politiques et commencent à travailler avec les syndicats. Cependant, à la fin de 2013 et au début de 2014, toutes les organisations ont commencé à avoir des différends sur la révolution de Maïdan et plus tard sur l’annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass – comment devrions-nous aborder les problèmes de la guerre. En conséquence, l’activité de toutes les organisations s’est arrêtée, certaines d’entre elles se sont complètement dissoutes. Cependant, certains des anarchistes ont continué à travailler dans différentes petites initiatives. Ces dernières années, le mouvement anarchiste a commencé à se redresser lentement et est devenu plus actif, se concentrant toutefois sur de plus petites initiatives.

Le travail avec les syndicats a été difficile, car ils sont associés à la corruption pour de nombreux Ukrainiens, et les principaux syndicats ont tendance à faire beaucoup de compromis avec le gouvernement. Les socialistes de l’organisation Socialny Rukh (Mouvement social) ont été plus efficaces dans leur travail avec les syndicats et ont réussi à obtenir beaucoup d’influence dans la ville de Kryvy Rih, où les travailleurs des mines locales sont très actifs dans la défense de leurs droits . Les anarchistes ont moins réussi à atteindre les syndicats.

Au contraire, le mouvement féministe en Ukraine était en hausse depuis 2014, même une grande partie de la croissance était due à une partie plus libérale du mouvement féministe. Cependant, la demande d’égalité des sexes augmentait d’année en année et le nombre d’événements, de discussions et de manifestations de rue augmentait.

Certains militants français ne savent pratiquement rien de l’Ukraine et résument cela au bataillon Azov, exagérant le phénomène. Qu’en est-il vraiment du bataillon Azov et quelle est sa véritable place dans la société ukrainienne ? Quelle est votre analyse des enjeux auxquels la gauche ukrainienne et les anti-autoritaires seront confrontés après la guerre, maintenant que le bataillon Azov prend une part active à la Résistance contre l’armée d’État russe ?

Le bataillon Azov a été formé en 2014, comme l’un des « bataillons de volontaires » pour lutter contre la menace des séparatistes dans le Donbass. Le noyau du bataillon était composé de membres de l’organisation néonazie « Patriot d’Ukraine ». Plus tard, le bataillon a été officiellement intégré dans la structure de la Garde nationale d’Ukraine et a atteint la taille d’un régiment complet (900 à 1 000 soldats). Malgré de nombreuses critiques, le régiment n’a jamais été dissous, car il était considéré comme une unité de combat efficace alors que la guerre dans le Donbass faisait rage et parce que le régiment avait la protection d’Arsen Avakov, le ministre de l’intérieur, qui a finalement perdu son emploi d’un demi-siècle il y a un an en raison de scandales de corruption et de violence dans la police.

Plus tard, les membres du bataillon Azov ont formé une organisation politique « Corps civil » puis un parti « Corps national ». Cependant, ce parti n’a jamais atteint une popularité significative, n’obtenant pas plus de 1 à 2% des voix aux élections. D’après ce que j’ai entendu, le parti et le régiment s’éloignaient de plus en plus : des gens plus politisés rejoignaient le parti, tandis que ceux qui s’intéressaient davantage aux transporteurs militaires restaient dans le régiment. Il y a également eu des scandales dus aux meurtres mystérieux de certains des officiers d’Azov – le principal suspect était un nazi biélorusse Sergei Korotkih (alias Botsman alias Maluta) qui a rejoint les rangs de l’Azov puis a quitté le parti du Corps national et a probablement tué quelques-uns. de ses adversaires politiques d’Azov pour gagner plus de pouvoir. Korotkih était également soupçonné d’autres meurtres politiques. Pour cette raison, il semble que le régiment d’Azov se soit éloigné de la politique ainsi que du parti.

Maintenant, le régiment Azov combat l’armée russe dans la ville de Marioupol, avec plusieurs autres unités militaires ukrainiennes, telles que les marines et les forces de police spéciales. Comme la ville est complètement encerclée, il n’est pas sûr qu’ils survivent jusqu’à la fin de la guerre. D’autre part, les anciens membres d’Azov ont formé une autre unité appelée Azov-Kharkiv et ont rejoint le combat dans la région de Kharkiv, il est donc possible que leur héritage perdure sous une forme ou une autre.

Au-delà du cas spécifique du bataillon Azov, existe-t-il des problèmes causés par des militants d’extrême droite en Ukraine, et comment la gauche et la population en général s’organisent-elles pour y faire face ?

Comme je l’ai mentionné, le régiment Azov lui-même était axé sur la vie militaire et ne participait pas beaucoup à la vie politique, cependant, ses anciens membres l’ont fait, tout comme d’autres groupes d’extrême droite, non associés à l’Azov. En fait, il y avait un grand nombre de petits groupes d’extrême droite impliqués dans la politique de rue, et il est difficile de les surveiller car ils se divisent, s’unissent, se réorganisent et changent constamment de marque. Leur activité impliquait diverses attaques contre des événements et des centres sociaux de gauche, féministes et LGBTQ+, une campagne contre de supposés « toxicomanes », lorsqu’ils ont attaqué des bars et des discothèques dans le quartier de Podil à Kyiv, où ils ont affirmé que la drogue était vendue, et l’implication dans certaines bagarres autour des affaires de construction à Kyiv.

Les combats autour des entreprises de construction doivent être clarifiés, car il s’agit d’un problème spécifique à l’Ukraine. Kyiv est la ville la plus riche d’Ukraine, donc le terrain dans la ville et dans les villes qui l’entourent est très cher. Dans leur soif d’argent, les entreprises de construction commencent à construire des maisons et des centres commerciaux sans autorisations appropriées, souvent dans des zones trop proches d’autres maisons ou sur des terres censées être protégées en tant que réserve naturelle. Ils soudoient la police et embauchent des personnes violentes, dont l’extrême droite, comme « sécurité » pour leurs chantiers de construction, souvent pour lutter contre la population locale, qui est en colère contre la construction illégale. D’autres groupes d’extrême droite utilisent cela comme un avantage et viennent sur les chantiers pour protester contre eux, améliorant ainsi leur image de relations publiques. Après cela, les dirigeants du groupe d’extrême droite ont souvent reçu de l’argent des entreprises de construction pour cesser de soutenir les manifestations. C’est ainsi que certains dirigeants de l’extrême droite ukrainienne sont devenus très riches. Cependant, cela a provoqué de nombreux désaccords dans le mouvement d’extrême droite et ils se battent beaucoup plus souvent qu’ils ne combattent la gauche.

En général, le soutien de l’extrême droite est très faible. Ils ont acquis une certaine popularité avant 2013 car certaines personnes les ont vus comme une sorte d’opposition efficace à un président pro-russe Victor Ianoukovitch (qui était également beaucoup plus détesté à cause de sa corruption et de son autoritarisme, pas tellement à cause des politiques pro-russes). Plus tard, lors de la révolution de Maïdan et de l’invasion russe en Crimée et dans le Donbass, l’extrême droite a été très active, ce qui leur a permis de rester populaires. Cependant, ils n’avaient jamais été aux commandes de tout le pays et, au fil des années, leur popularité a diminué. Lors des élections de 2019, le bloc uni des partis d’extrême droite n’a obtenu qu’un peu plus de 2% des voix et n’a réussi à faire entrer qu’un seul de ses membres au parlement. Les autres partis parlementaires sont centristes ou de centre-droite. Arsen Avakov, le ministre de l’Intérieur, avait également démissionné en raison de scandales policiers. Avakov a utilisé l’extrême droite pour obtenir certains avantages politiques : il leur a permis d’attaquer différents événements et manifestations, puis les flics se sont présentés et ont arrêté les assaillants. Après quelques heures, les flics libéreraient l’extrême droite du département de police sans aucune accusation, et Avakov déclarerait à la télévision que c’était sa direction réussie qui avait empêché la violence.

Alors que la situation avec l’extrême droite était difficile, je voudrais souligner à nouveau qu’ils n’ont jamais contrôlé le pays, et les paroles de Poutine sur le régime nazi ukrainien n’étaient qu’une excuse bon marché pour justifier son invasion impérialiste. Au contraire, Poutine lui-même avait dit à plusieurs reprises auparavant que son philosophe préféré était Ivan Ilyin – un penseur d’extrême droite exilé par les bolcheviks, qui plus tard a soutenu les fascistes italiens et les nazis allemands lors de leur montée au pouvoir, qui s’était également prononcé à plusieurs reprises contre les Ukrainiens comme une menace pour la Russie. Sans parler des liens et du soutien financier de Poutine avec divers partis d’extrême droite et politiciens occidentaux – comme Marine le Pen, Eric Zemmour en France, Victor Orban en Hongrie, le parti AfD en Allemagne et d’autres.

Quels sont les problèmes et les difficultés auxquels la population civile et les résistants ukrainiens sont quotidiennement confrontés et comment s’organisent l’entraide et la solidarité ? Comment la situation évolue-t-elle ?

Les militants qui ne combattent pas ont rejoint le mouvement des volontaires – en Ukraine, le terme volontaire est généralement réservé aux personnes qui ne prennent pas les armes, mais qui apportent une aide précieuse à l’armée ; telles que l’achat et la livraison de gilets pare-balles, d’équipements tactiques et d’autres fournitures aux unités combattantes, la collecte de dons, l’évacuation des civils des zones de guerre, la fourniture d’un soutien informationnel et d’autres activités. Le mouvement des bénévoles est auto-organisé et il est très répandu en Ukraine. Des personnes de tous les horizons politiques participent à ces groupes auto-organisés, même parmi ceux qui croient généralement au besoin d’un État et de hiérarchies forts. Grâce à ces groupes et aux dons du public, les unités d’infanterie ukrainiennes sont mieux équipées que les unités russes, malgré un budget de défense russe bien plus élevé. « Opération Solidarité » est le nom du groupe qui se concentre sur l’aide aux militants libertaires impliqués dans les combats, ainsi que sur d’autres actions humanitaires.

Les femmes ont-elles des problèmes particuliers pendant la guerre ? Pouvez-vous nous en parler ?

Le problème le plus urgent est qu’il y a une augmentation du nombre de rapports selon lesquels des femmes dans les territoires occupés sont victimes de viols par les soldats russes. Et ce n’est pas seulement dans les médias – ma voisine m’a dit qu’il y a une victime de viol dans un hôpital où elle travaille. Un de nos camarades, qui combat séparément des autres dans une autre unité, a également raconté qu’il avait vu des victimes de viol alors qu’il aidait à évacuer des civils de la banlieue de Kyiv. Je suis certain qu’il y aura une augmentation de ces rapports plus l’occupation se poursuivra.

Nous supposons que comme dans beaucoup de pays du monde, il y a aussi des prisons et des hôpitaux psychiatriques en Ukraine… Que se passe-t-il pour les prisonniers et les malades psychiatriques maintenant qu’il y a la guerre ?

Il n’y avait aucune donnée sur les prisonniers dans des conditions de guerre, car seul l’État peut les déplacer et s’ils le font, ils le font en secret. Cependant, il y avait des nouvelles sur l’évacuation des patients des hôpitaux psychiatriques – par exemple dans la périphérie de Kyiv, où les obus russes sont tombés sur l’un de ces établissements, après quoi tout le monde a été évacué. Malheureusement, la situation des personnes dans les hôpitaux psychiatriques reste assez dangereuse. L’armée russe n’a aucun problème à bombarder des hôpitaux, de sorte que les patients restent en danger. Je ne peux que deviner à quel point les bombardements et les raids aériens sont mauvais pour l’état mental des personnes dans les établissements psychiatriques. Et la taille même de l’évacuation – plus de 10 millions de personnes ont été déplacées, dont environ 4 millions sont parties à l’étranger – le moment de l’évacuation des hôpitaux psychiatriques était probablement assez lent.

Nous avons entendu parler du problème des chiens errants qui est aggravé par la guerre et les problèmes des animaux, à Kyiv et dans d’autres régions d’Ukraine. Qu’arrive-t-il aux animaux, y a-t-il quelque chose d’organisé pour les aider ?

Malheureusement, de nombreux animaux ont été abandonnés lors de l’évacuation, et certains d’entre eux sont morts de faim, se sont égarés ou ont même été directement assassinés par les envahisseurs. Maintenant, les militants volontaires essaient d’organiser des livraisons de nourriture pour animaux, l’évacuation des animaux des zones de guerre, bien sûr, c’est presque impossible à faire dans les territoires directement occupés. La plus grande organisation de bénévoles pour aider les animaux est UAnimals. Vous pouvez faire un don à leur activité sur https://readymag.com/u1900443331/3464766/

Comment la gauche et les mouvements syndicaux, féministes et anti-autoritaires et antifascistes se sont-ils organisés et comment ont-ils fait entendre leur voix pendant la guerre ?

Tous les mouvements de gauche ukrainiens ont condamné l’agression russe et leurs membres se sont levés pour l’arrêter, que ce soit par les armes ou par le travail humanitaire. Tout le monde en Ukraine comprend et soutient cette position. Et nous vous sommes reconnaissants, ainsi qu’aux autres, qui nous aident à étendre notre position à l’échelle internationale.

Pourriez-vous décrire approximativement comment la Résistance armée est organisée et quels sont les liens des unités de volontaires avec le gouvernement ukrainien ? Approximativement, comment votre unité est-elle organisée ?

Les Forces de défense territoriales sont considérées comme faisant partie de l’armée ukrainienne et, en général, elles obéissent aux ordres de l’état-major. Mais ils sont formés exclusivement sur une base volontaire, participent à la défense de leurs propres villes ou villages et peuvent être utilisés comme forces auxiliaires par les commandants de l’armée en dehors de leur lieu de résidence en cas de besoin. C’est donc une milice sous contrôle opérationnel de l’armée. Ils ont défendu avec succès certaines villes contre les troupes régulières russes et sont devenus des partisans, dans d’autres cas, ils combattent aux côtés de l’armée. En fait, ils étaient censés devenir des partisans lorsque l’armée russe viendrait à bout de l’armée ukrainienne, mais comme l’invasion russe était bien moins bien organisée qu’on ne l’avait prévu ; seules certaines des Forces de défense territoriales sont devenues partisanes, notamment dans le nord du pays. D’autres unités de défense territoriale dans des territoires plus sûrs sont parfois utilisées par l’armée pour attaquer les forces russes ou pour couvrir des emplacements proches. Par exemple, au moment où j’écris ceci, certains de nos camarades des forces de défense territoriale de Kyiv aident à sécuriser des villes à la périphérie de Kyiv ; l’armée russe les a occupés pendant plusieurs semaines, mais maintenant les soldats russes battent en retraite (laissant derrière eux des centaines de corps de civils locaux exécutés).

Alors que certains pourraient soutenir que les anarchistes ne doivent avoir aucune coopération avec l’armée d’État, pour tous les anarchistes ukrainiens, il est clair qu’il s’agit d’une bataille pour notre survie. L’armée russe a déjà commis de nombreux crimes de guerre contre des civils ukrainiens, notamment la destruction aveugle de villes, le bombardement d’hôpitaux, l’exécution d’hommes en âge de conscrire, ainsi que des arrestations massives d’activistes pro-ukrainiens dans diverses villes sous occupation. Si la Russie gagnait, de tels crimes continueraient sur tout le territoire ukrainien. C’est pourquoi tous les anarchistes ukrainiens ont décidé de résister à l’agression russe – comme ces anarchistes qui ont rejoint l’armée française libre pour lutter contre le nazisme allemand.

Existe-t-il d’autres unités de la Résistance armée de gauche politiquement engagées comme la vôtre en Ukraine ?

Comme je l’ai déjà mentionné, certains des anarchistes ont rejoint une unité des forces de défense territoriale pour combattre côte à côte. Certains des autres ont rejoint ces unités, qui étaient plus proches de leur lieu de résidence. En particulier, je peux dire que nos camarades près de Kharkiv faisaient partie d’une unité qui a mené avec succès de violents combats contre les chars russes. Malheureusement, un autre de nos camarades à Kharkiv, Igor Volokhov est mort à cause des bombardements russes alors qu’il défendait la ville.

Opération Solidarité est un réseau d’anarchistes qui vient en aide à tous les militants impliqués dans les combats.

Qu’avez-vous à dire aux militants de gauche francophones en France et dans les pays européens voisins (Suisse, Belgique, Luxembourg), quel message voudriez-vous leur faire passer ?

Je vais dire quelques mots amers maintenant. Pendant des années, les anarchistes et antifascistes ukrainiens ont essayé d’atteindre nos camarades à l’ouest et de leur dire que la situation en Ukraine était assez complexe. Peu avaient écouté, d’autres préfèrent dire des insultes et répéter la propagande tankiste basée sur des sources russes. Maintenant, les vrais chars russes tuent des gens en Ukraine. Pendant ce temps, comme je le sais, certains gauchistes occidentaux blâment toujours l’Ukraine pour leurs problèmes, tels que l’élargissement de l’OTAN et l’augmentation de la production d’armes. Je veux donc en dire quelques mots du point de vue de l’Europe de l’Est, car cela apporte quelques nuances.

Personne au sein de l’OTAN ne risquerait jamais d’attaquer la Russie – un pays qui possède le plus grand arsenal nucléaire de la planète. Et la Russie n’a pas peur de l’OTAN à cause de la possibilité d’une telle attaque – mais parce qu’elle empêchera la Russie de faire ce qu’elle veut avec sa supposée sphère d’influence en Europe de l’Est. Cependant, les habitants de ces régions ont aussi leurs sentiments et leurs désirs, et les considérer comme des marionnettes géopolitiques, comme le font de nombreux « communistes» , est une simplification raciste. C’est vrai pour d’autres régions. La Macédoine du Nord est entrée dans l’OTAN parce qu’elle avait peur des nationalistes bulgares, qui disent ouvertement que la Macédoine du Nord est un territoire bulgare et que l’armée bulgare devrait être élargie pour « ramener » les Macédoniens à la domination bulgare. C’est la même chose avec les Monténégrins qui ont peur de la Serbie. Ou sans parler des Kurdes qui ont reçu l’aide des pays de l’OTAN pour combattre l’État Islamique et ses politiques génocidaires. Blâmer l’impérialisme occidental sur tout ce qui se passe dans le monde est une position très éloignée de la pensée critique.

Depuis 2015, la France et l’Allemagne ont vendu des armes à la Russie pour des milliards de dollars, malgré toutes les sanctions annoncées. Ces armes sont maintenant utilisées par la Russie pour mener une guerre agressive contre l’Ukraine. Si je comprends le désir de la gauche occidentale de lutter contre l’augmentation de la production militaire, cela ne doit pas s’appliquer aux envois d’armes vers l’Ukraine. Au moment où j’écris ceci, l’armée ukrainienne, les forces de défense territoriale avec certains de nos camarades pénètrent dans les villes au nord-ouest de Kyiv, qui sont restées sous occupation russe pendant plus d’un mois et assistent aux scènes de massacre – des centaines de des civils ont été assassinés par l’armée russe, certains d’entre eux violés et les maisons pillées. Comme dans le cas des milices kurdes combattant l’État Islamique, l’aide militaire occidentale peut en fait fournir une certaine protection contre les massacres

De quelle aide et soutien avez-vous besoin et comment pouvez-vous être aidés et soutenus ?

Vous pouvez aller sur https://www.nowar.help/en et donner de l’argent ou fournir une autre aide pour toute initiative que vous voulez parmi celles qui sont là, que ce soit pour l’Opération Solidarité ou des initiatives humanitaires utiles.

Page web de liens officiels du Comité de Résistance : https://linktr.ee/Theblackheadquarter

https://hackinglordsutch.org/interview-du-comite-de-resistance-anti-autoritaire-ukrainien/?

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Quel rôle pour Attac face à l’invasion en Ukraine ?

Note sur l’invasion russe en Ukraine, élaborée dans l’espace international pour le Conseil d’administration d’Attac France du 19 mars 2022.

Le 21 février la Russie a reconnu l’indépendance des Républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk à l’Est de l’Ukraine, et a lancé une offensive militaire contre l’Ukraine le 24 février.

Il nous faut affirmer notre solidarité avec le peuple ukrainien contre l’agression du gouvernement russe. L’invasion de l’Ukraine par la Russie constitue une violation de la Charte des Nations unies et bafoue le droit d’auto-détermination des peuples, droit reconnu dans l’histoire par Lénine aux peuples soviétiques, dont l’Ukraine, co-fondatrice de l’URSS en 1922. Les bombardements touchent les civils, la ville de Kiev et plusieurs grandes villes sont assiégées, avec des carences en eau et biens de première nécessité.

Cette offensive s’appuie sur l’idéologie d’une grande Russie, c’est une politique impérialiste qui méprise les droits des peuples. Face aux logiques des grandes puissances, il est indispensable pour le mouvement altermondialiste de refuser les logiques nationalistes, d’oppression nationale et de construire une solidarité « par en bas » avec les mouvements de la société civile ukrainienne qui résistent et s’organisent dans les pires conditions. Nous soutenons leur droit à l’auto-défense. L’agression armée est aussi l’écrasement des mouvements démocratiques ; nous sommes tout particulièrement aux côtés des associations ukrainiennes qui dénoncent cette guerre tout en s’étant battues contre la privatisation de leur pays par les oligarques, en défense des droits sociaux contre les politiques du FMI et contre toutes les mesures restreignant la consolidation démocratique donc pluraliste de leur pays contre la loi de « décommunisation ».

Nous soutenons en même temps le mouvement anti-guerre qui grandit en Russie, malgré les risques considérables. Des marches de contestation se développent dans plusieurs villes et font écho à la détermination des ukrainien-nes. Des journalistes, une part importante d’universitaires, des élus du PC, les milieux syndicalistes, altermondialistes se mobilisent, de même que les féministes, qui constituent l’une des rares forces encore sur pied en Russie. Elles dénoncent la politique impérialiste et autoritaire du régime de Poutine et appellent les féministes du monde entier à rejoindre les mouvements anti-guerre et à organiser leurs propres actions. Nous devons contribuer à l’impulsion des stratégies collectives au niveau international, en premier lieu en Europe, pour soutenir ces mobilisations, qui sont un enjeu majeur susceptible de jouer sur le rapport de force et de fragiliser la position du dictateur.

Refuser cette guerre ne peut pas pour autant légitimer une extension de l’OTAN : nous dénonçons les politiques réelles de maintien et d’extension de l’OTAN depuis 1991, après donc la dissolution du Pacte de Varsovie. Les grandes puissances occidentales ont montré l’inefficacité de l’extension de l’OTAN, elles tentent aujourd’hui de ménager un équilibre difficile entre l’ambition de sanctions contre la Russie et leur propre dépendance vis-à-vis d’elle, notamment énergétique. Les sanctions qui ciblent les dirigeants russes et les oligarques ou la banque centrale peuvent être utiles mais nous refusons des sanctions qui pénalisent la population. Aujourd’hui, il n’y a pas de solution militaire au conflit ukrainien – mais au contraire un risque d’embrasement sans précédent depuis la seconde guerre mondiale, renforcé par la menace nucléaire. Les centrales nucléaires ukrainiennes apparaissent comme un enjeu stratégique, notamment pour l’armée russe, et pour « faire pression » sur les pays occidentaux sur les plans politiques, économiques, ou sur les enjeux énergétiques. La guerre de l’énergie comme la guerre tout court qui touche en premier lieu les ukrainien-nes menace tous les peuples.

Nous chercherons le lien avec nos ami-es et camarades d’Ukraine et de Russie dans le maximum d’actions concrètes de solidarité – notamment :

  • pour l’accueil des réfugié-es en provenance d’Ukraine contre toutes les pratiques et discours de discrimination racistes notamment envers les immigré-es vivant en Ukraine et les exilé-es politiques, l’envoi de matériel demandé par les associations de la société civile ukrainienne,

  • pour l’annulation de la dette qui étrangle l’Ukraine et l’a placée en étau entre la guerre du gaz, guerre tout court et les conditionnements anti-sociaux du FMI et de l’UE.

Au-delà nous devons radicaliser notre remise en cause des sources de ces guerres : un ordre mondial d’affrontement entre grandes puissances, de plus en plus porteuses de nouvelles courses aux armements et de risques de guerres nucléaires, destructrices des droits humains, des libertés et de l’environnement : nous appelons à un front de résistance internationaliste qui permette de rassembler diverses forces mobilisées contre tous les rapports de domination, pour un autre mode de production et de répartition des richesses basés sur une justice environnementale, pour le démantèlement des armes nucléaires et des blocs militaires : l’OTAN en même temps que l’OTSC, organisation militaire déployée autour de la Russie qui réprime les mouvements sociaux au Kazakhstan. C’est sur la base d’une nouvelle architecture des droits qu’il s’agit pour nous de défendre une sécurité collective dans le cadre d’une Charte actualisée des Nations unies et de l’OSCE.

Les principales questions qui restent en débat portent sur la condamnation, ou non, de la livraison d’armes à l’Ukraine, sur la différenciation à opérer, ou non, entre le peuple et le gouvernement ukrainien en cette période de guerre. Les débats doivent pouvoir se poursuivre dans Attac et dans les réseaux de gauche en France et en Europe.

Attac peut contribuer à approfondir certaines questions, notamment :

  • les enjeux des ressources et de l’énergie, leur impact dans le conflit ;

  • la question des sanctions à lier avec la lutte contre les paradis fiscaux ;

  • la nécessité de repenser la sécurité commune, notamment en Europe.

Actions concrètes envisagées dans les jours et semaines à venir :

  • participer aux mobilisations contre la guerre et en soutien à la résistance du peuple ukrainien ; un comité de solidarité avec l’Ukraine a été créé à l’initiative du Cedetim, Attac y participe et cela permet de créer un arc de force de mouvements sociaux, syndicats, etc. avec qui s’organiser pour ces mobilisations ;

  • contribuer au développement de ces initiatives au niveau international, en lien avec les organisations ukrainiennes, russes, notamment, la mise en place d’un Réseau européen contre la guerre (auquel Attac participe déjà) ;

  • participer aux actions de solidarité concrète des mouvements sociaux avec le peuple ukrainien, convoi ou train… Dont cette initiative : « Un convoi syndical pour l’Ukraine – Appel unitaire des organisations syndicales françaises ! » ;

  • soutenir concrètement les réfugié-es ukrainien-nes arrivant en France, avec un accent particulier pour les réfugié-es non-ukrainien-nes, largement discriminés, en particulier les étudiants étrangers très nombreux en Ukraine, un axe important pour les militant-es d’Attac dans les établissement d’enseignement supérieur, étudiant-es ou enseignant-es ;

  • accueillir les exilé-es russes opposant au régime de Poutine qui arrivent en France et contribuer aux échanges en France, autour d’un pôle identifié de gauche, notamment entre camarades de Russie, d’Ukraine, des pays d’Europe de l’Est ;

  • intervenir dans la campagne présidentielle sur l’impunité des multinationales présentes en Russie, en particulier Total, mais aussi sur le rôle de l’OTAN et les dépenses militaires de la France. Poser la question des intérêts pour les groupes français et dénoncer la politique à « géométrie variable » de la France en terme de dialogue avec les régimes autoritaires.

Attac contribue à la diffusion d’informations et d’analyses avec des angles différents :

La conférence « Ukraine : face à la guerre, solidarité internationaliste ! » du 21 mars dernier. Sanctions économiques, enjeux militaires, dette ukrainienne, accueil des réfugié-es, soutien aux pacifistes russes… ces questions sont aussi des enjeux pour les mouvements sociaux qui luttent pour un monde débarrassé des guerres et de la violence.

En présence de Karine Clément (sociologue, spécialiste des mouvements sociaux russes) ; Pierre Coutaz (syndicaliste, secrétariat international de la CGT) ; Bernard Dréano (membre de l’Assemblée européenne des citoyens). Animé par Vincent Gay (membre du bureau d’Attac France). La conférence est à revoir en cliquant ici.

  • La rubrique Ukraine en ligne sur le site d’Attac, accessible ici.

https://france.attac.org/se-mobiliser/ukraine-pour-une-solidarite-internationaliste/article/quel-role-pour-attac-face-a-l-invasion-en-ukraine

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[Visioconférence] À l’écoute de la gauche ukrainienne pour organiser la solidarité contre l’agression russe

Vendredi 8 avril à 20h15, l’UPJB vous invite à une vidéoconférence autour du thème À l’écoute de la gauche ukrainienne pour organiser la solidarité contre l’agression russe  avec Hanna Perekhoda et Karine Clément. La conférence sera diffusée sur YouTube auquel vous pouvez avoir accès à partir de la page Facebook de l’UPJB.

Plus d’un mois après l’invasion du 24 février, le peuple ukrainien s’est transformé en acteur de sa propre histoire par la résistance acharnée qui lui a permis d’empêcher la blitzkrieg courte et victorieuse projetée par Poutine. Ce conflit ne s’explique pas principalement par des considérations géopolitiques sur l’affrontement entre l’OTAN et la Russie. Il est surtout un prolongement direct de tentatives de reconstruction de l’espace colonial de la Russie tsariste. La résistance ukrainienne actuelle n’a pas surgi du néant. Elle s’appuie sur une longue lutte de libération qui a commencé sous le régime tsariste et, ces dernières années, sur les multiples formes de mobilisation populaire qui se sont développées à partir de 2014 lorsque la Russie a annexé la Crimée et a organisé la sécession d’une partie des districts de Luhansk et du Donetz.

La guerre s’installe dans la durée. En Russie, le régime Poutine s’efforce d’étouffer l’opposition par des arrestations, par la censure et par la stigmatisation des opposants comme « traîtres à la patrie ». L’opposition en Russie contre les oligarques et Poutine sera également un facteur important dans le déroulement de la guerre. Une des forces les plus vives de celle-ci est le mouvement féministe.

Quelle est la dimension coloniale de cette guerre qui s’inscrit dans la continuité de l’occupation de la Tchétchénie et de l’intervention russe en Syrie ? Quelle solidarité pouvons-nous organiser envers la résistance ukrainienne ? Quelle solidarité envers l’opposition anti-guerre en Russie ? Doit-on opposer la paix à la solidarité ?

Hanna Perekhoda est doctorante en histoire à l’université de Lausanne. C’est une ukrainienne russophone, originaire de Donetsk. Elle est étroitement liée à la gauche ukrainienne. En Suisse, elle est militante de l’organisation SolidaritéS et animatrice du comité suisse de solidarité avec le peuple ukrainien et avec les opposants à la guerre en Russie. Grâce à ses multiples contacts personnels, familiaux et militants en Ukraine et en Russie, Hanna dispose d’informations approfondies sur l’évolution quotidienne de la guerre et de la résistance.

Karine Clément est sociologue. Elle a travaillé pendant quinze ans en Russie à l’institut de sociologie de l’Académie des sciences. Elle connaît bien le mouvement ouvrier ainsi que différents mouvements sociaux en Russie comme les luttes féministes, pour le droit au logement ou contre le racisme. Elle a été expulsée par le régime de Poutine en novembre 2019 … pour une durée de 10 ans. Elle vient de publier un livre « Contestation sociale à bas bruit en Russie : critiques sociales ordinaires et nationalismes » (Editions du Croquant, 2022).

Tant Hanna que Carine adhèrent au Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine et contre la guerre.

D’autres initiatives seront prises par l’UPJB sur la base de ses positions concernant la guerre en Ukraine.

https://upjb.be/events/visioconference-a-lecoute-de-la-gauche-ukrainienne-pour-organiser-la-solidarite-contre-lagression-russe/

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La Russie a ouvertement déclaré son désir d’exterminer les Ukrainiens en tant que nation

Hier, le 3 avril, l’agence de presse russe RIA News a publié un article qui appelle au génocide des Ukrainiens. Timofey Sergeytsev, l’auteur de l’article « Que devrait faire la Russie avec l’Ukraine », justifie la nécessité de répressions massives contre les Ukrainiens afin de les forcer à abandonner leur propre nationalité, culture et langue. Il utilise le terme de propagande russe « ukrainisme » pour décrire « une construction artificielle anti-russe qui n’a pas de contenu civilisationnel propre, un élément subordonné d’une civilisation étrangère et étrangère. »

Le texte complet en anglais ici :

https://uacrisis.org/en/justification-of-genocide-russia-has-openly-declared-its-desire-to-exterminate-ukrainians-as-a-nation

L’original en russe ici :

https://archive.ph/78PuH

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Les Russes meurent en silence : la mère du soldat recevra sa dépouille après la guerre

Poutine pouvait-il ne pas savoir qu’on envoyait en Ukraine des soldats conscrits sans formation ? 

Il manquait à Ivan une journée pour son 22ème anniversaire. Il est tombé le premier jour de la guerre. Sa mère Irina a reçu l’avis de décès par internet – émanant du commandant, qui disait que son fils était tombé pendant les combats. Il n’a pas répondu à ses appels, ne lui a rien expliqué, mais Irina ne pouvait pas y croire. Car son fils n’a jamais combattu, et n’a tenu un fusil que deux fois dans sa vie : pour une photo souvenir de l’armée, qu’il pensait montrer plus tard à ses petits-enfants.

Le ministère de la Défense, le parquet militaire et même le commandant de l’unité où Ivan faisait son service militaire obligatoire depuis octobre 2021, n’avaient rien à dire à Irina. « Au bureau du recrutement militaire, on nous a dit qu’ils nous ont envoyé trop hâtivement la nouvelle de sa mort, et que nous avions de la chance, parce que d’autres ne savent toujours pas ce qui se passe avec leurs enfants », disait la mère d’Ivan à « Novaïa Gazeta » début mars, encore sous son vrai nom.

Pourquoi créer de la confusion ?

Depuis que les autorités russes, craignant « la diffusion de fake news », ont obligé la rédaction de « Novaïa Gazeta » à retirer les textes sur les pertes de l’armée russe, Irina a peur qu’en parlant aux médias cela va déplaire aux autorités. Mais elle ne pense pas à ces 15 ou 20 années de prison prévues pour le fait de critiquer ou de dire la vérité sur « l’opération militaire spéciale » non reconnue par les autorités, ou encore pour trahison nationale, dont on pourrait accuser toute personne contestant l’efficacité ou le bien-fondé des opérations de l’armée russe. Elle a peur de ne jamais revoir son fils. Car le corps de Vania n’a pas été rendu, et on ne sait pas où est-il. Le bureau du recrutement militaire a tout de suite informé Irina que « la dépouille ne sera pas rendue tant que l’opération militaire ne sera pas terminée, afin de ne pas créer de panique ».

Des instructions similaires sont reçues par les fonctionnaires des régions russes, et même par les journalistes. Un reporter ami, qui travaille pour un journal en Sibérie, me dit : « Nous et bien d’autres rédactions, nous avons reçu l’ordre de ne pas publier des informations sur les soldats tués originaires de notre région. On nous dit qu’il ne faut pas créer de confusion, et que les enterrements auront lieu plus tard. De nombreuses rédactions ont dû retirer leurs publications ? »

La famille d’Ivan lui dit adieu au-dessus d’une tombe vide. La fosse, profonde de plusieurs mètres, est protégée désormais par une bâche.

Chiens sauvages

Le président de l’Ukraine, Volodymir Zelensky, alertait déjà, demandant l’aide de la Croix-Rouge pour évacuer les corps des soldats russes. Ses paroles sont confirmées par Valentina Mielnikova, fondatrice du Comité panrusse des mères de soldats : « Les nôtres n’ont jamais eu l’habitude de ramasser les corps de tués. Et ils ne ramassent pas toujours les blessés. C’est moins cher d’écrire que le soldat a disparu sans laisser de traces. Les autorités économisent sur le transport des dépouilles et sur les familles des défunts. En cas de « disparition », ces dernières n’ont pas droit aux allocations de l’État. »

Dans son livre « Les Cercueils de zinc », Svetlana Alexievitch décrivait comment, il y a 40 ans, les mères et épouses russes recevaient des cercueils de zinc, vissés et scellés, lestés de terre pour faire le poids d’une dépouille humaine.

Dans ses reportages réalisés dans le Donbass en 2014, Elena Kostyuchenko a dévoilé que les autorités, pour cacher devant la société et les médias l’ampleur des pertes, ne rendaient pas aux familles les corps de leurs proches pendant des semaines, souvent permettant leur décomposition. Dmytro Tymtchouk, blogueur et militaire ukrainien, affirmait que les Russes jetaient les corps des soldats tués dans des puits désaffectés des mines du Donbass. Aujourd’hui, la rédaction du « The Telegraph » informe que l’armée russe utilise massivement des prétendus crématoriums mobiles – en réalité des installations conçues pour détruire des déchets biologiques dangereux, produites par une société de Saint-Pétersbourg. Les corps des soldats, qu’ils n’arrivent pas à évacuer ni à incinérer, sont dépouillés de leurs documents et plaques d’identité militaire afin d’empêcher leur identification.

De son côté, la sénatrice russe Loudmila Naroussova a déclaré qu’en Ukraine « des chiens errants sauvages reniflent les corps des soldats russes qui n’ont pas été rendus à la terre ».

Vania le bricoleur de génie

Dans leurs entretiens avec « The Telegraph », des médias locaux et internationaux, des défenseurs des droits humains et des activistes rapportaient que les soldats russes sont enterrés dans des tombes anonymes pour cacher qu’ils avaient combattu en Ukraine. De son côté, « The Washington Post » a signalé qu’une des sections du Comité des mères de soldats a reproché à Vladimir Poutine la violation du droit international. La rédaction cite la déclaration du Comité : « Les commandants russes ont obligé les soldats à combattre illégalement en Ukraine. Et maintenant nous, les mères, nous recevons anonymement les cercueils avec nos fils ».

« Voilà ce qu’il faut savoir sur l’attitude de l’ennemi envers ses propres soldats. Pendant ce temps, les soldats ukrainiens tués sont accompagnés dans leur dernier chemin comme des héros », commentait le Commandement opérationnel « Pivnitch ».

Mais Irina n’est pas encore au courant de ces pratiques. Elle a toujours l’espoir qu’elle pourra dire adieu à son fils. Plus nous parlons, et plus elle s’étouffe dans ses larmes.

« Où est mon fils ? Il disait qu’il allait en Biélorussie en formation. Comment ont-ils pu envoyer à la guerre un conscrit ? Il ne sait pas combattre. Il ne voulait pas. Ils l’ont trompé ! »

J’en apprends un peu plus sur ce garçon dans les réseaux sociaux, et de quelques rares textes des rédactions russes indépendantes – effacées du web sous la pression des autorités – qui le décrivaient comme bricoleur capable de tout faire, diplômé d’un lycée professionnel. Vania y était présenté comme travailleur, faisant des heures supplémentaires dans des chantiers et des ateliers dans les villages des alentours. Il n’était pas rare – comme racontait sa grand-mère à « Novaïa Gazeta » – que pour arriver au travail, il lui fallait marcher de 10 à 20 kilomètres. Il économisait pour son mariage, car un an plus tôt il avait déclaré son amour à Katia, du même âge. Ils se connaissaient depuis l’enfance. A l’automne, avant de partir à l’armée, il demandait à la famille de lui envoyer la photo du chiot qu’il avait recueilli quelques semaines auparavant. « Il voulait voir, comment il grandissait », racontait la grand’mère du garçon. Sur la photo, dans son profil sur le site VK, sourit un garçon aux cheveux bruns, avec de grands yeux et des traits de visage encore tendres, un brin enfantins.

Les garçons faisant leur service militaire obligatoire tout de suite après l’école secondaire, ou entre le premier et deuxième degré d’études, se retrouvaient souvent dans l’armée, parce qu’ils n’avaient pas de moyens ou de possibilités d’en réchapper. Sur internet, des guides « Comment éviter l’armée de manière légale ? » jouissent d’une énorme popularité, et des médecins – pour des sommes allant de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers de roubles – établissent des certificats d’inaptitude pour les garçons de bonnes familles.

« Il y a quelques années, cela a couté à mes parents environ 5 000 euros », raconte aujourd’hui Pavel, 29 ans, originaire de Volgograd, qui avait peur de l’armée, conscient de la violence, des persécutions et des tortures auxquelles sont soumises les recrues dans le cadre de ce que l’on appelle la ‘dédovchtchina’ [système rituel de mauvais traitements dans l’armée russe, pouvant aller jusqu’à la mort – NdT]. Mais c’est une issue accessible à une poignée de privilégiés ayant non seulement de l’argent mais aussi des contacts.

Conscrits, donc professionnels

Tous les jours, des familles de conscrits se présentent au Comité des mères de soldats, une organisation s’occupant de la protection des droits des militaires. Le nombre d’appels téléphoniques a augmenté vers la fin février. Leurs fils ont été soit obligés à signer d’urgence un accord contractuel prévoyant un changement du statut de « conscrit » à « professionnel », soit ont été envoyés dans les territoires des unités militaires situées près de la frontière avec l’Ukraine. Le Comité a commencé à rassembler les preuves pour déposer des plaintes auprès du parquet militaire. Les autorités traditionnellement ne soufflaient mot, assurant seulement que « seuls les soldats professionnels participent à l’opération militaire spéciale ».

Des journalistes des rédactions russes indépendantes ont maintes fois parlé avec les mères de conscrits dès le premier jour de guerre. Alona, interviewée par Meduza, disait à l’époque à la rédaction : « Je panique. Où est mon enfant ? J’appelais tous les numéros de téléphone d’où quelqu’un m’avait contactée, mais tous ont été déconnectés. Il m’a appelé la dernière fois le 22 février, disant qu’il ne pouvait pas parler, que les conversations étaient sur écoute ».

Des propos des mères et des pères, publiés entre autres par les sites indépendants Meduza, « Novaïa Gazeta », Mediazona et Zerkao.io, il ressort que les autorités utilisaient le même schéma envers les soldats fraîchement recrutés. D’abord, sous prétexte de participer à des exercices organisés à la mi-février en commun par la Russie et la Biélorussie, on les transbahutait des diverses unités, même les plus éloignées de Russie, à la frontière avec l’Ukraine. Ensuite, on leur donnait des ordres, dont certains soldats ont commencé à percevoir la complexité après coup seulement, car ils étaient trop avancés pour des exercices, et qui faisaient penser à l’exécution d’un plan d’invasion. On leur confisquait les téléphones, et on leur donnait des armes.

A ceux qui avaient des doutes, comme l’écrit la rédaction de Zerkalo.io, on leur rappelait les peines prévues pour « désertion » et « trahison de la patrie ».

Maman, c’est la guerre !

Tous les parents ne croyaient pas leurs garçons, qui les appelaient en cachette et parlaient de leurs craintes que « quelque chose se préparait », car les exercices se prolongeaient, et le commandement les déplaçait de plus en près de la frontière. Léna, la mère de Pavel, 18 ans, disait à la rédaction de Svoboda : « Je regardais les nouvelles et je riais de cet Occident stupide et fourbe, qui annonçait la guerre. Après tout, je savais par mon fils que c’étaient des exercices tout le temps, exigeants peut-être, mais il est si jeune, peu aguerri, maladif. Je croyais qu’il exagérait. Je lui expliquais que l’Occident ment, et qu’il ne se fasse pas des soucis – il n’y aura pas de guerre. Je me demandais juste pourquoi dorment-ils dans des camions. Quand il m’a appelé la nuit du 24 février, il s’écria : « Maman, ils nous ont trahi ! Ils nous ont trompés ! C’est la guerre ! »

Pendant les « formations », les commandants incitaient ou obligeaient de nombreux conscrits à signer des contrats pour 20 à 30 000 roubles, donc y compris pour moins de mille zlotys [env. 200€ – NdT], promettant qu’ils pourront les résilier facilement.

Olga Larkina, présidente du Comité des mères de soldats, commentait fin février : « Les mères disent que leurs fils les appellent disant qu’on les oblige à signer des contrats. Nous ne savons pas de quelle façon. Ceux qui ont réussi à contacter leurs familles ont dit qu’on leur avait pris les livrets militaires, on y a apposé des tampons, et les voilà requalifiés en professionnels. »

« Novaïa Gazeta » a dévoilé que si les commandants échouaient, ils signaient eux-mêmes les contrats à la place des soldats qu’ils avaient sous leurs ordres. Ils les maltraitaient physiquement ou psychologiquement, en les envoyant dans les polygones d’entraînement et ordonnant des exercices au-dessus des forces des jeunes garçons, afin de les briser.

Ils utilisaient aussi des provocations. « Maman, ils nous ont rassemblé et ont dit que nous nous sommes déplacés volontairement en Biélorussie. Le commandant a dit que nous devions stationner à Briansk, bien que ce soit eux qui nous ont amené ici en toute hâte. Il a dit que nous sommes des déserteurs, et que soit nous allons attaquer les Ukrainiens, soit on nous transférera dans un bataillon disciplinaire composé de criminels. J’ai signé. » Voilà comment la mère d’un soldat de 23 ans racontait à « Novaïa Gazeta » la conversation avec son fils.

La dernière fois qu’elle a eu un contact avec son fils, ce fut le 24 février à 4h30 du matin. Derrière, on entendait des tirs et le bruit d’avions. « Maman, on nous embarque dans des camions, et on y va. Je t’aime. Si tu reçois un avis de décès, n’y croit pas tout de suite » – lui avait-il dit.

Aux jeunes soldats, qui souvent ne savent pas en quoi consistait « la reconquête de la Crimée », car ils étaient enfants à l’époque, les commandants expliquaient que leur but était « la libération du peuple ukrainien des mains des nazis » et « la protection de la population ukrainienne russophone victime d’un génocide ». « Nous sommes pour la paix. Nous instaurerons la paix en Ukraine. Il faut la sauver », disaient en janvier des soldats russes de 19 ans rencontrés en Crimée par des journalistes de « Novaïa Gazeta ». La transcription des entretiens montre qu’aucun de ces soldats ne se rendait compte des véritables desseins des autorités.

Ce que confirme la partie ukrainienne qui appelait maintes fois les autorités russes à épargner « leurs enfants ». Également Serhiy Kyslytsya, ambassadeur ukrainien auprès de l’ONU, informait sur le degré de conscience qu’avaient les soldats russes des opérations menées par leurs armées. Au cours de la session extraordinaire de l’ONU, il a lu les textos qu’un soldat russe tué envoyait à sa mère avant sa mort : « Maman, je suis en Ukraine. Ici c’est la vraie guerre. J’ai peur. Nous tirons contre tout le monde, même contre des civils. On nous disait que nous serions bien accueillis, mais ils se jettent sous nos véhicules. Ils nous appellent fascistes. Maman, je me sens horriblement mal. »

Poutine étonné

Pendant des jours, les autorités russes contestaient ces informations. Elles ont parlé des soldats tués à deux reprises : le 2 mars, le ministère de la Défense a déclaré que 498 soldats sont morts pendant « l’opération militaire spéciale », et vendredi suivant 1351. A son tour, le porte-parole du Kremlin a souligné que le président de la Russie, en tant que « commandant en chef », connait les chiffres précis, mais « ne peut pas les divulguer ».

Les activistes russes ironisent, et attirent l’attention sur le fait qu’on peut avoir quelques doutes quant au degré de conscience de Vladimir Poutine.

Dans sa traditionnelle adresse aux femmes prononcée le 8 mars, Poutine, le président de la Russie, a dit clairement : « Les soldats qui font leur service militaire ne participent pas aux combats… De telles obligations sont accomplies par des soldats professionnels ». Par-là, il a totalement ignoré l’intervention de la sénatrice Loudmila Naroussova qui, quatre jours plus tôt, pendant la session du Conseil de la Fédération de Russie – se basant sur les données obtenues du département militaire – a informé des importantes pertes parmi les soldats conscrits qui faisaient leur service militaire obligatoire. « Ils ont été obligés de signer un engagement, ou on l’a signé à leur place. D’une compagnie de cent soldats seuls quatre ont survécu », a-t-elle expliqué.

Le 9 mars, en réaction au communiqué du ministère de la Défense – qui reconnaissait que « la présence de conscrits a été découverte en territoire de l’Ukraine » – Vladimir Poutine a exigé que le Parquet supérieur militaire explique pourquoi une armée non-professionnelle s’est retrouvée en zone de combats, et que l’on prononce des sanctions à l’encontre des personnes responsables du détachement de conscrits en Ukraine. Bien que plus de deux semaines se soient écoulées depuis, le porte-parole du Kremlin a informé que le président de la Russie n’a pas encore reçu des explications quant aux raisons de la présence de conscrits sur les lignes du front.

Le plus souvent, c’est par internet que les parents apprennent que leurs fils se sont retrouvés en captivité en Ukraine – par exemple, sur le site 200rf.com fondé par les autorités ukrainiennes, où elles publient des photos et des films tournés avec les prisonniers. Le frère de Danilo Vorobyov, un de ces soldats, racontait lors de l’entretien avec Radio Svoboda que la famille, après avoir alerté les autorités, a essuyé des moqueries. « On nous a ri au nez. On nous a dit que c’était faux. Pourtant, nous le voyons bien dans la vidéo. D’ailleurs, les Ukrainiens lui ont permis de téléphoner chez sa mère et de parler un moment. Il ne savait même pas où on l’envoyait, ni dans quel but. Ça devait être une formation avec les armées biélorusses ».

Des enregistrements publiés par les autorités ukrainiennes, nous apprenons que les garçons ne comprennent pas « pourquoi on les a envoyés ici ». Ils sont nombreux à répéter qu’ils ont été envoyés pour des exercices, et quelques heures à peine avant le début de la guerre on leur a dit qu’ils partaient au front. « Maman, papa, je ne voulais pas partir en Ukraine. On nous a dit que nous partions en exercices avec la 25ème Brigade. Puis, la nuit du 25 février, ils ont dit qu’on allait en Ukraine et qu’on traversait la frontière », dit un des prisonniers.

Les paroles des prisonniers sont confirmées par Albert Sachibgarieyev, soldat contractuel de 25 ans, premier déserteur connu de son nom et prénom, qui a refusé de participer aux combats contre l’Ukraine et est rentré du front à la maison. Dans un entretien pour le site Meduza, il raconte : « On ne nous a rien expliqué. Ils nous ont ordonné de charger les munitions dans les camions. Ils disaient que nous allions changer de position. Personne ne comprenait ce qui se passait. Nous avons déduit que c’était la guerre, lorsqu’on a commencé à nous tirer dessus, à répondre à nos tirs. Avant, nous pensions que c’étaient des exercices. Nous ne savions pas que nous tirions contre les Ukrainiens. Dans l’armée il n’y a pas de place pour des questions. Quand tu reçois un ordre, tu l’exécutes ».

Le garçon – comme explique Meduza en se basant sur les documents montrés à la rédaction – après avoir fui du front pour revenir à sa ville natale d’Oufa, a écrit une lettre exigeant sa libération de l’armée.  « La participation forcée à l’opération militaire spéciale est contraire à mes convictions », a-t-il déclaré. De l’avis des avocats, le gars n’évitera pas la prison.

Lorsque j’appelle pour cette affaire le siège central du Comité des mères de soldats, j’entends que depuis mars ils n’accordent plus de commentaires aux médias occidentaux. Au ministère de la Défense de la Russie, une personne avec une voix agréable, après avoir écouté ma question, a délicatement raccroché.

Dans le même temps, la section russe de la BBC a publié les résultats de l’enquête. Les journalistes ont réussi à confirmer que « la cargaison 200 » – c’est ainsi qu’en jargon militaire on parle des corps des soldats tués – arrivera à au moins 70 parmi les 85 régions russes. Dans certaines de ces régions, des enterrements individuels ont déjà eu lieu au début de la guerre. Comme l’écrivait la rédaction de Radio Svoboda, les mères des soldats tués auraient reçu de la part des autorités des lettres de remerciements avec ces paroles : « Nous vous remercions d’avoir élevé votre fils ».

Il est impossible d’estimer le nombre précis de morts, tout comme le nombre de conscrits obligés à participer à cette guerre. Probablement ce ne sera jamais possible, vu comment les autorités russes protègent les informations sur leurs pertes. Selon les estimations du renseignement américain, basées sur l’analyse des médias, des photos satellites, des photos de soldats et du matériel ayant été exposé aux tirs, au moins sept mille membres de l’armée russe ont péri.

Génération P

Salle de gymnastique dans une école de l’oblast de Kamerovo. Dans la salle, des parents de soldats conscrits, venus le 5 mars à une rencontre avec le gouverneur Sergueï Tsyviliov.

« Où est mon fils ?! On les a tous bernés. Ils devaient aller en formation en Biélorussie. Pourquoi nos garçons ont-ils été envoyés là-bas ? Ils n’ont aucune préparation. Ils n’ont que 20 ans ! Et votre fils à vous, il est où ?! Il fait des études ?! » – crie une des mères. Les autres la suivent : « Vous avez utilisé nos enfants comme de la chair à canon ! » Énervé, le gouverneur répond : « C’est une opération militaire spéciale. Nous ne faisons aucun commentaire à ce sujet. Tant que dure cette opération, il est interdit de critiquer quiconque. » Et il quitte la salle.

Sergueï Medvediev, politologue russe et journaliste écrivant sur la guerre en Ukraine, commente ainsi : « Toutes mes pensées vont maintenant vers l’Ukraine, mais je ne peux pas m’empêcher de penser à ces garçons russes nés dans les années 2000-2002, qui sont partis en exercices militaires et subitement sont devenus des soldats engagés. De conscrits ils se sont transformés en chair à canon. C’est la génération P, née pendant le règne de Poutine, et qui ne savait même pas qu’il existe un monde sans Poutine. J’ai souvent écrit sur eux, et parlé avec des sociologues qui étudiaient leurs préférences politiques et modèles culturels. Nous nous disions que ce sont des autochtones digitaux, nés smartphones à la main ; nous parlions de zoomers, des tiktokers. Et maintenant, la génération P brûle à l’intérieur des chars et reste ensevelie dans la terre printanière ukrainienne, sans avoir jamais pu se rendre compte qu’il existait un monde sans Poutine. »

Certains prénoms ont été modifiés.

***

Wiktoria Bielaszyn – journaliste à « Gazeta Wyborcza ». Se spécialise dans les thématiques liées à l’Europe de l’Est. Publie aussi dans « Polityka », « Tygodnik Powszechny », OKO.press, Die Welt, La Repubblica et Meduza.

Reportage publié le 24 mars 2022 dans « Gazeta Wyborcza », principal quotidien polonais. https://wyborcza.pl/magazyn/7,124059,28259480,rosjanie-gina-po-cichu-matka-zolnierza-dostanie-zwloki-po-wojnie.html

Traduit du polonais par Stefan Bekier

https://blogs.mediapart.fr/stefan-bekier/blog/050422/les-russes-meurent-en-silence-la-mere-du-soldat-recevra-sa-depouille-apres-la-guerre

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Liens avec d’autres textes

La France, un si bon client de la Banque centrale de Russie

https://www.ouest-france.fr/monde/guerre-en-ukraine/pourquoi-l-etat-francais-est-un-bon-client-de-la-banque-centrale-de-russie-c8622b90-b039-11ec-bac3-54faba916d73

Un méga Yacht russe comme hôtel pour les réfugiés Ukrainiens

Les dégâts engendrés par l’agression et la guerre menée par Poutine en Ukraine sont considérables. Nous dénonçons cette agression.

Et nous pouvons soulager des vies, des familles à notre modeste niveau de citoyens solidaires.

Le méga-yacht russe appartenant à Igor Setchine, un patron du pétrole, a été saisi le 3 mars par les douanes françaises dans le port de La Ciotat alors qu’il tentait de partir. Il nous parait un symbole fort pour exprimer notre solidarité.

Nous proposons de le transformer en hôtel gratuit d’accueil pour les réfugiés Ukrainiens en attente d’un relogement pérenne en France.

Et nous demandons à l’Etat français, et aux institutions compétentes (la métropole Aix-Marseille-Provence, le Conseil Départemental 13, La Mairie de la Ciotat, La Ciotat Shipyard, gestionnaire du port) de prendre toutes dispositions pour assurer la réquisition du bateau et l’accueil des réfugiés.

https://www.change.org/p/un-méga-yacht-russe-comme-hôtel-pour-les-réfugiés-ukrainiens

Guerre en Ukraine : Boutcha, un nouveau Srebrenica ?

https://www.liberation.fr/culture/photographie/guerre-en-ukraine-boutcha-un-nouveau-srebrenica-20220403_AOSNKRVGXNFXLNEFLB74XDQDJI/

Rolando Astarita : La lucha por la autodeterminación y otro argumento equivocado

https://rolandoastarita.blog/2022/03/29/la-lucha-por-la-autodeterminacion-y-otro-argumento-equivocado/

https://sinpermiso.info/textos/la-lucha-por-la-autodeterminacion-y-otro-argumento-equivocado

Quatro perguntas sobre a guerra na Ucrânia a Zbigniew Marcin Kowalewski

Movimento Magazine interviewe Zbigniew Marcin Kowalewski, ancien militant de la révolution ouvrière polonaise de Solidarność en 1980-1981, chercheur de mouvements révolutionnaires, auteur, entre autres, de plusieurs ouvrages sur le passé et le présent de la question nationale ukrainienne.

https://movimentorevista.com.br/2022/03/quatro-perguntas-sobre-a-guerra-na-ucrania-a-zbigniew-marcin-kowalewski/

A bas l’union sacrée pour désarmer les Ukrainiens ! Des armes pour la résistance ukrainienne !

https://aplutsoc.org/2022/04/03/a-bas-lunion-sacree-pour-desarmer-les-ukrainiens-des-armes-pour-la-resistance-ukrainienne/

Ukraine : Apparent War Crimes in Russia-Controlled Areas

Summary Executions, Other Grave Abuses by Russian Forces

https://www.hrw.org/news/2022/04/03/ukraine-apparent-war-crimes-russia-controlled-areas

Michael T. Klare : La guerre de la Russie en Ukraine a fait voler en éclats l’ancien ordre mondial

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/la-guerre-de-la-russie-en-ukraine-a-fait-voler-en-eclats-lancien-ordre-mondial.html

Guerre en Ukraine. Dans la ville libérée de Boutcha, l’horreur

https://www.courrierinternational.com/article/guerre-en-ukraine-dans-la-ville-liberee-de-boutcha-l-horreur

Editorial : Give Ukraine everything it asks for and now

https://kyivindependent.com/opinion/editorial-give-ukraine-everything-it-asks-for-and-now/

Henri Mamarbachi : Syrie. Des mercenaires pour la Russie en gage de gratitude ?

https://orientxxi.info/magazine/syrie-des-mercenaires-pour-la-russie-en-gage-de-gratitude,5489

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Tous les textes précédemment publiés
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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