[33] Solidarité avec la résistance des ukrainien·nes. Retrait immédiat et sans condition des troupes russes [33] 

  • Déclaration de Porto pour la paix transnationale
  • « Vous avez trahi la mère patrie » : des Russes sont licenciés pour s’être exprimés contre la guerre
  • Les autorités biélorusses veulent décapiter les syndicats indépendants
  • Biélorussie : La plus grande attaque anti-syndicale du siècle en Europe
  • La CGT exige la libération immédiate d’Alexandre Yaroshuk !
  • Isobel Koshiw et Ed Ram à Zaporijia et Dan Sabbagh : Motivés mais sous-armés. Les soldats ukrainiens parlent de leur vie sur le front sud
  • Patrick Cockburn : « Une impasse militaire et politique avec des chances limitées d’en sortir » Et quel type d’affrontement se profile ?
  • Max Seddon et Henry Foy : « Poutine abandonne l’espoir d’un accord avec l’Ukraine et se tourne vers une stratégie d’occupation du territoire »
  • Campagne de solidarité avec les socialistes d’Ukraine et de Russie
  • Des organisations internationales pour la démocratie et les droits humains demandent la libération de Vladimir Kara-Murza avant l’audience d’appel
  • DEFENDRE LA DEMOCRATIE – solidarité avec les maires et les représentants des collectivités locales en Ukraine
  • PublicEye : La Suisse alimente le trésor de guerre de Poutine – Wie die Schweiz Putins Kriegskasse füllt
  • Amy Goodman, Volodomyr Dubovyk : La Russie inflige un maximum de souffrance (à l’Ukraine) alors que la guerre a déplacé onze millions de personnes
  • Pourquoi le Bélarus ne s’est pas encore joint à l’invasion de l’Ukraine
  • May Day Protest at Russian Embassy
  • Le Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes organise un convoi en soutien aux travailleurs et travailleuses d’Ukraine
  • Liz Sly : Les cheminots biélorusses qui ont aidé à déjouer l’attaque de la Russie contre Kiev
  • Liens avec autres textes

Déclaration de Porto pour la paix transnationale

Nous, personnes vivant en Europe, dans les Amériques, en Afrique, en Asie, avec des biographies, des antécédents et des liens divers, croyons que les droits des êtres humains (human rights) sont universels et que leur respect est un impératif pour la paix. Au nom de cette croyance, nous appelons la Russie à mettre fin à la guerre en Ukraine et à retirer ses forces d’invasion.

Les guerres d’agression apportent de la souffrance et de l’oppression à des millions de personnes aux quatre coins du monde. La lutte pour les arrêter et les efforts visant à garantir les droits des êtres humains (human rights) et la libération de l’oppression et de l’autoritarisme font partie de la même lutte universelle. Notre soutien va aux personnes qui résistent à la guerre partout dans le monde. Notre solidarité est avec les réfugié es qui fuient la guerre ou la persécution : ils doivent recevoir l’hospitalité et l’accueil.

Nous croyons que nos actions actuelles créent l’avenir. Tout avenir positif pour la paix repose actuellement sur l’échec de l’invasion agressive de Poutine. L’Ukraine devrait recevoir le soutien et les ressources dont elle a besoin pour exercer son droit à l’autodéfense et garantir la sécurité de ses citoyen·nes. Il devrait avoir une voie claire et réaliste vers l’adhésion à l’UE.

Nous nous félicitons de la décision de la Cour internationale de Justice d’ordonner le retrait des forces russes d’Ukraine et le début de l’enquête sur les crimes de guerre. Les personnes impliquées dans la planification, la préparation, le lancement ou l’exécution d’un acte d’agression contre l’Ukraine doivent être tenues pour responsables. La poursuite des crimes commis au cours de cette guerre servira à réaffirmer la suprématie du droit international et servira de précédent pour l’avenir.

La poursuite des crimes commis au cours de cette guerre servira à réaffirmer la suprématie du droit international et servira de précédent pour l’avenir.

Nous nous félicitons également des décisions de l’Assemblée générale des Nations unies de condamner l’acte d’agression contre l’Ukraine. Se concentrer sur l’aide humanitaire et la cessation des hostilités devrait être une priorité, tandis qu’il est grand temps de réfléchir et de discuter avec la société civile de la manière dont l’ONU devrait être réformée pour mieux relever ces défis.

La manière dont les guerres prennent fin et dont des relations pacifiques entre les peuples sont créées sera déterminante pour tout futur ordre de sécurité multilatéral. Une fois que les hostilités militaires ont cessé, la société civile, les femmes, les jeunes et les groupes marginalisés doivent participer aux négociations qui mènent à une nouvelle structure de sécurité et à une gouvernance démocratique. La sécurité humaine et les droits des êtres humains (human rights– y compris dans leurs dimensions sociale, environnementale et numérique – devraient être au centre de ces accords de sécurité renouvelés.

Nous n’avons tous qu’une seule planète. Le danger de guerre nucléaire, d’urgence climatique et de catastrophes écologiques signifie que le maintien de la paix est un impératif pour la survie même de l’humanité. Les guerres déstabilisent non seulement certaines parties de notre globe – elles ajoutent à l’insécurité universelle et sapent la possibilité de faire face à des menaces partagées. Un nouvel élan est nécessaire pour le désarmement nucléaire, pour l’abandon des sources d’énergie polluantes et pour lutter contre les inégalités à l’échelle mondiale et à l’intérieur de chaque société.

Des guerres sont menées dans le contexte d’une vague autocratique en cours à travers le monde. Le but de mettre fin aux guerres est une cause pour les démocraties de se rassembler et pour que les gens s’unissent au-delà de nombreuses divisions et frontières. Engageons-nous à une recherche commune de la paix et de la liberté, de la justice et de l’égalité – ainsi que de la solidarité et du soutien à celles et ceux qui luttent pour eux, que ce soit en Europe, en Afrique, dans les Amériques, en Asie ou au Moyen-Orient.

Si vous souhaitez être parmi les signataires, veuillez envoyer un e-mail à euroalter@protonmail.com.

PREMIERS SIGNATAIRES

  • Alvaro Vasconcelos, Forum Demos, ancien directeur de l’EUISS

  • Niccolo Milanese, Alternatives européennes

  • Luke Cooper, London School of Economics et une autre Europe est possible

  • Pedro Dallari, Institut des relations internationales, Université de Sao Paolo

  • Mary Kaldor, École d’économie de Londres

  • Radha Kumar, auteur

  • Bassma Kodmani, fondatrice de l’Initiative de réforme arabe

  • Dmitri Makarov, Groupe Helsinki de Moscou

  • Oleksandra Matviichuk, Centre pour les libertés civiles, Kiev

  • Gaiane Nuridzhanian, Université nationale de Kiev Académie Mohyla

  • Renato Janine Ribeiro, philosophe, São Paulo

  • Fátima Vieira, vice-rectrice, Université de Porto

  • Dany Wambire, écrivain, Moçambique

  • Olga Aivazovska, Réseau civil OPORA (Ukraine)

  • Alberto Alemanno, Jean Monnet Professeur de droit de l’UE, HEC Paris

  • Carsten Berg, Campagne ECI, Allemagne

  • Taras Bilous, Sotsialnyi Rukh, Ukraine

  • Tymofii Brik, École d’économie de Kiev

  • Luís Braga da Cruz, ancien ministre de l’économie du Portugal

  • Vasyl Cherepanyn, directeur, Centre de recherche sur la culture visuelle, Kiev

  • Bernard Dreano, président du Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale CEDETIM (Paris)

  • Ana Gomes, ancienne députée européenne et candidate à la présidence de la République portugaise

  • Engin Isin, Université Queen Mary de Londres

  • Salam Kawakibi, Directeur du Centre Arabes d’Etudes et Recherche de Paris (Carep)

  • Katerina Kolozova, philosophe, Skopje Macédoine du Nord

  • Ulrike Liebert, Université de Brême

  • Jamie Mackay, écrivain et journaliste

  • Achille Mbembe, professeur de recherche en histoire et politique, Université du Witwatersrand, Johannesburg – Afrique du Sud

  • Kalypso Nicolaidis, Institut universitaire européen

  • Irene Pimentel, historienne

  • Elisabete Pinto da Costa, vice-recteur, Universidade Lusófona

  • Jacques Rupnik, directeur de recherche, Sciences Po, Paris

  • Igor Štiks, écrivain et théoricien politique, Faculté des médias et des communications, Belgrade / Université de Ljubljana

  • Gayatri Spivak, professeur, Université de Columbia

  • Vladyslav Starodubtsev, Sotsialnyi Rukh, Ukraine

  • Gonçalo Marcelo, philosophe, Portugal

  • Isabel Babo, doyenne de l’Universidade Lusofona Porto

  • Rui Tavares, membre du conseil municipal de Lisbonne

  • Etienne Balibar, philosophe

Porto declaration for transnational peace

https://euroalter.com/porto-declaration-peace/

Porto declaration for transnational peace

https://euroalter.com/it/porto-declaration-peace/

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« Vous avez trahi la mère patrie » : des Russes sont licenciés pour s’être exprimés contre la guerre

Entretiens conduits par Dmitry Sidorov pour OpenDemocracy

Dmitry Sidorov s’est entretenu avec trois personnes qui ont été maltraitées au travail – ou ont même perdu leur emploi – après s’être opposées à la guerre en Ukraine.

« Vous savez très bien ce que vous avez fait », ont dit des types musclés, habillés en noir, à un employé d’un centre d’art de Moscou en l’empêchant de quitter la galerie. « Les gens comme vous sont la honte de la nation ! », a lancé le propriétaire d’un salon de beauté à une coiffeuse, avant de la pousser dans la rue. « Vous avez trahi votre patrie ! », a dit un enseignant à sa collègue, après avoir refusé de continuer à travailler avec elle.

Ce ne sont là que quelques-unes des histoires partagées avec OpenDemocracy par des Russes qui ont perdu leur emploi ou ont été traités différemment au travail après avoir émis des objections à l’invasion de l’Ukraine.

Selon un récent rapport du ministère russe du Travail, dans un avenir proche, environ 59 000 citoyens russes seront « libérés du travail » – un nouvel euphémisme qui signifie être licencié. Cette « libération » est due à une crise de l’économie russe, qui stagne sous l’effet d’un isolement croissant vis-à-vis de l’Occident. Mais il existe aussi une catégorie moins visible parmi les Russes récemment licenciés: ceux et celles qui ont perdu leur emploi pour s’être élevés contre la guerre en Ukraine. Voici quelques-unes de leurs histoires.

Un artiste, à Moscou

Le centre d’art GES-2, situé sur la berge Bolotnaya à Moscou, a été inauguré en grande pompe l’été dernier. Une sculpture géante d’Urs Fischer, baptisée « Big Clay No.4 », a été érigée juste en face du nouveau musée, qui a été parrainé par l’oligarque Leonid Mikhelson, qui serait un ami proche de Vladimir Poutine. Les Moscovites, qui ont donné à la sculpture un nouveau surnom peu flatteur (« l’étron »), ont exigé des autorités municipales qu’elles retirent l’installation, qui, selon eux, ternit l’image de la capitale russe. Mais le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, est resté inflexible: l’« étron » est resté en place, d’où il a assisté au début de l’invasion russe de l’Ukraine. Il a survécu indemne aux deux premiers mois du conflit.

On ne peut pas en dire autant de tous les employés de GES-2. Avant la guerre, Daniil, un artiste de la ville, travaillait dans la nouvelle institution, dirigeant un atelier artistique ouvert aux enfants. Les parents venus admirer l’art contemporain pouvaient laisser leurs enfants profiter d’un moment calme et stimulant. Les enfants, sous la direction de Daniil, fabriquaient « quelque chose à partir de papier, de bois et d’argile ». En me parlant, Daniil a dit qu’il aimait son travail et qu’il ne pensait pas le perdre si facilement.

Deux jours après le début de l’invasion, Daniil a écrit « Non à la guerre ! » avec un feutre sur le mur du fumoir de la galerie. La journée s’est déroulée sans incident, mais dans la soirée, six hommes de l’équipe de sécurité de la galerie sont entrés dans l’atelier de Daniil et ont bloqué la sortie. Il s’est avéré que son « acte de vandalisme » avait été filmé par les caméras en circuit fermé. Les gardes ont dit à Daniil qu’ils ne le laisseraient pas quitter son lieu de travail tant qu’il n’accepterait pas de les suivre, en prenant son passeport. Pendant plusieurs heures, ils lui ont dit qu’ils allaient le remettre à la police « pour un examen plus approfondi de l’affaire ». « Eh bien, vous savez très bien ce que vous avez fait. Maintenant, on va s’occuper de toi », lui a dit l’un d’eux.

Après avoir parlé avec les gardes, Daniil a été convaincu qu’ils n’étaient pas de simples employés de la société de sécurité privée de la galerie, mais des membres des services de sécurité russes. « J’ai dû parler plus d’une fois avec des membres des services de sécurité, ils ont une façon de parler absolument unique et un sentiment distinct de leur pouvoir illimité et de leur impunité », a déclaré l’artiste. « Les agents de sécurité ordinaires ne parlent pas comme ça et n’ont pas cette apparence. »

Les deux patrons de Daniil ont réussi à convaincre les gardes de ne pas le remettre à la police. Mais son laissez-passer officiel a été désactivé le soir même et l’artiste a appris qu’il ne serait plus jamais autorisé à entrer dans le bâtiment. « Je crois savoir que c’est ce service de sécurité qui a fait pression pour mon licenciement. J’ai entendu dire que trois ou quatre jours après l’incident, mes supérieurs ont essayé de me réintégrer, et que même le directeur de GES-2 a eu vent de l’affaire et a tenté d’intervenir en ma faveur », a déclaré Daniil. Mais aucune de ces personnes n’a eu d’influence sur l’équipe de sécurité de la galerie, qui s’est avérée avoir un pouvoir de décision supérieur à celui des cadres du centre.

« Pour l’Etat, GES-2 est une sorte de lieu sacré, c’est comme le Parc Zariadié [créé en 2017, mitoyen de la place Rouge et du Kremlin]. C’est une institution européenne très moderne, avec des perspectives modernes, mais il est clair que son financement vient d’en haut. Au sein du GES, un seul service de sécurité est aux commandes. Sur le papier, c’est juste une société de sécurité privée qui garde le complexe. Je suis convaincu qu’il s’agit de véritables agents du FSO », affirme Daniil. [Le Service fédéral de protection (FSO) est une agence du gouvernement fédéral qui assure la protection des hauts fonctionnaires de l’Etat, ainsi que de certaines propriétés fédérales.] « N’oubliez pas que la Maison de la Culture de GES-2 est littéralement de l’autre côté du pont du Kremlin. »

Après l’invasion russe de l’Ukraine, GES-2 a fermé toutes les expositions de la saison en cours « pour des raisons éthiques » et a publié une déclaration sur la «situation difficile et ambiguë» en Ukraine. OpenDemocracy a interrogé GES-2 sur sa politique concernant les employés qui ne sont pas d’accord avec les actions des autorités russes. Le service de presse de l’institution a répondu : « Pas un seul employé [de GES-2] n’a été licencié. Certains collègues ont quitté l’équipe de leur propre gré et en raison de leurs convictions personnelles. » Quant à celui de Daniil, GES-2 a déclaré que son contrat avait été « résilié parce qu’il a commis un acte de vandalisme » sur le lieu de travail.

Daniil affirme que son inscription « Non à la guerre ! » a été recouverte d’un carré blanc bien soigné une demi-heure après être apparue.

Une coiffeuse, à Krasnodar

Le salon de beauté où travaillait Aida à Krasnodar, une ville du sud de la Russie, est situé dans un sous-sol d’un immeuble résidentiel. La moitié des voitures du parking de l’immeuble sont ornées de la lettre Z, symbole du soutien à l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les petits rassemblements anti-guerre qui ont eu lieu dans la ville au début de l’invasion ont été violemment dispersés et les personnes ayant des opinions anti-guerre essaient maintenant de parler avec prudence. Ceux qui agissent autrement s’affrontent rapidement à des poursuites judiciaires.

Aida a travaillé comme coiffeuse dans un salon de beauté pendant trois ans. Elle pensait avoir de bons rapports avec sa patronne, dont le mari est officier de police. Les deux femmes discutaient de beaucoup de sujets différents, mais jamais de politique.

Aida me dit que, après l’invasion du 24 février, elle « ne pouvait pas se taire » et a commencé à exprimer des opinions anti-guerre sur son compte Instagram professionnel. Sa patronne, qui avait été malade la semaine précédant l’invasion, est revenue au travail peu de temps après. Au départ, la patronne d’Aida s’est « fâchée » lorsqu’elle a suggéré d’acheter des produits capillaires en grande quantité en raison de la hausse des prix et des problèmes d’approvisionnement. Sa patronne lui a dit : « Nos arrière-grands-mères se coloraient les cheveux avec le henné des champs ! Et on va s’en sortir, ça va aller ! » Aida s’en souvient.

La situation s’est encore détériorée lorsqu’un client masculin plus âgé lui a demandé comment les jeunes « réagissent par rapport à l’opération militaire spéciale ». Aida a répondu : « Je ne peux pas témoigner pour tous les jeunes, car les jeunes pensent différemment, mais tout le monde autour de moi est contre ce qui se passe actuellement. »

Le client s’en est pris à elle en disant : « Vous, les jeunes, vous ne comprenez pas la vie, vous n’avez pas reniflé la poudre des canons. L’Occident nous empoisonne avec sa propagande, et vous avez tout gobé. »

La patronne d’Aida a rejoint la conversation depuis l’autre bout du salon : « C’est vrai ! C’est bon d’entendre enfin l’opinion de quelqu’un d’expérimenté. » Elle s’est assise sur une chaise à côté et a dit au client : « Si nous ne le faisions pas – alors ils nous l’auraient fait. Et c’est bien que des gens qui sont allés à des manifestations pacifiques soient emprisonnés, car ils ne comprennent rien à la vie et avalent la propagande de l’Occident. »

Quelques heures plus tard, Aida a reçu un message clair de sa patronne sur Instagram : « Je ne veux pas entendre de conversations sur la politique au travail, surtout en ma présence et surtout avec les clients. » S’il avait été question d’autre chose, Aida admet qu’elle aurait dit « OK », mais elle a répondu différemment:  « Je n’ai pas commencé cette conversation, et vous y avez également participé. C’était bien. Mais j’ai bien compris ce que vous avez dit. » La réponse est venue immédiatement : « Si vous vous offensez de quoi que ce soit, personne ne vous retient. Vous savez où est la porte. » Aida a répondu : « Si vous avez des questions à me poser, parlons-en en personne, et pas en ligne. » Sa patronne n’a pas répondu.

Le lendemain, Aida est arrivée tôt au travail – elle devait se préparer pour un rendez-vous de coloration de cheveux. Sa patronne apparaît soudainement au salon, alors qu’elle était censée avoir un jour de congé. « Je suis venue au travail. Et à partir d’aujourd’hui, tu peux rendre tes clés, prendre tes affaires. Tu ne travailles plus ici », a-t-elle dit depuis le seuil de la porte.

Aida raconte avoir été confrontée à un « torrent d’injures » de la part de son ancienne patronne, qui lui a dit « les gens comme vous sont une honte pour la nation ». Elle a ajouté : « Nos grands-pères et arrière-grands-pères ne se sont pas battus pour que vous souteniez l’Occident maintenant, vous êtes décérébrés, vous avez honte d’être russes. Je suis une patriote ! Je suis fier de mon pays ! Et les gens comme vous continueront à se débrouiller au McDonald’s – c’est tout ce à quoi vous êtes bons. » Aujourd’hui, Aida loue un espace dans un nouveau salon – non loin de son ancien lieu de travail – et travaille toujours avec ses anciens clients. Ses revenus ont chuté. « Jusqu’à présent, j’ai eu de la chance que personne des autorités ne soit venu. Personne n’a frappé à ma porte, pas même la femme du policier », dit Aida, avec un sourire en coin.

Une enseignante, du sud de la Russie

Oksana, 38 ans, vit près d’une grande ville du sud de la Russie. Pendant six ans, elle a travaillé comme enseignante dans un centre proposant des activités extrascolaires, organisant des événements pour les enfants et les emmenant en randonnée.

Oksana dit n’avoir jamais soutenu le gouvernement russe et avoir « toujours été dans l’opposition ». Après l’invasion, elle a signé une pétition contre la guerre lancée par le militant Lev Ponomarev sur Change.org, ainsi qu’une lettre ouverte d’enseignants contre la guerre. Cette dernière faisait partie d’une série de lettres ouvertes similaires émanant de la plupart des communautés professionnelles de Russie. Pour Oksana, ces deux signatures étaient un moyen de remplir son devoir civique (« faire au moins quelque chose »).

Quelques jours plus tard, la directrice de l’institution où Oksana travaille, une femme de 60 ans, l’a convoquée pour un entretien. Avant la guerre, elle avait régulièrement dit à l’équipe qu’elle ne pouvait pas s’opposer publiquement à l’Etat russe, car c’est lui qui finance l’institution.

La directrice avait également été chargée d’organiser les employé·e·s pour qu’ils se rendent à des rassemblements pro-gouvernementaux et de les encourager à voter pour Russie Unie [le plus grand parti de Russie, qui soutient la politique de Poutine] aux élections de la Douma d’Etat en 2021 et à toutes les élections locales. « Si vous ne votez pas, vous aurez des problèmes. Ils disent que c’est nécessaire, ça veut dire que c’est nécessaire », Oksana se souvient de ses propos.

Naturellement, l’entretien a porté sur l’« activité » d’Oksana. La directrice lui a dit qu’elle avait reçu une lettre du ministère de l’Education et des sciences de la région, où « ils ont trouvé votre nom et votre prénom dans une pétition lancée par des agents étrangers ». On a demandé à Oksana de rédiger une lettre de démission volontaire, mais connaissant ses droits en matière d’emploi, elle a fermement refusé.

« Je n’ai pas des nerfs d’acier », m’a-t-elle dit après que son superviseur a rédigé un rapport sur elle au ministère. « Je suis inquiète de ce qui se passe au travail et cela affecte ma vie personnelle. J’ai fait une dépression nerveuse et j’ai pris un congé maladie. »

Pendant son congé maladie, Oksana a continué à lire le chat de son groupe de travail, où la directrice ne cessait de poster des indications sur la façon d’enseigner aux enfants des points de propagande, tels que « Si nous ne l’avions pas fait, ils l’auraient fait » et « Démilitarisation. Dénazification ». « Dieu merci, ils n’ont pas commencé à parler de faire s’aligner les enfants en forme de Z », a déclaré Oksana en riant.

Une semaine plus tard, le congé maladie d’Oksana a pris fin. Elle a rencontré des collègues avec lesquels, malgré la différence d’âge, elle entretenait de bonnes relations. Ils l’ont ignorée. Puis elle a appris qu’elle avait été privée d’une prime « petite mais essentielle » pour le mois de février.

« J’emmène les enfants en randonnée. Nous organisons un groupe de recherche pour trouver des preuves de la Grande Guerre patriotique. Pendant six ans, j’ai été l’une des responsables, avec un collègue masculin plus âgé, a déclaré Oksana. Après mon retour de congé maladie, il m’a dit : “Je ne veux plus partir en expédition avec toi. Nous avons des positions politiques différentes. Tu as trahi ton pays.”»

Bien qu’Oksana ait réussi à conserver son emploi, elle a commencé à se sentir mal à l’aise au travail. Elle prévoit de communiquer le moins possible avec ses collègues et de passer plus de temps avec les étudiants.

« J’essaie d’être patiente avec ces personnes. Mais je n’espère plus qu’elles voient la lumière. Elles sont soit aveugles, soit sourdes, soit leur esprit critique s’est réduit. Je ne comprends pas – pourquoi voulez-vous retourner au Moyen Age ? » a demandé Oksana.

« Le droit a quitté la Russie il y a longtemps »

En temps de guerre, l’importance de la propagande, tant externe qu’interne, augmente. C’est pourquoi les enseignants et les journalistes dissidents, qui font partie des maillons les plus importants du système russe de propagande interne, sont aujourd’hui les plus exposés au risque de licenciement.

Olga Miryasova, représentante d’un syndicat indépendant d’enseignants, a déclaré à OpenDemocracy qu’au cours du mois dernier, l’organisation n’a recensé que cinq cas de licenciement d’enseignants à travers la Russie en raison de positions anti-guerre. Mais Olga Miryasova affirme qu’un nombre important de cas où les gens partent de leur plein gré restent cachés, car les employés n’en parlent pas, craignant d’avoir du mal à trouver un autre emploi. Le syndicat a enregistré une dizaine de cas de ce type, mais il y en a évidemment beaucoup plus.

Certains de ces cas ont d’ailleurs été largement médiatisés. A Saint-Pétersbourg, l’enseignant Gennady Tychin, qui s’est exprimé contre la guerre, a été abordé par des policiers et emmené dans un poste de police, où il a passé plus de 48 heures. Plus tard, il a été renvoyé de son école pour avoir « commis un acte immoral », une infraction passible de licenciement en vertu du droit du travail russe. Dans ce cas, le motif invoqué était « l’insulte à la direction et au personnel de l’école en présence d’enfants ». Un professeur de géographie moscovite, Ramiz Manafly, a été menacé de licenciement en raison d’un post sur Instagram dans lequel il écrivait qu’il ne voulait pas « être un miroir de la propagande de l’Etat ».

Olga Miryasova recommande aux enseignants qui se trouvent dans une situation similaire de se référer à l’article 29 de la Constitution de la Fédération de Russie, qui garantit la liberté de pensée et d’expression et l’interdiction de la discrimination pour quelque motif que ce soit sur le lieu de travail, inscrite dans le Code du travail de la Russie.

Mais si la Constitution russe stipule qu’« il n’existe pas et ne peut exister de motifs légaux de licenciement pour une position politique », Sofia Rusova, coprésidente de l’Union indépendante des journalistes et des travailleurs des médias de Russie, note que « la loi a quitté la Russie il y a bien longtemps ». 

Article publié par OpenDemocracy, le 22 avril 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/russie-vous-avez-trahi-la-mere-patrie-des-russes-sont-licencies-pour-setre-exprimes-contre-la-guerre.html

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Les autorités biélorusses veulent décapiter les syndicats indépendants

Certaines syndicalistes sont dans le centre de détention provisoire du KGB, d’autres sont placés sous un accord de non-divulgation [au secret]. Bukhvostov, 80 ans, président du Syndicat libre biélorusse SPB est à l’hôpital.

Selon de premières données, et peut-être incomplètes, au soir du 22 avril, 19 représentants du mouvement syndical indépendant de Biélorussie ont été arrêtés entre le 19 et le 21 avril.

Il s’agit de la direction et des employés du bureau du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques (BKDP), ainsi que des dirigeants et des militants des syndicats SPM (Syndicat libre des métallurgistes), SPB (Syndicat libre du Bélarus), REP (Syndicat biélorusse des travailleurs de l’industrie radioélectronique) appartenant au BKDP.

Les perquisitions ont eu lieu à Minsk et à Polotsk. Parmi les détenus figurent des jeunes et des personnes âgées, des mères de jeunes enfants. Le matériel et les documents ont été confisqués.

La plupart d’entre eux ont été interrogés par le KGB, après quoi ils ont été emmenés au centre de détention provisoire du Comité de sécurité de l’État.

Selon Solidarnasts, les personnes suivantes sont toujours en captivité : Alexander Yaroshuk, Sergei Antusevich, Irina Bud-Gusaim, Nikolai Sharakh, Gennady Fedynich, Yana Malash, Vitaly Chichmarev, Mikhail Gromov, Vasily Beresnev, Dmitry Borodko, Alexander Evdokimchik, Miroslav Sobchuk et 80 autres. Le leader du SPM, Alexander Bukhvostov est à l’hôpital pour une crise cardiaque.

Igor Komlik, Elena Yeskova, Anna Dus, Nikolai Gerasimenko, Vadim Payvin et Yuri Belyakov ont été libérés après des interrogatoires, et certains après des interrogatoires et une journée passée dans un centre de détention provisoire, et sont sous le coup d’un accord de non-divulgation [sur leur détention]. Il s’agit d’avocats et de journalistes liés au syndicat.

Le 21 avril, ont également été arrêté et interrogé Liza Merlyak, secrétaire internationale du Syndicat indépendant biélorusse (situé à Salihorsk, qui comprend le Syndicat indépendant des mineurs et le BNP lui-même est membre du BKDP). Après l’interrogatoire, elle a été relâchée.

Solidarnasts [journal d’opposition] note que les syndicats indépendants de Biélorussie sont restés les dernières organisations opposées au gouvernement actuel. Aujourd’hui, elles sont pratiquement décapitées et purgées.

La Confédération syndicale internationale et IndustriALL Global Union ont déjà fait des déclarations contre la répression massive de leurs homologues biélorusses.

Ce dernier a déclaré qu’en mars, le Comité de la liberté syndicale de l’Organisation internationale du travail avait sévèrement critiqué le gouvernement du Bélarus pour sa violation permanente des principales recommandations de la commission d’enquête de 2004 de l’OIT. Un certain nombre de représentants syndicaux qui ont témoigné devant l’OIT au sujet de la situation au Bélarus ces dernières années figurent parmi les personnes actuellement détenues. IndustriALL a appelé l’OIT à intervenir d’urgence dans cette situation.

Gazetaby, 22 avril 2022

Traduction Patrick Le Tréhondat

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article62216

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Biélorussie : La plus grande attaque anti-syndicale du siècle en Europe

https://www.labourstartcampaigns.net/show_campaign.cgi?c=5094

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La CGT exige la libération immédiate d’Alexandre Yaroshuk !

Dans la nuit du mardi 19 au mercredi 20 avril, notre camarade Alexandre Yaroshuk a été arrêté par le KGB du Belarus, la police politique du régime de Loukachenko. Des dizaines d’autres militants syndicalistes du BKDP seraient également arrêtés, dans une vague de répression qui touche également les membres de leur famille !

La CGT demande la libération immédiate d’Alexandre, figure incontournable du syndicalisme indépendant du Belarus et voix puissante en faveur de la paix depuis le début de la guerre de Poutine en Ukraine, conduite avec la complicité de Loukachenko.

Le 29 mars dernier, Alexandre lançait un vibrant et courageux appel en faveur de la paix dont voici des extraits : « Peu de pays dans le monde ont connu dans leur histoire des guerres aussi meurtrières que nous. Nous devons tout faire pour retrouver notre dignité, pour que la Biélorussie ne soit jamais considérée comme un agresseur militaire. Et qui d’autres que nous le fera ? Le nom de notre pays, les noms de nos villages et de nos villes ne doivent pas incarner la menace et le danger pour le peuple de l’Ukraine voisine, fraternel pour nous. Ils ne doivent pas incarner la mort. Moi, président du Congrès biélorusse des syndicats démocratiques, Alexandre Yaroshuk, je m’adresse à vous. La guerre de la Russie en Ukraine n’est pas notre guerre. Nous pouvons l’arrêter, nous devons l’arrêter ! La majorité absolue des Biélorusses, 97%, ne veulent pas que la Biélorussie participe à la guerre en Ukraine ! Nos descendants ne nous pardonneront pas notre silence au moment le plus critique de notre histoire ! N’ayez peur de rien ni de personne ! Il est difficile d’imaginer pire que ce qui nous arrive aujourd’hui. Jamais et nulle part au monde, la demande de mettre fin à la guerre n’a été un crime ! Et, jamais et nulle part au monde, il n’y a eu de cause plus noble que de s’opposer à la guerre, contre le meurtre d’innocents, de femmes, de personnes âgées et d’enfants !

Exigez sur vos lieux de travail, au nom des collectifs de travail : non à la guerre, non à la participation de la Biélorussie à celle-ci ! Exigez l’interdiction d’envoyer des troupes biélorusses en Ukraine, exigez le retrait des troupes russes de notre pays ! Faisons-le maintenant, faisons-le aujourd’hui ! Parce que demain, il sera trop tard ! Parce que demain pour les Biélorusses ne viendra peut-être jamais ! »

Le BKDP, syndicat dont la création est très étroitement liée à l’exercice effectif du droit de grève et à sa contestation par Loukachenko, a pris une part active à l’explosion sociale qui a suivi l’élection présidentielle de 2020. Ses militants ont animé un grand nombre de comités de grèves et plusieurs de ses dirigeants, dont Alexandre Yaroshuk, ont piloté le comité national de coordination des grèves.

Le BKDP et la CGT entretiennent d’anciennes et fructueuses relations de fraternité et de solidarité. Alexandre a participé au 50ème congrès de la CGT, à Toulouse, et son organisation a pris une part très active dans notre Forum sur les transitions écologiques et sociales en juin 2021.

La CGT demande au gouvernement français d’intervenir, sans délai, pour exiger sa libération et de placer Alexandre Yaroshuk sous la protection de sa diplomatie sur place.

https://www.cgt.fr/comm-de-presse/la-cgt-exige-la-liberation-immediate-dalexandre-yaroshuk

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Motivés mais sous-armés. Les soldats ukrainiens parlent de leur vie sur le front sud

Un groupe de soldats d’infanterie ukrainiens se trouvait dans un entrepôt dans le sud-ouest de l’Ukraine lorsqu’il a été bombardé par l’artillerie russe. Serhiy a été touché au visage par des éclats d’obus. Lui et son meilleur nouvel ami, Hennadiy, ont pris un selfie en tenant une partie de l’obus qui ne les a pas touchés directement.

Quelques instants plus tard, des chars russes sont apparus sur une colline. Ils ont tiré sur le village qui leur faisait face, y compris sur l’entrepôt. Hennadiy et le reste du groupe – tous originaires de la région de Zaporijia – ont également été touchés par des éclats d’obus et tous ont subi des dommages auditifs.

« Ils disposaient de trois chars sur la colline et ils ne faisaient que nous tirer dessus. Nous n’avions que des fusils », a déclaré Hennadiy. « Nous avions quelques équipements que les Etats-Unis et la Pologne nous ont donnés, mais ce n’était pas suffisant pour se battre. »

Ils ont dit s’être échappés de l’entrepôt protégés par des panaches de fumée et avoir marché jusqu’au village suivant, d’où ils ont été emmenés à l’hôpital militaire de Zaporijia.

The Guardian a été autorisé à accéder à l’hôpital militaire pour parler aux soldats à condition que les reporters n’identifient pas les lieux spécifiques des affrontements et ne publient pas les noms complets des soldats interrogés.

« Il y a beaucoup de gens motivés pour se battre », a déclaré Serhiy, parlant depuis une salle d’hôpital, accompagné du reste de la compagnie qui s’est échappée de l’entrepôt. « Mais nous sommes sous-armés et nous essayons désespérément de retenir toute la troupe [de l’armée russe]. » « Il n’y a aussi tout simplement pas assez de temps pour former tous ceux qui veulent se battre », a ajouté Dmytro, un autre membre de la compagnie, qui était allongé sur un lit dans la salle.

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L’Ukraine reproche à l’Occident de l’alimenter au compte-gouttes en armes. Le président Volodymyr Zelensky lance des appels presque quotidiens parce que son pays ne peut pas fabriquer les armes ou les munitions dont il a besoin pour repousser les envahisseurs russes. Les équipements demandés vont des avions de chasse et des chars, que l’Occident a été réticent ou lent à fournir, à l’artillerie et aux véhicules blindés, en passant par les armes et les munitions.

Jeudi 21 avril, les Etats-Unis ont déclaré qu’ils fourniraient pour 800 millions de dollars d’armes supplémentaires, dont 72 obusiers, ce qui porte la valeur totale de leurs livraisons d’armes à plus de 3 milliards de dollars depuis le début de la guerre, dont « plus de 50 millions de munitions », selon le président Joe Biden. Toutefois, même lorsque des armes sont fournies, il faut parfois quinze jours ou plus avant qu’elles n’arrivent en Ukraine.

D’autres grands pays ont été plus lents ou plus réticents, notamment l’Allemagne, qui a réduit les armes lourdes qu’elle est prête à offrir à l’Ukraine. Le chancelier, Olaf Scholz, a admis que les stocks de ce qu’elle est prête à envoyer s’épuisent [voir sur ce thème qui fait débat en Allemagne l’article publié sur ce site en date du 22 avril : http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/allemagne-en-debat-la-chaine-dapprovisionnement-des-chars.html]. La vitesse à laquelle les forces ukrainiennes utilisent les armes et les munitions a également surpris l’Occident, qui a commencé à accélérer la production industrielle pour tenter d’aider Kiev à tenir bon.

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Ukraine23avril

Les forces ukrainiennes tiennent actuellement une ligne qui s’étend sur des centaines de kilomètres de Kharkiv, au nord-est, jusqu’aux abords de Mykolaïv, au sud-ouest.

Serhiy, dont le visage a été coupé par les éclats d’obus, était heureux de se faire photographier, malgré les risques – comme le lui a fait remarquer un attaché de presse militaire – s’il était capturé par les forces russes. « Nous n’avons peur de rien », a déclaré Serhiy. The Guardian a confirmé une nouvelle fois, avant publication, que l’autorisation d’utiliser les images des soldats avait été accordée.

Plus tôt dans la journée, le groupe avait évité les tirs d’un avion russe. « Un avion est passé au-dessus de nous et nous a un peu bombardés. C’était un peu désagréable », dit Serhiy, en souriant. « Eh bien, en fait, pas un peu, tout à fait désagréable. »

Un autre membre du groupe qui s’est échappé de l’entrepôt, Mykola, a déclaré que les Russes avaient des drones et savaient exactement où se trouvaient leurs positions. « Les difficultés sont très grandes », a déclaré Mykola. « Je ne peux parler que de notre situation. Je ne sais pas comment c’est pour les autres [bataillons]. »

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De toutes les villes d’Ukraine centrale et orientale, la ville de Zaporijia semble être celle où la vie est la plus proche de ce qu’elle était avant la guerre, mais les forces russes occupent plus de 70% de la région. Vingt pour cent de la région constitue le front sud de l’Ukraine et est une zone de combat entre les forces russes et ukrainiennes.

Les nouvelles restrictions imposées aux déplacements des journalistes au sud de la ville de Zaporijia semblent indiquer que la situation sur le front sud s’aggrave. Selon des soldats interrogés par The Guardian, les forces ukrainiennes ont été repoussées hors d’au moins une des trois villes et villages situés à une heure au sud de la ville que le New York Times a visitée il y a trois semaines.

Le responsable de presse militaire de la région de Zaporijia, Ivan Ariefiev, a déclaré que les journalistes n’étaient pas autorisés à se rendre dans ces endroits pour le moment, mais il a précisé que ce n’était pas parce que la situation sur le front s’aggravait. Il a ajouté que les restrictions de voyage étaient dues au fait que la phase active de la guerre sur le front sud avait commencé.

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Un groupe de soldats auquel The Guardian a rendu visite dans la région de Zaporijia se trouvait à environ 12 kilomètres des positions russes. Ils ne s’attendaient pas à ce que les combats les atteignent rapidement. Ils ont déclaré que les lignes plus au sud tiendraient – bien que les obus atterrissent à une distance de entre 3 et quelque 5 kilomètres.

Ils disent manquer de matériel médical. Pour 23 personnes, ils ne disposaient que de six casques et de six garrots, dont certains avaient été cousus à la main par des volontaires civils. Ils ont indiqué que si les casques étaient en cours d’acheminement depuis la Pologne, les bénévoles et les fournisseurs avaient du mal à trouver des garrots, même à l’étranger.

Les soldats blessés de retour à l’hôpital ont déclaré avoir reçu un accueil extrêmement chaleureux de la part des villageois locaux, qui leur ont souvent acheté de la nourriture. Lors de leur retraite, ils ont retiré les plaques d’immatriculation des voitures qu’ils utilisaient afin que les soldats russes ne puissent pas identifier les habitants qui leur prêtaient des véhicules. De nombreux rapports font état de résidents locaux soupçonnés d’aider l’armée ukrainienne et torturés, voire tués, par les forces russes.

Serhiy a déclaré avoir utilisé sa propre voiture pour se déplacer sur le champ de bataille pendant un peu moins de deux mois, avant d’être blessé et de l’abandonner. «Je ne récupérerai jamais [la voiture] », a déclaré Serhiy. « Bien que peut-être elle me reviendra toute seule ! »

Isobel Koshiw et Ed Ram à Zaporijia et Dan Sabbagh

Article publié dans The Guardian le 23 avril 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/ukraine-motives-mais-sous-armes-les-soldats-ukrainiens-parlent-de-leur-vie-sur-le-front-sud.html

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« Une impasse militaire et politique avec des chances limitées d’en sortir » Et quel type d’affrontement se profile ?

« La guerre est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux militaires », a déclaré le premier ministre français de la Première Guerre mondiale, Georges Clemenceau. Mais la plupart des guerres de l’histoire montrent qu’elles sont également trop graves pour être laissées aux politiciens. Ce défaut n’est pas encore évident en Ukraine, uniquement parce que les combats font toujours rage sur les champs de bataille du Donbass et risquent de s’intensifier.

Mais il devrait déjà être clair que la fin de la guerre, si elle survient, sera plus probablement apportée par les politiques – aussi difficile que cela puisse être – que par les soldats, car les chances de voir la Russie ou l’Ukraine remporter une victoire décisive ont déjà disparu.

La question clé est maintenant de savoir comment et quand les combats vont cesser ? Ou bien, alors, les chances de parvenir à un compromis de paix ont-elles déjà été dépassées par la dynamique même du conflit militaire et la haine qu’il alimente ?

Une auto-illusion sans rivage

Bizarrement, les principaux points en litige ont probablement été tranchés. La Russie ne conquerra jamais l’Ukraine car ses forces ne disposent pas de la puissance pour faire face à une résistance ukrainienne acharnée et unie, alimentée en armes par les Etats de l’OTAN. Cela aurait dû être une évidence pour le président Vladimir Poutine, bien avant qu’il ne lance sa désastreuse invasion le 24 février. Mais sa capacité d’auto-illusion semble sans rivage.

En outre, il est tout aussi improbable que l’Ukraine puisse défaire la Russie et chasser ses forces du territoire ukrainien, comme certains politiciens le recommandent maintenant comme un but de guerre, quel que soit le nombre de systèmes d’armes qu’elle reçoit de l’Occident.

Il est peu probable que la Russie répète les mêmes erreurs d’amateurisme qu’elle a commises au cours des deux premiers mois de la guerre, lorsqu’elle a fragmenté ses forces insuffisantes de sorte qu’aucune de leurs attaques n’était assez percutante pour réussir.

Poutine a alors prétendu, fallacieusement, qu’il n’avait envahi l’Ukraine que parce que la Russie était confrontée à une menace existentielle. Mais sa gigantesque bévue a transformé cette menace largement imaginaire en une réalité, permettant à Poutine – grâce à son contrôle total de tous les médias russes – de persuader les Russes qu’ils n’ont désormais plus d’autre choix que de se battre. Les sanctions occidentales sont une arme à double tranchant car, bien qu’elles causent des dommages économiques importants, elles constituent une punition collective infligée aux 145 millions de Russes qui ont le sentiment de n’avoir d’autre choix que de se ranger derrière le drapeau.

Un conflit divisé, gelé, fragmenté

Les ennemis de la Russie manifestent une réticence compréhensible à laisser Poutine s’en sortir en relâchant la pression exercée sur lui ou en lui offrant une porte de sortie du bourbier dans lequel il a plongé son pays. «I l y a un malheureux dilemme », aurait déclaré un haut diplomate européen, selon le Washington Post. « Le problème, c’est que si elle [la guerre] se termine maintenant, la Russie a en quelque sorte le temps de se regrouper et elle recommencera, sous tel ou tel prétexte. Poutine ne va pas renoncer à ses objectifs. »

Même un enlisement militaire n’est pas forcément dans l’intérêt des Etats d’Europe de l’Est proches de la zone de conflit. « C’est un enjeu majeur pour nous », déclare un diplomate de haut rang de l’un des pays limitrophes de l’Ukraine. « Un conflit divisé, gelé, fragmenté en Ukraine est une très mauvaise affaire pour nous. Une relation Ukraine-OTAN active est cruciale pour la région de la mer Noire. » Sans le soutien de l’OTAN, il estime qu’il y a toutes les chances qu’à l’avenir la Russie se livre à une agression incontrôlée.

Il est facile de comprendre pourquoi ceux qui veulent combattre la Russie jusqu’au bout sentent maintenant que leur moment est venu, mais leur politique est pleine de risques car elle contient un certain nombre de contradictions. Ils partent du principe que la Russie est suffisamment puissante pour constituer une menace sérieuse pour ses voisins, mais en même temps si faible qu’elle peut être définitivement vaincue sur le champ de bataille. Ils dépeignent la Russie comme étant sous le contrôle total d’un autocrate au Kremlin, coupé de la réalité et nourri uniquement de bonnes nouvelles par ses conseillers serviles. Mais on attend de ce même dictateur, à moitié fou et mal conseillé, qu’il se comporte avec une modération raisonnable lorsqu’il s’agirait d’élargir la guerre ou d’utiliser des armes nucléaires.

Cette attitude belliciste est assez aisée pour les puissances extérieures à l’Ukraine, car ce sont les Ukrainiens qui vont se battre. Ceux qui appellent avec désinvolture à une victoire totale sur la Russie sont aussi irréalistes que Poutine l’était il y a deux mois lorsqu’il a ordonné l’invasion de l’Ukraine avec l’espoir d’une victoire facile.

Manque de personnel militaire

Ce manque de réalisme est masqué pour le moment parce que la Russie tente toujours de concrétiser au moins quelques gains territoriaux en prenant Marioupol et les villes à moitié détruites du Donbass, et que la possibilité d’une contre-attaque n’est pas encore à l’ordre du jour. Mais des signes inquiétants montrent que les Ukrainiens et leurs alliés occidentaux prennent leur propre propagande triomphaliste trop à la lettre et agissent comme si tout était vraiment vrai.

L’armée russe est susceptible de combattre plus adroitement au cours des prochains mois, ne serait-ce que parce qu’elle fera presque forcément mieux que ses faibles prestations initiales. Par exemple, la Russie a été accusée de poursuivre les mêmes tactiques impitoyables que celles utilisées par le gouvernement syrien, soutenu par la puissance aérienne russe, contre l’opposition armée après le soulèvement de 2011. Il s’agissait de bloquer les zones urbaines tenues par les rebelles, de les bombarder mais pas de les attaquer, de permettre à une grande partie de la population civile survivante de fuir, mais de boucler les zones hostiles. Cette approche a bien fonctionné, réduisant les pertes de l’armée syrienne et confinant les combattants ennemis dans de petits îlots de territoire où ils étaient effectivement incarcérés avec peu d’espoir de s’échapper.

De manière surprenante, les Russes n’ont pas utilisé ces tactiques réussies lors de leur invasion avortée du nord de l’Ukraine, probablement parce qu’ils manquaient de personnel militaire. Mais alors que la deuxième phase de la guerre commence dans le Donbass, les forces russes seraient trois fois plus nombreuses que les Ukrainiens, ce qui permet à Poutine d’ordonner le bouclage de l’immense aciérie de Marioupol.

La posture de Poutine

Globalement, la guerre en Ukraine commence à ressembler de plus en plus à la Syrie: une impasse militaire et politique avec des chances limitées d’en sortir. Trop d’acteurs avec trop d’intérêts différents sont impliqués pour mettre fin au conflit, à moins que la Russie et les Etats-Unis ne soient déterminés à le faire – et il y a peu de signes jusqu’à présent que cela se concrétisera.

Regardez la posture de Poutine, tel un roi des rois dans une miniature perse, alors qu’il reçoit [le 21 avril] la nouvelle de la prise de Marioupol de la part de son obséquieux ministre de la Défense [Sergueï Choïgou, en habit civil]. Poutine n’a pas l’air d’un homme conscient d’avoir commis, au début de l’année, l’une des erreurs de jugement les plus catastrophiques de l’histoire de la Russie.

Le président Joe Biden – qui d’une voix faible tente de maîtriser les événements – ou Boris Johnson – qui cherche sans cesse à détourner l’attention du public de son dernier scandale domestique – n’ont pas l’air d’être le genre de personnes que l’on souhaite voir chargées de désamorcer la pire crise que l’Europe ait connue depuis 1945.

Au Moyen-Orient, ces guerres à moitié gelées peuvent durer des décennies, mais je doute que cela puisse se produire en Ukraine, car la crise ne concerne plus uniquement ni même principalement ce pays, mais s’est transmutée en un affrontement général entre la Russie et l’Occident.

Patrick Cockburn

Article publié sur le site iNews, le 22 avril 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/ukraine-une-impasse-militaire-et-politique-avec-des-chances-limitees-den-sortir-et-quel-type-daffrontement-se-profile.html

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« Poutine abandonne l’espoir d’un accord avec l’Ukraine et se tourne vers une stratégie d’occupation du territoire »

Vladimir Poutine a perdu tout intérêt pour les efforts diplomatiques visant à mettre fin à sa guerre avec l’Ukraine et semble plutôt décidé à s’emparer d’autant de territoire ukrainien que possible, selon trois personnes informées des échanges avec le président russe.

Poutine, qui envisageait sérieusement un accord de paix avec l’Ukraine après que la Russie a subi, le mois dernier, des revers sur le champ de bataille, a déclaré aux personnes impliquées dans la tentative de mettre fin au conflit qu’il ne voyait aucune perspective de règlement.

« Poutine croit sincèrement aux absurdités qu’il entend à la télévision [russe] et il veut gagner gros », a déclaré une personne informée des pourparlers.

Bien que Moscou et Kiev se soient mis d’accord sur un premier projet de communiqué lors d’une réunion à Istanbul fin mars, les pourparlers se sont enlisés après que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé la Russie de commettre des crimes de guerre contre des civils dans des villes comme Boutcha et Marioupol.

Selon deux des personnes informées, Poutine a déclaré que les efforts de paix étaient dans une « impasse » et a été furieux après que l’Ukraine a coulé le Moskva, le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire.

« Il y avait de l’espoir pour un accord. Poutine faisait des allers-retours. Il doit trouver un moyen de sortir gagnant de cette affaire », a déclaré l’une de ces personnes.

Après le naufrage du Moskva, « Poutine était opposé à toute signature. […] après le Moskva, il n’a pas l’air d’un gagnant, parce que c’était humiliant », a ajouté cette personne.

Les responsables ukrainiens et occidentaux ont toujours douté de son engagement en faveur des pourparlers de paix, le soupçonnant d’être un moyen de gagner du temps pour l’offensive menée par Moscou.

Le président russe semble avoir une vision déformée de la guerre, telle qu’elle a été exposée par ses généraux et décrite à la télévision russe, ont déclaré les personnes informées de ses conversations.

Elles ont ajouté qu’il a insisté, malgré toutes les preuves du contraire, sur le fait que ses forces n’ont pas pris les civils pour cible lors d’attaques telles que le siège de l’aciérie Azovstal, dernier bastion des forces ukrainiennes dans la ville de Marioupol, en grande partie détruite.

Des intermédiaires tels que le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil européen Charles Michel et le milliardaire Roman Abramovich, ex-propriétaire du Chelsea FC, ont tenté de convaincre Poutine de rencontrer Zelensky dans l’espoir de débloquer la situation.

Les négociateurs russes et ukrainiens ont mis la plupart des autres questions en veilleuse tout en essayant de trouver un accord sur les garanties de sécurité pour Kiev si celle-ci déclare sa neutralité et abandonne son projet d’adhésion à l’OTAN.

Toutefois, Vladimir Poutine a déclaré à Charles Michel, lors d’un appel téléphonique vendredi 22 avril, que les discussions avaient échoué parce que l’Ukraine « a dressé un mur » et a déclaré que « ce n’était pas le bon moment » pour rencontrer Volodymyr Zelensky, selon une personne informée de cette conversation.

Les négociateurs ont interprété cette déclaration comme signifiant que la Russie pense pouvoir capturer davantage de territoires, plutôt que comme une indication que les pourparlers ont besoin de plus de temps pour trouver des points d’accord.

Poutine évite la rencontre avec Zelensky « de toutes ses forces », a déclaré une personne impliquée dans les pourparlers de paix. « Il veut que tout soit décidé avant leur rencontre personnelle. »

Samedi 23 avril, Zelensky [dans une conférence de presse faite dans le métro de Kiev] a déclaré qu’il souhaitait que les pourparlers se poursuivent, mais que l’Ukraine ne continuerait pas à négocier si des personnes étaient tuées à Marioupol ou si les autorités russes de la région méridionale occupée de Kherson organisaient un référendum séparatiste.

Les responsables de Kiev craignent que Poutine n’aille plus loin que l’objectif déclaré de la Russie de capturer la région frontalière orientale du Donbass et tente plutôt de s’emparer de tout le sud-est, coupant l’Ukraine de la mer, selon des personnes impliquées dans la tentative de mettre fin à la guerre.

L’Ukraine est confiante dans sa capacité à repousser les troupes russes après avoir mis en échec le plan initial de Poutine visant à s’emparer rapidement du pays, mais les responsables s’inquiètent de plus en plus de la possibilité pour Moscou de recourir à des armes nucléaires tactiques en cas de nouveaux revers, ont déclaré deux de ces personnes.

Lors d’une réunion avec Charles Michel à Kiev mercredi 20 avril, Volodymyr Zelensky a déclaré que l’opinion publique ukrainienne n’était pas favorable à la poursuite des pourparlers de paix, ajoutant qu’il était conscient que la lutte contre Poutine était plus populaire que les concessions, selon une personne informée de leur conversation.

Erdogan s’est entretenu avec Zelensky dimanche 24 avril dans le but de relancer les négociations bloquées. Dans un communiqué, le dirigeant turc a déclaré qu’Ankara était prêt à apporter son aide. Erdogan a déclaré vendredi 22 avril qu’il espérait également s’entretenir avec Poutine dans les jours à venir.

Le porte-parole de Poutine, Dmitri Peskov, et un représentant d’Abramovich n’ont pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires.

Max Seddon à Riga et Henry Foy à Bruxelles

Article publié sur le site du Financial Times, le 24 avril 2022, à 16h50 ; traduction rédaction A l’Encontre –Reportage supplémentaire de Laura Pitel à Ankara

http://alencontre.org/europe/russie/reportage-chronique-poutine-abandonne-lespoir-dun-accord-avec-lukraine-et-se-tourne-vers-une-strategie-doccupation-du-territoire.html

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« La guerre en Ukraine est dans une impasse dangereuse. Quelle est la prochaine étape ? »

Dès le premier jour, la guerre de Vladimir Poutine en Ukraine a mal tourné, mais le paradoxe est que, deux mois plus tard, elle entre dans sa phase la plus dangereuse: une impasse instable et violente.

L’OTAN et le Pentagone estiment que la Russie a subi entre 7000 et 15 000 morts et jusqu’à 30 000 blessés graves. Ces pertes ne concernent pas seulement les nouvelles recrues et les conscrits mal entraînés, mais aussi les forces d’élite qui sont le fer de lance de l’offensive.

L’une d’entre elles, le 331e régiment aéroporté de la Garde, a perdu au moins 40 de ses soldats au cours des trois premières semaines, dont son commandant, le colonel Sergei Sukharev. Au bout de six semaines, le nombre de pertes aurait plus que doublé, pour atteindre une centaine de soldats. Etant donné qu’au moins deux fois ce nombre de soldats auraient été gravement blessés, il est probable que plus d’un tiers de l’ensemble du régiment aurait été anéanti.

Cette semaine, le Pentagone a estimé que l’armée de Poutine avait désormais perdu 25% de l’ensemble de sa capacité de combat – troupes, armes et équipements militaires : déployée en Ukraine. Comme les deux tiers de l’ensemble de l’armée russe sont impliqués et que nous n’en sommes qu’à huit semaines de guerre, l’ampleur du désastre de Poutine est évidente, si ce n’est pour lui-même.

Les objectifs de guerre de la Russie se réduisent désormais à prendre le contrôle du Donbass autant que possible avant de déclarer la victoire, l’hypothèse étant peut-être que la simple force du nombre de militaires finira par avoir raison du gouvernement de Zelensky. Ce que l’on oublie, cependant, c’est que Poutine mène également une véritable guerre par procuration contre l’OTAN. Une défaite serait un désastre pour l’une ou l’autre des parties, d’où l’impasse.

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Pour mettre en perspective l’implication de l’OTAN, celle-ci a commencé par fournir des armes défensives à courte portée, telles que des missiles antiblindés et antiaériens, et des armements légers, ainsi que des fournitures médicales et un large éventail de matériel de soutien. Cet apport augmente et évolue à mesure que la guerre se déplace vers le Donbass et que se fait sentir le besoin d’armes différentes.

Jusqu’à dix grands transports de matériels militaires par jour sont actuellement acheminés par avion sur une demi-douzaine de bases de transit qui sont les plus appropriées pour l’Ukraine, principalement en Pologne et en Roumanie. De là, des centaines de camions leur font franchir la frontière, où ils sont ensuite déployés sur de nombreuses routes, à travers l’Ukraine.

Certaines des armes actuellement envoyées sont importantes, comme les obusiers à longue portée, qui seront utilisés pour tenter de détruire l’artillerie russe qui a été utilisée contre des cibles civiles, avec des effets dévastateurs. En début de semaine, le premier des 18 obusiers américains de 155 mm est arrivé en Europe, ainsi que la première livraison de 40 000 munitions. Avec une portée allant jusqu’à 25 kilomètres et une cadence de tir de quatre tirs par minute, ces obusiers sont redoutables dans le rôle de contre-batterie [contre des batteries ennemies], surtout lorsqu’ils sont soutenus par des données de ciblage précises, fournies par les Etats-Unis. [Emmanuel Macron a annoncé la livraison de canons Caesar de 155 mm, d’une portée de 40 kilomètres, montés sur camion.- Réd.]

Les obusiers ne présentent que quelques similitudes avec leurs équivalents russes. C’est pourquoi une équipe de 50 soldats ukrainiens expérimentés suit actuellement un cours accéléré sur ces armes dans les pays voisins [il en va de même pour les canons Caesar français, Le Monde du 24-25 avril]. Les soldats retourneront ensuite en Ukraine pour enseigner à leur propre troupe. Ce n’est que le début d’un programme de grande envergure. Le 21 avril, il a été annoncé que 72 obusiers et 72 tracteurs supplémentaires suivraient, ainsi que 144 000 munitions supplémentaires. La situation est donc aussi près, qu’il est possible de l’être, d’une guerre directe entre la Russie et l’OTAN.

Il existe de nombreux autres liens qui ne sont que rarement évoqués, notamment le partage de renseignements. Le Pentagone, la CIA et toutes les autres composantes de la machine de guerre des Etats-Unis partent du principe que la Russie est l’un des deux candidats probables – l’autre étant la Chine – à être un adversaire direct des Etats-Unis dans une guerre future. La guerre en Ukraine est donc considérée comme une remarquable occasion de s’entraîner à combattre la Russie. C’est une occasion trop belle pour la laisser passer.

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On se demande inévitablement jusqu’où les Etats-Unis peuvent aller et jusqu’à quel point leurs armes de dernier cri peuvent être livrées, avant que la situation ne devienne également une occasion d’apprentissage utile pour la Russie. Compte tenu de l’énorme capacité de reconnaissance et de collecte de renseignements des Etats-Unis, on peut toutefois supposer que l’Ukraine obtient des données 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur l’ensemble de la machine de guerre russe, ce qui est sans doute l’un des facteurs qui ont conduit au naufrage du Moskva [croiseur lance-missiles], le navire de guerre russe, il y a quinze jours.

Ce seul « événement»  a été un désastre pour le Kremlin. L’ensemble de la marine russe ne compte que six vaisseaux amiraux, un porte-avions, deux croiseurs de combat et trois croiseurs. Parmi ceux-ci, un porte-avions est en proie à des problèmes depuis des années et un croiseur de combat n’est toujours pas terminé, sa construction ayant duré plus de 20 ans. La Russie ne dispose donc que de quatre navires, dont l’un a été coulé.

Plus généralement, étant donné les lourdes pertes subies par la Russie et la nécessité de regrouper et de réentraîner ses unités, il est franchement peu probable que ses résultats dans l’est de l’Ukraine soient meilleurs que dans le nord, y compris autour de Kiev. Il est peut-être question de faire appel à des mercenaires tels que le groupe Wagner et à des irréguliers syriens, mais leur nombre est faible et leur intégration efficace dans les unités existantes prendra beaucoup plus de temps que le Kremlin n’en dispose.

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Tout cela se résume à une longue et lente guerre d’usure, jusqu’à ce qu’un camp soit prêt à céder. Malgré les milliers de vies perdues et les 60 milliards de dollars de dommages subis par l’Ukraine, le gouvernement Zelensky est toujours prêt à faire des compromis, du moins dans une certaine mesure. Poutine ne l’est pas, mais les deux facteurs susceptibles de le faire changer d’avis sont les mêmes que depuis de nombreuses semaines. L’un deux est que la Chine décide que la guerre de Poutine est mauvaise pour sa propre image dans le monde, auquel cas Pékin pourrait décider de tirer la prise, étant le seul et unique Etat ayant ce genre de pouvoir sur Moscou.

L’autre, qu’il ne faut pas sous-estimer, est l’impact des pertes sur le soutien interne de Poutine. Même si le Kremlin contrôle les médias de bout en bout, le fait que plus de 40 000 jeunes soldats aient été tués ou gravement blessés dément tout simplement l’idée que la guerre se déroule bien. Les troupes russes dans le Donbass devant affronter des troupes ukrainiennes expérimentées dans des positions défensives bien préparées et équipées d’armes modernes de l’OTAN, le nombre de victimes russes augmentera très probablement de 5000 ou plus chaque semaine, tant que la guerre durera.

A un moment donné, Poutine devra choisir entre la recherche d’un règlement négocié et la menace d’une escalade vers des armes beaucoup plus destructrices. Les compétences diplomatiques et la volonté de compromis de l’Ukraine et de ses alliés de l’OTAN revêtiront alors une importance cruciale. Ce moment pourrait survenir dans les deux prochains mois, mais il pourrait encore se passer un an ou plus.

Paul Rogers

Paul Rogers est professeur émérite d’études sur la paix au département des relations internationales de l’Université de Bradford, dans le nord de l’Angleterre. Il est le conseiller pour les questions de sécurité internationale d’openDemocracy et rédige une chronique hebdomadaire sur la sécurité mondiale depuis le 28 septembre 2001.

Article publié le 23 avril 2022 sur le site d’openDemocracy; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/analyse-la-guerre-en-ukraine-est-dans-une-impasse-dangereuse-quelle-est-la-prochaine-etape.html

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Campagne de solidarité avec les socialistes d’Ukraine et de Russie

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De la part des anticapitalistes, nous avons clairement montré notre position depuis le début de l’agression russe contre l’Ukraine : nous exigeons que le régime Poutine retire les troupes russes, nous nous positionnons contre l’interventionnisme de l’OTAN et en solidarité avec le peuple ukrainien. Nous nous sommes mobilisés contre cette guerre du point de vue de l’internationalisme socialiste.

Ce point de vue implique de faire tout son possible pour soutenir les socialistes ukrainiens et russes qui sont sur le terrain. Nous savons que l’Ukraine ne sera pas libre et indépendante sous le joug de l’impérialisme russe, mais elle ne le sera pas non plus si elle est subordonnée aux intérêts des États-Unis, de l’UE et de l’OTAN. En ce sens, soutenir une alternative qui résiste à l’invasion russe par ses propres moyens et qui est indépendante du gouvernement procapitaliste de Zelensky est une obligation pour l’anticapitalisme. Le renforcement de leurs forces est la meilleure alternative à la croissance des forces d’extrême droite dans le feu de la guerre.

En Russie, le régime réactionnaire, dictatorial et d’extrême droite de Poutine a intensifié la répression contre ses opposants, contre les pacifistes, la gauche et le mouvement féministe et LGBTI. La solidarité avec le mouvement anti-guerre et le renforcement de ses secteurs anticapitalistes sont essentiels pour mettre fin à l’impérialisme promu par le régime Poutine, et ainsi empêcher les forces réactionnaires de continuer à se renforcer. Le régime de Poutine doit tomber et c’est la classe ouvrière qui doit être le protagoniste du changement.

C’est pourquoi, de la part des anticapitalistes, nous lançons cette campagne de solidarité avec le militantisme socialiste ukrainien et russe, qui prendra la forme de l’envoi des fonds collectés aux organisations du Mouvement social (Sotsialnyi Rukh) en Ukraine et du Mouvement socialiste en Russie.

Il est évident que les deux organisations sont soumises à de fortes pressions de la part de leurs propres gouvernements. C’est pourquoi la solidarité internationaliste est aujourd’hui plus importante que jamais.

Vous pouvez envoyer votre contribution à :

  • Numéro de compte: ES25 1491 0001 2221 7799 8321

  • Titulaire du compte: Anticapitalist Association

  • Concept de la contribution: Solidarité internationaliste

https://www.anticapitalistas.org/comunicados/campana-de-solidaridad-con-las-socialistas-de-ucrania-y-rusia/

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Des organisations internationales pour la démocratie et les droits humains demandent la libération de Vladimir Kara-Murza avant l’audience d’appel

Les défenseurs de la démocratie et des droits humains du monde entier appellent les autorités russes à libérer Vladimir Kara-Murza et tous les dirigeants et militants politiques et de la société civile emprisonnés qui ont été arbitrairement détenus pour avoir exercé leurs droits. Un tribunal de Moscou entendra un appel pour rejeter les charges contre Vladimir Kara-Murza, Vendredi 22 Avril 2022. Toutes les charges devraient être abandonnées et Vladimir Kara-Murza devrait être immédiatement libéré.

Lundi 11 Avril 2022, l’éminent militant, journaliste et homme politique russe Vladimir Kara-Murza a été arrêté devant son domicile de Moscou par cinq policiers qui avaient encerclé sa voiture. Il s’est d’abord vu refuser le droit à un avocat lors de son arrestation et, à l’issue de son procès, Mardi 12 Avril 2022, il a été condamné à quinze jours de prison pour avoir désobéi à un ordre de la police. Nous répudions fermement l’absence de procédure régulière et les circonstances illégales de cette arrestation préméditée sur des accusations non fondées.

Voix franche de la démocratie et des droits de l’homme en Russie depuis plus de vingt ans, l’arrestation de Vladimir Kara-Murza fait suite à une interview de Cable News Network (CNN), à un témoignage lors d’une audience de la Commission d’Helsinki et à d’autres remarques publiques dénonçant l’agression non provoquée et illégale du président Vladimir Poutine contre un voisin souverain. Au mois de mai 2015 et au mois de février 2017, Vladimir Kara-Murza a subi deux urgences médicales presque mortelles à la suite d’un empoisonnement attribué à des agents de l’état russe, augmentant le danger de sa détention actuelle.

Pendant des années, la Russie a détenu arbitrairement des citoyens qui critiquent la gouvernance russe, les pratiques d’application de la loi ou les violations des droits humains. Depuis que la Russie a envahi l’Ukraine, Jeudi 24 Février 2022, plus de quinze mille citoyens russes ont été arrêtés pour s’être opposés à la guerre ou pour avoir manifesté pacifiquement. Plusieurs centaines de russes ont également été inculpés en vertu d’une loi draconienne introduite au mois de mars 2022, faisant des messages contre la guerre un crime passible de quinze ans de prison. Nous condamnons ces tentatives de limiter la liberté d’expression, les médias indépendants et d’autres principes de la dignité humaine.

Nous exprimons notre solidarité avec Vladimir Kara-Murza et tous les citoyens russes emprisonnés pour leurs aspirations démocratiques. La communauté internationale doit prendre toutes les mesures possibles pour assurer leur libération immédiate.

Jeudi 21 Avril 2022

https://www.ned.org/international-democracy-and-human-rights-organizations-call-for-release-of-vladimir-kara-murza-ahead-of-appeal-hearing/

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DEFENDRE LA DEMOCRATIE – solidarité avec les maires et les représentants des collectivités locales en Ukraine

Nous, maires élus, parlementaires nationaux, députés et conseillers municipaux, condamnons le règne de la terreur dans les régions d’Ukraine occupée par l’armée russe. Nous exigeons la fin du recours aux enlèvements, aux emprisonnements arbitraires et autres violences à l’encontre des maires, des représentants des collectivités locales, des journalistes, des militants civiques et autres civils.

Nous condamnons les tentatives de l’armée et des services de sécurité russe de détruire les structures élues les gouvernement locaux et de les remplacer par les personnes nommées par leurs soins. Nous déclarons notre solidarité avec ceux qui résistent à ces coups portés à la démocratie, à la liberte de représentation et à la liberté d’expression. Dans la mesure de nos possibilités, nous entreprendrons les actions suivantes, et nous appelons les maires et les représentants des collectivités locales, ici en Suisse et dans d’autre pays, à se joindre à nous :

  1. Enregistrer tour les cas de violations des droits de l’homme à l’encontre des maires et les représentants des collectivités locales dans les zones de l’Ukraine occupée pas les forces russes.

  2. Offrir un soutien matériel et juridique aux maires et aux représentants des gouvernements locaux dans les droits humaines sont violés.

  3. Faire campagne au niveaux  international pour soutenir les maires et les représentants de collectivités locales ukrainiens dont les droit de l’homme sont bafoués, et rendre publique chaque violation des droits de l’homme et chaque atteinte à la démocratie.

Marie-Barbey Chappuis, vice-president du Conseil administratif de la ville de Genève (Le Centre)

Jean Batou, Député, Grand Conseil Genève (Ensemble à Gauche-Geneve)

Killian Bauman, Conseiller national (Les Vert.e.s)

Corinne Bonnet-Merier, Conseillère municipale (DAL) Ville de Genève

Pierre-Yves Bosshard, Conseiller Municipal Ville de Genève (Parti Socialiste)

Hadrien Buclin, Député Grand Conseil Vaud (solidaritéS)

Jean Bürgermeister, Député, Grand Conseil Genève (Ensemble à Gauche-Genève)

Grégoire Carasso, Député, Grand Conseil Genève (Parti Socialiste)

Christophe Clivaz, Conseiller National (Les Vert.e.s)

Pierre Conscience, Conseiller municipal, Ville de Lausanne (solidaritéS)

Emmanuel Deonna, Député, Grand Conseil Genève (Parti Socialiste)

Laurence Fehlmann Rielle, Conseillère nationale (Parti Socialiste)

Timothée Fontolliet, Conseiller municipal, Ville de GE (Parti Socialiste)

Alice Genoud, Député, Grand Conseil Vaud (Les Vert.e.s)

Alfonso Gomez, Conseiller administratif, ville de Genève (Les Vert)

Claude Nicole Grin, Deputée, Grand Conseil Vaud (Les Vert.e.s)

Jocelyn Haller, Députée, Grand Conseil Genève (solidaritéS)

Sami Kanaan, Conseil administratif, ville de Genève (Parti Socialiste)

Théo Keel, Conseiller municipal, ville de Genève, (Parti Socialiste)

Christina Kitsos, Conseillère administrative, ville de Genève (Parti Socialiste)

Delphine Klopfenstein Broginni, Conseillère nationale (Les Vert)

Elodie Lopez, Députée, Grand Conseil Vaud (Décroissance Alternatif)

Raphael Mahaim, Conseiller national (Les Vert.e.s)

Lisa Mazzone, Conseillère aux Etats,  (Les Vert.e.s)

Pierre-Yves Maillard, Conseiller national (Parti Socialiste)

Mattea Meyer, Conseillère nationale (Parti Socialiste)

Céline Mislego, Députée au Grand Conseil vaudois (POP)

Dalya Mitri, Conseillère municipal, ville de Genève   (Parti Socialiste)

Remy Pagani, Ancien Maire de la ville de Genève, Député Grand Conseil de Genève (Ensemble à Gauche-Genève)

Frédérique Perler, Maire de la ville de Genève (Les Vert.e.s)

Léonore Porchet, Conseillère nationale (Les Vert.e.s)

Katarina Prelicz-Huber, Conseillère national (Les Vert.e.s)

Stefanie Prezioso, Conseillère nationale (Ensemble à Gauche-Genève)

Valentine Python, Conseillère nationale (Les Vert.e.s)

Gazi Sahin, Conseiller municipal, ville de Genève (Ensemble à Gauche-Geneve)

Christel Saura, Conseillère municipale, ville de Genève (Parti Socialiste)

Carlo Sommaruga, Conseiller aux Etats (Parti Socialiste)

Brigitte Studer, Conseillère municipale, ville de Genève (solidaritéS)

Sylvain Thevoz, Député, Grande Conseil Genève (Parti Socialiste)

Nicole Valiquer, Députée, Grand Conseil Genève (Parti Socialiste)

Pierre Vanek, Ancien Conseiller national, Député au Grand Conseil (Ensemble à Gauche-Genève)

Nicolas Walder, Ancien Maire de la ville de Carouge, Conseiller national (Les Vert.e.s)

Manuela Weichelt, Conseillère nationale (Les Vert.e.s)

Manuel Zwyssig, Conseiller municipal en ville de Genève, Vice President du Parti Socialiste, Genève.

Pour signer cette lettre, veuillez envoyer un e-mail à
2022ukrainesolidarity[at]gmail.com.

https://ukraine-solidarity.org/defendre-la-democratie/

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PublicEye : La Suisse alimente le trésor de guerre de Poutine

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Bienvenue au pays du Toblerone et des oligarques

« Aujourd’hui, je suis fier d’être le président de la Suisse », déclarait Ignazio Cassis lors d’un voyage en Pologne pour rencontrer les réfugié∙e∙s ukrainien∙ne∙s. Pourtant, si les enfants ont reçu du Toblerone, symbole de notre solidarité, il en faudra bien plus pour justifier une telle fierté.

La Suisse accueillera-t-elle les réfugié∙e∙s avec le même soin que les oligarques russes et leurs milliards ? Mettra-t-elle autant de cœur à faire son examen de conscience qu’à exprimer son soutien à un peuple meurtri par la folie revancharde de Vladimir Poutine ? Car son régime n’est pas devenu infréquentable au moment où la première bombe est tombée sur Kiev. Ni lorsque les premières images de victimes ont fait le tour du monde.

La Suisse n’a pas pour autant fait preuve de retenue. Fidèle à son autre tradition, celle des tours de passe-passe, elle est devenue « le premier choix des Russes corrompus », comme le dénonçait Alexeï Navalny. L’opposant russe vient d’être condamné à neuf ans de détention dans une « colonie pénitentiaire de régime sévère ». À mille lieues des luxueuses propriétés dans lesquelles les oligarques ont pu s’épanouir face au Léman.

Certes, la Suisse applique les sanctions, mais a minima. « Je ne veux pas faire des recherches comme un détective », explique Heinz Tännler, le chef des finances zougoises, alors que la Confédération n’a pas daigné mettre en place une cellule spéciale à la hauteur des enjeux. Même si c’est derrière l’opacité créée par des avocats-conseillers du cru que d’autres pays traquent les avoirs toxiques des oligarques.

Quant aux critiques à l’encontre du négoce de matières premières, le conseiller fédéral Guy Parmelin les trouve « injustes ». Pourtant, le règne de Poutine a jusqu’ici été marqué par un compagnonnage très lucratif avec les géants du secteur, qui ont joyeusement alimenté son trésor de guerre, en dépit des signaux d’alarme.

Face aux atrocités perpétrées en Ukraine, les politiques doivent enfin amorcer des changements législatifs pour que notre place financière et économique ne soit plus complice des cleptocrates. On brandira bien sûr le risque de réputation pour la Suisse. Et soyons clairs, elle ne se rachètera pas à coups de Toblerone.

Télécharger le n° au format PdF : 2022-04_PublicEye_Magazin_Nr35_F_72

Wie die Schweiz Putins Kriegskasse füllt : 2022-04_PublicEye_Magazin_Nr35_D_72

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La Russie inflige un maximum de souffrance (à l’Ukraine) alors que la guerre a déplacé onze millions de personnes

Nous allons nous entretenir avec le professeur Volodomyr Dubovyk depuis Lviv à propos de la crise en Ukraine où les attaques russes ont forcé le déplacement onze millions de personnes dont les deux tiers des enfants du pays. (…)

Amy Goodman : (…) Nous entendons souvent parler du demi-million d’Ukrainiens.nes qui ont fui le pays vers la Pologne, la Moldavie et d’autres pays. Mais plus du double ont été déplacés.es à l’intérieur du pays. C’est ainsi qu’on évalue les réfugiés.es à onze millions. 

Donc, nous nous rendons à Lviv pour nous entretenir avec le professeur de relations internationales à l’Université nationale Mechnikov à Odessa en Ukraine, Volodomyr Dubovyk.

Professeur soyez le bienvenu. Je n’arrive pas à croire que vous veniez tout juste de terminer une conférence, qu’il y ait encore des conférences en Ukraine en ce moment. Merci de nous rejoindre si vite professeur Dubovyk. Pouvez-vous nous parler de ces personnes déplacées à l’intérieur du pays ? 

V.Dubovyk : Merci de m’avoir invité à votre programme. Je vous regarde depuis des années maintenant, (democracynow.org est diffusé en vidéo. N.d.t.) je me sens grandement privilégié.

Nous avons un grand problème. Nous donnons des conférences en ligne bien sûr. Qui sont mes étidiants.es ? Qui sait ? Certains.es sont à Odessa et d’autres ailleurs. D’autres sont éparpillés.es partout en Europe maintenant. Mais nous donnons nos cours. Nous essayons d’être aussi efficaces que possible.

En ce moment, l’Ukraine fait preuve d’une résilience miraculeuse. Si quelqu’un s’attendait à ce que nous nous défaisions ou que nous allions tomber en morceaux, peut-être qu’effectivement, Moscou s’attendait à ce que nous tombions en morceaux en deux ou trois jours après l’invasion, c’est le contraire qui s’est produit. Je veux dire que l’Ukraine est tout le contraire de ce qui pourrait être une nation défaite. Tout un chacun fait son travail. Vous savez, tous.tes les membres du gouvernement sont au travail. Les militaires font des miracles et ainsi de suite. Et nous faisons tout cela en étant des personnes déplacées, oui.

Les gens de l’est, du sud et du centre du pays se trouvent tous à l’ouest maintenant. Et je pense qu’on le sous-estime quand même. Il se peut que le nombre soit encore plus élevé que celui que je vous ai donné. Je pense que c’est au moins un tiers de la population ukrainienne qui a été déracinée. Et nous ne parlons pas d’un petit nombre parti doucement à l’ouest, mais d’un grand mouvement précipité de personnes.

C’est sans précédent. Cela génère toutes sortes de problèmes. Ces gens ont quitté leurs maisons, leurs moyens de subsistance, beaucoup, leurs entreprises et ne travaillent plus. Les installations, les manufactures ont été rasées. Certains.es ont des économies pour durer quelques mois dans cette guerre. D’autres n’en ont pas. Les difficultés sont déjà là pour se loger, eux et leurs enfants. C’est donc un énorme problème. Je suis donc professeur d’université. Je reçois encore mon salaire à temps mais nous ne savons pas ce qui va arriver dans quelques mois. Tout repose sur la dureté de la guerre, combien de temps elle durera et sur les zones que les militaires russes captureront.

Nermeen Shaikh : Dernièrement, vous avez « tweeté » et je cite : « la destruction totale n’est pas qu’un moyen pour terminer (la guerre) mais un des objectifs fondamentaux de cette invasion ». (…) Pouvez-vous nous expliquer ce que vous voulez dire avec cette phrase ? Et ce que vous voyez venir dans les prochaines semaines et mois ?

V.D. : Je pense que les Russes veulent avoir une Ukraine faible à leur porte, une Ukraine qui n’a pas d’ambitions. Si vous êtes vraiment faible, pauvre, extrêmement pauvre, vous n’avez plus d’ambitions. Vous voyez, vous ne voulez plus vous battre contre la Russie, continuer à vous battre.

Ils vont affaiblir notre économie, c’est ce qu’ils font. Ils bombardent nos infrastructures. Ils lancent des missiles partout, sur les voies ferrées, les raffineries de pétrole et tout un tas de projets d’infrastructures. Donc, en plus de poursuivre le combat, de bombarder les citoyens.nes sur qui tombent les obus, ce qui n’est pas rien, ils veulent nous infliger le maximum de souffrances (et de pertes). C’est ce que nous pouvons voir parce qu’en ce moment, il y a peu de combats, de combats au contact, d’opérations impliquant des oppositions de troupes à troupes. Il y a surtout des bombardements par obus, sur des installations civiles et certains bâtiments etc. Donc, une Ukraine faible, plus pauvre, c’est une voisine accommodante pour la Russie. Quand la Russie est plus forte, l’Ukraine est plus faible, personne n’en veut. Les Ukrainiens.nes sont sur les genoux et ne peuvent se relever. Nous serions fondamentalement devant l’obligation de suivre la voie russe, de demeurer dans leur zone de contrôle, si nous sommes faibles si nous n’avons plus rien sur lequel nous appuyer.

Mais en ce moment précis, nous sommes mobilisés.es, c’est l’esprit combattant des Ulrainiens.nes. Et nous avons beaucoup de soutien de l’extérieur du pays de diverses nations occidentales principalement mais pas seulement. Si vous étudiez plus largement chez divers pays dans le monde, vous constaterez qu’ils nous aident que ce soit avec des armes, de l’assistance humanitaire ce qui est extrêmement important ces jours-ci. Et cette aide va surtout vers les réfugiés.es comme vous l’avez mentionné parmi les gens déplacés ici à l’intérieur du pays, aussi, c’est critique.

N.S. : Pouvez-vous spécifiquement nous parler des allégations d’utilisation d’armes chimiques de la part de la Russie dans certaines parties de l’Ukraine particulièrement à Marioupol ?

V.D. : Alors, je ne sais pas trop. Ça n’a pas encore été investigué à fond. Il y a eu des informations à l’effet qu’il y avait probablement des armes chimiques (employées) mais il se peut que ça ait été du phosphore blanc qui est une arme létale à utiliser… dans une ville, une grande ville. Et Marioupol est … une vraie souffrance pour l’Ukraine. C’est tout simplement une tragédie. C’était une jolie ville prospère qui a progressé et a vite développé la culture et les arts entre autres. Un demi-million de personnes y vivaient, il n’en reste plus maintenant que 120 000 qui vivent pratiquement continuellement dans les abris. J’y ai deux très bons collègues dont le directeur de l’Université de Marioupol qui la maintienne en vie malgré tout. Leurs familles se sont réfugiées ailleurs dans le pays.

Donc, il se peut que nous ayions eut affaire à des bombes au phosphore et non à des armes chimiques. Mais nous sommes prêts à tout, dont les dangers nucléaires avec la prise des deux centrales nucléaires dans le pays. Les Ukrainiens ont récupéré Chernobyl mais Zaporihzhia est toujours sous le contrôle russe. Et cette armée est maintenant proche d’une autre centrale dans le sud du pays. Donc c’est problématique. Si vous vous rappelez de l’accident de Chernobyl en 1986 ce n’était pas seulement l’Union soviétique qui était affectée, c’était un problème dans toute l’Europe. Si quelque chose arrive à nos centrales nucléaires par bombardement ou par tirs d’obus comme il y en a maintenant à Zaporihzhia… Les Russes tirent sur le bâtiment contenant le réacteur en ce moment. Ce serait un énorme problème pas seulement pour nous mais pour tout le monde à des centaines et des milliers de kilomètres.

A.G. : Et bien sûr pour les soldats russes qui viennent tout juste de quitter Chernobyl. 

V.D. : Exactement.

A.G. : Il semble qu’ils creusaient des tranchées dans la Forêt rouge (…) ce qui veut dire qu’ils vont être malades. On a trouvé des paquets de nourriture dans la zone interdite. (…) Et évidemment, nous connaissons le phosphore blanc. Les États-Unis l’ont utilisé à Fallujah en Irak entre autre. Nous sommes familiers.ères avec les horreurs des brulures que ces bombes affligent. Mais je voulais vous demander votre réaction aux propos du Président Biden qualifiant pour la première fois les actions de l’armée russe de génocide en Ukraine.

(…) Mercredi, le porte-parole du Département d’État, Ned Price a déclaré que les avocats internationaux devraient déterminer si les attaques russes contre l’Ukraine constituent un génocide.

(…) Et dans une entrevue sur France 2 mercredi, le Président français, E. Macron a répondu en disant qu’il serait prudent dans l’utilisation du terme « génocide » étant donné que la Russie et l’Ukraine sont des pays frères. (…)

Professeur Dubovyk pourriez-vous commenter cet enjeu du « génocide » ? 

V.D. : Oui. C’est évidemment un enjeu délicat. Nous devons faire attention ici. Employer le terme « génocide » c’est placer la barre haute. Je voudrais citer un expert, Eugene Finkel, un de mes bons amis et collègue. Il a publié ces jours derniers un article dans un grand nombre de médias américains. C’est une autorité en matière de génocide et il pense que ce qui nous arrive en ce moment est effectivement un génocide.

Car, en plus de tuer des Ukrainiens.nes, l’armée russe capture certaines populations des territoires qu’elle occupe et les emmène en Russie (contre leur gré ou en leur cachant leur destination. N.d.t.) 140 000 enfants auraient ainsi été emmenés en Russie où ils auraient été adoptés par des familles russes alors que leurs parents sont en Ukraine. Les familles sont séparées.

Le Président Biden est en tête en ce moment de multiples façons. Ça n’est pas nouveau. Il est passionné. Je pense qu’il se sent personnellement interpelé, qu’il pense qu’il détient une certaine responsabilité, une responsabilité personnelle parce qu’il voulait empêcher cette agression. Il tente d’aider les Ukrainiens.nes par tous les moyens à sa portée. Alors, quand pour la première fois il a parlé de crimes de guerre son administration a réagi en disant : « peut-être pas ». Mais depuis, nous parlons aussi de crimes de guerre. C’est la même chose pour le mot génocide.

Si M. Macron ne voit pas la même chose, tant pis. Nous n’avons pas besoin de l’unanimité de tous les pays occidentaux sur cette question. Mais, l’expression « pays frères » qu’il a employé est dérangeante. Elle nous a vraiment choquée parce que de notre point de vue, la Russie n’est pas notre frère, surtout pas en ce moment alors qu’elle tue, viole et tue nos enfants. On peut être n’importe quoi sauf un frère qui entretient des relations fraternelles avec l’autre. Un grand frère ne se comporte pas comme la Russie le fait, envers nous, en ce moment. Il n’étrangle pas son petit frère jusqu’à ce que mort s’en suive. Donc, les rapports actuels ne devraient pas être et la remarque de M. Macron à cet égard, est malheureuse.

Quant au terme « génocide », laissons cela aux avocats internationaux. M. Raphael Lemkin, qui est né ici à Lviv et y a vécu toute la tragédie de sa famille visée par l’Holocauste, a fixé la barre très haute entre ce qu’est un génocide et ne l’est pas. Nous devrions probablement retirer ces définitions des mains des politiciens.nes et les mettre dans celles des experts.es du droit international et humanitaire.

N.S. : Le procureur de la Cour pénale internationale, M. Karim Khan, a visité Boutcha et a déclaré que toute l’agglomération était une scène de crime qui tombait sous sa juridiction. 

V.D. : Oui, exact. Il y était avec d’autres personnes. Je pense que l’Ukraine fait tout ce qu’elle peut pour accommoder les experts.es qui viennent de l’étranger dans leurs visites à Boutcha et ailleurs. Car, malheureusement, il n’y a pas que Boutcha. Il y a bien plus d’endroits affectés. Plusieurs villages et petites villes ont subi le même sort durant l’occupation russe.

Nous tentons de faire venir un maximum d’experts.es et le plus vite possible car, évidemment, ça ne peut pas trainer trop longtemps. Nous devons offrir des funérailles correctes à ces victimes à un moment donné. Actuellement un groupe de gendarmes français est sur le terrain. Il faut que tout ça soit documenté dans les règles. Il faut que nous contrions la propagande russe qui prétend et répète : « rien n’est arrivé, ce n’est pas nous, c’est une mise en scène, il se peut que des comédiens.nes soient en spectacle, personne n’a été tué ici » etc. etc. En conséquence, je pense qu’il est important de montrer au monde entier ce qui s’est passé ici. Et ça devrait susciter encore plus d’aide à l’Ukraine. Voilà pourquoi, pour nous, c’est très important mais aussi pour que nous donnions l’attention et le soutien à toutes les personnes qui ont souffert à cause de ces morts horribles.

A.G. : Je vais maintenant vous demander votre réaction au discours du Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres. En voici un extrait (…) : « La guerre ajoute encore à la crise en trois dimensions, l’alimentation, l’énergie et les finances qui affaiblissent en ce moment, les populations et les économies des pays les plus vulnérables de la planète. Et tout cela arrive au moment où les pays en développement sont déjà aux prises avec une série d’enjeux qui ne sont pas de leur fait, dont : la pandémie de COVID, les changements climatiques et le manque d’accès aux ressources adéquates pour financer la reprise (économique) dans un contexte d’inégalités persistantes. Toutes les conditions sont réunies pour que les économies de plusieurs pays en développement soient dévastées ». 

Professeur Dubovyk, vous enseignez les relations internationales. Comment pensez-vous que cette guerre peut se terminer ?

V.D. : Elle va se terminer un moment donné. J’espère que ça ne sera pas par une victoire russe. Je refuse absolument d’envisager un tel dénouement. Nous ne pouvons pas perdre. Les enjeux sont trop importants. Et l’unité de la nation est remarquable en ce moment. Ça ne tient pas du miracle. Les gens se regroupent, s’entraident aux moments importants. Nous devons gagner cette guerre en tous cas, au moins, ne pas la perdre douloureusement. Il est difficile de définir ce que peut être une victoire dans ce genre de guerre, mais ne les laissons pas avoir la main haute. C’est très important.

Le Secrétaire Guterres a affiché beaucoup d’émotions ces derniers temps, et il réagit aussi à ce qu’il voit de la destruction de l’Ukraine. Il parle des difficultés, de la faim et de la famine dans divers endroits. Et ça va empirer cette année parce que la marine russe bloque les ports ukrainiens sur la mer Noire dont Odessa. Elle a même commencé une invasion de ces ports. Elle a miné la mer. 94 navires sont bloqués, des navires qui ne sont pas ukrainiens, qui appartiennent à divers pays, qui sont bloqués dans les ports ukrainiens de la mer Noire. Ils sont chargés de blé, d’huile de tournesol et d’autres denrées désespérément attendues et dont on a besoin dans des pays comme l’Égypte, le Yémen et bien d’autres. Ces cargaisons ne seront jamais livrées j’en ai bien peur à cause du blocus. C’est un énorme problème. Je veux dire qu’il y aura de plus en plus de gens touchés par la faim, la malnutrition dans le monde. La Russie devrait se réveiller et comprendre la portée de ses actes horribles. Pas seulement ceux qu’elle perpètre en Ukraine, elle s’attaque au bon sens et à la décence d’autres peuples ailleurs.

N.S. : Professeur, brièvement avant que l’émission ne se termine, actuellement, la population a peur d’une offensive russe massive, dans le Donbass. Elle serait peut-être encore plus brutale que ce que nous avons vu jusqu’ici. Qu’en pensez-vous ?

V.D. : Oui. Cela va arriver j’en ai bien peur. Nous allons la combattre. Ils vont être prédominants en nombre et de beaucoup c’est sûr. Mais nous avons appris comment combattre. Actuellement, dans le Donbass, nous avons les meilleures forces possibles, nous y combattons depuis 2014. Et nous sommes mieux équipés. D’autres armes vont bientôt arriver. Les Occidentaux doivent comprendre qu’en nous fournissant des armes ils ne contribuent pas à l’escalade de la guerre, ils aident les Ukrainiens à se défendre au moment présent. C’est une bataille juste. Pour nous, elle est injuste. Et nous devons avoir les moyens de nous défendre et d’infliger de lourdes pertes à l’État agresseur. C’est comme cela que la guerre tombe en désescalade. C’est comme cela que vous obligez les Russes à penser à la paix, à signer un traité de paix, un cessez-le-feu d’abord et un traité de paix ensuite. 

A.G. : Volodymyr Dubovyk, nous vous remercions de votre participation (à l’émission).

Amy Goodman, Volodomyr Dubovyk

Democracy Now, 14 avril 2022

Traduction et organisation du texte : Alexandra Cyr

https://www.pressegauche.org/La-Russie-inflige-un-maximum-de-souffrance-a-l-Ukraine-alors-que-la-guerre-a

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Pourquoi le Bélarus ne s’est pas encore joint à l’invasion de l’Ukraine

Comme nous l’avons déjà indiqué dans « Les cheminot·es du Bélarus entrent en action » (Soutien à l’Ukraine résistante, n°4), la résistance clandestine du Bélarus perturbe les transports militaires russes et empêche Loukachenko de se joindre directement à l’invasion de l’Ukraine. Complice du Kremlin, le régime biélorusse a fait du pays une des bases arrière de l’invasion de l’Ukraine. Pourtant, son armée n’est pas (encore) entrée directement dans la guerre. Pourquoi ? Le journaliste biélorusse Igor Ilyash revient dans Open Democracy sur le rejet de la guerre qui se manifeste dans la société biélorusse et sur le mouvement de résistance qui a entravé les plans du régime… et de Moscou. Le risque d’une crise politique majeure si le Bélarus entrait directement dans la guerre « est très probablement l’argument que Loukachenko a utilisé dans ses négociations avec Poutine sur la participation directe de son pays à l’invasion russe », écrit Igor Ilyash : « Une armée opérant dans ce genre d’atmosphère chez elle est potentiellement peu fiable, au point de provoquer mutineries et révolutions. »

Nous publions ici des extraits de son article paru le 12 avril.

« La manifestation la plus frappante du mouvement antiguerre du Bélarus sont les actes de résistance sur le réseau ferroviaire. En réponse à l’invasion de l’Ukraine, une vague de sabotage a déferlé sur le pays : les opposants à la guerre ont tenté de rendre les chemins de fer inutilisables et d’empêcher le matériel militaire russe de circuler sur le territoire biélorusse. »

Si la population s’est engagée dans des actions de résistance, c’est qu’avec la terreur déclenchée par le régime depuis les élections de 2020, « le prix à payer pour descendre dans la rue est si élevé que certains Biélorusses se sont tournés vers l’action clandestine ».

Les médias indépendants, nous confirme Igor Ilyash, ont qualifié ces actions de nouvelle « bataille du rail », ce qui n’évoque pas le film de René Clément mais « les attaques des partisans biélorusses contre les lignes de chemin de fer pendant l’occupation nazie ». Les auteurs de ces actions de résistance sont désormais désignés comme des « partisans ». Open Democracy indique que selon le ministère de l’intérieur, il y aurait eu à ce jour 80 actes de sabotage.

Igor Ilyash nous fournit une description précise des actes de sabotage : « Ils mettent le feu aux systèmes de signalisation pour que ceux-ci cessent de fonc- tionner sur certaines sections du réseau ferroviaire, ce qui oblige les trains à circuler à petite vitesse (15 à 20 km/heure). » Ces actions, rappelle le journaliste, ne visent pas à faire dérailler des trains militaires, ni à provoquer des accidents qui pourraient provoquer des blessés.

Ces actions complètent celles des « cyberpartisans » qui ont désactivé le réseau informatique de la compagnie des chemins de fer à la fin du mois de février, dont nous avons fait état précédemment. « Ces faits ont été confirmés par le directeur de la société des chemins de fer ukrainiens qui tout en indiquant qu’il n’en “préciserait pas les détails” a remercié les cheminots biélorusses pour ce qu’ils ont fait ».

Pour empêcher les sabotages, continue Igor Ilyash, le gouvernement « a intensifié les patrouilles sur les sites ferroviaires » et annoncé que « les forces de sécurité considéreraient que toute action contre les sites ferroviaires serait considérée comme un acte de terrorisme ». Leurs auteurs seraient désormais passibles de la peine de mort. Le pouvoir a annoncé qu’« on ne négocie pas avec les terroristes et qu’on ne peut que les détruire ». Les forces de sécurité sont autorisées à ouvrir le feu : « Il a été rapporté, écrit le journaliste biélorusse que celles-ci avaient ouvert le feu sur des personnes qui avaient mis le feu à une armoire relais dans l’ouest du Bélarus. » Des arrestations ont eu lieu il y a une dizaine de jours à la suite de l’incendie d’armoires-relais dans les régions de Bobruisk et de Borisov.

Viasna, l’organisation de défense des droits humains, rapporte que depuis le déclenchement de la « bataille du rail », les forces de sécurité ont effectué des raids dans les villes proches des sites de sabotage – Stolbtsy, Dzerzhinsk et Baranovichi. Les domiciles des personnes connues pour avoir déjà participé à des manifestations ont été perquisitionnés et leur téléphone ont été contrôlés : « Si des abonnements à des chaînes Telegram de l’opposition étaient découverts, elles étaient arrêtées [1] .»

Par ailleurs, comme nous l’avions déjà indiqué, une quarantaine d’employé·es des chemins de fer ont également été arrêtées : « Leurs “vidéos de repentance” – où elles expriment devant la caméra leurs regrets pour leurs actions – sont ensuite apparues sur des chaînes de médias sociaux contrôlées par les autorités. Ici, écrit Igor Ilyash, le principe de « dissuasion préventiv  » est à l’œuvre ».

Il note également qu’on peut estimer à « plusieurs centaines de personnes les participants directs à ces actions et que cela signifie probablement l’implica- tion de milliers de soutiens immédiats, y compris sur les réseaux sociaux ».

« La culture de protestation biélorusse a commencé s’est déplacée vers des formes de résistance souterraines et “partisanes” », rappelle Igor Ilyash :

« Dans tout le pays, les gens sont devenus les yeux et les oreilles de Bélaruski Gaiun, un service de surveillance qui enregistre les mouvements des troupes russes sur le territoire du Bélarus, les lancements de missiles, les décollages et les atterrissages d’avions militaires. Ils sont ainsi en mesure de transmettre des informations sur les cas où des soldats russes envoient en Russie, via le Bélarus, des objets prétendument pillés en Ukraine, y compris des voitures saisies. »

Anton Motolko, un des animateurs cette initiative, a rapporté à Open Democracy que son mouvement recevait « environ 1 000 messages par jour [alors même que] les personnes qui envoient des informations à Bélaruski Gaiun risquent également d’être poursuivies et d’être contraintes de se “repentir” devant les caméras ».

[1] Des Biélorusses ont également été arrêtés pour avoir modifié des articles sur Wikipédia, pour avoir critiqué la guerre dans des conversations privées ou pour avoir attaché un ruban bleu et jaune dans un lieu public.

Opendemocracy, 12 avril 2022

Traduction et adaptation Patrick Silberstein

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May Day Protest at Russian Embassy

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Le Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes organise un convoi en soutien aux travailleurs et travailleuses d’Ukraine

Entre avril et mai, un convoi du Réseau syndical international de Solidarité et de Luttes se rendra en Ukraine et contribuera au renforcement de la résistance de classe dans ce pays contre l’invasion russe. L’initiative vise à faire progresser notre soutien internationaliste, de manière plus proche et plus concrète, avec les délégations syndicales des organisations membres du Réseau.

Les dates exactes restent à définir, mais nous profiterons de la présence de plus de 200 syndicalistes lors de la 4e réunion du Réseau à Dijon (France) pour organiser cette action de solidarité concrète. Le convoi partira vers le 26 avril et sera de retour après le 1er mai.

Cette décision d’envoyer une délégation internationale s’appuie sur de nombreuses discussions avec des syndicalistes indépendants d’Ukraine, de Russie et de Biélorussie. Elle est rendue possible grâce à l’implication de plusieurs organisations qui font partie du Réseau, dans la défense du peuple ukrainien contre l’invasion russe depuis le début des attaques le 24 février.

Une solidarité active est nécessaire

Nous organiserons ce convoi d’aide aux travailleurs avec la conviction que nous devons reprendre la lutte de classe internationaliste, en soutenant les travailleurs qui font face à l’offensive militaire de Poutine et à ses conséquences. Lors des discussions avec des syndicalistes d’Ukraine et des pays voisins, nous avons particulièrement évoqué les difficultés logistiques en cette période difficile de confrontation avec l’armée russe et nous avons souhaité connaître les besoins les plus urgents de ceux qui vivent sur place.

Selon les déclarations de ceux qui sont en Ukraine, les articles d’urgence sont destinés aux adultes, mais les personnes des autres tranches d’âge ont besoin de beaucoup de choses, comme des aliments pour bébés et des jouets. De nombreuses femmes restent dans le pays parce qu’elles ont décidé de prendre part à la lutte, de ne pas abandonner leurs compagnons et/ou de s’occuper des personnes âgées ou des enfants. Elles survivent difficilement, dans des conditions de pénurie de nourriture, de médicaments, d’eau, de courant et de gaz. C’est dans ce contexte alarmant que nous devons aller au-delà et affirmer notre solidarité avec la classe ouvrière, des gens comme nous, qui avec peu de ressources cherchent à maintenir une résistance déterminée contre les envahisseurs.

Comment soutenir financièrement

Solidaires (France), CSP-Conlutas (Brésil) et Inicjatywa Pracownicza (Pologne), ADL Cobas (Italie) et G1PS (Lituanie) financeront la logistique des collectes, qui seront achetées en fonction des besoins de la classe ouvrière ukrainienne. A l’intérieur du pays, le convoi rencontrera directement des contacts syndicaux et des actions seront organisées de manière appropriée.

Si vous ou votre organisation désirez y contribuer, transférez directement l’argent à Convoi syndical, avec les détails suivants :

Convoi syndical : FR12 2004 1000 0127 9649 6A02 006 – PSSTFRPPPAR – La Banque postale Centre financier Paris.

Soutien à la résistance du peuple ukrainien !

Arrêt de l’occupation militaire russe en Ukraine ; pour la paix !

Solidarité internationale avec tous ceux qui, en Russie, refusent la guerre et le régime dictatorial,

Solidarité avec les mouvements pro-démocratiques en Russie, en Biélorussie et en Ukraine,

Pour un accueil non discriminatoire de tous les réfugiés d’Ukraine, au delà (Afrique, Asie,…) qui souffrent aussi des conflits créés par les pays impérialistes,

Pour une Ukraine libre et souveraine, où les droits des travailleurs sont respectés,

Abolition des dettes, FMI, bas les pattes ! Les travailleurs ne doivent pas payer pour cette guerre impérialiste,

Contre la menace nucléaire. Pour le désarmement nucléaire dans le monde.

Pour ce premier convoi, seront présentes et présents des camarades de :

OZZ Inicjatywa Pracownicza | CSP-Conlutas | Union Syndicale Solidaires | ADL Cobas | G1PS | Workers Aid (Int) | Sotsyalnyi Rukh

http://www.laboursolidarity.org/Le-Reseau-Syndical-International

ILNSS Support Workers’ Aid Convoy to Ukraine

http://www.laboursolidarity.org/ILNSS-Support-Workers-Aid-Convoy?lang=en

RSISL apoia a ida do Comboio Operário rumo à Ucrânia

http://www.laboursolidarity.org/RSISL-apoia-a-ida-do-Comboio?lang=pt

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Les cheminots biélorusses qui ont aidé à déjouer l’attaque de la Russie contre Kiev

Lorsque les troupes russes ont franchi la frontière biélorusse pour pénétrer en Ukraine en vue de ce qu’elles pensaient être un assaut éclair sur Kiev, elles avaient l’intention de s’appuyer sur le vaste réseau ferroviaire de la région pour s’approvisionner et se renforcer.

Les Russes n’avaient pas pris en compte les saboteurs de chemins de fer de la Biélorussie. Dès les premiers jours de l’invasion, en février, un réseau clandestin de cheminots, de pirates informatiques et de forces de sécurité dissidentes s’est mis en action pour désactiver ou perturber les liaisons ferroviaires reliant la Russie à l’Ukraine par le biais de la Biélorussie, causant ainsi la pagaille sur les lignes d’approvisionnement russes.

Ces attaques n’ont guère attiré l’attention en dehors de la Biélorussie, compte tenu du caractère dramatique de l’invasion russe et des révélations terribles [Boutcha, etc.] suite à l’humiliante retraite de la Russie. Selon les analystes, la résistance acharnée des Ukrainiens et les erreurs tactiques d’une force russe mal préparée ont probablement suffi à contrecarrer les plans de la Russie.

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Mais les saboteurs des chemins de fer biélorusses peuvent au moins revendiquer un rôle dans le chaos logistique qui a rapidement submergé les Russes, laissant les troupes bloquées sur les lignes de front sans nourriture, carburant et munitions, quelques jours après l’invasion.

Alexander Kamyshin, directeur des chemins de fer ukrainiens, a exprimé la gratitude de l’Ukraine envers les saboteurs biélorusses. « Ce sont des gens courageux et honnêtes qui nous ont aidés », a-t-il déclaré.

Les attaques, simples mais efficaces, visaient les armoires à relais (nécessaires à la signalisation ferroviaire), essentielles au fonctionnement des chemins de fer, selon les membres du réseau d’activistes. Pendant plusieurs jours, la circulation des trains a été paralysée, obligeant les Russes à tenter de réapprovisionner leurs troupes par la route et contribuant à l’embouteillage qui a bloqué le fameux convoi militaire long de 60 km au nord de Kiev.

Il est difficile de dire quelle part du chaos peut être attribuée au sabotage et quelle part à une mauvaise planification logistique de la part des Russes, d’autant plus qu’il n’existe aucun média indépendant pour rendre compte de la situation en Biélorussie, a déclaré Emily Ferris, chargée de recherche au Royal United Services Institute de Londres. Mais sans signalisation automatisée, les trains ont été contraints de ralentir au maximum et le nombre de trains circulant sur les voies, à un moment donné, aurait été sévèrement limité, a-t-elle ajouté.

Selon Emily Ferris : « Etant donné que les Russes dépendent des trains, je suis sûre que cela a contribué à certains des problèmes qu’ils ont rencontrés dans le nord. Cela aurait ralenti leur capacité à se déplacer. Ils n’ont pas pu pénétrer plus avant dans le territoire ukrainien et leurs lignes d’approvisionnement ont été interrompues parce qu’ils devaient compter sur les camions. »

Ces initiatives ont également permis aux troupes ukrainiennes de gagner du temps pour formuler une réponse efficace à l’invasion russe, a déclaré Yury Ravavoi, un activiste et syndicaliste biélorusse qui s’est échappé en Pologne sous la menace d’une arrestation lors des manifestations antigouvernementales qui ont secoué la Biélorussie en 2020. « Je ne peux pas dire que nous étions le facteur le plus important, mais nous étions une brique importante dans le mur », a-t-il déclaré.

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Les saboteurs se sont inspirés d’un épisode antérieur de l’histoire de la Biélorussie, pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque des Biélorusses opposés à l’occupation nazie ont fait sauter des lignes de chemin de fer et des gares pour perturber les lignes d’approvisionnement allemandes. La guerre du rail, comme on l’appelle, est vénérée comme un moment de triomphe pour la Biélorussie. Elle est enseignée dans les écoles comme la plus réussie des tactiques déployées par les résistants qui ont facilité la tâche des troupes soviétiques pour chasser les Allemands.

Huit décennies plus tard, c’est la présence de la Russie en Biélorussie qui a suscité la contestation. Le déploiement de dizaines de milliers de soldats russes en Biélorussie en vue de l’invasion de l’Ukraine a déclenché une vaste opposition nationale et a ravivé les réseaux d’opposition formés lors des manifestations de 2020 contre le président biélorusse Alexandre Loukachenko, a déclaré Hanna Liubakova, une journaliste biélorusse vivant en exil en Lituanie.

Cette deuxième guerre du rail a pris une forme moins dangereuse que la précédente. Les partisans tenaient à ne pas faire de victimes, dit Yury Ravavoi. Ils ont donc concentré leurs attaques sur l’endommagement des équipements pour empêcher les chemins de fer de fonctionner. « Nous ne voulions pas tuer de conducteurs de train de l’armée russe ou de Biélorussie. Nous avons utilisé un moyen pacifique pour les arrêter », a-t-il déclaré.

Lui et d’autres Biélorusses impliqués dans l’organisation des actions refusent de révéler des détails précis sur la façon dont elles ont été menées et par qui, invoquant la nécessité du secret et des préoccupations pour la sécurité des « partisans des chemins de fer », comme les saboteurs sont vaguement appelés.

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Trois groupes principaux ont été impliqués, représentant des cheminots, des transfuges des forces de sécurité et des cyberspécialistes, a déclaré le lieutenant-colonel Alexander Azarov, un ancien responsable de la sécurité vivant à Varsovie qui dirige le groupe des forces de sécurité appelé Bypol.

Des employés des chemins de fer sympathisants des partisans ont divulgué des détails sur les mouvements russes et l’emplacement des principales infrastructures ferroviaires à un groupe appelé la Communauté des cheminots, qui les partage sur les canaux de Telegram. Les partisans sur le terrain s’associent pour mener les actions, mais il n’y a pas de chaîne de commandement officielle, a déclaré Alexander Azarov. « Notre mouvement n’est pas centralisé », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas comme s’il y avait un chef de la résistance. C’est horizontal, avec des dizaines de groupes qui travaillent sur le terrain. »

Le troisième groupe, les Cyber Partisans, est formé de professionnels de l’informatique biélorusses exilés qui ont mené plusieurs cyberattaques contre le gouvernement biélorusse depuis leur adhésion à la mobilisation de 2020.

Les Cyber Partisans ont lancé la première attaque, en piratant le réseau informatique du chemin de fer dans les jours précédant l’invasion et en interrompant le trafic ferroviaire avant même que les troupes russes aient franchi la frontière. L’infiltration des ordinateurs du réseau ferroviaire a été relativement facile, a déclaré Yuliana Shemetovets, porte-parole du groupe basé à New York, car la compagnie ferroviaire utilise toujours Windows XP, une version obsolète du logiciel qui contient de nombreuses vulnérabilités.

***

A partir du 26 février, deux jours après le début de l’invasion, une succession de cinq attaques de sabotage contre des armoires de signalisation a entraîné l’arrêt presque complet du trafic ferroviaire, a déclaré Sergey Voitekhovich, un ancien employé des chemins de fer aujourd’hui résidant en Pologne, qui est un dirigeant de la Communauté des cheminots.

Le 28 février, des photos satellites ont commencé à apparaître d’un convoi de quelque 60 km de camions et de chars russes se dirigeant manifestement de la Biélorussie vers Kiev. En l’espace d’une semaine, le convoi s’est complètement immobilisé, les véhicules étant à court de carburant ou tombant en panne.

Les autorités biélorusses ont depuis lors déployé des efforts intenses pour prévenir les attaques et traquer les saboteurs. Le ministère de l’Intérieur a décrété que les dommages causés à des infrastructures ferroviaires relevaient d’acte de terrorisme, un crime passible de 20 ans de prison.

Selon les militants, des dizaines de cheminots ont été arrêtés au hasard et leurs téléphones ont été fouillés pour trouver des preuves qu’ils étaient en contact avec les partisans. Au moins 11 Biélorusses sont en détention, accusés d’avoir participé aux actions, selon des groupes de défense des droits de l’homme.

Début avril, la police de sécurité a capturé trois saboteurs présumés près de la ville de Bobruisk et leur a tiré dans les genoux. La télévision d’Etat a diffusé des images des hommes en sang, les genoux bandés. Elle a affirmé qu’ils avaient été visés alors qu’ils résistaient à leur arrestation.

Selon Alexander Azarov, ces fusillades ont eu un effet dissuasif sur le réseau des saboteurs. Les troupes biélorusses patrouillent et des drones ont été déployés pour surveiller les lignes ferroviaires. « Il est devenu trop dangereux de continuer les sabotages », a-t-il déclaré.

***

Mais au moment de la fusillade, le retrait de la Russie de la région de Kiev battait son plein et le Kremlin avait annoncé qu’il allait recentrer ses efforts militaires sur la prise de l’est de l’Ukraine. Selon le Pentagone, la majorité des troupes russes qui sont entrées en Ukraine à partir de la Biélorussie sont en train d’être redéployées vers l’est.

« Nous pensons que le fait que les Russes aient renoncé à prendre Kiev est le résultat de notre travail, car les Russes ne se sentaient pas aussi en sécurité en Biélorussie qu’ils l’avaient prévu », a déclaré Franak Viacorka, porte-parole de la chef de l’opposition biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa. « Des milliers de soldats russes n’ont pas reçu de nourriture, ils n’ont pas reçu de carburant, et ils n’ont pas reçu d’équipement à temps. »

Aujourd’hui, une nouvelle phase de la guerre ferroviaire pourrait être en cours. Ces derniers jours, les militants des chemins de fer ont publié sur Telegram des photos de dommages causés aux armoires de signalisation le long des lignes ferroviaires russes utilisées pour le transport des troupes dans l’est de l’Ukraine. Les attaques ne peuvent pas être confirmées de manière indépendante, mais Sergey Voitekhovich a affirmé que des membres de son réseau ferroviaire étaient impliqués. «I l y a des frontières ouvertes entre la Biélorussie et la Russie », a-t-il déclaré.

Liz Sly

Article publié dans le Washington Post, le 23 avril 2022 ; traduction rédaction A l’Encontre

http://alencontre.org/europe/russie/les-cheminots-bielorusses-qui-ont-aide-a-dejouer-lattaque-de-la-russie-contre-kiev.html

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Liens avec d’autres textes

Guerre en Ukraine : la barre des 5 millions de réfugiés franchie, selon l’ONU

https://news.un.org/fr/story/2022/04/1118592

Quelle est la force de la résistance russe et biélorusse à la guerre de Poutine en Ukraine ?

How strong is Russian and Belarusian resistance to Putin’s Ukraine war?

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Un Nuremberg pour le crime d’agression de la Russie ?

Les débats se poursuivent sur la réponse juridique internationale à l’invasion russe en Ukraine. Notre correspondante Janet Anderson a recueilli l’avis de plusieurs experts en droit international et autres. La proposition d’un tribunal international sur l’agression est au cœur de cette discussion. Comment le droit international peut-il relever le défi posé par le recours illégal à la force par la Russie, membre du Conseil de sécurité des Nations unies ?

https://www.justiceinfo.net/fr/91115-nuremberg-crime-agression-russie.html?

Deux manifestations différentes appellent à Barcelone à mettre fin à la guerre en Ukraine

https://www.eldiario.es/politica/protestas-distintas-piden-barcelona-detener-guerra-ucrania_1_8938828.html

Des Ukrainiennes victimes de viol se heurtent à la loi anti-IVG polonaise

En Pologne, la loi empêche les réfugiées ukrainiennes d’avorter alors que nombre d’entre elles ont été violées par des soldats russes ou des criminels locaux.

https://www.liberation.fr/international/europe/des-ukrainiennes-victimes-de-viol-se-heurtent-a-la-loi-anti-ivg-polonaise-20220425_KHTN7EOKUFGZTI7RGNE3D4YOKQ/

Bélarus : accusations kafkaïennes contre le personnel du Centre des droits humains Viasna

Paris-Genève-Oslo. Le 25 avril 2022, le Tribunal municipal de Minsk commence les audiences du procès contre Marfa Rabkova, membre du Centre des droits humains Viasna, et Andrey Chapiuk, bénévole. Tous deux sont poursuivi.e.s pour des motifs politiques et risquent respectivement jusqu’à 20 ans et huit ans d’emprisonnement. Ces poursuites ont lieu un jour avant le 26e anniversaire de Viasna, le 26 avril 2022, dans un contexte très répressif au Bélarus. La Fédération internationale des droits humains (FIDH) et les autres organisations signataires réitèrent leur soutien le plus total à Viasna et appellent à la libération immédiate et inconditionnelle de tou.te.s ses membres et des défenseur.e.s des droits humains arbitrairement emprisonné.e.s dans le pays.

https://www.fidh.org/fr/regions/europe-asie-centrale/belarus/belarus-accusation-arbitraire-viasna-centre-droits-humains

L’objectif de Moscou est de faire de l’Ukraine un pays enclavé, selon un général russe

Un général russe a déclaré vendredi 22 avril que Moscou voulait s’emparer de l’ensemble du sud et de l’est de l’Ukraine, des objectifs de guerre bien plus vastes que ce que la Russie avait reconnu, alors qu’elle poursuit sa nouvelle offensive après l’échec de sa tentative de prise de la capitale Kiev le mois dernier.

https://www.euractiv.fr/section/l-europe-dans-le-monde/news/lobjectif-de-moscou-est-de-faire-de-lukraine-un-pays-enclave-selon-un-general-russe/

Pour le cinéaste dissident Kirill Serebrennikov, la Russie « s’autodétruit » avec la guerre

« Vous pouvez choisir d’être Leni Riefenstahl ou Marlene Dietrich » : horrifié par la guerre en Ukraine, le cinéaste Kirill Serebrennikov, aujourd’hui installé à Berlin, affirme à l’AFP avoir quitté sa Russie natale pour une question de « conscience ».

En faisant référence à la cinéaste phare du IIIe Reich et à l’actrice légendaire engagée contre le nazisme, celui qu’on surnomme l’enfant terrible du cinéma et théâtre russes évoque les choix, voire les dilemmes, auxquels font face les artistes en Russie aujourd’hui.

https://www.francetvinfo.fr/culture/cinema/pour-le-cineaste-dissident-kirill-serebrennikov-la-russie-s-autodetruit-avec-la-guerre_5103895.html

Victimes collatérales du « camarade » Vladimir…

http://fondaskreyol.org/article/victimes-collaterales-du-camarade-vladimir

Russie : retirer l’Ukraine et sa capitale des manuels scolaires

UkraineUnderAttack — Depuis le premier jour de la guerre en Ukraine, les salariés de la maison d’édition russe Prosveshchenie subissent une pression non dissimulée de la part de leurs supérieurs. La maison, rattachée à l’État, est l’une des plus importantes et des plus anciennes éditant des manuels scolaires pour le pays. Elle entend supprimer les références « inappropriées » à l’Ukraine et à sa capitale Kyiv. 

https://actualitte.com/article/105736/international/russie-retirer-l-ukraine-et-sa-capitale-des-manuels-scolaires

Aide d’urgence les civils ukrainiens à fuir Mariupol

Guterres devrait faire pression sur la Russie pour qu’elle autorise l’aide et les routes vers les zones contrôlées par l’Ukraine

https://www.hrw.org/news/2022/04/26/urgently-help-ukraine-civilians-flee-mariupol

Une guérilla clandestine descend silencieusement dans les rues de Russie pour protester contre la guerre

Le « Guernica » de Picasso, les billets avec des messages pacifistes, les rubans verts sur les lampadaires ou les mangeoires contre la guerre sont des formes de protestation dans des villes telles que Saint-Pétersbourg et Moscou

https://www.eldiario.es/internacional/guerrilla-clandestina-toma-silencio-calles-rusia-protestar-guerra_1_8925340.html?

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Tous les textes précédemment publiés 
et les liens sont maintenant regroupés sur la page :

https://entreleslignesentrelesmots.blog/retrait-immediat-et-sans-condition-des-troupes-russes-solidarite-avec-la-resistance-des-ukrainien·nes/

 

Auteur : entreleslignesentrelesmots

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