Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (texte intégral)

1Texte disponible en quatre parties :

Première partie : Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (première partie)

Seconde partie : Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (seconde partie)

Troième partie : Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (troisième partie)

Dernière partie : Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (dernière partie)

Texte intégral disponible sous format pdf : dworkin-femmes de droite

Ou texte intégral  ci-dessous  :

1Il y a un certain scandale à attendre 30 ans pour disposer enfin du livre d’Andrea Dworkin. Et comment ne pas mettre cela en regard du mépris pour les études féministes par la majorité des universitaires et des « politiques », par les grands éditeurs. Sans oublier le climat anti-féministe permanent comme l’ont montré récemment l’affaire DSK (voir le livre coordonné par Christine Delphy : Un troussage de domestique, Syllepse 2011 Dans cette histoire, il y a une autre personne et c’est une femme) ou les déclarations hétéro-sexistes lors du débat autour du mariage.

Certain-ne-s diront, mais peu briseront le silence, qu’Andrea Dworkin exagère, que la situation des femmes n’est plus la même, que la situation en France n’est pas comparable à celle des États-Unis. Certain-ne-s iront même jusqu’à monter du doigt d’autres pays, où les femmes ont moins de droits, etc.

Mais les un-e-s et les autres esquiveront ainsi le fond des analyses, l’inégalité structurelle dans les rapports sociaux de sexe, le système de genre, la domination organisée des hommes sur les femmes, l’assignation des femmes à « leur sexe à baiser et leur corps à enfanter ».

Quelques-un-e-s ne manqueront de s’offusquer du vocabulaire ordinaire et trivial utilisé par l’auteure, préférant les jargons élitaires pour cacher leur anti-féminisme concret.

Le titre de cette note est la lumineuse dernière phrase de la préface « Patriarcat et sexualité : pour une analyse matérialiste » de Christine Delphy.

Celle-ci indique, quant au silence fait sur l’auteure, « La première raison du silence fait sur elle est sans doute que Dworkin est radicale. Elle écrit sur un sujet qui, alors qu’on prétend en parler, est en réalité toujours aussi tabou : la sexualité, et plus précisément l’hétérosexualité, et plus précisément encore, sa pratique et sa signification, dans un contexte précis : la société patriarcale. Elle parle de sexualité dans un régime de domination, et de sexualité entre dominants et dominées ». Christine Delphy nous parle de cette violence, partie intégrante de la société patriarcale, de cette violence tolérée par la société, de cette violence invisibilisée au quotidien. Elle souligne que « la violence n’est pas de la sexualité », que le viol n’est pas de la sexualité, que les individus sont éduqués « à être des deux genres » et que l’hétérosexualité occupe un place primordiale dans la définition de chaque genre. Cet horizon « non choisi et désiré, cette destinée n’a pas la même force pour les dominants et les dominées ».

Christine Delphy ajoute « Aussi quand Dworkin écrit que les hommes baisent les femmes et que l’acte sexuel c’est ça, combien de femmes peuvent-elles entendre cela ? » ou « Or Dworkin écrit, dans tous ses livres, et dans celui-ci aussi, que la baise est dans notre culture une humiliation : pas telle ou telle baise mais toutes les baises. Là réside la source du malaise pour nombre de féministes » ou bien encore « Dworkin dit que ce ne sont pas des scories mais des éléments constitutifs de la sexualité patriarcale, que la volonté d’humilier, de rabaisser, d’annihiler la personne-femme n’est pas spécifique à tel ou tel type de baise, mais qu’elle existe dans la définition, dans le cœur – qu’on voudrait pur – de l’acte sexuel hétérosexuel ». Nous sommes au centre du discours, de l’analyse de cette auteure. D’où un malaise probablement ressenti par les femmes lectrices et les hommes lecteurs qui soutiennent les féministes. J’ajouterai, quitte à faire grincer des dents, que les hommes connaissent bien cette réalité et que pour la très grande majorité d’entre eux, ils n’entendent pas renoncer à leur pouvoir. Voir le très beau livre de Léo Thiers-Vidal : De « L’Ennemi principal » aux principaux ennemis. Position vécue, subjectivité et conscience masculines de domination (Editions L’Harmattan Paris 2010, « Toutes les femmes sont discriminées sauf la mienne ».

Christine Delphy souligne aussi la noirceur du tableau de la domination dressé par Andrea Dworkin et montre pourquoi certaines femmes « choisissent pour elles-mêmes et recommandent aux autres d’adopter un rôle et une place traditionnels ». Elle ajoute « Si Dworkin comprend les  »femmes de droite », c’est qu’elle partage avec elles un pessimisme radical, en tout cas en apparence. C’est ce qui rend son message si difficile à entendre par les femmes qui ne sont pas  »de droite » ; par celles qui ne sont pas résignées au statu quo, et luttent pour un changement qu’elles croient possible, et parce qu‘elles le croient possible. L’intimité sexuelle est censée être en dehors du social ; non seulement elles la croient exempte des rapports de force hors chambre à coucher, mais elles croient que c’est là qu’elles ont une chance de rattraper leur désavantage vis-à-vis des hommes ; l’amour est toujours présenté comme le pouvoir des femmes, comme l’antidote à la domination ». Elle poursuit sur une série de questions concernant le « saisissement » et le retournement, de gains du mouvement féministe, par les hommes, comme armes contre les femmes.

Christine Delphy parle aussi de la « prééminence et de l’obsession du coït largement partagée dans toutes les cultures du monde », du coït comme représentation (« l’interprétation de la pénétration coïtale ne peut pas se faire sans prendre en compte l’ensemble du contexte ») de la hiérarchie des genres, de l’hyper-sexualisation, du profond backlash en matière de sexualité.

Et que dire du vocabulaire, l’homme « prend », « possède » la femme. Vocabulaire peu atteint par les re-significations possibles de « la pratique de la copulation comme un  »enveloppement » ». Sans oublier « L’ultime victoire étant d’obtenir que la femme adapte son désir jusqu’à jouir de sa propre destruction ». Comment peut-on « effacer la marque indélébile du genre », jusqu’à ce numéro 2 indiqué dans la codification INSEE.

Toujours et encore, il convient de rappeler qu’il n’y a rien de naturel dans cette construction sociale. J’ai aussi apprécié la critique menée sur les théories queer. Christine Delphy a bien raison d’ajouter, en parlant de vieille rengaine de la culture patriarcale, que celle-ci,« comme toute culture de la domination, se prétend la victime de ce qu’elle a fabriqué, et ouvre les mains dans un geste classique de désespoir ».

Elle conclue « l’humanité n’est pas condamnée à ce choix restreint », « c’est une organisation sociale, qu’on peut changer, qu’on changera par la lutte ». Pour finir par « Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif », déjà cité.

Le livre est divisé en six chapitres :

  1. La promesse de la droite extrême

  2. La politique de l’intelligence

  3. L’avortement

  4. Juifs et homosexuels

  5. Le gynocide annoncé

  6. L’antiféminisme

Sans prétendre rendre compte de la richesse ce livre, de ses analyses complexes illustrées d’exemples, montrant une connaissance intime des situations étasuniennes et une grande radicalité dans la recherche, je choisis, subjectivement, des éléments. Je n’ai pas été capable de faire une note plus ramassée, plus synthétique. Il fallait de l’espace pour ces fortes paroles, pour ces puissantes analyses… D’où une présentation découpée en plusieurs « épisodes »

andrea_dworkinLa promesse de la droite extrême. Il existe une rumeur, un commérage très ancien qui voudrait que les femmes soient « biologiquement conservatrices ». Ce commérage des hommes (y compris des scientifiques, des philosophes, des laïcs ou des religieux) « surtout s’il porte sur les femmes, devient une théorie, une idée, ou un fait ». Ajoutons que « les femmes ont des enfants parce que les femmes ont par définition des enfants ». Chuchotements et esprits pernicieux se mêlent durant des siècles pour soutenir « que les femmes se conforment à un impératif biologique qui découle directement de leurs capacités reproductives et se traduit nécessairement par des vies étriquées, des esprits bornés et un puritanisme assez mesquin ». La réalité mouvante, historique, les rapports sociaux, les rapports de pouvoir, les contradictions, etc., tout cela, lorsque leurs existences sont admises, se réduit à une fixité, un tableau peint par les hommes, un tableau achevé, immuable, éclairé par dieu ou par la nature, au gré des opinions, des rumeurs, des commérages, des hommes et de leurs institutions.

Mais « A l’évidence l’explication biologique de la prétendue nature conservatrice des femmes occulte les réalités de leurs vies concrètes et les cache dans les sombres recoins de la distorsion et du rejet ». Et Andrea Dworkin ajoute « les femmes savent, mais ne doivent pas l’admettre »…

J’ai volontairement, dans ces quelques premières lignes essayé de rendre le ton particulier de l’auteure.

Mais il ne s’agit pas seulement commérages, les femmes subissent « en toutes circonstances », cette dérision, cette réduction, dans leurs chairs, leur corps : « elles ne sont qu’un con », « une plotte », comme diraient nos ami-e-s québécois-e-s.

L’auteure complète par « Chaque femme, quelle que soit sa situation sociale, économique ou sexuelle, lutte contre cette réduction avec toutes les ressources dont elle dispose ».

En un court et très beau sous-chapitre autour de la mort de Marilyn Monroe (« Mais qu’elles soient célèbres ou inconnues, riches ou pauvres, seules les femmes meurent une à une, isolées, étouffées par les mensonges emmêlées dans leur gorge »), l’auteure accentue ses propos précédents. Elle ajoute « L’idéal, par définition, réduit la femme à sa fonction, la prive de toute individualité centrée sur ses intérêts et ses choix, ou sans utilité pour l’homme selon l’ordre masculin des choses ». Les femmes sont « un gibier pourchassé » et elle termine ce petit sous-chapitre par « Cette adaptation sexuelle, sociologique et spirituelle, qui agit comme une mutilation de toute capacité morale, constitue le premier impératif de survie pour les femmes vivant sous la suprématie masculine ». Réduire les femmes à leur sexe-pour-les-hommes- n’est pas seulement réduire leur sexualité.

Aux États-Unis, et ailleurs, sous d’autres formes, la droite « offre aux femmes un ordre social, biologique et sexuel qui s’avère simple, fixe et prédéterminé », « entend protéger le foyer et la place qu’y occupentles femmes », elle « promet que si elle obéit, elle ne subira aucun tort », sans oublier que cette droite « a la prévenance d’informer les femmes quant aux règles du jeu dont dépend leur vie. Elle leur promet également que les hommes, malgré leur souveraineté absolue, respecteront eux aussi les règles édictées ». L’emballage paré de mille couleurs se nomme « amour ». L’auteure discute fort habilement du religieux, des arguments spécifiant la « nature » des femmes. Elle rend palpables les raisons d’adhésion des femmes au refus du droit à l’avortement (« Les femmes de droite considèrent l’avortement comme le meurtre abject d’un bébé »), au refus de l’égalité des droits (Equal Rights Amendment ERA). Christ amérikanisé, « existence d’un œuf fécondé plus authentique que celle d’une femme adulte », réalités vécues niées ou réduites à celles des hommes, « femmes assujetties à la volonté des hommes », etc… Un portrait sans concession.

Mais adhérer ne signifie jamais totalement céder, et céder ne sera jamais totalement consentir. Contre l’avilissement, le mépris et les violences des hommes, la colère parfois, l’espoir souvent, au delà de la peur, la révolte peut-être. Ceci explique, la fin de ce premier chapitre, qui s’ancre dans ces contradictions et non dans un idéalisme optimiste : « Voilà la lutte commune de toutes les femmes, quels que soient leurs camps idéologiques définis par les hommes ; et seule cette lutte a le pouvoir de transformer les femmes d’ennemies en alliées luttant pour une survie personnelle et collective qui ne soient pas fondée sur le mépris de soi, la crainte et l’humiliation, mais bien sur l’autodétermination, la dignité et l’intégrité authentique ».

La politique de l’intelligence. « Les hommes haïssent l’intelligence chez les femmes ». Andrea Dworkin expose les conditions du développement de l’intelligence, « privée de lumière de la vie publique, privée du discours et de l’action, elle meurt ». L’intelligence n’est pas une qualité privée, elle est sociale, politique, se construit en relation aux autres, « il lui faut des réactions, des défis, de véritables conséquences ». L’auteure nous parle de l’enfermement dans le foyer, le cantonnement aux travaux « féminins » dans le travail salarié, etc. et nous rappelle que pour les hommes, l’intelligence d’une femme « a moins d’importance que la forme de son cul ». Se construit pour les un-e-s et les autres une intelligence « comme fonction de la masculinité » et le « système sexiste d’évaluation des idées agit comme une massue qui réduit en bouillie l’intelligence des femmes ».

L’auteure souligne le rôle de l’alphabétisme « outil, comme le feu », qui participe « à la recherche du sens », qui contribue « à rendre cette recherche possible ». « L’alphabet » aujourd’hui nécessaire pour être, est sans commune mesure avec l’abécédaire ancien. Mais il commence toujours par la maîtrise du langage « Les gens sont avides d’explorer le monde dans lequel ils vivent au moyen du langage, qu’il soit parlé, chanté, récité ou écrit ». Refuser l’alphabétisme hier, l’éducation aujourd’hui, c’est refuser aux femmes des outils, « c’est leur refuser l’accès au monde ».

Andrea Dworkin fait aussi un détour par Virginia Woolf pour montrer les contraintes, les limites « fixées » aux fictions écrites par les femmes « la contrainte annihile : le langage qui doit taire le corps de l’auteure ne peut accéder au monde. Mais dire la vérité au sujet du corps d’une femme ne se résume pas à en expliquer les parties – c’est plutôt désigner la place de ce corps là dans ce monde-là, sa valeur, son usage, son rapport au pouvoir, sa vie politique et économique, ses capacités potentiellement réalisées et habituellement bafouées ».

La maîtrise et l’extension du savoir s’accroissent avec la confrontation, l’étude et les relations « un champ de savoir se transforme et s’accroît de même que la compétence à acquérir le savoir ».

Et l’intelligence est « davantage que ce qu’elle produit » et on ne peut « la cultiver et la parfaire qu’en l’exerçant dans le domaine de l’expérience réelle et directe ».

L’auteure nous parle de l’intelligence créatrice, de l’intelligence morale « exercice constant de la capacité de prendre des décisions », (elle ajoute « Celles qui sont réduites à un con n’ont pas droit à l’intelligence morale »), l’intelligence sexuelle, qui ne se mesure ni par le nombre d’orgasmes, d’érections, de partenaires, etc. (« Ancrée dans le corps, elle ne pourrait pourtant jamais l’être dans un corps emprisonné, isolé, un corps privé d’accès au monde »), qui s’affirme « au moyen de l’intégrité sexuelle ». Elle nécessite « la possession légitime par la femme de son propre corps », une possession « absolue et entière ».

Si l’intelligence morale se confronte « aux questions du bien et du mal », l’intelligence sexuelle « devrait se mesurer à celles de domination et de soumission ».

Que dire alors lorsque les femmes sont niées dans leur corps, leurs désirs, qu’elles sont considérées, directement ou indirectement, comme des marchandises sexuelles, support à la marchandisation du monde à travers la publicité, la pornographie, sans oublier le système prostitueur. « L’intelligence sexuelle est assassinée parce que la sexualité de la femme est prédéterminée : elle est forcée d’être ce que les hommes disent qu’elle est : elle n’a rien à discerner ou à construire ; elle n’a rien à découvrir excepté ce que les hommes lui feront et le prix qu’elle devra payer, qu’elle résiste ou qu’elle cède » ou pour le dire autrement « Les hommes ont construit la sexualité féminine et, ce faisant, ils ont annihilé toute chance d’intelligence sexuelle chez les femmes ».

Dans l’organisation de nos sociétés, Andrea Dworkin montre pourquoi les femmes ont « besoin de ce que les hommes ont à donner : elles ont besoin de la sollicitude matérielle des hommes, pas de leur queue mais de leur argent. La queue est l’incontournable condition préalable ; sans elle, il n’y a pas d’homme, pas d’argent, pas d’abri, pas de protection ». Et cela a aussi quelque chose à voir avec la séparation politique des sphères privée et publique et l’assignation des unes à la première et des autres à la seconde.

L’auteure nous parle de Victoria Woodhull, éditrice de la première édition traduction du Manifeste du Parti communiste aux États-Unis, sa haine de l’hypocrisie des femmes mariées, de l’état de prostitution, de l’avilissement des épouses et des putains, et des hommes « qui profitaient sexuellement et économiquement du mariage » ; ses dénonciations du viol conjugal et du coït obligatoire « comme but, signification et méthode du mariage ». Elle y opposait l’unification des femmes « dans une perception commune de leur condition commune ».

Il y a un sens politique à la sexualité, à l’appropriation sexuelle et économique du corps des femmes par les hommes. Ce n’est pas une affaire privée, de chambre à coucher… Ce n’est pas une affaire de « complémentarité » mais bien d’inégalité.

Sans oublier le mythe de l’oisiveté des femmes au foyer « Derrière l’écran de fumée de l’oisiveté idéale, il y a toujours le travail des femmes ». Et derrière la femme il y a le sexe, « la femme est le sexe ».

Pour terminer ce chapitre, je reproduis un autre fort passage qui illustre la pensée de l’auteure : « La condition sociale des femmes repose sur une prémisse simple : les femmes peuvent être baisées et porter des bébés, donc elles doivent être baisées et porter des bébés. Parfois, surtout chez les gens sophistiqués, on substitue le mot  »pénétrées » à  »baisées » : elles peuvent être pénétrées, donc elles doivent être pénétrées. Celle logique ne s’applique pas aux hommes, quel que soit le mot utilisé… » Qui, en effet dirait que les hommes pouvant être baisés, pouvant être pénétrés, doivent l’être ?. Tout est en effet dans le terme « doivent ».

L’avortement.

L’auteure part d’un constat, avant la « légalisation » du droit à l’avortement : « C’est dire que la majorité des femmes qui ont risqué la mort ou la mutilation pour ne pas porter un enfant étaient mariées – peut-être un million de femmes mariées chaque année. Ce n’étaient pas des salopes éhontées, à moins que toutes les femmes ne le soient par définition…. C’étaient tout simplement les bonnes et respectables femmes de l’Amérike ».

(Sur l’avortement en France, voir par exemple : Le manifeste des 343 Le Manifeste des 343 (05/04/1971) ; Collectif IVP : Avorter. Histoires des luttes et des conditions d’avortement des années 1960 à aujourd’hui, Les femmes ont de tout temps avorté; CADAC, Valérie Haudiquet, Maya Surduts, Nora Tenenbaum (coordination) : Une conquête inachevée : le droit des femmes à disposer de leur corps, L’usagère pose le diagnostic; Les filles des 343 : J’ai avorté et je vais bien merci, L’avortement est notre liberté et non un drame)

Comme elle l’avait explicité dans le premier chapitre, Andrea Dworkin analyse pourquoi les femmes de droite « gardent le silence », pourquoi elles se dissocient des autres femmes, pourquoi cela constitue pour elles « la voie la plus sûre » : « En gardant le secret, ces femmes se distinguent des autres pour échapper à la honte, la honte d’être semblable aux autres femmes, la honte d’en être une » ou dit autrement « Admettre avoir eu un avortement illégalement, c’est comme admettre avoir été violée : toute personne à qui on le dit peut nous voir, nous déshabiller, écarter nos jambes, voir la chose entrer, voir le sang, observer la douleur, presque toucher la peur, presque goûter la détresse ».

L’auteure met en relation l’avortement illégal, les femmes et les « regards » des hommes « Il y a la peur d’avoir tué parce que les hommes sont si nombreux à croire passionnément qu’elle l’a fait », « On met beaucoup d’imagination et de conviction à assimiler la responsabilité de la femme envers l’ovule fécondé à sa relation avec l’homme adulte ». Comme si un œuf fécondé, juste un amas de cellules, était l’incarnation de l’homme. Elle ajoute que les femmes ne peuvent pardonner à leur mari de « n’avoir rien vécu de cela », d’autant que les avortements ont quelque chose à voir avec leur « sexualité de femme mariée ». Et quelque soit le jugement, l’illégalité, les femme le font quand même. Andrea Dworkin, avec des mots lourds de sens, souligne « La loi remet une femme mariée à son mari pour être baisée à volonté, sa volonté à lui, et la loi forçait les femmes à porter tout enfant qui pouvait en résulter. L’avortement illégal était une façon désespérée, dangereuse, ultime, secrète, terrible de dire non. Il n’est pas étonnant qu’autant de femmes respectables, mariées, craignant Dieu haïssent l’avortement ».

Elle poursuit sur le mariage, ce « contrat » autorisant le viol conjugal, et en montre les effets en terme d’inégalité « Personne ne peut conclure un marché où son corps est donné à quelqu’un d’autre et en même temps demeurer, devenir ou être effectivement son égale et agir comme telle ». (sur le contrat, voir aussi, le livre de Carole Pateman : Le contrat sexuel, publié avec plus de quinze ans de retard en France, Le contrat sexuel est une dimension refoulée de la théorie du contrat). Inégalité, transgression des droits civiques des femmes, l’auteure insiste sur la fonction sexuelle imposée, la possession du corps par le mari, le système du coït, la soumission et une de ses conséquences « la grossesse », puis la soumission au fœtus, etc. « les femmes vivent dans un contexte de sexe forcé » ou dit autrement « Cela interdit aux femmes toute sexualité hors des frontières de la domination masculine. Cela rend impossible toute sexualité centrée sur le désir des femmes ».

La femme doit être féminine, inlassablement répétée depuis la petite enfance des filles. Éducation et violence : « Si la force n’était pas essentielle, elle ne serait pas endémique », violence physique, différence de pouvoir, force économique, force culturelle… « afin de maintenir à la fois la pratique et l’invisibilité de la coercition sexuelle, on en parle constamment de toutes les autres façons possibles », sans oublier les viols.

L’auteure nous parle aussi des contradictions de « la révolution sexuelle », de la « promesse de réduire la polarité des sexes » mais « espérer cette égalité n’en fit pas une réalité. Faire comme si elle existait déjà, non plus », et j’ajoute faire comme si elle existerait aujourd’hui non plus.

Les nouvelles normes sexuelles ne changeaient pas les relations asymétriques « la baise de la femme par l’homme et les femmes furent au service de cette norme – qui ne leur rendit pas la pareille », d’autant que les contraintes sociales et économiques continuaient de « pousser les femmes dans le lit des hommes ».

Et les femmes radicales dans la « contre-culture – c’est à dire politiquement et sexuellement actives – devinrent radicales à un autre titre : elles devinrent féministes ». Elles discutèrent entre elles de sexe et de politique, de la dimension politique de leurs propres désirs. « elles formèrent un mouvement autonome de femmes, un mouvement féministe militant, afin de lutter contre la cruauté sexuelle qu’elles avaient vécue et pour la justice sexuelle qu’on leur avait refusé ». De leurs expériences, elle tirèrent « que la liberté d’une femme passe d’abord et nécessairement par la maîtrise absolue de son corps dans le sexe et dans la procréation ». Elles se mobilisèrent aussi contre les « valeurs sexuelles de la gauche »…

Juifs et homosexuels. Le chapitre commence par un long échange avec un clergyman, des commentaires sur des interdits du Nouveau Testament absent de l’Ancien. Dans ce Nouveau testament « juifs et homosexuels des deux sexes se retrouvent pour la première fois politiquement unis dans la damnation ». Je trouve assez juste d’aborder les religieux à partir de leurs textes, même si mes questions sont différentes (A quelle époque, dans quel contexte et qui a écrit les textes qui servent de références ?). Puis une discussion avec des femmes opposées à l’Equal Rights Amendment (ERA) « j’essayais de me rendre humaine à leurs yeux, et elles continuaient à me transformer en incarnation de chaque juive homosexuelle de l’assemblée, la cause direct de leur frustration et de leur colère ». La haine des unes et la peur « J’avais ressenti dans mon corps, arc-bouté sur cette balustrade, la terreur glaciale d’être une juive homosexuelle dans un pays chrétien ». Car dans les pays « chrétiens » ou laïco-chrétiens, les « autres » sont toujours stigmatisé-e-s, d’une façon ou d’une autre.

L’auteure poursuit par des analyses sur les « regards » des blancs sur les juifs, les homosexuels, les noirs, des deux sexes, le racisme, mêlant situations actuelles et références aux textes bibliques. Elle insiste particulièrement sur le rôle de Paul qui « introduisit la haine de l’homosexualité dans la tradition judéo-chrétienne et il y introduisit également la haine des juifs ». La terminologie actuelle utilisée pour les situations du passé, me semble cependant problématique. Quoiqu’il en soit, l’éclairage porté sur Paul et le christianisme permet de comprendre des impacts modernes de constructions religieuses.

Andrea Dworkin termine ce chapitre en revenant sur les « bonnes raisons » qu’ont les femmes « d’adhérer » au judaïsme, au christianisme conservateur ou orthodoxe, dans le cadre de la domination masculine, ou de haïr homosexualité, « Les femmes sont interchangeables en tant qu’objets sexuels ; elle sont un brin moins jetables en tant que mères ».

Le gynocide annoncé. L’auteure aborde la politique démographique (« les programmes démographiques étatiques sont toujours teintés de racisme, un racisme parfois explicité et cruel ») « les nazis ne se sont pas contentés de tuer pour purger la population de ses déchets : ils avaient un programme d’élevage ». Emprisonnement, viol, stérilisation ou mort pour les unes, maternité pour les « femmes de race pure ». Une femme « privilégiée au plan racial » n’est cependant pas libre, « La liberté est autre chose qu’une bonne affaire – même pour les femmes ».

Si l’avortement sur demande relève de la volonté de la femme, ce n’est pas le cas de la stérilisation des femmes pauvres, « Aux États-Unis, ce sont surtout les femmes noires et hispaniques très pauvres qui ont été stérilisées contre leur gré ». Les programmes institutionnalisés de contraception concernent surtout les très pauvres, souvent non-blanches. L’auteure aborde la situation des femmes trop pauvres, trop vieilles, devenus « superflues », la dévalorisation médicale, les hospices, la toxicomanie et la dépendance pharmacologique « les amphétamines, tranquillisants et sédatifs – sont des agent de contrôle social », les « émotions », la survalorisation du corps, de l’apparence, la dépression comme colère retournée contre soi, la prostitution comme « perte ultime d’une vie sexuelle privée », les programmes d’aides sociaux, des « foyers non convenables », des enfants « illégitimes », etc.

Elle montre la place du racisme, l’enjeu « politique central et prioritaire » de « l’homme noir » dans les régimes d’aide social. D’un certain point de vue, l’État est à la fois « propriétaire direct de la sexualité des femmes assistée sociaux » et « un amant jaloux, sauf quand il se fait proxénète ». Plus bonnes à baiser ou à enfanter, les femmes sont rejetées, oubliées.

Andrea Dworkin nous propose deux modèles de contrôle des femmes et d’utilisation de leur sexe :

« Il existe deux modèles qui décrivent essentiellement la façon dont les femmes sont socialement contrôlées et sexuellement utilisées : le modèle du bordel et celui de la ferme.

Le modèle du bordel est lié à la prostitution, au sens strict, des femmes rassemblées aux fins d’être utilisées pour le sexe par des hommes, des femmes dont la fonction est explicitement non reproductive, presque anti-reproductive ; des animaux sexuels en rut ou qui feignent de l’être, s’affichant pour le sexe, qui se pavanent et posent pour le sexe.

Le modèle de la ferme est lié à la maternité, aux femmes en tant que classe ensemencées par le mâle et moissonnées ; des femmes utilisées pour les fruits qu’elles portent, comme des arbres ; des femmes allant de la vache primée à la chienne pelée, de la jument pur-sang à la triste bête de somme. » Des modèles aux « conditions qui se chevauchent et s’entrecroisent, chacune renforçant l’autre », deux conditions derrière « les euphémismes de la religion et de l’amour romantique » et le mariage patriarcal incorporant l’une et l’autre. Toujours une position subordonnée et « l’impersonnalité, la dégradation et la futilité désespérées » induites.

Sur le bordel : « Elles vendent des parties de leur corps : vagin, rectum, bouche ; et elles vendent aussi des actes : ce qu’elles disent et ce qu’elles font ». Leur fonction est alors limitée, spécialisée, dit l’auteure, « propre à son sexe et intensément et intrinsèquement déshumanisante ». Elle ajoute « C’est l’acceptation du modèle du bordel comme façon appropriée de traiter certaines femmes – ces femmes-là, les femmes du sexage, les femmes prostituée, les femmes utilisée, les femmes avilies, les femmes publiques, n’importe quelles femmes – qui charrie un sens social inflexible et permanent pour l’ensemble des femmes ». Nous sommes ici loin des errements présentant la prostitution comme libre disposition de son corps. (En complément sur ce sujet, voir le beau texte de Sylviane Dahan De l’abolition de l’esclavage à l’abolition de la prostitution)

Et lorsque ce n’est pas le vagin, le sexe qui intéressent les hommes, c’est alors la matrice qui est achetée pour la reproduction. Et c’est l’État qui « crée la conjoncture sociale, économique et politique dans laquelle la vente d’une capacité sexuelle ou reproductive devient nécessaire à la survie des femmes, et pourtant cette vente est perçue comme un acte de volonté personnelle ». L’auteure ajoute « Cette femme individuelle est une fiction – comme l’est sa volonté – puisque l’individualité est précisément ce que l’on nie aux femmes quand on les définit et utilise comme une classe de sexe ». Andréa Dworkin insiste une nouvelle fois sur la « solution de droite » qui s’appuie sur le « présumé destin biologique » alors que les féministes opposent « la validation de la condition humaine, qui inclut les femmes », le fait que « les femmes ne se réduisent pas à leur sexe » ni à la reproduction.

L’auteure poursuit sur les technologies de reproduction et les risques associés en terme de contrôle des femmes « nous savons ce dont les hommes sont capables ».

L’antiféminisme. Expression directe de la misogynie « c’est l’argumentaire politique de la haine des femmes ». Cet antiféminisme possède une logique implicite « qu’aucun programme de justice sociale ne peut ou ne devrait éliminer ». L’auteure insiste « l’avilissement massif des femmes n’est pas perçu comme violation de la nature des femmes en tant que telles ». Elle ajoute que le viol est « un acte de terrorisme politique ».

L’antiféminisme, le mépris des femmes s’exprime à la fois dans le refus des mesures « d’action positive », le refus de leur auto-détermination, dans la défense de la pornographie ou dans la définition du système prostitueur comme travail de sexe ou dans la spécification des tâches féminines, dans le vocabulaire courant, les injures ou les épithètes. Il peut aussi se déployer sur le thème « séparés-mais-égaux », soit un autre expression du refus de considérer les un-e-s et les autres comme partageant « une même condition humaine ».

L’antiféminisme se manifeste aussi dans les constructions inventant la supériorité ou le pouvoir des femmes, au nom d’une « sensibilité morale », de la « bonté prêtée à son sexe », de son « innocence » voir de sa « chasteté », de fondements biologiques ou plus prosaïquement de « sa capacité de provoquer l’érection ou la convoitise ». Ironiquement Andrea Dworkin ajoute « dans le modèle de la supériorité féminine, le pouvoir est présenté comme intrinsèquement féminin par ce qu’il est redéfini par delà toute raison et cohérence : comme si le pouvoir appartenait au cadavre qui attire les vautours ».

Celles et ceux qui pensent qu’il y a du vrai et du faux dans les arguments de l’antiféminisme ne peuvent le combattre parce qu’elles et ils l’ont intégré. Aux « deux normes strictement déterminées » de l’antiféminisme, « le féminisme, au titre de mouvement de libération des femmes, propose un critère unique et absolu de dignité humaine, qui ne soit pas divisé selon la classe de sexe. En ce sens, le féminisme propose en effet – comme l’en accusent les antiféministes – que les hommes et les femmes soient traités de la même façon. Le féminisme est une prise de position radicale contre le deux poids deux mesures en ce qui a trait aux droits et responsabilités, et le féminisme est un plaidoyer révolutionnaire en faveur d’un critère unique de liberté humaine ».

L’auteure ajoute « Être féministe, c’est reconnaître que l’on est associée à toutes les femmes, non par choix mais de fait, un fait créé par le système de classes de sexe ». Et à la question sur ce qu’est cette condition commune, elle indique « Être subordonnée aux hommes, colonisée sexuellement dans un système de domination et de soumission, privée de droits en raison de son sexe, traitée depuis toujours comme une possession, généralement tenue pour biologiquement inférieure, confinée au sexe et à la reproduction : voilà en gros l’environnement social où vivent toutes les femmes ». Cette « définition » devrait intégrer aussi le travail domestique, l’usage gratuit de la force de travail des femmes.

L’auteure présente aussi la condition des femmes, sous forme de graphes intégrant le viol, l’exploitation économique, l’exploitation reproductive, la violence conjugale, la pornographie les crimes contre les femmes et la prostitution. Elle nous rappelle aussi que « le foyer est en fait l’endroit le plus périlleux pour une femme ».

D’une manière plus générale, il faut bien constater que « l’antiféminisme n’est pas une forme de réaction et de répression politique confinée à la droite dure » ; que dire des politiques des gauches, y compris des courants se revendiquant de l’émancipation, reléguant trop souvent les combats féministes (et pas seulement ceux-là) aux « fronts secondaires », à l’en-dehors de la « question sociale » ?! 

Les défaites des années 80 , laissent entière la question « La liberté des femmes face à l’oppression de sexe a de l’importance ou elle n’en a pas ; soit elle est essentielle, soit elle ne l’est pas. Décidez une fois de plus »

Indépendamment de la qualité de la postface de Frédérick Gagnon « Féminisme et antiféminisme après l’élection  »historique » de 2008 : quand l’Amérike échoue au test Dworkin », je suis étonné d’un tel choix pour conclure ce livre, comme s’il fallait la caution d’un homme pour valider, en quelque sorte, la parole d’une femme.

L’auteur nous rappelle, entre autres, que « Dworkin s’insurge également contre la pornographie et la prostitution, qui forcent les femmes à adopter des comportements sexuels entièrement déterminés par et pour les hommes ». Il nous fournit des chiffres actualisés sur les violences conjugales, les femmes violées, l’écart entre le salaire médian des femmes et celui des hommes. Ses remarques dans « Clinton, Palin et l’élection de 2008 » sont particulièrement éclairantes, d’autant qu’elles sont mises en relation avec les analyses d’Andrea Dworkin. Il souligne aussi le « retour des femmes… de droite ! » dans les scrutins de 2008 et 2010, « elles freinent la quête d’égalité des femmes en les encourageant à accepter le statu quo et leur subordination aux hommes ». Ces femmes s’opposent à l’avortement, à l’égalité des droits et « font la promotion du mariage et du rôle traditionnel d’épouse et de génitrice ». Il insiste notamment sur la mobilisation de la religion « pour convaincre les femmes d’accepter et de valoriser leur statut de subordonnées », sur leurs convictions « que le rôle premier d’une femme est de procréer ». Il interroge, pour terminer, le « but » d’Andrea Dworkin dans son livre : « Nous choquer, nous déstabiliser ; nous sortir de notre zone de confort et de notre torpeur ; nous indigner à un point tel que cela nous pousse à nous lever enfin, pour rejoindre la cause de celles à qui l’on répète depuis que le monde est monde qu’elles  »y sont arrivées », que leur combat pour l’égalité  »est largement gagné  » ? ».

L’égalité pour les femmes n’existe ni là, ni ici, ni hier, ni maintenant. Et cet espoir d’égalité ne pourra se transformer en réalité, sans auto-organisation non-mixte des femmes, sans un puissant mouvement autonome, condition nécessaire pour que cette égalité ne soit pas le « front secondaire » des luttes pour l’émancipation radicale de toutes et tous.

Par la force des propos, par la saisie radicale du système de classe de sexes, de l’exploitation du corps, de la sexualité des femmes, par la mise à nu de l’anti-féminisme permanent, cet ouvrage rompt avec les discours politiquement (in)corrects de fausse neutralité et permet de (re)poser les visées de l’émancipation radicale, cet espoir le plus vif. Sur cette base, certaines formulations, certaines articulations, certaines contradictions, pourront donner lieu à des discussions complémentaires.

« La liberté des femmes face à l’oppression de sexe a de l’importance ou elle n’en a pas ; soit elle est essentielle, soit elle ne l’est pas. Décidez une fois de plus ».

Andrea Dworkin : Les femmes de droite

Traduit de l’anglais (américain) par Martin Dufresne et Michèle Briand

Editions du remue ménage, Collection Observatoire de l’antiféminisime, Montréal (Québec) 2012, 265 pages

Didier Epsztajn

Voir autre note de lecture : What a fucking cake !

Une réponse à “Ce qui parait le plus noir, c’est ce qui est éclairé par l’espoir le plus vif (texte intégral)

  1. très enrichissant, c’est-ça le savoir et l’intelligence.

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