L’urgence : construire une vraie democratie 

Avec l’aimable autorisation de l’auteure

Tout est à repenser, de la réparation de la planète à l’élimination des différentes formes de domination. 
Cela nécessite l’implication de tous : pourtant, aucun parti ne s’est engagé à la participation réelle et immédiate de la population.

Difficile d’aller à l’encontre des espoirs d’un grand nombre d’entre nous, mais il me semble plus que nécessaire d’ouvrir une brèche critique dans l’enthousiasme mesuré au soir du second tour des élections législatives .

Tout d’abord, un constat d’échec accablant dont les effets délétères sont à venir : l’entrée en force de l’extrême-droite à l’Assemblée nationale quand la victoire électorale revient aux abstentionnistes ! Certes, la majorité présidentielle a subi un désaveu. Mais force est de constater que la démocratie électorale se révèle telle qu’en elle-même, non représentative, tous partis confondus.

La vraie démocratie reste à construire.
Or la Nupes, par l’intermédiaire de son leader omniprésent, ne s’est aucunement engagée vers la participation réelle et immédiate de la population, en imposant ses candidats sans la moindre consultation des électeurs à la base dans chaque circonscription. L’élection de Rachel Keke ne peut suffire à provoquer un bouleversement.
La vraie démocratie reste à construire.

Priorité au « progrès de l’esprit humain »
La catastrophe écologique, en cours désormais, nous oblige à rempore avec les illusions d’hier.

Comment imaginer possible une réduction urgente et drastique de la consommation d’énergie sans l’assentiment, puis la collaboration étroite de tous et de chacune ? Comment imaginer réalisable la réorientation de l’économie vers une production, non pas guidée par la technique ou la technologie, mais vers un mieux-être de l’ensemble de l’humanité si la prise en charge directe des individus n’est pas engagée ? Comment mettre un terme aux discriminations, sans l’horizon d’une justice sociale partagée, et mise en œuvre par tous, comme nos prédécesseurs n’ont cessé d’en réclamer la réalisation ?

Il ne s’agit plus de surseoir aux tâches incontournables en brandissant un illusoire programme de transition, il s’agit tout simplement de renouveler un processus maintes fois entravé en donnant la priorité au « progrès de l’esprit humain » (Condorcet), au service du vivant comme des plus fragiles et de renoncer à la force des choses dont le primat nous a conduits à la catastrophe présente.

Le fétichisme de la marchandise au profit d’une minorité de privilégiés est à l’origine, nous le savons, de l’exploitation de l’homme par l’homme, et donc responsable des inégalités sociales comme de la disparition de certaines espèces.

Tout est à repenser, de la réparation de la planète à l’élimination des différentes formes de domination. La tâche est immense et ne s’accomplira pas à coups de manœuvres parlementaires et de manifestations de rues.

Gérer ensemble la chose publique
Rien désormais, on le sait, ne pourra se faire sans l’engagement de tous dans le respect de l’autre. Cette actualité est incontournable et la difficulté ne se résout pas en occupant les places d’un pouvoir au service du libéralisme depuis le XIX° siècle, quelle que soit la couleur politique des dirigeants des différents pays.

En France, une forme d’union de la gauche a été réalisée dans le cadre électoral, en extériorité de l’immense mobilisation de citoyens qui depuis plusieurs années non seulement réclamaient cette unité mais oeuvraient pour associer le plus grand nombre d’habitants de ce pays. Il n’en a rien été. La France Insoumise a imposé son rythme en suivant les directions de son leader. 

Aujourd’hui, rien n’est prévu pour commencer collectivement cette lourde tâche que nous imposent les méfaits des dirigeants du monde entier.

Après la Syrie, l’Ukraine, la domination des puissants par la guerre destructrice se poursuit tandis que la famine menace ici et là, et que la question sociale se pose dans tous les pays.

L’engagement pour une nouvelle Constituante ne suffit pas, l’expérience du Chili nous le montre.

Il est encore temps de réagir en cherchant à organiser des débats, dans les quartiers au plus près de chacun, afin de commencer à apprendre à gérer ensemble la chose publique (res publica), laquelle nous concerne tous.

Nous pourrions multiplier ainsi les universités populaires afin d’égaliser les connaissances en s’autoformant tout en réapprenant à débattre collectivement, à condition de croire à la responsabilité collective.

En optant dès décembre 2018 pour l’apprentissage de la démocratie réelle, des collectifs de gilets jaunes nous ont montré le chemin.

Or il ne suffit pas de s’approprier leur chanson fétiche pour laisser croire que nous sommes de leur côté, encore faut-il, comme ils l’ont fait, mettre en œuvre la démocratie dans tous les lieux communs, en commençant par les mouvements, partis et syndicats… etc

Le mode de gouvernement démocratique, en effet, ne se définit pas par la force « de convaincre » comme nous l’avons entendu au soir du premier tour mais par l’écoute et le débat en cherchant à faire revivre la tradition de la gestion collective.

Nous héritons de deux siècles de délégation de pouvoir, c’est pourquoi la tâche est ardue, et sera longue, mais la conjoncture nous commande d’ouvrir les yeux sur la réalité écologique et sociale dont la dégradation est irréversible si chacun d’entre-nous ne prend pas sa part de responsabilité.

Rien de « révolutionnaire » ne peut se faire concrètement par de simples décisions gouvernementales, excepté sous les régimes autoritaires, dont nous ne sommes pas à l’abri, loin s’en faut. Il est temps que les différents « représentants », se réclamant de la tradition populaire, cessent de faire croire que l’occupation des postes du pouvoir d’Etat détient les clés de l’avenir. L’histoire a été suffisamment éloquente à ce sujet.
De l’URSS à la Chine en passant par le Venezuela jusqu’aux mesures de l’après-guerre en Europe, les nationalisations ne sont en rien la garantie d’une gestion démocratique.

Au XIX°siècle, les ouvriers définissaient la liberté en ces termes : « Le pouvoir d’agir dans tous les domaines ». Reprendre à notre compte cette tradition est la nécessité du moment en ouvrant dès maintenant la voie de la vraie démocratie, laquelle, n’en doutons pas, n’advient pas de haut en bas mais s’organise de bas en haut.

Michèle Riot-Sarcey, historienne

Texte paru antérieurement dans Libération du 22 juin  2022

Auteur : entreleslignesentrelesmots

notes de lecture

Une réflexion sur « L’urgence : construire une vraie democratie  »

  1. Rien ne peut se faire sans la participation du plus grand nombre, et dans le passé proche et plus loointain, les rapports de force s’établissaient dans le monde du travail avec des insuffisances, aujourd’hui l’éclatement des lieux de production, le « management » qui est un moyen de répression, l’individualisme promu par le président Macron sont des obstacles nouveaux à affronter et ce ne sont pas les plus faciles.

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