Les incertitudes alimentent la crise, le « ça va mieux » de Hollande a fait long feu

La préparation du budget en France est à la fois électoraliste – dans la mesure du peu de possibilité que laisse les politiques de baisse des dépenses publiques – et hors de l’analyse de la conjoncture. Les signes de rechute de crise financière et de crise économique se multiplient. Le gouvernement Hollande, comme la droite, n’en a cure. Il reste bloqué sur la prévision de croissance de 1,5% et une amélioration pour l’année prochaine qui ferait baisser le ratio déficit sur PIB par l’augmentation plus forte du PIB que le déficit pour atteindre les fameux 3%. Un optimisme de commande qui ne correspond pas aux chiffres récents de l’INSEE et à l’incertitude qui domine le monde.

Où est passée la croissance ?

L’INSEE vient de revoir ses chiffres pour la croissance au deuxième trimestre, ce sera –0,1% au lieu du 0% annoncé dans un premier temps. Après la croissance du premier trimestre tirée par la consommation des ménages – vraisemblablement due aux soldes et à la baisse du prix de l’essence -, le deuxième trimestre affiche des résultats négatifs. L’absence de commentaire des ministres en charge est remarquable et les journalistes ne s’autorisent pas à insister. La hausse du chômage elle-même n’a pas été jugée digne d’être un sujet à développer. Pourtant, c’est l’échec de toutes ces politiques d’aide aux entreprises – CICE, Pacte de responsabilité – qui devaient se traduire par des créations d’emploi. Les « économistes de l’offre » ont toujours eu – quoiqu’en pensent Cahuc et Zylberberg – tout faux dans leur orientation de politique économique. Les suivre ne pouvait conduire qu’à augmenter les marges sans effet sur l’emploi. Le rapport qui prétend que quelques milliers d’emplois ont été sauvés reprend les grandes hypothèses de ces économistes néo classiques. Ce n’est pas une enquête mais une prise de position idéologique. Le gouvernement s’enferre dans ces politiques micro économiques qui défendent les intérêts à court terme de chacun des patrons. Sans vision d’avenir, sans réduire aucune des grandes incertitudes. Faire confiance au Medef pour construire l’avenir est un non-sens. Le chômage de masse reste la réalité et pèse sur les conditions de travail, d’emploi, de salaire et, au-delà, sur les conditions de vie.

Il faut dire, à la décharge des journalistes, que les « primaires » attirent tous les regards et les commentaires.

Le ralentissement de la croissance, les récessions ne sont pas l’apanage de la France. Les Etats-Unis enregistrent une très faible croissance, les pays émergents d’Amérique latine sont en récession et risque de connaître une nouvelle crise de la dette, la Chine voit baisser son taux de croissance et connaîtra une énorme crise de surproduction et les pays de l’Union européenne ne sont pas mieux lotis. Globalement, toutes les institutions internationales – FMI comme OCDE – prévoient un taux de croissance mondiale sous les 3% et les prévisions sont revues périodiquement à la baisse. Fait symptomatique, le commerce mondial – la somme des exportations – régresse fortement montrant que les échanges ont tendance à se tarir. Deux effets expliquent cette baisse, d’une part le marché final ne progresse pas, d’autre part les stratégies des grandes firmes d’internationalisation de la production.

Ce n’est pas une « démondialisation » comme on l’écrit quelque fois mais un changement des formes de cette mondialisation capitaliste et libérale qui met en concurrence les salarié-es et les systèmes sociaux pour remettre en cause tous les acquis sociaux. Les négociations récentes dans les entreprises – qui s’élargiront avec les décrets d’application de la loi dite travail – montrent la volonté patronale de diminuer plus encore le coût du travail. Le « travailler plus » pour gagner moins est à l’ordre du jour. La question n’est plus revenir sur les lois sur les 35 heures, mais de payer 35 heures des salariés qui en font 39, avec le chantage renouvelé aux fermetures et non plus aux délocalisations proprement dites.

Déflation, surproduction, taux d’intérêt négatifs…

La baisse du coût du travail associé à la politique d’austérité maintenue a comme conséquence la baisse renforcée du marché final et la surproduction. Un indicateur statistique est particulièrement, l’indice des prix. Le niveau général des prix dans la plupart des grands pays capitalistes développés est négatif. Autrement dit, la déflation s’élargit. Au niveau des prix sorties usine c’est une réalité depuis au moins 2015, maintenant l’indice des prix à la consommation est légèrement positif de +0,1%, une faiblesse qui devrait faire réfléchir. Au lieu de s’interroger sur cette donne nouvelle, on préfère parler d’« inflation négative »…

Pour le moment, seules les banques centrales ont compris l’intérêt de combattre la déflation et, par-là même, le risque de faillite des banques et des opérateurs financiers. La BCE – mais elle n’est pas la seule – a décidé, pour faire face aussi au krach des bourses chinoises du 15 août 2015 qui aurait pu déclencher une nouvelle crise financière de grande envergure, de créer massivement de la monnaie et d’ouvrir grandes les vannes du crédit en pratiquant des taux directeurs et d’escompte de 0% et même des taux d’intérêt négatif. Ainsi, la BCE crée 80 milliards d’euros par mois pour intervenir sur le marché secondaire des obligations d’Etat de la zone euro. Elle est ainsi devenu le premier emprunteur des pays de la zone euro en s’appropriant, par ces achats sur le marché obligataire, plus de 1000 milliards d’euros de la dette publique des États de cette zone. Mario Draghi a élargi son champ d’intervention aux grandes entreprises qui peuvent, comme les États, s’endetter à des taux d’intérêt négatifs.

Il faut s’arrêter un instant sur cette situation inédite dans le capitalisme. Tout le monde sait, a priori, qu’il faut payer pour s’endetter sur la base d’un taux d’intérêt. C’est un fonctionnement « normal », raisonnable. Aujourd’hui – octobre 2016, il faut dater, personne ne sait combien de temps cette situation pourra durer -, États et grandes entreprises s’endettent et reçoivent, en plus, de l’argent. Les créanciers paient les emprunteurs ! Un retournement étrange qui a comme conséquences de baisser les bénéfices des banques et pourraient les conduire, particulièrement les banques d’investissement à la faillite. Les assureurs – surtout l’assurance-vie – sont dans la même situation qui les oblige à transformer leur portefeuille en vendant les obligations pour se tourner vers le marché des actions plus risqué, plus volatil. Les banques ont réagi en faisant payer plus les clients et les salarié-es. Les destructions d’emplois sont importantes – et scandaleuses – pour augmenter toujours plus le bénéfice. Plus personne ne parle de ce « hors bilan » toujours aussi élevé qui pourrait provoquer de nouveau des pertes énormes pour ces banques. L’angoisse est toujours là. C’est visible dans le yo-yo des cours des Bourses concernant les grandes banques appelés « systémiques » pour leur capacité à faire écrouler tout le système…

Ces taux d’intérêt négatif, cette énorme création monétaire sont du jamais vu. Mario Draghi a expliqué qu’il voulait ainsi à la fois lutter contre « l’inflation négative » et relancer la croissance. Or, cette politique monétaire ne fonctionne pas. Pas seulement dans la zone euro. Les causes se trouvent dans les formes de cette intervention, limitée à la sphère financière pour éviter que chaque opérateur financier ne fasse faillite. La création monétaire, l’expansion du crédit ne servent pas aux ménages et aux dépenses d’investissement collectif pour lutter contre les mutations climatiques ou la crise écologique. Seule cette orientation permettrait d’alimenter le marché final et de faire repartir l’économie. Draghi en est conscient. Il a proposé de verser sur chaque compte courant de chaque individu de la zone euro, 1000 euros pour favoriser l’inflation. Le gouvernement allemand s’est fermement opposé à cette possibilité. L’originalité a des limites. Celles de l’idéologie libérale qui se détruit petit à petit devant ces coups de butoir de la BCE.

Politique monétaire orpheline d’une politique budgétaire

Dans ce contexte, seule la FED, la banque de réserve fédérale américaine, fait exception. Janet Yellen voudrait augmenter les taux d’intérêt pour récupérer quelques marges de manœuvre en cas de nouvelle crise. Elle attendait une croissance importante de l’économie américaine après la « great recession » de 2008-2009. Attente déçue. Comment augmenter les taux d’intérêt dans un contexte de faible croissance et d’incertitude généralisée qui pèse sur les marchés financiers sans risquer de provoquer une nouvelle crise financière ? La quadrature du cercle. Si la FED augmente ses taux les effets pourraient être dramatiques. Possibilité d’une crise obligataire par une hausse des taux rendant les anciennes obligations à taux d’intérêt négatif ou très faible, caduques et d’une crise de la dette des pays émergents par l’augmentation du cours du dollar.

Cette indécision de la FED renforce l’incertitude des marchés financiers qui n’ont plus de visibilité sinon le court du court terme, une semaine grand maximum. Les cours de la Bourse – du CAC40 par exemple – sont révélateurs de ce climat. Dés que la hausse dépasse 4500 points, il repart à la baisse, dès qu’il atteint une sorte de plancher à 4200, il remonte…

Les banques sont dans l’œil du cyclone, pas seulement à cause des taux d’intérêt négatifs mais aussi parce que les crises précédentes n’ont pas été digérées. Ainsi les banques italiennes croulent sous les créances douteuses sans que le gouvernement de Matteo Renzi puisse intervenir, bloqué par l’interdiction des pays de la zone euro empêchant toute intervention étatique. C’était déjà le cas en Grèce ou en Espagne… La réglementation pourrait changer si le gouvernement allemand se trouvait dans l’obligation de venir au secours de la Deutsche Bank qui enregistre des pertes qui peuvent s’aggraver du fait des condamnations possibles par la justice américaine pour ses interventions lors de la crise dite, des « subprimes ».

Toute cette création monétaire pourrait, à son tour, provoquer un effondrement total de tous les marchés financiers. La validation de cette monnaie a besoin de la création de richesses. La faiblesse de la croissance se traduira par la chute des actifs financiers pour répondre à cette hausse massive de la monnaie. La monnaie n’est pas un bien, mais un condensé de politique et d’économie à travers cet outil.

La crise de l’euro, ouverte en 2011, reste, latente pour le moment. Elle a d’ores et déjà provoqué une crise profonde, fondamentale de l’Union Européenne. Toute légitimité de cette construction disparaît emportée par les tempêtes du libéralisme. Il faudrait, pour répondre, des politiques communes sur tous les terrains. Des migrants jusqu’aux réponses aux crises – pas seulement financière et économiques mais aussi sociales, culturelles et écologiques. Les non-réponses, cet enfermement dans les dogmes du libéralisme sonnent comme un requiem. Dans un premier temps, la rupture avec les politiques d’inspiration libérale – les politiques d’austérité – serait vitale. Pour aller vers une politique de relance. Paradoxalement, le gouvernement britannique envisagerait, face aux conséquences du « Brexit », de relancer l’investissement public. Une nécessité si l’on en croit les films de Ken Loach… Pour la droite, une inversion bizarre, NKN propose, dans le cadre des primaires de la droite, de ne plus se préoccuper des déficits publics pour relancer l’économie…

L’UE, si elle veut survivre, a besoin d’un modèle démocratique et social européen, c’est une nécessité vitale. Sinon, tous les éclatements sont possibles dans ce retour à l’État-Nation, sous sa forme la plus répressive qui soit.

Le « Brexit » est un des résultats de cette absence de légitimité. L’Europe est vue comme un instrument contre les décisions démocratiques des populations – comme en Grèce – et contre l’ensemble des acquis sociaux.

Le Brexit renforce les incertitudes. Lorsque Theresa May essaie de préciser les échéances – le coup d’envoi de la sortie de la Grande-Bretagne devrait se faire dés cet hiver -, elle provoque des remous sur les marchés financiers. La livre sterling chute. Contrairement à l’opinion de certains commentateurs qui ont perdu la notion du temps, le « Brexit » n’est pas encore entré dans les faits. L’incertitude porte sur le type de sortie, sur le contenu des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE et, last but not least, la place de la Cité de Londres. La place financière de Paris est sur les rangs pour récupérer les fonctions de la City…

Le « Brexit » pourrait aussi donner le signal de la débandade, suivant la théorie des dominos. Les anciens « pays de l’Europe de l’Est » sont tentés par la sortie de l’UE. Les gouvernants veulent imposer la dictature et la barbarie.

Incertitude aussi du côté des « nouvelles guerres » qui devraient se traduit par une recomposition géopolitique mais, qui, pour le moment, sont un facteur d’instabilité.

La crise sociale, des valeurs – cette désagrégation totale qui fait de l’argent, la mesure de toute chose et permet toutes les corruptions – due au libéralisme qui a détruit toute capacité de « vivre ensemble » provoque des fuites de cerveaux vers les dogmes religieux pour retrouver des certitudes, une spiritualité dont cette société est totalement dépourvue. Cette déliquescence fait éclater toutes les solidarités collectives.

Toutes les conditions sont réunies pour une réplique de la crise systémique.

La menace des attentats, à son tour, crédibilise la nouvelle forme répressive de l’État.

Si l’on résume, la crise systémique – globale – ouverte en août 2007 n’est pas terminée. Trois actes se sont succédés. Le premier en août 2007 donc, le deuxième en août 2011 et le troisième en août 2015. A chaque secousse, banques centrales et États – dans cet ordre – ont répondu en multipliant les liquidités pour sauver chaque banquier, chaque opérateur financier sans s’attaquer aux causes profondes, la solvabilité de ces opérateurs et la surproduction profonde qui appelle à une révolution interne au capitalisme. Le capitalisme des années 1980 est mort, il serait nécessaire de penser à un nouveau régime d’accumulation.

Aujourd’hui, et parce que les causes des tremblements de terre précédents restent présentes, toutes les conditions sont réunies pour une réplique de cette crise. Qui s’élargit à l’échelle du globe par l’adjonction de la Chine. N’importe quelle étincelle pour mettre le feu à la plaine financière. Cette crise financière deviendra immédiatement économique…

Nicolas Béniès

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