Ukraine – Russie (5)

  • Hugues Le Paige : Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières
  • Lettre de l’Union syndicale Solidaires et de la fédération Sud-Rail
  • Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme
  • Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !
  • Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre
  • María R. Sahuquillo : Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine
  • Pierre Khalfa : De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste
  • En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine
  • Mario Kessler : Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte
  • Zbigniew Marcin Kowalewski : Impérialisme russe
  • Solidarité avec les réfugiés ukrainiens
  • Nicole Roelens : La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir

Ukraine : pour la solidarité, contre la chasse aux sorcières

Le peuple ukrainien qui se bat contre l’agression russe a droit à toute notre solidarité et cela sans la moindre restriction. La condamnation de la guerre nationaliste et impérialiste menée en ce moment par Vladimir Poutine ne souffre aucune réticence. Cela ne se discute pas.

Faut-il pour autant accepter que l’on mène une véritable « chasse aux sorcières » à l’encontre de ceux qui s’opposent aux discours « va-t-en-guerre » d’une classe politique qui n’hésite pas à instrumentaliser la solidarité avec le peuple ukrainien pour d’évidentes manœuvres politiciennes ou électoralistes ? On l’a vu en France avec la caricature que les candidats socialiste et écologiste ont faite des positions de Jean-Luc Mélenchon qui a le grand tort de les devancer dans la course à la présidentielle. On l’a vu en Belgique avec le déchaînement des représentants des partis traditionnels, toutes tendances confondues, à l’encontre du discours du PTB qui condamne pourtant sans équivoque la guerre menée par la Russie [1]. Dans cette atmosphère de guerre froide, il ne peut plus être question d’évoquer les responsabilités occidentales dans la crise actuelle sans être aussitôt taxé de suppôt de Poutine. Rappeler les menées américaines et plus largement occidentales pour pousser l’Ukraine à adhérer à l’OTAN (et ensuite, l’abandonner à son sort… [2]) n’équivaut en rien à mettre agresseur et agressé sur le même plan ni à justifier en quoi que ce soit la politique de Moscou. Cette question est fondamentale pour la recherche d’une solution diplomatique. Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand le rappelait il y a quelques jours [3] quand il déclarait « C’était une provocation dangereuse d’annoncer l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN (en plus sans le faire…) ». Provocation dangereuse et inutile, ajoutait Védrine dont on connaît la modération politique et la défense des intérêts européens et occidentaux.

On peut en tous cas espérer que Paul Magnette ne le joindra pas à ceux qu’il assimile désormais au souvenir du pacte germano-soviétique [4]. Le PS est en grande difficulté face au PTB et tente de discréditer la gauche radicale en lui faisant endosser des positions qui ne sont pas les siennes. La polémique a ses exigences et le cynisme a ses ressorts. Pour répondre aux unes et aux autres, le président du PS a endossé les habits de son glorieux prédécesseur, Paul Henry Spaak qui durant des décennies fit des socialistes belges les défenseurs les plus ardents de l’atlantisme [5]. Étrange attitude qui serait indigne si elle n’était pas d’abord ridicule de la part d’un intellectuel qui sait pourtant quelque chose de l’histoire.

Mais il ne faut pas se tromper, au-delà de cette instrumentalisation du drame ukrainien, se dessine un étrange climat ne supportant plus la moindre contestation ou critique. Le concert politique et médiatique unanimiste est à l’ordre du jour : la droite joue son rôle, les socialistes surenchérissent avec l’appui des chevaux légers de l’écologie qui en deux décennies sont passés de leur pacifisme historique à un atlantisme assumé.

L’expression de la solidarité avec le peuple ukrainien comme la condamnation sans appel de la guerre menée par la Russie ont d’autres exigences que ces rodomontades.

Hugues Le Paige

[1] Voir : https://www.ptb.be/ukraine_non_la_guerre

[2] En Syrie, les États-Unis ont mené le même jeu vis-à-vis des Kurdes utilisés dans la guerre contre les forces islamistes avant de les livrer à Erdogan.

[3] Entretien sur CNews 25/02/2022. Hubert Védrine rappelait que c’était aussi la position des conseillers américains Kissinger et Brzeziński après la disparition de l’URSS. Sur LCI, le même jour, Védrine ajoutera que « Le Poutine de 2022 est largement notre création ».

[4] Dans une vidéo sur Twitter où il n’hésite pas à déformer les propos de Nabil Bouliki, le représentant du PTB qui avait pris la parole à la Chambre.

[5] Puisque Paul Magnette aime les comparaisons historiques « originales », osons celle-ci. Pour les plus jeunes lecteurs, Paul Henry Spaak (1899-1972), dirigeant socialiste, ancien Premier ministre, plusieurs fois ministres des Affaires étrangères, considéré comme l’un des pères de l’Europe et de l’OTAN et connu notamment pour son alignement absolu sur les positions américaines durant la guerre froide

https://leblognotesdehugueslepaige.be/ukraine-pour-la-solidarite-contre-la-chasse-aux-sorcieres/

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02.2022.Solidaires.SUD.Rail.Courrier.Transports.Refugies.Ukraine.VF

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Les experts de l’ONU appellent à la fin de l’agression russe contre l’Ukraine et à la protection urgente des droits de l’homme

GENÈVE (28 février 2022) – Les experts des droits de l’homme des Nations Unies* ont appelé aujourd’hui la Fédération de Russie à mettre immédiatement fin à son agression contre l’Ukraine et à cesser son attaque militaire inutile et non provoquée. Ils publient la déclaration suivante :

« Nous sommes collectivement indignés et bouleversés par l’agression de la Fédération de Russie contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Le recours à la force par un État contre un autre est fondamentalement inacceptable et frappe au cœur même de l’objet et des buts de la Charte des Nations Unies.

Les conséquences de cette attaque militaire sur la protection et la promotion des droits de l’homme en Ukraine seront profondes et durables et causeront d’immenses souffrances et des dommages irréparables en raison des violations des droits de l’homme et du droit humanitaire, des déplacements forcés de civils et de la destruction de l’environnement. Les conséquences se feront sentir pendant des générations.

Nous sommes profondément préoccupés par la sécurité et la protection de chacun en Ukraine et par la peur fondée qui imprègne désormais la vie quotidienne de chaque membre de cette société, et qui a contraint de nombreuses personnes à fuir leur pays pour se mettre en sécurité.

La Charte des Nations unies, dont découle notre travail collectif en tant qu’experts des droits de l’homme, a été créée expressément pour régler pacifiquement les différends entre États, prévenir les conflits armés et protéger le droit à l’autodétermination. Ce faisant, elle établit la base de la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales de tous les peuples.

Nous exprimons notre profonde consternation face aux violations du droit à la vie, à la liberté et à la sécurité qui ont déjà eu lieu. Le droit à la vie est le droit fondamental de notre ordre juridique international et le droit humain essentiel qui permet l’exercice de tous les autres droits. Nous sommes également profondément troublés par l’impact du conflit sur la liberté de réunion, d’association et d’expression, y compris les restrictions au sein de la Fédération de Russie et nous demandons que toutes les personnes arrêtées et détenues soient libérées et traitées conformément aux obligations internationales de la Fédération de Russie en matière de droits de l’homme.

Nous demandons instamment à la Fédération de Russie d’écouter la voix collective de la communauté internationale qui a condamné sans équivoque ses actions militaires comme étant inacceptables pour tous.

En tant qu’experts des droits de l’homme, nous demandons instamment à la Fédération de Russie d’observer et de respecter les principes du droit international, y compris les lois et coutumes de la guerre relatives à la protection des populations civiles, de mettre fin à ces hostilités immédiatement et sans condition, et de rétablir la capacité du peuple ukrainien à exercer tous ses droits fondamentaux sans ingérence militaire ou extérieure. »

* liste des signataires :

https://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=28170

Traduit avec http://www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

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Russie : Contre l’impérialisme russe, ne touchez pas à l’Ukraine !

Poutine vient de terminer son discours aux Russes. L’homme qui se fait appeler président a commencé son discours par un éloge anticommuniste, affirmant que Vladimir Ilitch Lénine était le créateur de l’Ukraine et que son existence sous sa forme actuelle est le résultat de la politique nationale des bolcheviks. En accusant les bolcheviks de « nourrir les nationalistes », Poutine couvre la pire et la plus répugnante des formes de nationalisme – le chauvinisme grand-russe. Dans ce contexte, Poutine a menacé de montrer aux Ukrainiens ce que signifie la « décommunisation ». Compte tenu du contexte de son discours, on pourrait percevoir ces mots comme rien de moins qu’une menace d’intervention directe en Ukraine. Sans surprise, tout en critiquant les politiques nationales léninistes, Poutine a jeté des pierres sur l’économie planifiée, les nationalisations et a fait l’éloge du stalinisme.

La persécution de l’opposition, la corruption, la hausse des prix des biens et des services, l’absence de tribunaux indépendants et tout ce que Poutine a dit sur l’Ukraine donne l’impression qu’il parlait de la Russie. Nous ne nions pas que les réformes en cours en Ukraine entraînent des inégalités sociales monstrueuses, l’appauvrissement, le chômage et d’autres problèmes. Mais nous croyons fermement que le sort de l’Ukraine doit être décidé par les travailleurs et tous les opprimés de ce pays, et non par le matériel militaire russe et les lobbyistes pro-russes. Les dettes de l’Ukraine envers la Fédération de Russie, que Poutine nous a rappelées, ne sont pas une raison pour une invasion militaire. La population ukrainienne ne s’est pas endettée auprès de la Russie ; que le gouvernement russe réclame ces dettes à ceux à qui il les a données, y compris Viktor Ianoukovitch, qui réside en toute sécurité sur le territoire de la Fédération de Russie.

La violation des accords de Minsk est l’œuvre non seulement de Kiev, mais aussi de Moscou, n’a pas l’intention de cesser de soutenir ses enclaves impérialistes dans les soi-disant « républiques populaires ».

Nous sommes pour le retrait immédiat des troupes russes, la fin de tout soutien militaire aux formations armées dans les oblasts de Luhansk et Donetsk, un cessez-le-feu et le droit des citoyens ukrainiens de décider du sort de leur pays sans les impérialistes de l’Est et de l’Ouest !

Mouvement socialiste russe – RSD

21 février 2022

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61342

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Lettre ouverte de scientifiques et journalistes scientifiques russes contre la guerre

Nous, scientifiques et journalistes scientifiques russes, exprimons une vive protestation contre l’action militaire initiée par les forces armées de notre pays sur le territoire de l’Ukraine. Cette étape funeste entraîne d’énormes pertes de vies humaines et sape les fondements du système de sécurité international établi. La responsabilité du déclenchement d’une nouvelle guerre en Europe incombe entièrement à la Russie.

Il n’y a aucune justification sensée à cette guerre. Les tentatives d’utiliser la situation dans le Donbass comme prétexte pour déployer une opération militaire ne sont pas crédibles. Il est clair que l’Ukraine ne représente pas une menace pour la sécurité de notre pays. Une guerre contre elle est injuste et franchement inutile.

L’Ukraine était et reste un pays proche de nous. Beaucoup d’entre nous ont des parents, des amis et des collègues en Ukraine. Nos pères, grands-pères et arrière-grands-pères ont combattu le nazisme ensemble. Le déclenchement de la guerre en raison des ambitions géopolitiques des dirigeants russes, motivés par des fantasmes historiosophiques douteux, est une trahison cynique de leur mémoire.

Nous respectons le statut d’Etat de l’Ukraine, qui repose sur des institutions démocratiques qui fonctionnent réellement. Nous sommes attentifs au choix européen de nos voisins. Nous sommes convaincus que tous les problèmes dans les relations entre nos pays peuvent être résolus pacifiquement.

En déclenchant la guerre, la Russie s’est condamnée à l’isolement international, à la position de pays paria. Cela signifie que nous, les scientifiques, ne serons plus en mesure de faire notre travail correctement: la recherche scientifique est inconcevable sans une coopération totale avec des collègues d’autres pays. Isoler la Russie du monde signifie une nouvelle dégradation culturelle et technologique de notre pays, sans perspectives positives. La guerre avec l’Ukraine est un pas vers le néant.

Nous constatons amèrement que notre pays, qui a apporté une contribution décisive à la victoire sur le nazisme, est devenu l’instigateur d’une nouvelle guerre sur le continent européen. Nous exigeons l’arrêt immédiat de toute action militaire contre l’Ukraine. Nous exigeons le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Etat ukrainien. Nous exigeons la paix pour nos pays. Les signatures continuent d’affluer, nous en ajoutons autant que possible.

Article publié par New Politics, le 25 février 2022; à cette date, l’appel avait réuni plus de 370 signatures ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/lettre-ouverte-de-scientifiques-et-journalistes-scientifiques-russes-contre-la-guerre.html

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Des milliers de volontaires civils rejoignent la résistance pour repousser l’avancée des troupes de Poutine

Il y a un mois, Lev Tiskin jouait à des jeux vidéo en ligne et sortait boire un verre avec ses amis presque tous les week-ends. Il venait de commencer sa première année à l’université, dans la filière des études commerciales, et rêvait de vacances de printemps dans une station balnéaire, avec de la chaleur. Aujourd’hui, ce jeune homme de petite taille, aux yeux bleu-gris, porte un sac à dos sur l’épaule avec quelques vêtements de rechange et attend parmi des dizaines de personnes dans un bâtiment de l’administration de Dniepr [capitale administrative de l’oblast de Dnipropetrovsk] pour recevoir des instructions, peut-être une arme, et partir vers la destination qui lui a été assignée pour défendre la ville. « Je dois aider à protéger mon pays des terroristes russes », dit-il.

Alors que la Russie accentue son offensive contre l’Ukraine et augmente sa menace en mettant son armement nucléaire en état d’alerte, des milliers de volontaires à travers le pays ont retroussé leurs manches et rejoint les brigades de défense territoriale, les bataillons de volontaires ou les groupes de protection. Ils se préparent à une guerre totale. Les troupes envoyées par Vladimir Poutine, qui ont avancé sur trois fronts – nord, est et sud – et attaquent par terre, mer et air, se sont déjà heurtées à la résistance non seulement de l’armée ukrainienne, qui tente de contenir leur avancée, mais aussi de groupes de civils qui, avec ou sans armes, tentent de protéger leurs villes et villages et de repousser l’attaque de troupes deux fois plus importantes en taille et en force que les forces ukrainiennes. En quatre jours de guerre, Moscou n’a encore pris aucune ville importante, bien qu’elle assiège Kiev et Kharkov.

A Dniepr, où vivent près d’un million de personnes et où presque toutes les entrées de la ville sont gardées par des soldats armés, des volontaires creusent des tranchées contre les chars et empilent des sacs de sable. Les troupes russes ne sont pas arrivées dans cette ville du centre-est de l’Ukraine, qui compte une majorité russophone et une importante communauté juive. Mais les alarmes concernant les attaques anti-aériennes ont retenti fortement dimanche 27 février. Egalement à côté du Parc de l’amitié des peuples, où Tiskin et ses amis attendent.

L’alarme retentit au-dessus des voix avec un signal clair : « Mettez-vous à l’abri. » Et un flot de personnes se précipite et se réfugie contre les murs d’un bâtiment voisin ou se blottit sur le sol. Les points de recrutement sont des cibles clés. Si Tiskin, 18 ans, avait l’habitude de dire qu’il avait « un peu peur », il admet maintenant qu’il a peur. « Mes parents n’ont pas du tout aimé ça. Ils ont essayé de m’arrêter, mais je suis venu quand même. Je dois faire quelque chose. Sinon, dans quelques jours, il n’y aura peut-être plus d’Ukraine », dit-il.

Olga, habillée d’un pantalon de survêtement gris et d’une veste bleue, vient de recevoir un fusil. « J’ai toujours été pacifiste, mais il s’agit de protéger mon peuple», dit-elle. Elle a 33 ans et a un fils de neuf ans. Elle est économiste et travaille dans une société de conseil. Lorsque la Russie a massé des dizaines de milliers de soldats le long des frontières ukrainiennes et que des groupes de défense territoriale, gérés par le ministère de la Défense, ont commencé à se former, elle s’est engagée. Plus pour la protection, pour la sécurité, pour apprendre à faire des garrots et à donner les premiers secours. « Je pensais que ce ne serait pas nécessaire au final, mais ce n’est pas un exercice », dit-elle. Elle assure que si elle doit l’utiliser, son fusil, elle le fera sans hésiter : « C’est un cauchemar. Poutine vient pour nous. Et ensuite, il s’en prendra à l’Europe. »

Aujourd’hui, Olga attend qu’une voiture l’emmène pour défendre une cible qu’elle ne peut révéler. Les brigades de défense territoriale, définies par le ministère comme une « force de résistance » et de dissuasion, protègent les infrastructures de base telles que les ponts, les routes et les tunnels. L’économiste aime ce concept de résistance. Elle assure que tous ceux qui l’entourent sont prêts à contribuer à la défense. « Poutine est un idiot. Cela nous a unis encore plus, si c’est possible. L’Ukraine passera ce test et en sortira plus forte et avec honneur », dit-elle.

Des tutoriels sur Internet expliquant comment préparer un «cocktail Molotov»

Lorsque le président russe a annoncé l’« opération militaire dans le Donbass » pour « dénazifier » l’Ukraine – une attaque qui, en réalité, s’est transformée en une guerre ouverte à travers le pays – le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé la population à rester calme et à résister. Après une journée d’attaques contre les infrastructures stratégiques et le siège de villes clés telles que Kiev, la capitale, et Kharkov, Volodymyr Zelensky a appelé la population civile à participer à la défense avec tout ce qui est en son pouvoir. Comme les cocktails Molotov préparés par des dizaines de personnes sur une place de Dniepr, où une marée humaine s’organise pour couper des bandes de polystyrène, préparer des bouteilles de bière, les remplir de liquide inflammable afin de créer une bombe artisanale, emballer des boîtes, organiser le ravitaillement et préparer les voitures des volontaires qui répartiront les explosifs artisanaux.

Natalia Valerievna a appris il y a deux jours à fabriquer un cocktail Molotov à partir d’instructions trouvées sur Internet. Mais maintenant, en Ukraine, divers médias et même la radio donnent des instructions aux civils sur la façon de préparer l’explosif. Natalia (qui préfère donner son prénom et non son nom de famille) dit qu’elle n’a pas pensé – et préfère ne pas y penser – à la possibilité de devoir l’utiliser. Cela signifierait le siège de Dniepr, sur les rives du fleuve Dniepr, l’arrivée des troupes russes et le départ des saboteurs qui, selon le gouvernement, ont infiltré les villes du pays, prêts à agir à tout moment. « Je contribue davantage aux tâches organisationnelles », déclare cette ingénieure de 37 ans, « mais je suis prête à me battre pour ma vie. Et si cela signifie jeter un explosif sur un char ou quelqu’un, je le ferai. »

En 2014, lorsque la Russie a envahi la Crimée et l’a annexée à la suite d’un référendum illégal et que la guerre du Donbass a éclaté contre les séparatistes pro-russes soutenus par Moscou, Kiev s’est déjà tourné vers les bataillons de volontaires pour tenter de combler les lacunes de son armée désorganisée et mal équipée. Ensuite, des groupes paramilitaires – dont certains ont clairement des racines d’extrême droite et une idéologie néonazie, qui prospère si bien dans les territoires en conflit – sont venus combattre dans l’est.

Cette fois, c’est différent. La plupart de ces groupes sont devenus une unité au sein de l’armée, et la mobilisation à Dniepr et dans la plupart des villes ukrainiennes ces jours-ci a plus la couleur de la résistance civile dans toutes les structures : des volontaires apportant de la nourriture aux soldats, donnant du sang pour les blessés, préparant du matériel pour les barricades, faisant respecter le couvre-feu, organisant des bataillons de cyber-surveillance ou sortant dans les rues en tant que brigades de défense.

Dans le bataillon d’Alexander Klasko, il n’y a plus de place. Tous les postes ont été pourvus et ils refusent du monde, dit le chauffeur de 57 ans. Vétéran de la guerre d’Afghanistan, il a combattu à Kaboul et à Kandahar en 1982. Un fusil en bandoulière, il explique qu’il s’est engagé juste après que Poutine a lancé l’invasion parce que son expérience militaire pourrait être utile. « La guerre est la guerre, que puis-je dire, mais c’est notre maison et nous ne pouvons laisser entrer personne sans permission. »

María R. Sahuquillo

María R. Sahuquillo est correspondante à Moscou, où elle couvre la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et le reste de l’espace post-soviétique.

Article publié dans le quotidien El Pais, le 28 février 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/ukraine-des-milliers-de-volontaires-civils-rejoignent-la-resistance-pour-repousser-lavancee-des-troupes-de-poutine.html

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De la difficulté d’une politique internationale altermondialiste

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a fait non seulement entrer l’Europe et probablement le monde dans une nouvelle ère, mais pose des questions fondamentales à la gauche et plus globalement à tous les progressistes. Elle oblige à redéfinir ce que pourrait être une politique internationale de gauche.

D’un point de vue géopolitique, la situation actuelle est caractérisée par trois éléments principaux : une grande puissance anciennement hégémonique, les États-Unis, voulant sinon le redevenir, du moins garder la main pour conduire les affaires du monde ; un pays qui auparavant était co-gestionnaire du monde et qui n’accepte pas son déclin, la Russie ; une nouvelle grande puissance, la Chine, qui veut devenir dominante.

Nous sommes donc entrés, et pour longtemps, dans une phase d’affrontement entre puissances tel que le monde en a déjà connu alors même que le capitalisme n’a existé historiquement qu’en étant articulé à une puissance hégémonique. Or justement, aucun pays ne peut prétendre aujourd’hui à ce rôle, la particularité étant que cet affrontement se produit entre des puissances nucléaires ayant chacune la possibilité de détruire toute vie sur terre. À ces éléments s’ajoutent les menaces djihadistes et les menées de tel ou tel État pour profiter d’une situation de plus en plus chaotique avec des conséquences régionales déstabilisatrices.

La première conséquence de cette situation éminemment complexe est de rendre obsolète pour la gauche un certain type d’attitude qui consiste à avoir une vision du monde surdéterminée par le combat contre l’impérialisme étatsunien avec pour conséquence le fait de fermer les yeux sur certains comportements ou de soutenir certains régimes dictatoriaux.

Cette attitude porte un nom, le campisme, qui a été dominant à l’époque de la guerre froide et qui consistait en une défense inconditionnelle du « camp socialiste ». On sait comment tout cela s’est terminé.

Mais il y a une autre forme de campisme qui doit être rejeté aussi, celle de s’aligner sur son propre impérialisme, ou plus largement sur le « camp occidental » dominé aujourd’hui par les États-Unis, au prétexte que ce dernier serait « démocratique », alors même qu’il mène par ailleurs une politique oppressive de domination. Au-delà de ce refus du campisme, il faut essayer de définir les principes qui devraient guider une politique de gauche altermondialiste.

Cette dernière doit se baser sur les intérêts des peuples compris dans une perspective émancipatrice.

Le premier principe en est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il soulève une difficulté qui renvoie à la définition du « peuple ». Bien sûr, ce n’est pas aux grandes puissances de décider qui a le droit d’être considéré comme tel et la Russie n’a rien à dire sur ce sujet n’en déplaise à Vladimir Poutine.

Il serait ensuite vain d’en chercher une définition objective que ce soit par la langue, la culture et encore moins l’origine ethnique. Les États-Unis, pays d’immigration, voit cohabiter nombre de communautés d’origines diverses. En fait, un peuple existe quand il se manifeste par son activité propre et, in fine, par des revendications politiques.

Concernant l’Ukraine son existence nationale tient au fait qu’elle a participé au grand mouvement des nationalités qui a touché toute l’Europe au XIXe siècle. Le « peuple » n’est pas une entité immuable tombée du ciel, mais une construction historique liée aux combats communs, construction historique souvent fragile pour les pays en butte à des voisins puissants. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe pourtant fondamental, est donc lui-même l’objet d’une discussion sur son application concrète.

Le deuxième principe pose qu’un peuple ne peut en opprimer un autre, ce qui interroge sur la place des minorités, qu’elles soient culturelles, linguistiques, religieuses, nationales ou ethniques. Cette question est une véritable bombe pour la plupart des États européens.

La façon violente dont les gouvernements espagnols ont traité la question catalane montre que les démocraties libérales ne sont pas exemptes de comportements oppressifs. Et l’affaire se complique encore quand des aspirations légitimes sont instrumentalisées par tel ou tel État. Ainsi, même si cela s’explique par la politique de russification forcée sous l’Union soviétique, la volonté des gouvernements ukrainiens d’imposer la langue ukrainienne dans tous les aspects de la vie publique n’a pu être vécue que comme une agression par les minorités russophones.

Malgré ces difficultés le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est une boussole pour toute politique de gauche.

Il en est une autre, à savoir le fait que le recours à la force pour résoudre les conflits doit être exclu. Mais ce principe n’implique pas un pacifisme intégral qui reviendrait à refuser à un pays agressé et envahi le droit de se défendre ! Le pacifisme intégral peut d’ailleurs devenir la posture de l’agresseur une fois vainqueur et ses buts de guerre atteints. Il est donc tout à fait justifié de livrer des armes défensives aux États victimes d’une agression, en l’occurrence aujourd’hui l’Ukraine.

De plus bloquer l’agression russe ou tout au moins lui en faire payer le prix fort que ce soit au niveau militaire ou autre est une des conditions pour empêcher de nouvelles agressions non seulement de la part de la Russie mais aussi d’autres puissances qui pourraient être tentées par de telles aventures. Ce qui pose la question des sanctions. Sauf cas exceptionnel comme celui de l’Afrique du Sud de l’apartheid, les sanctions s’avèrent en général assez peu efficaces sur les régimes en place surtout s’il s’agit d’États puissants. Les dirigeants ont souvent les moyens de les contourner et elles touchent durement les peuples qui ne sont pour rien dans la politique menée. Il faut donc y regarder de près, ce d’autant plus qu’elles peuvent servir à d’autres objectifs que ceux officiellement déclarés.

Au-delà, ce refus du recours à la force pour résoudre les conflits suppose le refus des interventions militaires des grandes puissances quel qu’en soit le prétexte. Les expériences de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Libye ou du Mali en montre l’inanité et l’inefficacité par rapport aux buts proclamés, quand ces interventions ne servent pas des objectifs impérialistes cachés.

C’est aux peuples concernés, qu’il faut évidemment aider, à prendre leurs affaires en main. Cette aide peut prendre la forme d’une aide militaire en terme de matériel ou de formation, mais il n’y aura aucune solution progressiste tant que ces pays seront étranglés par la dette, par l’exploitation de leurs ressources par les multinationales et par des classes dirigeantes corrompues bafouant l’État de droit. Le djihadisme et la montée de l’intégrisme religieux y plongent leurs racines.

Le refus du recours à la force suppose aussi la dissolution de toutes les alliances militaires et une bataille pour le désarmement généralisé et en particulier pour le bannissement des armes nucléaires. Un tel désarmement doit être simultané et progressif pour des raisons évidentes de rapports de forces. Il suppose aussi des contrôles et surtout une confiance réciproque… dont l’existence de droits démocratiques et de libertés fondamentales dans tous les pays est la meilleure garantie.

Il y a donc un lien étroit entre la recherche de la paix mondiale et la lutte pour la démocratie dans chaque pays. De plus, cette dissolution des alliances militaires doit s’accompagner de la création d’un cadre de résolution des conflits. C’est en théorie l’ONU qui devrait en être chargé, mais son fonctionnement actuel l’empêche de jouer ce rôle. La réforme de l’ONU, pour qu’elle devienne une véritable société des nations, est un serpent de mer tant les rapports de forces entre les grandes puissances paralysent toute velléité de changement. Ce devrait être pourtant une priorité.

La question des alliances militaires pose évidemment celle de l’OTAN. Lors de la dissolution du pacte de Varsovie suite à la disparition de l’URSS, l’OTAN, qui se voulait une alliance défensive, n’avait plus de raison d’être. Elle aurait dû être remplacée par un pacte de sécurité globale incluant la Russie. Or, non seulement l’OTAN n’a pas été dissoute, mais elle s’est étendue à l’est sans que ses missions ne soient réellement redéfinies.

Il y a eu une volonté de marginaliser la Russie dans les relations internationales, sans compter le chaos entraîné par la purge néolibérale, la « thérapie de choc », soutenue sinon impulsée par les occidentaux. Le régime de Poutine est né de cette situation et les occidentaux, États-Unis en tête, en portent une lourde responsabilité. Mais faire de l’histoire contrefactuelle – que se serait-il passé si… ? – ne fait pas une orientation politique concrète.

Dans les circonstances actuelles, marquées par la volonté expansionniste de la Russie, l’existence de l’OTAN est une garantie de sécurité pour nombre de pays qui n’ont pas les moyens militaires de se protéger face à d’éventuelles agressions russes. Demander aujourd’hui sa dissolution prendrait le risque de les encourager.

L’invasion russe va de nouveau poser la question du traitement de l’immigration. La plupart des dirigeants des États européens devraient être poursuivis pour crime contre l’humanité pour la façon dont sont traités aujourd’hui les migrant.es. Les frontières doivent être ouvertes pour permettre l’accueil des réfugié.es, quelle que soit leur provenance, et leur prise en charge digne doit se faire au niveau de l’Union européenne.

De plus aucune distinction ne doit se faire entre les réfugié.es venant d’Ukraine et les autres, tout en espérant que les premiers puissent rapidement et en toute sécurité retourner vivre dans leur pays.

On le voit, une orientation altermondialiste sur le plan international se situe sur une ligne de crête. Elle doit à la fois éviter le simplisme binaire, l’inefficacité des simples proclamations de principes abstraits et l’opportunisme au nom du réalisme. Difficile donc…, ce d’autant plus que le mouvement altermondialiste, qui s’est incarné dans les processus des forums sociaux mondiaux, patine et s’avère incapable de peser réellement à l’échelle internationale.

Pierre Khalfa

https://blogs.mediapart.fr/pierre-khalfa/blog/280222/de-la-difficulte-d-une-politique-internationale-altermondialiste

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En Russie, les féministes descendent dans la rue contre la guerre de Vladimir Poutine

Dans la Russie contemporaine, les féministes, bravant la répression d’État, constituent l’un des mouvements sociaux les plus actifs. Désormais, elles s’unissent dans la résistance contre la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine.

Introduction : Le texte présenté ci-après est un manifeste de féministes russes unies contre la guerre et l’occupation en Ukraine. Dans la Russie contemporaine, le féminisme est l’un des rares mouvements d’opposition à ne pas avoir été détruit par les vagues de persécution menées par le gouvernement de Vladimir Poutine. À ce jour, plusieurs dizaines de groupes féministes militants sont actifs dans au moins 30 villes de Russie. Dans ce texte, des féministes participant aux manifestations anti-guerre dans tout le pays appellent les féministes du monde entier à s’unir contre l’agression militaire déclenchée par le gouvernement de V. Poutine.

Le 24 février, vers 5h30 du matin, heure de Moscou, le président russe Vladimir Poutine a annoncé une « opération spéciale » sur le territoire de l’Ukraine visant à « dénazifier » et « démilitariser » cet État souverain. Cette opération était préparée depuis longtemps. Depuis plusieurs mois, les troupes russes se rapprochaient de la frontière avec l’Ukraine. Dans le même temps, les dirigeants de notre pays ont nié toute possibilité d’attaque militaire. Maintenant, nous savons qu’il s’agissait d’un mensonge.

La Russie a déclaré la guerre à son voisin. Elle n’a pas laissé à l’Ukraine le droit à l’autodétermination ni l’espoir de mener une vie en paix. Nous déclarons – et ce n’est pas la première fois – que la guerre est menée depuis huit ans à l’initiative du gouvernement russe. La guerre dans le Donbass est une conséquence de l’annexion illégale de la Crimée. Nous pensons que la Russie et son président ne sont pas et n’ont jamais été préoccupés par le sort des habitants de Louhansk et de Donetsk, et que la reconnaissance des républiques huit ans après leur proclamation n’était qu’un prétexte pour envahir l’Ukraine sous couvert de libération.

En tant que citoyennes russes et féministes, nous condamnons cette guerre. Le féminisme, en tant que force politique, ne peut être du côté d’une guerre d’agression et d’une occupation militaire. Le mouvement féministe en Russie lutte en faveur des groupes vulnérables et pour le développement d’une société juste offrant l’égalité des chances et des perspectives, et dans laquelle il ne peut y avoir de place pour la violence et les conflits militaires.

La guerre est synonyme de violence, de pauvreté, de déplacements forcés, de vies brisées, d’insécurité et d’absence d’avenir. Elle est inconciliable avec les valeurs et les objectifs essentiels du mouvement féministe. La guerre exacerbe les inégalités de genre et fait reculer de nombreuses années les acquis en matière de droits humains. La guerre apporte avec elle non seulement la violence des bombes et des balles, mais aussi la violence sexuelle : comme l’histoire le montre, pendant la guerre, le risque d’être violée est multiplié pour toutes les femmes. Pour ces raisons et bien d’autres, les féministes russes et celles qui partagent les valeurs féministes doivent prendre une position forte contre cette guerre déclenchée par les dirigeants de notre pays.

La guerre actuelle, comme le montrent les discours de V. Poutine, est également menée sous la bannière des « valeurs traditionnelles » proclamées par les idéologues du gouvernement – des valeurs que la Russie, telle un missionnaire, aurait décidé de promouvoir dans le monde entier, en utilisant la violence contre celles et ceux qui refusent de les accepter ou qui ont d’autres opinions. Toute personne dotée d’esprit critique comprend bien que ces « valeurs traditionnelles » incluent l’inégalité de genre, l’exploitation des femmes et la répression d’État contre celles et ceux dont le mode de vie, l’identité et les agissements ne sont pas conformes aux normes patriarcales étroites. L’occupation d’un État voisin est justifiée par le désir de promouvoir ces normes si faussées et de poursuivre une « libération » démagogique ; c’est une autre raison pour laquelle les féministes de toute la Russie doivent s’opposer à cette guerre de toutes leurs forces.

Aujourd’hui, les féministes sont l’une des rares forces politiques actives en Russie. Pendant longtemps, les autorités russes ne nous ont pas perçues comme un mouvement politique dangereux, et nous avons donc été temporairement moins touchées par la répression d’État que d’autres groupes politiques. Actuellement, plus de 45 organisations féministes différentes opèrent dans tout le pays, de Kaliningrad à Vladivostok, de Rostov-sur-le-Don à Oulan-Oudé et Mourmansk. Nous appelons les féministes et les groupes féministes de Russie à rejoindre la Résistance féministe anti-guerre et à unir leurs forces pour s’opposer activement à la guerre et au gouvernement qui l’a déclenchée. Nous appelons également les féministes du monde entier à se joindre à notre résistance. Nous sommes nombreuses, et ensemble nous pouvons faire beaucoup : au cours des dix dernières années, le mouvement féministe a acquis un énorme pouvoir médiatique et culturel. Il est temps de le transformer en pouvoir politique. Nous sommes l’opposition à la guerre, au patriarcat, à l’autoritarisme et au militarisme. Nous sommes l’avenir qui prévaudra.

Nous appelons les féministes du monde entier :

À rejoindre des manifestations pacifiques et à lancer des campagnes de terrain et en ligne contre la guerre en Ukraine et la dictature de V. Poutine, en organisant vos propres actions. N’hésitez pas à utiliser le symbole du mouvement de Résistance féministe anti-guerre dans vos documents et publications, ainsi que les hashtags #FeministAntiWarResistance et #FeministsAgainstWar.

À propager les informations sur la guerre en Ukraine et l’agression de V. Poutine. Nous avons besoin que le monde entier soutienne l’Ukraine en ce moment et refuse d’aider le régime de Poutine de quelque manière que ce soit.

À partager ce manifeste autour de vous. Il est nécessaire de montrer que les féministes sont contre cette guerre – et tout type de guerre. Il est également essentiel de montrer qu’il existe encore des militantes russes prêtes à s’unir pour s’opposer au régime de V. Poutine. Nous risquons toutes d’être victimes de la répression d’État désormais et nous avons besoin de votre soutien.

Résistance féministe anti-guerre (Russie)

Traduit de : https://jacobinmag.com/2022/02/russian-feminist-antiwar-resistance-ukraine-putin/

La Résistance féministe anti-guerre est une campagne anti-guerre lancée par des féministes russes.

La Résistance féministe anti-guerre dispose d’un canal Telegram où sont disponibles de plus amples informations (en russe) https://t.me/femagainstwar

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61344

Russia’s Feminists Are in the Streets Protesting Putin’s War

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61343

https://vientosur.info/feministas-rusas-organizan-redes-de-resistencia-contra-la-guerra/

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Les fantasmes antibolcheviques de Poutine pourraient causer sa perte

Le discours prononcé par Vladimir Poutine le 21 février restera dans l’histoire pour la plus sinistre des raisons. En annonçant la reconnaissance des répu-bliques populaires autoproclamées de Donetsk et de Louhansk, son discours a en outre constitué un prélude à l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine qui a suivi jeudi. Dans son discours, Poutine a usé de toute sorte de ressentiment nationaliste et grand-russe. Nous nous concentrerons ici sur un seul aspect important : sa digression historique sur l’émergence de l’Ukraine – et les conséquences possibles de cette digression.

Selon Poutine, l’Ukraine était « pour nous (il prétendait parler au nom du peuple russe), pas seulement un pays voisin » mais « une partie intégrante de notre propre histoire, de notre culture et de notre espace spirituel. Ce sont nos amis, nos parents ; pas seulement des collègues, des amis et d’anciens collègues de travail, mais aussi nos parents et des membres de notre famille proche. » L’Ukraine moderne, cependant, a été entièrement créée par la Russie bolchevique et communiste « après le putsch d’octobre », comme Poutine a appelé la révolution bolchevique de 1917. Au moment de sa plus grande faiblesse, a déclaré Poutine, Vladimir Lénine « a satisfait toutes les demandes, tous les souhaits des nationalistes à l’intérieur du pays. »

Mais, a-t-il insisté, « en termes de destin historique de la Russie et de ses peuples, les principes léninistes de construction de l’État n’étaient pas seulement une erreur, mais bien pire qu’une erreur. » Poutine faisait ici référence au droit à l’autodétermination que les bolcheviks ont proclamé pour les nations de l’Empire russe, jusqu’à et y compris le droit de faire sécession. Avec l’effondrement de l’URSS, a déclaré M. Poutine, les gouvernements ukrainiens ont commencé « à construire leur État sur la négation de tout ce qui nous unit, ils ont essayé de déformer la conscience et la mémoire historique de millions de personnes, de générations entières vivant en Ukraine ». Mais il a également allégué que l’Ukraine n’a essentiellement aucune tradition stable d’un véritable État. De plus, depuis 2014, a-t-il dit, l’Ukraine est sous le protectorat politique et économique de l’Occident et a été « réduite au niveau d’une colonie avec un régime fantoche. » Il a constamment soutenu que l’Ukraine était une entité sans tradition qui avait été arbitrairement séparée de la Russie. Mais la réalité était et reste différente.

Autodétermination

Il est vrai que pendant des siècles, l’Ukraine a appartenu à différents États : au Royaume de Pologne-Lituanie, à l’Empire russe, en partie à la monarchie des Habsbourg, à l’Union soviétique et, jusqu’en 1939, dans sa moitié occidentale, à la République de Pologne. En 1945, avec l’ajout de l’ancienne Carpates-Ukraine tchécoslovaque, le pays a appartenu pour la première fois entièrement à l’Union soviétique.

Cependant, dès mars 1917, une république ukrainienne a été établie avec l’historien Mykhailo Hrushevsky comme président. La Rada (parlement) a réclamé son autonomie au sein d’une Russie fédérale. Dans le sillage de la révolution d’octobre, la Rada a ensuite déclaré l’Ukraine république populaire et, lors des élections, les partis non bolcheviques ont obtenu la majorité. Deux soulèvements bolcheviques avant la fin de 1917 et le début de 1918 se soldent par la prise de Kiev, mais les troupes de la République populaire, soutenues par les armées allemande et autrichienne, reprennent la ville en mars 1918. Entre-temps, la République populaire avait conclu avec les puissances centrales, le 9 février, la « paix du pain » de Brest, qui garantissait l’approvisionnement en céréales de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. La Russie bolchevique a dû accepter les résultats de cette paix séparée – la perte de l’Ukraine – dans le traité de paix ultérieur de Brest-Litovsk.

En avril 1918, les puissances centrales dissolvent la Rada et installent le général Pavlo Skoropadsky à la tête de l’État. Ce dernier est évincé en décembre et la République populaire non bolchevique est restaurée. Les bolcheviks ne s’en accommodent pas : après l’effondrement des puissances centrales, ils lancent une offensive militaire et s’emparent de Kiev en janvier 1919 et de toute l’Ukraine orientale au début de 1920. La guerre est marquée par des massacres antijuifs – la plus grande vague d’exterminations avant Auschwitz – dans lesquels les forces antibolcheviques sont de loin les principaux responsables (les pogromistes bolcheviques sont fusillés sur ordre du commissaire du peuple Léon Trotsky). L’Ukraine occidentale s’est également déclaré république populaire en 1918, afin de rejoindre la république orientale. Elle est cependant occupée par la Pologne jusqu’à la partition de l’État polonais entre l’Allemagne et l’URSS en septembre 1939.

La courte période d’existence de l’État ne doit pas occulter le fait qu’une conscience nationale ukrainienne moderne aspirant à l’indépendance existait déjà au 19e siècle – un fait que Poutine a entièrement omis. L’ukrainien, dévalorisé par certains Russes comme un dialecte paysan, est devenu une langue littéraire grâce à des écrivains tels qu’Ivan Kotlyarevsky et, plus tard, Taras Shevchenko. Ce processus a été favorisé par des historiens tels que Mykola Kostomarov et Volodymyr Antonovich, mais surtout par l’élève de ce dernier, Hrushevsky. Dans de nombreux ouvrages, ce dernier s’est penché sur la culture indépendante du peuple ukrainien, dont les réalisations, malgré de forts points de contact, ne faisaient pas automatiquement partie de la culture russe. Bien que Hrushevsky ait été considéré comme un historien « bourgeois » en Union soviétique (il est mort à Kiev en 1934), il a pu poursuivre ses recherches. Ses résultats sont apparus dans des publications d’historiens de l’Ukraine soviétique ainsi que dans celles d’émigrés ukrainiens à l’Ouest.

Les historiens Omeljan Pritsak et Ivan Rudnytsky ont créé des institutions de recherche de renommée mondiale sur l’histoire et la culture ukrainiennes à Harvard et à l’Université d’Alberta, à Edmonton, au Canada. Depuis 1991, ces institutions travaillent en coopération avec des collègues ukrainiens pour démanteler les vestiges de l’image historique stalinienne. La restauration de cette même image (mais sans son blanchiment pseudo-communiste) est l’un des objectifs de Vladimir Poutine et de ses partisans.

Dé-communisation

« Voulez-vous la dé-communisation ? », a demandé Poutine, citant la démolition des monuments de Lénine en Ukraine. « Eh bien, nous en sommes très heureux. Mais nous ne devons pas, comme on dit, nous arrêter à mi-chemin. Nous sommes prêts à vous montrer ce que signifie une véritable décommunisation pour l’Ukraine. » L’internationalisme de Lénine et le chauvinisme grand-russe de Poutine sont, en effet, incompatibles.

Tout cela devrait montrer aux socialistes en particulier que l’homme qui dirige le Kremlin est leur ennemi le plus acharné. Ceci est vrai indépendamment de toutes les erreurs cardinales de l’Occident. Le gouvernement Poutine porte l’entière responsabilité de la guerre actuelle, reprenant les désirs impériaux de la Russie tsariste, que Joseph Staline a repris après la rupture avec l’internationalisme bolchevique de 1917.

Poutine se présente comme le saint patron de toutes les minorités russes qui, selon lui, sont menacées de « génocide ». Ce mensonge historique pourrait avoir d’autres conséquences, car des minorités russes vivent également dans les États baltes. Leur adhésion à l’OTAN dissuadera-t-elle la Russie de les envahir – même dans le cas où un Donald Trump (réélu) enverrait des signaux qui donneraient carte blanche à Poutine ? Aussi improbable que cela puisse paraître, ce qui se déroule actuellement semblait tout aussi improbable il y a seulement quelques semaines.

Il est d’autant plus important de créer un vaste mouvement pacifiste international pour entraver la guerre actuelle de la Russie et s’opposer à un futur renforcement militaire. Toute personne en Russie qui ose protester contre la guerre mérite le plus grand soutien possible – aussi minces que soient les possibilités actuelles.

Mario Kessler

Mario Kessler est chercheur au Centre Leibniz d’histoire contemporaine de Potsdam, en Allemagne.

Putin’s Anti-Bolshevik Fantasies Could Be His Downfall

https://jacobinmag.com/2022/02/putin-anti-bolshevik-tsarist-mythic-history-ukraine

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Impérialisme russe

Du tsar à aujourd’hui, en passant par Staline, la volonté impérialiste marque l’histoire de la Russie.

Sergueï Nikolski, philosophe russe spécialiste de la culture, affirme que peut-être la pensée la plus importante pour les Russes « depuis la chute de Byzance jusqu’à aujourd’hui est l’idée de l’empire et et d’être une nation impériale. Nous avons toujours su que nous habitions un pays dont l’histoire est une chaîne ininterrompue d’expansions territoriales, de conquêtes, d’annexions, de leur défense, des pertes temporaires et de nouvelles conquêtes. L’idée de l’empire était l’une des plus précieuses idées dans notre bagage idéologique et c’est elle que nous proclamions aux autres nations. C’est par elle que nous surprenions, ravissions ou affolions le reste du monde. »

La première et la plus importante caractéristique de l’empire russe, indique Nikolski, a toujours été « la maximalisation de l’expansion territoriale pour la réalisation des intérêts économiques et politiques en tant qu’un des plus importants principes de la politique étatique. » (1) Cette expansion était l’effet de la prédominance permanente et écrasante du développement extensif de la Russie sur son développement intensif : la prédominance de l’exploitation absolue des producteurs directs sur leur exploitation relative, c’est-à-dire sur celle fondée sur l’augmentation de la productivité du travail.

« L’Empire russe était nommé “la prison des peuples”. Nous savons aujourd’hui que ce n’était pas seulement l’État des Romanov qui méritait ce qualificatif », écrivait Mikhail Pokrovski, le plus remarquable historien bolchévique. Il prouvait que déjà le Grand-Duché de Moscou (1263-1547) et le Tsarat de Russie (1547-1721) étaient des « prisons des peuples » et que ces États ont été construits sur les cadavres des « inorodtsy », des peuples indigènes non russes. « Il est douteux que le fait que dans les veines des Grands-Russes coule 80% de leur sang soit une consolation pour ceux qui ont survécu. Seul l’anéantissement complet de l’oppression grand-russe par cette force qui a lutté et qui lutte toujours contre toute oppression, pourrait être une forme de compensation de toutes leurs souffrances. » (2) Ces mots de Pokrovski ont été publiés en 1933, juste après sa mort et peu avant qu’à la demande de Staline, dans la formule historique des bolchéviques « la Russie – prison des peuples », le premier terme soit remplacé par un autre mot : le tsarisme. Ensuite le régime stalinien a stigmatisé le travail scientifique de Pokrovski comme « conception antimarxiste » de l’histoire de la Russie (3).

« Impérialisme militaro-féodal »

Au cours des siècles, jusqu’à l’effondrement de l’URSS en 1991, les peuples conquis et annexés par la Russie ont subi trois formes successives de domination impérialiste russe. « L’impérialisme militaro-féodal » fut la première, nommée ainsi par Lénine. Il n’est pas inutile de discuter quel mode d’exploitation y prédominait : féodal ou tributaire, ou encore, comme le préfère Youri Semenov, « politaire » (4). Ce débat est rendu actuel par les recherches les plus récentes d’Alexander Etkind. Il en découle que c’étaient des modes d’exploitation coloniaux qui dominaient alors : « aussi bien dans ses frontières lointaines que dans sa sombre profondeur, l’empire russe était un immense système colonial » ; « un empire colonial comme la Grande-Bretagne ou l’Autriche, mais en même temps un territoire colonisé, comme le Congo ou les Indes occidentales ». Le clou, c’est que « la Russie, en s’élargissant et en absorbant les très grands espaces, colonisait son propre peuple. C’était un processus de colonisation interne, une colonisation secondaire de son propre territoire. »

C’est pour cette raison, explique Etkind, qu’il « faut concevoir l’impérialisme russe non seulement en tant qu’un processus extérieur, mais également en tant que processus interne » (5). Le servage – généralisé par la loi en 1649 – y avait un caractère tout autant colonial que l’esclavage des Noirs en Amérique du Nord, mais il concernait les paysans grands-russes ainsi que d’autres, considérés par le tsarisme comme « russes » : les paysans « petits-russes » (ukrainiens) et biélorusses. Etkind attire l’attention sur le fait que, même dans la Grande-Russie, les insurrections paysannes avaient un caractère anticolonial et que les guerres, par lesquelles l’empire écrasait ces révoltes, étaient coloniales. De manière paradoxale, le centre impérial de la Russie était en même temps une périphérie coloniale interne, au sein de laquelle l’exploitation et l’oppression des masses populaire étaient plus sévères que dans bien des périphéries conquises et annexées.

Lorsque « l’impérialisme capitaliste moderne » est apparu, Lénine écrivait que dans l’empire tsariste il était « enveloppé, pour ainsi dire, d’un réseau particulièrement serré de rapports précapitalistes » – si serré que « ce qui, d’une façon générale, prédomine en Russie, c’est l’impérialisme militaro-féodal ». De ce fait, écrivait-il, « en Russie le monopole de la force militaire, d’un territoire immense ou des conditions particulièrement favorables pour piller les peuples indigènes non russes, la Chine etc., complète partiellement et partiellement remplace le monopole du capital financier moderne » (6). En même temps, en tant qu’impérialisme de la moins développée des six plus grandes puissances, ce n’était qu’un sous-impérialisme. Comme l’indiquait Trotski, « la Russie payait ainsi le droit d’être l’alliée de pays avancés, d’importer des capitaux et d’en verser les intérêts, c’est-à-dire, en somme, le droit d’être une colonie privilégiée de ses alliées ; mais, en même temps, elle acquérait le droit d’opprimer et de spolier la Turquie, la Perse, la Galicie, et en général des pays plus faibles, plus arriérés qu’elle-même. L’impérialisme équivoque de la bourgeoisie russe avait, au fond, le caractère d’une agence au service de plus grandes puissances mondiales. » (7)

Pas de décolonisation sans séparation

Ce sont justement les puissants monopoles extra-économiques mentionnés par Lénine qui ont garanti à l’impérialisme russe la continuité après le renversement du capitalisme en Russie par la révolution d’Octobre. Contrairement aux annonces antérieures de Lénine, que la norme de la révolution socialiste serait l’indépendance des colonies, seules les colonies que l’expansion de la révolution russe n’avait pas atteintes, ou qui l’ont repoussée, se sont séparées de la Russie. Dans de nombreuses régions périphériques, son expansion avait le caractère d’une « révolution coloniale », conduite par des colons et des soldats russes sans la participation des peuples opprimés, voire même avec le maintien des rapports coloniaux existants. Gueorgui Safarov a décrit un tel déroulement de la révolution au Turkestan (8). Ailleurs, elle avait le caractère de la conquête militaire, et certains bolchéviques (Mikhaïl Toukhatchevski) ont concocté très vite une théorie militariste de la « révolution menée de l’extérieur » (9).

L’histoire de la Russie soviétique a démenti l’opinion des bolchéviques, selon laquelle avec le renversement du capitalisme les rapports de domination coloniale de certains peuples sur les autres disparaitraient et qu’en conséquence ces peuples pourraient, ou même devraient, rester dans le cadre d’un même État. « L’économisme impérialiste » niant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui (critiqué par Lénine) se répandait parmi les bolchéviques russes, en fut une manifestation extrême. En réalité, c’est tout le contraire : la séparation étatique d’un peuple opprimé est la pré-condition de la destruction des rapports coloniaux, même si elle ne la garantit pas. Vassyl Chakhraï, militant bolchévique de la révolution ukrainienne, l’avait compris déjà en 1918 et a polémiqué publiquement avec Lénine sur cette question (10). Beaucoup d’autres communistes non russes l’ont alors compris, en particulier le dirigeant de la révolution tatare Mirsaïd Sultan Galiev. Il a été le premier communiste éliminé à la demande de Staline de la vie politique publique, dès 1923.

En réalité, l’impérialisme fondé sur les monopoles extra-économiques mentionnés par Lénine se reproduit spontanément et de manière inaperçue de nombreuses manières même lorsqu’il perd son assise spécifiquement capitaliste. C’est pour cette raison, comme le démontrait Trotski dès les années 1920, que Staline « est devenu le porteur de l’oppression nationale grand-russe » et a rapidement « garanti la prédominance de l’impérialisme bureaucratique grand-russe » (11). Avec la mise en place du régime stalinien, on a assisté à la restauration de la domination impérialiste de la Russie sur tous ces peuples, jadis conquis et colonisés, qui sont restés dans les frontières de l’URSS où ils constituaient la moitié de la population, ainsi que sur les nouveaux protectorats : la Mongolie et le Touva.

Envolée de l’impérialisme bureaucratique

Cette restauration s’accompagnait d’une violence policière meurtrière et même de génocides – de l’extermination par la faim connue en Ukraine comme l’Holodomor et au Kazakhstan comme le Jasandy Acharchylyk (1932-1933). Les cadres bolchéviques nationaux et l’intelligentsia nationale furent exterminés et une russification intensive fut entamée. Des petits peuples entiers et des minorités nationales ont été déportés (la première grande déportation a touché en 1937 les Coréens vivant dans l’Extrême-Orient soviétique). Le colonialisme interne s’est répandu une fois de plus et « l’exemple le plus affreux de ces pratiques fut l’exploitation des prisonniers du Goulag, qui peut être décrite comme la forme extrême de la colonisation intérieure » (12). De même que sous le tsarisme, l’immigration de la population russe et russophone vers les périphéries calmait les tensions et les crises socio-économiques en Russie, tout en garantissant la russification des républiques périphériques. Surpeuplée, paupérisée et affamée à la suite de la collectivisation forcée, la campagne russe exportait massivement la force du travail vers les nouveaux centres industriels à la périphérie de l’URSS. En même temps, les autorités entravaient la migration vers les villes de la population locale – non russe – des campagnes.

La division coloniale du travail déformait, voire freinait le développement, parfois même transformait les républiques et les régions périphériques en sources de matières premières et en zones de monoculture. Cela s’accompagnait d’une division coloniale de la ville et de la campagne, du travail physique et intellectuel, qualifié et non qualifié, bien ou mal rétribué, ainsi que par une stratification tout aussi coloniale de la bureaucratie étatique, de la classe ouvrière et des sociétés entières. Ces divisions et stratifications garantissaient aux éléments ethniquement russes et russifiés des positions sociales privilégiées en ce qui concerne l’accès aux revenus, aux qualifications, au prestige et au pouvoir dans les républiques périphériques. La reconnaissance de la « russité » ethnique ou linguistique sous la forme de « salaire public et psychologique » – un concept que David Roediger a repris de W.E.B. Du Bois et appliqué dans ses études du prolétariat blanc américain (13) – est devenue un moyen important de la domination impérialiste russe, et de la construction d’une « russité » impérialiste également au sein de la classe ouvrière soviétique.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la participation de la bureaucratie stalinienne à la lutte pour un nouveau partage du monde était un prolongement de la politique impérialiste intérieure. Durant la guerre et après sa fin, l’Union soviétique a récupéré une grande partie de ce que la Russie avait perdu après la révolution, et a aussi conquis de nouveaux territoires. Sa superficie s’est agrandie de plus de 1,2 million de km2, atteignant 22,4 million de km2. Après la guerre, la superficie de l’URSS dépassait de 700 000 km2 celle de l’empire tsariste à la fin de son existence, et était plus petite de 1,3 million de km2 par rapport à la surface de cet empire au sommet de son expansion – en 1866, juste après la conquête du Turkestan et peu avant la vente de l’Alaska.

En lutte pour un nouveau partage du monde

En Europe, l’Union soviétique a incorporé les régions occidentales de la Biélorussie et de l’Ukraine, l’Ukraine subcarpathique, la Bessarabie, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie, une partie de la Prusse orientale et la Finlande, et en Asie le Touva et les îles Kouriles méridionales. Son contrôle a été étendu sur toute l’Europe orientale. L’URSS a postulé que la Libye soit placée sous sa tutelle (22). Elle a tenté d’imposer son protectorat sur les grandes provinces frontalières chinoises – le Xinjiang (Sin-kiang) et la Mandchourie. De plus, elle voulait annexer l’Iran du nord et la Turquie orientale, exploitant pour cela l’aspiration à la libération et à l’unification de nombreux peuples locaux. Selon l’historien azerbaïdjanais Djamil Hasanly, c’est en Asie et non en Europe que la « guerre froide » a commencé, dès 1945 (14).

« Dès que les conditions politiques le permettent, le caractère parasitaire de la bureaucratie se manifeste dans le pillage impérialiste », écrivait alors Jean van Heijenoort, ancien secrétaire de Trotski et futur historien de la logique mathématique. « Est-ce que l’apparition d’éléments de l’impérialisme implique la révision de la théorie selon laquelle l’URSS est un État ouvrier dégénéré ? Pas nécessairement. La bureaucratie soviétique se nourrit en général par l’appropriation du travail des autres, ce que nous avions depuis longtemps conçu comme inhérent à la dégénérescence de l’État ouvrier. L’impérialisme bureaucratique n’est qu’une forme spéciale de cette appropriation. » (15)

Les communistes yougoslaves ont acquis assez vite la conviction que Moscou « voulait se soumettre complètement l’économie de la Yougoslavie et en faire un simple complément fournissant les matières premières à l’économie de l’URSS, ce qui freinerait l’industrialisation et perturberait le développement socialiste du pays » (16). Les « sociétés mixtes » soviéto-yougoslaves devaient monopoliser l’exploitation des richesses naturelles de la Yougoslavie dont l’industrie soviétique avait besoin. L’échange commercial inégal entre les deux pays devait garantir à l’économie soviétique des surprofits au détriment de l’économie yougoslave.

Après la rupture de la Yougoslavie avec Staline, Josip Broz Tito dit que, à partir du pacte Ribbentrop-Molotov (1939) et surtout après la conférence des « Trois Grands » à Téhéran (1943), l’URSS prend part à la division impérialiste du monde et « poursuit consciemment le vieux chemin tsariste d’expansionnisme impérialiste ». Il disait également que la « théorie du peuple dirigeant au sein d’un État multinational »proclamée par Staline « n’est que l’expression du fait de la soumission, de l’oppression nationale et du pillage économique des autres peuples et pays par le peuple dirigeant » (17). En 1958, Mao Zedong ironisait en discutant avec Khrouchtchev : « Il y avait un homme du nom de Staline, qui a pris Port Arthur, a transformé le Xinjiang et la Mandchourie en semi-colonies et a formé quatre sociétés mixtes. C’étaient ça, ses bonnes actions. » (18)

Union soviétique au bord de l’éclatement

L’impérialisme bureaucratique russe prenait appui sur des monopoles extra-économiques puissants, encore renforcés par le pouvoir totalitaire. Mais leur caractère était uniquement extra-économique. De ce fait il s’est avéré trop faible ou carrément incapable de réaliser les plans staliniens de l’exploitation des pays satellites en Europe orientale et des régions frontalières de la Chine populaire. Devant la résistance croissante dans ces pays, la bureaucratie du Kremlin a dû abandonner les « sociétés mixtes », l’échange commercial inégal et la division coloniale du travail qu’elle voulait imposer. Après la perte de la Yougoslavie, dès 1948, elle a progressivement perdu le contrôle politique sur la Chine et quelques autres États, et a dû aussi affaiblir son contrôle sur les autres.

Même au sein de l’URSS les monopoles extra-économiques se sont avérés incapables de garantir à long terme la domination impérialiste de la Russie sur les principales républiques périphériques. L’industrialisation, l’urbanisation, le développement de l’éducation et plus généralement la modernisation des périphéries de l’URSS ainsi que la « nationalisation » croissante de leur classe ouvrière, de l’intelligentsia et de la bureaucratie elle-même ont commencé à changer progressivement les rapports de forces entre la Russie et les républiques périphériques au profit de ces dernières. La domination de Moscou sur elles s’affaiblissait. La crise croissante du système a accéléré ce processus, qui a commencé à écarteler l’Union soviétique. Les contre-mesures du pouvoir central – tel le renversement du régime de Petro Chelest en Ukraine (1972), considéré comme « nationaliste » par le Kremlin – ne pouvaient plus inverser ce processus, ni le stopper efficacement.

Au cours de la seconde moitié des années 1970, le jeune sociologue soviétique Frants Cheregui tentait de regarder la réalité soviétique en s’appuyant sur « la théorie des classes de Marx, combinée à la théorie des systèmes coloniaux ». Il concluait alors que « l’extension progressive de l’intelligentsia et de la bureaucratie (des fonctionnaires) nationales des républiques non russes, la croissance de la classe ouvrière – en un mot, la formation d’une structure sociale plus progressiste – conduira les républiques nationales à se séparer de l’Urss. » Quelques années plus tard, à la demande des plus hautes autorités du Parti communiste soviétique, il a étudié la situation sociale des équipes de jeunes mobilisées par le Komsomol dans tout l’État pour construire la Magistrale ferroviaire Baïkal-Amour. C’était la fameuse « construction du siècle ».

« Je me suis intéressé », raconte Cheregui, « à la contradiction que je découvrais entre l’information sur la composition internationale des constructeurs de la Magistrale, répandue avec force par la propagande officielle, et le haut niveau d’uniformité nationale des brigades de construction qui sont arrivées. » Elles étaient presque uniquement composées d’éléments ethniquement ou linguistiquement russes. « Je suis alors arrivé à la conclusion inattendue que les Russes (et les “russophones”) sont repoussés des républiques nationales » – repoussés par les dites nationalités titulaires, par exemple au Kazakhstan par les Kazakhs.

Cela a été confirmé par des recherches qu’il a menées dans deux autres grands chantiers en Russie. « Le pouvoir central le savait et participait à la réinstallation des Russes en finançant les “grands travaux de choc”. J’en ai conclu que les fonds sociaux des républiques nationales ayant maigri, il manque des emplois y compris pour les représentants des nationalités titulaires là où des garanties sociales (crèches, maisons de vacances, sanatoriums, possibilités d’obtenir un logement) existent ; une telle situation peut provoquer des antagonismes inter-ethniques, alors les autorités “rapatrient” progressivement la jeunesse russe des républiques nationales. Alors j’ai pris conscience que l’URSS était au bord de l’éclatement. » (19)

Empire militaro-colonial

La crise du régime bureaucratique soviétique et de l’impérialisme russe était si importante qu’à la surprise générale l’URSS s’est effondrée en 1991, non seulement sans une guerre mondiale, mais même sans une guerre civile. La Russie a complètement perdu ses périphéries externes, car 14 républiques non russes de l’Union l’ont quittée et ont proclamé l’indépendance – toutes celles qui, selon la Constitution soviétique, avaient ce droit. Cela signifiait une perte de territoires, sans précédent dans l’histoire de la Russie, d’une surface de 5,3 millions de km2. Mais, comme le constate Boris Rodoman, un éminent scientifique qui a créé l’école russe de la géographie théorique, aujourd’hui aussi « la Russie est un empire militaro-colonial, vivant au prix d’un gaspillage effréné des ressources biologiques et humaines, un pays de développement extensif, dans lequel l’utilisation extrêmement dilapidatrice et coûteuse de la terre et de la nature est un phénomène courant ». Dans ce domaine, de même qu’en ce qui concerne « les migrations des populations, les relations mutuelles entre les groupes ethniques, entre les habitants et les migrants dans diverses régions, entre les autorités étatiques et la population, les traits “classiques” caractéristiques du colonialisme restent vifs, comme dans le passé ».

La Russie est restée un État plurinational. Elle intègre 21 républiques de peuples non russes, s’étendant sur près de 30% de son territoire. Rodoman écrit : « Dans notre pays nous avons un groupe ethnique, portant son nom et lui fournissant la langue officielle, ainsi qu’un grand nombre d’autres groupes ethniques ; certains d’entre eux disposent d’une autonomie nationale-territoriale, mais n’ont pas le droit de quitter cette pseudo-fédération, c’est-à-dire sont contraints d’y rester. De plus en plus souvent la nécessité de l’existence des unités administratives distinctes selon les critères ethniques est remise en cause ; le processus de leur liquidation a déjà commencé par celle des districts autonomes. Pourtant presque aucun peuple non russe n’a commencé à habiter en Russie à la suite d’une migration ; eux ne se sont pas réinstallés dans un État russe déjà existant – au contraire, ce sont des peuples conquis par cet État, repoussés, partiellement exterminés, assimilées ou privés de leur État. Dans un tel contexte historique les autonomies nationales, même indépendamment du fait à quel point elles sont réelles et à quel point seulement nominales, doivent être perçues comme une compensation morale pour les groupes ethniques qui ont subi le “traumatisme de la subjugation”. Dans notre pays les petits peuples ne possédant pas d’autonomie nationale, ou privés d’elle, disparaissent rapidement (par ex. les Vepses et les Chors). Les groupes ethniques autochtones, au début de la période soviétique, étaient majoritairement dans l’autonomie. Ils sont aujourd’hui minoritaires du fait de la colonisation, liée à l’appropriation des ressources naturelles, des grands travaux, de l’industrialisation et de la militarisation. L’aménagement des “friches”, la construction de certains ports et centrales nucléaires dans les républiques baltes etc. n’avaient pas seulement des raisons économiques, mais avaient aussi pour but la russification des régions frontalières de l’Union soviétique. Après son effondrement, les conflits militaires dans le Caucase, dont les peuples sont pris en otages de la politique impériale du “est diviser pour mieux régner”, sont des guerres typiques pour préserver les colonies dans un empire qui se désintègre. L’extension de sa sphère d’influence, dont l’intégration des parties de l’ex-URSS, est aujourd’hui une priorité de la politique étrangère russe. Aux XVIIIe et XIXe siècles, dans la Russie tsariste, les tribus nomades faisaient allégeance et ainsi leurs terres devenaient automatiquement russes ; la Russie post-soviétique distribue aux habitants des pays frontaliers des passeports russes… ». (20)

Restauration de l’impérialisme capitaliste

La restauration du capitalisme en Russie a partiellement complété et partiellement remplacé les monopoles extra-économiques, affaiblis et tronqués après l’éclatement de l’URSS, par un puissant monopole du capital financier soudé avec l’appareil étatique. L’impérialisme russe reconstruit sur cette base reste un phénomène indissociablement intérieur et extérieur, opérant des deux côtés des frontières de la Russie, qui recommencent à être mouvantes. Les autorités russes ont construit une méga-corporation étatique, qui aura le monopole de la colonisation intérieure de la Sibérie orientale et de l’Extrême-Orient. Ces régions possèdent des champs du pétrole et d’autres grandes richesses. Elles ont un accès privilégié aux nouveaux marchés mondiaux en Chine et dans l’hémisphère occidental. 

Les deux régions mentionnées risquent de partager le sort de la Sibérie occidentale. « Le centre fédéral garde pour lui quasiment tous les revenus du pétrole de l’ouest sibérien, ne donnant même pas à la Sibérie occidentale l’argent pour la construction des routes normales », écrivait il y a quelques années le journaliste russe Artem Efimov. « Le malheur, comme d’habitude, n’est pas la colonisation, mais le colonialisme », car « c’est l’exploitation économique et non l’aménagement et le développement du territoire qui est le but de la corporation mentionnée. » « Essentiellement cela revient à admettre que dans le pays, au plus haut niveau de l’État, le colonialisme règne. La ressemblance de cette corporation avec la Compagnie britannique des Indes orientales et avec les autres compagnies coloniales européennes des XVIIe-XIXe siècles est si évidente que cela pourrait être drôle. » (21)

Il y a un an, le soulèvement massif des Ukrainiens sur le Maïdan de Kiev, couronné par le renversement du régime de Ianoukovitch, constituait une tentative de l’Ukraine de rompre définitivement le rapport colonial l’attachant historiquement à la Russie. On ne peut comprendre l’actuelle crise ukrainienne – l’annexion de la Crimée, la rébellion séparatiste dans le Donbass et l’agression russe contre l’Ukraine – si l’on ne comprend pas que la Russie est encore et toujours une puissance impérialiste. 

Zbigniew Marcin Kowalewski

Zbigniew Marcin Kowalewski, rédacteur en chef adjoint de l’édition polonaise du Monde diplomatique, est auteur de plusieurs travaux sur l’histoire de la question nationale, publiés entre autres par l’Académie nationale des sciences de l’Ukraine.

Nous reprenons cet article du Monde diplomatique – Edycja polska, n°11 (105) de novembre 2014. (Traduit du polonais par JM)

http://www.inprecor.fr/~1750c9878d8be84a4d7fb58c~/article-Impérialisme-russe?id=1686

(1) S.A. Nikolski, « Rousskie kak imperski narod », Polititcheskaïa Kontseptologia n° 1, 2014, pp. 42-43.

(2) M.N. Pokrovski, Istoritcheskaïa nauka i bor´ba klassov, Moscou-Leningrad : Sotsekizd, 1933, vol. I, s. 284.

(3) A.M. Doubrovski, Istorik i vlast´, Briansk : Izd. Brianskogo Gosoudarstvennogo Universiteta, 2005, s. 238, 315-335.

(4) Cf. J. Haldon, The State and the Tributary Mode of Production, London-New York : Verso, 1993 ; Iou.I. Semenov, Politarny (‘aziatski’) sposob proïzvodstva : Souchtchnost´ i mesto v istorii tchelovetchestva i Rossii, Moscou : Librokom 2011.

(5) A. Etkind, Internal Colonization : Russian Imperial Experience, Cambridge – Malden : Polity Press, 2011, p. 24, 26, 250-251.

(6) V.I. Lénine, Polnoe sobranie sotchineni, Moscou : Izd. Polititcheskoï Literatoury, 1969, 1973, vol. XXVI, p. 318; vol. XXVII, p. 378; vol. XXX, p. 174.

(7) L. Trotsky, Histoire de la Révolution russe, Paris : Seuil, 1967, vol. I, p. 53.

(8) G. Safarov, Kolonialnaïa revoloutsia : Opyt Turkestana, Moscou : Gosizdat, 1921. 

(9) M. Tukhatchevski, Voïna klassov, Moscou : Gosizdat, 1921, pp. 50-59. En anglais : M. Tukhachevsky, « Revolution from Without », New Left Review, n° 55, 1969.

(10) S. Mazlakh, V. Shakhrai, On the Current Situation in the Ukraine, Ann Arbor : University of Michigan Press, 1970.

(11) L. Trotsky, Staline, Saint-Pétersbourg : Lenizdat, 2007, vol. II, p. 189.

(12) A. Etkind, D. Uffelmann, I. Koukouline (éds.), Tam, vnoutri : Praktiki vnoutrenneï kolonizacii v koultournoï istorii Rossii, Moscou : Novoïe Literatournoïe Obozreniie, 2012, p. 29.

(13) Cf. D.R. Roediger, The Wages of Whiteness : Race and the Making of American Working Class, London-New York : Verso, 2007.

(14) J. Hasanli, At the Dawn of the Cold War : The Soviet-American Crisis over Iranian Azerbaijan, 1941-1946, Lanham-New York : Rowman and Littlefield, 2006 ; idem, Stalin and the Turkish Crisis of the Cold War, 1945-1953, Lanham-New York : Lexington Books, 2011.

(15) D. Logan [J. van Heijenoort], « The Eruption of Bureaucratic Imperialism », The New International, vol. XII, n° 3, 1946, pp. 74, 76.

(16) V. Dedijer, Novi prilozi za biografiju Josipa Broza Tita, Rijeka : Liburnija, 1981, t. I, p. 434.

(17) J. Broz Tito, « H kritiki stalinizma », Časopis za Kritiko Znanosti, Domišljijo in Novo Antropologijo, vol. VIII, n° 39/40, 1980, pp. 157-164, 172-185.

(18) V.M. Zubok, « The Mao-Khrushchev Conversations, 31 July-3 August 1958 and 2 October 1959 », Cold War International History Project Bulletin, n° 12-13, 2001, p. 254.

(19) B. Doktorov, « Cheregui F.E. : “Togda ïa prichel k vyvodou : SSSR stoït pered raspadom’ », Teleskop : Journal Sotsiologitcheskikh i Marketingovykh Issledovani, n° 5 (65), 2007, pp. 10-11.

(20) B.B. Rodoman, « Vnoutrenny kolonializm v sovremennoï Rossii », in T.I. Zaslavskaïa (éd.), Kouda idet Rossia ? Sotsïalnaïa transformatsiïa postsovetskogo prostranstva, Moscou, Aspekt-Press, 1996, p. 94 ; idem, « Strana permanentnogo kolonializma », Zdravy Smysl, n°1 (50), 2008/2009, p. 38.

(21) A. Efimov, « Ost-Rossiïskaïa kompania », Lenta.ru, 23 avril 2012.

(22) Dans l’ancien langage, celui de l’époque de la Société des Nations, l’URSS a demandé que la Libye le soit concédée en tant que « mandat ».

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Solidarité avec les réfugiés ukrainiens

L’absence de solidarité est une faute et un déni d’humanisme

Nous sommes descendants et amis des exilés de l’Espagne républicaine. Nos parents, nos amis ont subi il y a 8  ans des interventions extérieures sans lesquelles un quarteron de généraux putschistes n’aurait pu imposer au peuple espagnol une dictature sanglante qui s’est prolongée pendant plus de quarante années.

La guerre ne doit pas être la poursuite de la politique par d’autres moyens

A ce titre nous ne pouvons que condamner l’agression militaire décidée par le Président Poutine contre un état souverain, l’Ukraine.

C’est sous l’égide de l’ONU, dans le respect des principes du droit international et de la diversité des populations des états souverains constituant la communauté internationale, que doivent se résoudre les conflits éventuels et non par la guerre et l’occupation.

Descendants et amis de l’exil républicain, nous savons les souffrances engendrées par la guerre. Pour beaucoup des nôtres elle a été à l’origine d’un exil définitif.

La solidarité avec ceux qui souffrent est un devoir

Le France des droits humains a accueilli dans des conditions souvent inhumaines et indignes les exilés de la République espagnole.

Déjà par centaines de milliers des Ukrainiens, femmes et enfants, fuient les combats cherchant refuge dans des états limitrophes.

Nous exigeons que notre pays, la France, remplisse ses devoirs humanitaires et respecte enfin un droit d’asile malheureusement mis à mal à l’occasion des conflits récents du Moyen Orient et de l’Afrique.

Coordination Caminar après son Assemblée Générale du 26 février 2022

https://coordination-caminar.org/blg/solidarite-avec-les-refugies-ukrainiens/

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La lutte internationale des femmes contre le meurtre de masse utilisé comme outil de pouvoir
Ou :
Le peuple mondial des femmes contre la thanatocratie

Avec la guerre contre l’Ukraine qu’a entreprise Poutine, ce qui surgit dans l’actualité c’est l’extrême dangerosité de son culte pathologique de la grande Russie, de son sentiment de toute puissance militaire et de sa capacité objective à déclencher des cataclysmes.

L’Europe doit tenter contrecarrer ses visées expansionnistes, mais il est important aussi de reconnaître qu’il n’est qu’une des figures représentatives d’un vaste système de thanatocratie.

La thanatocratie (thanato : mort et cratie : pouvoir) c’est l’accaparement et l’exercice du pouvoir grâce au meurtre de masse et sa menace permanente [1]. Poutine, avec ses menaces de guerre nucléaire, est un exemple éclatant d’un fait plus universel à savoir que l’hégémonie des mâles est fondée sur la thanatocratie et que celle-ci détermine l’organisation politique de la planète.

Si cela n’est pas posé, la réaction de l’Europe peut aller vers un accroissement considérable de ses armes de destruction massive. La satisfaction que ressentiront les peuples à punir Poutine de son agression peut avoir des conséquences redoutables en termes de militarisation de l’Europe.

La concurrence des Etats quant à leur capacité de meurtre à grande échelle est le moteur de la militarisation du monde. Même à l’ONU, le Conseil dit de « Sécurité » n’est composé que des nations qui détiennent l’arme nucléaire. Seules leurs voix sont décisives, ainsi Poutine peut mettre son véto sur toute décision concernant sa propre agression de l’Ukraine, comme les USA, le Royaume Uni, la France et la Chine peuvent bloquer des résolutions qui les dérangent.

Avec la guerre en Ukraine, le débat se fait vif entre les anti-Poutine et les anti- OTAN, mais c’est un débat qui nous emprisonne car en fait ce sont les frères ennemis du même système de thanatocratie. Ce système structure aujourd’hui les rapports de forces internationaux et géopolitiques. Il infiltre les rapports de pouvoir au sein de nos sociétés et particulièrement les rapports entre les hommes et les femmes. Le chantage est le même : la soumission ou la mort. Les féminicides, les viols comme arme de guerre ou même les violences domestiques, sont un moyen de soumettre les femmes comme les bombes soumettent les peuples, comme la menace du feu nucléaire paralyse les consciences. Abattre la thanatocratie, ce ressort du pouvoir des autocrates, c’est beaucoup plus important encore que d’abattre Poutine, c’est une question de survie pour l’humanité et un objectif féministe prioritaire car toutes les violences ont ce fond thanatocrate.

Comment faire ? Je propose quelques pistes, qu’il faut compléter par une grande réflexion des mouvements féministes. D’abord affirmer la solidarité internationale inconditionnelle des femmes, c’est ce qu’on fait en 1915 les femmes des pays belligérants qui ont fondé la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la liberté [2]. Nous devons refuser d’entrer dans le jeu des conflits suprématistes entre les thanatocrates et des spirales guerrières. Condamner leur surenchère militariste. Ensuite, il nous faut organiser la résistance féministe mondiale. Celle-ci peut se manifester par des signes extérieurs pacifistes et féministes, qui se répandront rapidement, comme l’ont fait les féministes en Amérique du sud qui ont lancé «  la vague verte » par le port d’un foulard vert comme signe de ralliement à la défense des droits des femmes. Cette résistance peut se concrétiser par des marches internationales convergentes vers les zones attaquées. Elle peut prendre la forme de grèves féministes et pacifistes pour l’application du traité d’interdiction des armes nucléaires déjà signé par la grande majorité des pays du monde. Elle peut s’engager politiquement pour une réforme institutionnelle de l’ONU afin de pénaliser les prétentions impérialistes des pays dangereux et des autocrates qui les dirigent. L’impunité de ceux, comme Bachar al Assad et tous ses semblables, qui organisent des meurtres de masse pour garder le pouvoir est insupportable.

Nicole Roelens

https://nicoleroelens.blogspot.com

[1] Roelens N., Manifeste pour la décolonisation de l’humanité femelle, tome 4, Poussées d’émancipation et violences colonisatrices L’harmattan

[2] Cette ligue existe toujours et j’en suis membre

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Jean-Pierre Filiu : Après l’Ukraine, la guerre en Méditerranée ?

https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2022/02/27/apres-lukraine-la-guerre-en-mediterranee/

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En complément possible

Gilbert Achcar : Invasion russe de l’Ukraine : Vladimir Poutine dans les pas de Saddam Hussein ?

Bernard Dréano : La guerre de Poutine en Ukraine, des questions et quelques réponses

David Broder : Cessez de prétendre que la gauche serait du côté de Poutine

Gilbert Achcar : Mémorandum sur une position anti-impérialiste radicale concernant la guerre en Ukraine

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Contre la guerre impériale de Poutine en Ukraine, une prise de position de la revue LeftEast

À quoi pense Vladimir Poutine ? Entretien avec Ilya Boudraitskis

Solidarité de la communauté scientifique avec l’Ukraine

Esprit : Pour une Ukraine libre !

MAN : Pour une résistance civile non-violente en Ukraine

Attac Espagne : Non à la guerre !

Halya Coynash : Le grand rabbin d’Ukraine démolit l’excuse de Poutine pour l’invasion de la Russie  

Edo Konrad : L’invasion de la Russie devrait être un miroir pour la société israélienne

Professeurs chinois : notre attitude face à l’invasion russe de l’Ukraine

Déclaration des étudiant·es des universités de Hong Kong sur la guerre d’invasion menée par la Russie contre l’Ukraine

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/28/ukraine-russie-4/

Non à l’agression impérialiste de la Russie contre l’Ukraine

Déclaration du Comité exécutif du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie

Danya P. : Pour le défaitisme révolutionnaire

Sotsialnyi Ruh : Arrêtez Immédiatement L’agression De Poutine !

Une déclaration du Comité national de l’OZZ Inicjatywa Pracownicza (Syndicat d’initiative des travailleurs) sur l’agression russe contre l’Ukraine

Communiqué de la Confédération du travail de Russie (KTR)

Les femmes l’exigent : Non à la guerre en Ukraine, Non à l’OTAN !

Taras Bilous :« Une lettre de Kiev à une gauche occidentale »

Stop à l’agression russe en Ukraine ! Pour une Ukraine libre et souveraine pour les travailleurs et travailleuses !

Santiago Alba Rico : « Non à la guerre ». Le sens de certains slogans face à l’invasion de l’Ukraine par le régime de Poutine ?

Vanesa Jiménez : Comme c’est triste de regarder la guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/26/textes-sur-lukraine-3/

Déclaration commune de syndicats ukrainiens

Mykhailo Volynets : La Russie a attaqué et commencé l’invasion de l’Ukraine

Vicken Cheterian :Le long hiver qui s’annonce : la Russie envahit l’Ukraine

Plate-forme TSS : Non à la Guerre. Pour une Politique Transnationale de la Paix

Communiqué LDH : Solidarité avec le peuple ukrainien

Pjort Sauer et Andrew Roth :L’opposition s’exprime en Russie contre l’invasion de l’Ukraine. La répression poutinienne la combat

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/25/invasion-de-lukraine-quelques-textes/

Les dirigeants des grandes puissances jouent avec le feu

Renaud Duterme : Les leçons géopolitiques de la crise ukrainienne

Appel : Non à la guerre – Russie, bas les pattes devant l’Ukraine !

Russie-Ukraine : « Une situation pire que durant la guerre froide ». Entretien avec Ilya Boudraitskis

Ilya Matveev, Ilya Budraitskis : Les Russes ordinaires ne veulent pas de cette guerre

https://entreleslignesentrelesmots.blog/2022/02/04/les-dirigeants-des-grandes-puissances-jouent-avec-le-feu/

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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